Laviande dans les fĂȘtes et les cĂ©rĂ©monies au Maroc. Ă Close Log In. Log in with Facebook Log in with Google. or. Email. Password. Remember me on this computer. or reset password. Enter the email address you signed up with and we'll email you a reset link. Need an account? Click here to sign up. Log In Sign Up. Log In; Sign Up; more; Job Board
DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G â APPRECIATION DES DEPENSES SOMMAIRES LMSE Tronçon UniversitĂ© » 57 PIECE G - ETUDE D'IMPACTPage 2 and 3 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 4 and 5 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 6 and 7 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 8 and 9 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 10 and 11 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 12 and 13 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 14 and 15 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 16 and 17 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 18 and 19 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 20 and 21 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 22 and 23 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 24 and 25 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 26 and 27 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 28 and 29 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 30 and 31 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 32 and 33 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 34 and 35 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 36 and 37 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 38 and 39 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 40 and 41 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 42 and 43 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 44 and 45 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 46 and 47 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 48 and 49 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 50 and 51 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 52 and 53 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 54 and 55 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 56 and 57 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 58 and 59 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 60 and 61 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 62 and 63 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 64 and 65 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 66 and 67 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 68 and 69 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 70 and 71 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 72 and 73 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 74 and 75 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 76 and 77 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 78 and 79 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 80 and 81 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 82 and 83 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 84 and 85 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 86 and 87 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 88 and 89 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 90 and 91 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 92 and 93 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 94 and 95 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 96 and 97 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 98 and 99 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 100 and 101 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 102 and 103 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 104 and 105 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 106 and 107 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 108 and 109 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 110 and 111 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 112 and 113 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G Page 114 DOSSIER D'ENQUETE PUBLIQUE PIECE G
Ehbien non, il n'y a pas moyen de les sexer , Ă part la grosseur de la tĂȘte qui est lĂ©gĂšrement plus grosse chez le mĂąle, ce n'est pas aussi Ă©vident que chez le pigeon
Voila, 13 pigeons ramier migrateurs que l'on a pris. Mais ce ne sont pas les seul, mais c'est la seule photo que j'ai pris. â 0 â0 Comment Posted on Thursday, 29 October 2009 at 1044 AMEdited on Thursday, 29 October 2009 at 1055 AM
DĂ©couvrezle guide de l'Ă©tĂ© 2009 rĂ©alisĂ© par les Ă©quipes de ParuVendu. Consultez les astuces, idĂ©es, bons plans ainsi que les offres de nos annonceurs pour un agrĂ©able sĂ©jour en Midi PyrĂ©nĂ©es. Bonne lecture ! Read the publication. L304353002260 Lesnouvellesde Le meilleur de l actualitĂ© touristique des rĂ©gions N°2 - ĂtĂ© 2009
Reminder of your requestDownloading format TextView 1 to 352 on 352Number of pages 352Full noticeTitle Bulletin de la SociĂ©tĂ© d'histoire et d'archĂ©ologie du GersAuthor SociĂ©tĂ© archĂ©ologique, historique, littĂ©raire et scientifique du Gers. Auteur du textePublisher AuchPublication date 1930Relationship textType printed serialLanguage frenchLanguage FrenchFormat Nombre total de vues 6773Description 1930Description 1930 A31.Description Collection numĂ©rique Fonds rĂ©gional Midi-PyrĂ©nĂ©esRights Consultable en ligneRights Public domainIdentifier ark/12148/bpt6k5696025mSource SociĂ©tĂ© archĂ©ologique du Gers, 2009-8481Provenance BibliothĂšque nationale de FranceOnline date 17/01/2011The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition OCR program. The estimated recognition rate for this document is 100%.BULLETIN DE LA SOCIETET D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS XXXIme ANNĂE. â 1er Trimestre 4930 AUCH IMPRIMERIE BREVETĂE F. COCHARAUX 18, RUE DE LORRAINE, 18 1930 SOMMAIRE Pages Liste des Membres de la SociĂ©tĂ© d'Histoire et d'ArchĂ©ologie » du Gers 5 Le Gers pendant la RĂ©volution suite, par M. BRĂGAIL 15 Un Mirandais antijacobin SouriguĂšre Saint-Marc, par M. MAUMUS 23 Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom suite, par M. GARDĂRE » 35 Les Guerres Fratricides Ă Monfort suite, par M. MAZĂRET 48 Les Chansons Populaires des PyrĂ©nĂ©es Françaises, par M. Jean POUEIGH 61 Notice nĂ©crologique Ludovic MazĂ©ret, par M. l'abbĂ© DAUGĂ. 85 Chronique 93 BULLETIN DE LA SociĂ©tĂ© d'Histoire et d'ArchĂ©ologie du Gers BULLETIN DE LA SOCIETE D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS TRENTE ET UNIĂME ANNĂE AUCH IMPRIMERIE BREVETĂE F. COCHARAUX 18, RUE DE LORRAINE, 18 1930 LISTE DES MEMBRES DE LA SociĂ©tĂ© d'Histoire et d'ArchĂ©ologie du Gers Antras d', chĂąteau de Monbel, par Frouzens Antras comte d', ifcj, chef d'Escadron en retraite, Ă Mirande. Argagnon, curĂ© de Labastide-SavĂšs. Arcan Louis, propriĂ©taire, Montiron. Ardit, J, architecte, Toulouse. Ardit Louis, Fleurance. Arlat Henri, Puycasquier. Astuguevielle, institutr, Ă Aubiet. Aubas, I, directeur honoraire de cours complĂ©mentaire, 8, rue Voltaire, Auch. Aubas Jean, contrĂŽleur principal des Contributions Directes, 29, place AmĂ©lie-Raba-LĂ©an, Ă Bordeaux. Audoin Albert, route de Roquelaure, Auch. Aylies Mme Ch., Barran et 42, avenue Georges V, Paris-VIII*. BanabĂ©ra Gaston, nĂ©goc, Lecloure. BaquĂ©, Q, , $, directeur du cours complĂ©mentaire, de Vic-Fezenzac. Barada J., pl. de la RĂ©publique, Auch BarailhĂ© Jean, notaire, St-Sauvy, par' Aubiet. Barciet Pierre, 23, rue des Lois, Ă Toulouse. Baron Henri, chef des services vĂ©tĂ©rinaires, HanoĂŻ Tonkin. Baron, professeur, 41, rue des BellesFeuilles, Paris-XVIe. Baron, tailleur, place de l'HĂŽtel-deVille, l'HĂŽtel-deVille, BarrĂ© l'abbĂ©, curĂ© de Montaut. BarrĂšre, docteur-mĂ©d., 2, rue Parrot, Paris-XIIe. Barriac, IngĂ©nieur des Travaux Publics de l'Etat, boul. Lascrosses, Toulouse. Barriac, pharmacien, Fleurance. Barrieu Louis, nĂ©gociant, Lectoure. Barthe, $f, ÂŁ, notaire, Auch. Barthe Elie, propriĂ©taire, Fleurance. Barthe, vice-consul d'Espagne, professeur au LycĂ©e, Marseille. BarthĂ©lemy, membre de l'Institut, 11, rue Soufflot, Paris-Ve. Bastard, ingĂ©nieur des Ponts et ChaussĂ©es, MĂ©zin Lot-et-Garonne, BaudĂ©an LĂ©on, instituteur, Ă Pavie. Baudran, huissier, Mirande. Bauduer Mme Marie, r. de la Somme, Auch. Baurens abbĂ©, curĂ© de Ligardes. Bayaud Pierre, archiviste, 5 2, rue Montpensier, Pau. BĂ©dat de Monlaur, au chĂąteau La Flourette, Flourette, Bedout, propre Ă La Plaine, Cazaubon. BĂ©nac l'abbĂ© de, curĂ© de Castelnausur-l'Auvignon. Castelnausur-l'Auvignon. Louis-Joseph, propriĂ©taire, Saint-Georges, par Lagranlet. BentĂ©jac docteur Henri, MontrĂ©al. BĂ©rard Mme, profes. hon., Isle-de-NoĂ©. SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. BĂ©raut E., conservateur des HypothĂšques en retraite, Ă BidalĂšre, par MontrĂ©al. BernĂ©s Gaston, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© d'Encouragem. Ă l'Agricultre, Barran. BibliothĂšque de la ville d'Auch. BibliothĂšque du CollĂšge de Jeunes Filles d'Auch. BibliothĂšque de la ville de Condom. BibliothĂšque pĂ©dagogique des Instituteurs de l'arrondissem. de Condom. BibliothĂšque de la ville de Fleurance. BibliothĂšque de la ville de Lectoure. BivĂšs l'abbĂ©, curĂ© de l'Isle-Bouzon. Blajan l'abbĂ©, curĂ© de MasscubeBlanc, MasscubeBlanc, des Chemins de Fer du Midi, en retraite, BagnĂšres-deBigorre, route de Campai. Bompeix, Docteur en Medecine, La JonchĂšre-St-Maurice Hte-Vienne. Bonassies Gabriel, notaire, Agen. Bonnat, i I, archiviste du Lot-etGaronne, Agen. BoĂ© Paul, Jjj», 24, rue des Boulangers, Paris. BoubĂ©e, nĂ©g., 12, rue Dessoles, Auch. BoubĂ©e de, 1, rue Viala. Auch. Bouquet ThĂ©odore, $?, tj I, Auch. Bourgeat l'abbe, curĂ© du St-Puy. Bourran de, Villa Portail-Vert, Ă Condom. BoussĂšs Antoine, receveur de l'Enregistrement, Biarritz. BoussĂšs Pierre, juge de paix, Agen. Boutan Auguste, ingĂ©nieur civil, boulevard des Belges, Lyon. Boyer B., Ă& I, $, 5, rue de Rigny, Paris-8°. Brachat Mme veuve, 10, rue Margaux, Bordeaux. Branet, docteur en mĂ©decine, rue Victor-Hugo, Auch. Branet, Conseiller d'Etat honoraire, rue Cardinet, 44, Paris. BrĂ©gail G, Q\, Auch. Bressolles, %, propriĂ©taire, Mirepoix, par Sainte-Christie. Breuils J., , f,, minotier, Pavie. Brives de, avocat, Isle-Jourdain. Brusson, manufer, Villemur Brux Joseph de Buisson Mme veuve, institutrice Ă MondĂ©bat, par Plaisance. Burgeat, nĂ©gociant, Auch. Cabanne RenĂ©, nĂ©gociant, Auch. Cabiran docteur, if, Seissan. CadĂ©ot NoĂ«l, Q, Fleurance. CadĂ©ot. vĂ©tĂ©rinaire, Saint-MĂ©zard. CadĂ©ot, Lectoure. CadĂ©ot, pharmacien au Saint-Puy. Calmels-Puntis de. 160, boulevard Haussmann, Paris VIIIe. Caminade Mme G. Rue des Capucins, Ă Lectoure. Campardon EugĂšne, &, capitaine de vaisseau en retraite, Mirande. Campardon, Lasscube, par Pavie. Cantau, nĂ©gociant, Simorre. CantĂ©rac Albert, propre Ă Labrihe, CĂ©zan, par CastĂ©ra-Veiduzan. Capdecomme Jean, propriĂ©taire, l'lsle-de-NoĂ©. Capdecomme Mlle Marie ThĂ©rĂšse, rue Bazillae, Auch. Carcy Marc, 40, rue Daubuisson, Toulouse. Cardes Gabriel de, J>, §, Auch. CarrĂšre Fernand, Gondrin Gers. CarrĂšre Henri, Marciac. Carsalade du Pont Mgr de,!yf, Ă©vĂȘque de Perpignan Cartault Mme la doctoresse en mĂ©decine, Vic-Fezensac, Cassagnac Paul de, "}, ^, ancien dĂ©putĂ© du Gers, 21, rue Marbeau, Paris-XVIe. Castaignier Abdon de, propriĂ©taire, Castelnau-Barbarens. Cassou AndrĂ©, avocat, rue VictorHugo, 4, Auch. Castaignon EugĂšne, Jl{, Isle-de-NoĂ©. Caslay, maire, chĂąteau de Jaulin, Bretagne-d'Armagnac. Bretagne-d'Armagnac. LISTE DES MEMBRES Castelbajac l'abbĂ© de, chanoine, Auch. Castelbajac Mme la Marquise de, chĂąteau de Caumont, par Samatan. Castelnau, , officier en retraite, rue Campans, 16, Toulouse. CastĂ©ra Paul, Inspecteur des ContriDirectes, ContriDirectes, A. de Clichy, Paris-XVIIe. CastĂ©ra Raymond, conducteur des Ponts-et-ChaussĂ©s, Vic-Fezensac. CastĂ©ra Urbain, ingĂ©nieur des Pontset-ChaussĂ©es en retraite, NĂ©rac. Castex Paul, caissier de la Caisse d'Ă©pargne, Auch. Castillon, mĂ©decin militaire, 42, rue d'Etigny, Auch. Catalan, dĂ©putĂ©, conseiller gĂ©nĂ©ral, Cologne. Cave Emilien, Lannepax. Cave Henri, Lannepax. CĂ©nac H., avocat gĂ©nĂ©ral, 4, avenue, d'Assas, Montpellier. Chauvelet, 10, route de Toulouse, Auch. ChenĂ©, CJ,, agent gĂ©nĂ©ral de la Compagnie d'Assurances "La Nationale", Auch. ChĂšne, ^, vĂ©tĂ©rinaire, Auch. Cier, avouĂ©, La RĂ©ole. Clarac Jean, quincailler, Vic-Fezensac. Clarac docteur Louis, 41, cours Pasteur, Bordeaux. ClĂ©mens l'abbĂ© LĂ©on, curĂ©-doyen, Valence. Clermont l'abbĂ©, curĂ©, Touget. Cocharaux FrĂ©dĂ©ric, g,, Auch. Cournet , iÂŁ, magistrat Ă Paris, 44, rue Monge Ve. Cournet Lucien, Auch. Courtade de Moussaron, chĂąteau de Moussaron, Condom. Coustau Fernand, $, chirurgiendentiste, Auch. Coustau Maurice, ^fc, J, capitaineaviateur, Pau. Cousteau, propriĂ©taire Ă La FontaineChaude, par Lavardens. Couzier l'abbĂ©, curĂ© de Fronton Haute-Garonne. CrĂ©mery AndrĂ©, notaire, 17, rue de la Ville-l'EvĂȘque, Paris-VIIIe. Cremoux vicomtesse de, Agen. Czulowski FĂ©lix, au BaquĂ©, par Pavie. Dagnan, professeur au CollĂšge de Provins Seine-et-Marne. Daguin fils, maĂźtre d'hĂŽtel, Auch. Daguzan Constant, Ă Sainte-Radegonde, par Fleurance. Damas d'Aydie Mme, chĂąteau de Garderon, par Bretagne Gers. Dambielle l'abbĂ©, Samatan. Dansan, $f, docteur en mĂ©decine, rue de Lorraine, Auch. Darblade l'abbĂ©, curĂ© de Courrensan. DarĂ©es l'abbĂ©, aumĂŽnier de de PiĂ©tat, Ă Condom. Darius, Ă La Sidia, par Oran. Darties L , instituteur, GimbrĂšde. Dartigues abbĂ©, I, docteur de l'UniversitĂ©, Castelnau-Barbarens. Dassy, nĂ©gociant, av. de la Gare, Auch. Dastugue, &g, orthopĂ©diste, rue du Saint-Esprit, Ă Clermont-Ferrand. DaugĂ© l'abbĂ©, curĂ© de Caussens. DĂ©las Henry, prop. au chĂąteau de Tancouet, Ă Mongauzy, par Lombez. DĂ©lieux Louis, ingĂ©nieur, rue du IV-Septembre, Auch. Delon Gabriel, notaire, Auch. Delon Henri, avouĂ©, Auch. Delsus l'abbĂ©, curĂ© de Pavie. Delucq docteur, ^S, maire de VicFezensac. Depied, docteur en mĂ©decine, Mirande. Desbarats Frix, propriĂ©taire Ă Lestensile, Lannepax. Desbarats, curĂ©-doyen, l'Isle-Jourdain. Despaux Charles, Auch. Destieux-Junca, Sorbets. Destival Charles, , directeur des Mines d'Epinac SaĂŽne-et-Loire. DevĂšze de Charrin de La, 'ff, $,, com. en re. 5. rue Merlane, Toulouse. Dieuzaide le docteur, Lectoure. Donnedevie AndrĂ©, Lectoure. SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Donnedevie, rue Gambetta, Passaged'Agen Doujat baron, par PrĂ©chacsur-Adour. Dourthe, pharmacien, Villeneuve-deMarsan Landes. Dozc Henri, chef des litiges Ă la Compagnie du Midi, Ă Perpignan. Druilhet Adrien, propriĂ©tre au Brouilh, par Barran. DubĂ©dat Jean, docteur, Saint-Sever. Dubourdieu, C $, notaire, Saint-Puy. Duclaux de SĂ©nescau, Ă Meussac d'Echebrune, par Pons CharenteInfĂ©rieure. Duclos, contrĂŽleur principl des Contributions directes, en retraite, Auch. Ducos Abel, Lannepax. Ducuron l'abbĂ©, $f, ex-aumĂŽnier de l'escadre de l'ExtrĂȘme Orient, Auch. Dufey Louis, propriĂ©taire Ă Las-Sos, Condom. Duffau, pharmacien, Sos Du franc, docteur en mĂ©decine, Condom. Dufranc Mme Roger, Ă Condom. DufrĂ©chou Gabriel, &, Q, §, Auch. Dulac Edouard, homme de lettres, 6, rue des Ursulines, Paris-Ve. Dumas Mme Prosper, Auch. Dumay M., rue Baradet, Condom. Dupierris, ^l I, instituteur en retraite, Auch. Dupin, instituteur, Montestrue Duprat Roger, notaire, MiĂ©lan. Duprom, maire, conseiller gĂ©nĂ©ral de Valence-sur-BaĂŻse. Dupuy Paul $?, J, docteur en mĂ©decine, Puycasquier. Dupuy Dr Antonin, O &, Condom. Dupuy Raoul, Marciac. Dupuy Joseph, Ă©bĂ©niste, 29, rue de l'EgalitĂ©, Ă Champigny-sur-Marne. Durrieux, avocat, Lectoure. Dutert, chĂąteau de Mons, par SainteChristie, Auch. EncognĂšre, avouĂ©, Auch. Escoubet Mlle, 3 bis, r. PĂ©rĂ©, Tarbes. EsparbĂšs Louis d', Ăź G. C. d'Isabelle la Catholique, ĂvĂȘque de Perpignan. PrĂ©sident M. le Dr DE SARDAC, &, QI. Vice-PrĂ©sidents MM. MONLAUR,*, Q I, $, BRĂGAIL, QĂź, abbĂ© DAUGĂ SecrĂ©taire M. HUGON, QI. SecrĂ©taire-Archiviste M. AUBAS, QI. TrĂ©sorier M. LAHILLE, Q. 14 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. SociĂ©tĂ©s qui font Ă©change de leurs Publications AVEC LE BULLETIN DE LA SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DU GERS REVUE DE L'AGENAIS ; M. Bonnat Archives dĂ©partementales, Agen. SOCIĂTĂ DE BORDA, Ă Dax. BULLETIN ARCHĂOLOGIQUE DU COMITĂ DES TRAVAUX HISTORIQUES ET SCIENTIFIQUES. MinistĂšre de l'Instr. publique. SOCIĂTĂ DES ETUDES LITTĂRAIRES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES DU LOT. REVUE DE GASCOGNE, rue Victor-Hugo, Auch. REVUE INTERNATIONALE DES ĂTUDES BASQUES, palacio de la DĂ©putacion, SanSebastian Espagne SOCIĂTĂ RAMOND, Ă BagnĂšres-de-Bigorre. REVUE MABILLON, Abbaye St-Martin, Ă LigugĂ© Vienne. SOCIĂTĂ DES LETTRES, SCIENCES ET ARTS, de Pau. BULLETIN PYRĂNĂEN M. Meillon, 1, rue Gontaut-Biron, Ă Pau. SOCIĂTĂ ARIĂGEOISE M. Laval, 4, rue DelcassĂ©, Ă Foix. SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DU MIDI DE LA FRANCE, HĂŽtel d'AssĂ©zat, Ă Toulouse. REVUE DES ĂTUDES HISTORIQUES M. Combes de Patris, rue Rousselet, Paris-VIIe. SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE ET HISTORIQUE DE LA HARENTE, rue des Postes, 9 et 10, AngoulĂȘme. RĂPERTOIRE D'ART ET D'ARCHĂOLOGIE, 5 et 7, rue Malaquais, Paris. ANNALES DU MIDI, rue de l'UniversitĂ©, 2, Ă Toulouse. REVUE DES HAOTES-PYRĂNĂES M. Ferrero, Ferrero, place Verdun, Ă Tarbes. COMISlON DE MONUMENTOS HISTORICOS Y ARTISTICOS DE NAVARRA. Imprimerie San-Saturnino, 14, Ă Pamplona. ESCOLE GASTOU-FĂBUS, Ă Pau. - S. Palay, prĂ©sident, Ă GĂ©los, Pau. ESCOLO DERA PIRĂNĂOS. M. Sarrieu, 121, rue Lacapelle, Montauban. SOCIĂTĂ DES LETTRES ET ARTS DE BAYONNE. BULLETIN DE LA SOCIEDAD ARQUĂOLOGICO LULIONA, Ă l'aima de Mallorca. REVUE DE COMMINGES, 2, rue Thiers, Ă Saint-Gaudens. SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DE TARN-ETGARONNE, TARN-ETGARONNE, Montauban. ETUDES LOCALES, Ă Auch. MĂMOIRES DE La SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DE LORRAINE. UNION HISTORIQUE DU SUD-OUEST Paul Courteault, 3 bis, rue de la Chapelle, Bordeaux. UNION PYRĂNĂENNE. CONGRĂS ARCHĂOLOGIQUE DE FRANCE. REVUE DE BORDEAUX. FOUILLES ARCHĂOLOGIQUES. SOCIĂTĂ DE LA CHARENTE-INFĂRIEURE SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DE CONSTANTINE. SOCIĂTĂ ARCHĂOLOGIQUE DU GERS COMMUNICATIONS. LE GERS PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. BRĂGAIL. Suite L'Action politique. FĂȘte du pacte fĂ©dĂ©ratif. â En mai 1789 les municipalitĂ©s et les gardes nationales du Gers cherchent Ă se rapprocher et Ă sortir de leur isolement. Mais plus d'une annĂ©e s'Ă©coule avant qu'elles puissent rĂ©aliser leur union. C'est la garde nationale d'Auch qui en prend l'initiative et qui dĂ©cide que la cĂ©lĂ©bration du pacte fĂ©dĂ©ratif aura lieu le 4 juillet 1790. A cet effet elle adresse une invitation Ă toutes les communes du Gers qui ont constituĂ© une garde nationale. Chaque dĂ©putation comprendra un officier et deux volontaires. Les communes qui ne peuvent se faire reprĂ©senter par des gardes nationales ou par leur municipalitĂ© sont invitĂ©es Ă envoyer leur adhĂ©sion au pacte fĂ©dĂ©ratif du dĂ©partement du Gers. Le vendredi 2 juillet les dĂ©lĂ©gations commencent d'affluer vers Auch oĂč des billets de logement leur sont distribuĂ©s dĂšs leur arrivĂ©e; 239 municipalitĂ©s et gardes nationales du dĂ©partement ont envoyĂ© des dĂ©lĂ©guĂ©s ; 75 autres ont simplement 16 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. adressĂ© leur adhĂ©sion. Enfin plusieurs adhĂ©sions parviennent de l'extĂ©rieur; ce sont celles de Dunes, Beaumont de-Lomagne, Pau, Bordeaux, Marseille, Rouen, Versailles et enfin celle de la SociĂ©tĂ© des amis de la constitution de Paris. Le samedi soir 3 juillet deux coups de canon annoncent la fĂȘte. Le lendemain Ă sept heures toutes les dĂ©lĂ©gations sont rassemblĂ©es sur l'esplenade » allĂ©es d'Etigny. Elles prennent rang d'aprĂšs leur ordre d'arrivĂ©e et le cortĂšge se forme dans l'ordre suivant 1° Le colonel de la LĂ©gion d'Auch, M. de Pins; 2° Deux piĂšces d'artillerie; 3° La musique et les tambours; 4° Les grenadiers de la LĂ©gion d'Auch; 5° Les dĂ©putations des gardes nationales du dĂ©partement; 6° Les dĂ©putations Ă©trangĂšres au dĂ©partement Beaumontde-Lomagne. 7° Les Ă©tudiants du collĂšge royal d'Auch » au nombre de 400, avec leurs drapeaux; 8° La marĂ©chaussĂ©e; 9° 11 compagnies de la LĂ©gion d'Auch; 10° La compagnie de chasseurs de la dite LĂ©gion. L'immense cortĂšge comprend au total hommes. Quant au nombre de spectateurs accourus de toutes parts il est considĂ©rable et tel que l'on ne vit jamais Ă Auch pareille affluence. A huit heures prĂ©cises, roulement de tambours et coups de canon. A ce moment M. de Pins, colonel de la LĂ©gion d'Auch, fait porter les armes et, majestueusement, le long cortĂšge s'Ă©branle. La colonne descend vers la basse ville, traverse le Gers au pont de la Treille, puis arrivĂ©e au croisement de la route de Toulouse et de celle d'Agen il prend la droite et se dirige vers le champ de Mars », une prairie situĂ©e entre la riviĂšre du Gers et le monastĂšre des Capucins aujourd'hui, l'asile d'aliĂ©nĂ©s. ArrivĂ©s au champ de Mars » dont un arc de triomphe dĂ©core l'entrĂ©e, les troupes forment un immense carrĂ©. Au centre s'Ă©lĂšve l'autel de la patrie haut de dix pieds et ornĂ© d'emblĂšmes et de guirlandes. A droite de PREMIER TRIMESTRE 1930. 17 l'autel sont rangĂ©s les Ă©lecteurs du dĂ©partement rĂ©unis Ă Auch pour l'Ă©lection des administrateurs du Gers. A gauche sont placĂ©s les commissaires du roi, la municipalitĂ© d'Auch et les notables. Une salve d'artillerie annonce la bĂ©nĂ©diction des drapeaux qui est donnĂ©e par Laborde, vicaire de la mĂ©tropole, premier aumĂŽnier de la lĂ©gion. AprĂšs la bĂ©nĂ©diction' on entend la messe, cĂ©lĂ©brĂ©e par l'abbĂ© Bascans professeur au collĂšge royal, second aumĂŽnier de la lĂ©gion. Puis des discours sont successivement prononcĂ©s par M. de Pins, par M. de Gramont maire d'Auch, par un dĂ©lĂ©guĂ© des Ă©tudiants et par les rĂ©prĂ©sentants de diverses gardes nationales. Enfin vient le moment solennel de jurer l'adhĂ©sion au pacte fĂ©dĂ©ratif. La formule du serment, lue par M. de Pins, est Ă©coutĂ©e debout la main droite levĂ©e ou le sabre haut. Elle est ainsi conçue Nous, gardes nationales du dĂ©partement du Gers, pĂ©nĂ©trĂ©s de la grandeur des motifs qui nous rassemblent, certains de l'inviolabilitĂ© de l'union et de la fraternitĂ© que nous allons promettre, animĂ©s de cet esprit et de cette fermetĂ© que doit inspirer Ă des hommes, Ă des Français, l'amour de la libertĂ© et de l'Ă©galitĂ© Jurons sur l'autel de la patrie, en prĂ©sence du Dieu des armĂ©es, de maintenir de tout notre pouvoir la nouvelle constitution du royaume, d'ĂȘtre fidĂšles Ă la Nation, Ă la Loi et au Roi, d'exĂ©cuter et de faire exĂ©cuter les dĂ©crets de l'AssemblĂ©e nationale, sanctionnĂ©s ou acceptĂ©s par le Roi. Jurons de respecter et faire respecter de toutes nos forces les droits de l'homme et la libertĂ© individuelle des citoyens; de garantir les propriĂ©tĂ©s lĂ©gitimes et avouĂ©es par la Loi ; d'assurer la perception des impĂŽts et la libre circulation des subsistances ; de maintenir l'ordre et la paix partout oĂč nous serons appelĂ©s et d'y employer la force de nos armes lorsque nous en serons requis conformĂ©ment Ă la loi. Jurons de nous rĂ©unir avec la mĂȘme ardeur contre les ennemis du dehors pour les repousser et contre les ennemis de la rĂ©volution pour dĂ©concerter leurs sinistres projets et dĂ©jouer toutes leurs fausse dĂ©marches ; de poursuivre les uns 2 18 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. et les autres avec le fer; et nous reposant avec confiance sur la protection de l'Etre suprĂȘme qui vient de rapprocher la loi civile de la loi religieuse, par l'Ă©galitĂ© qui les caractĂ©riseront dĂ©sormais l'une et l'autre, nous nous engageons mutuellement par les liens sacrĂ©s de l'honneur, au pĂ©ril de nos biens et de nos vies, de nous rassembler au premier signal de la patrie en danger pour combattre, vivre libres ou mourir.» La lecture du serment Ă©tant terminĂ©e les mots Je le jure » retentissent Ă la fois, de plusieurs milliers de bouches, dans une immense et solennelle acclamation; puis M. de Goyon, prĂ©sident de l'assemblĂ©e Ă©lectorale, ayant donnĂ© au maire d'Auch le baiser civique et fraternel cet exemple est aussitĂŽt suivi par tous les gardes nationaux; chacun prenant la main de celui qu'il vient d'embrasser, spontanĂ©ment s'organise une joyeuse farandole dont le cercle s'accroĂźt rapidement et Ă laquelle prennent part les officiers municipaux, les Ă©lecteurs, les commissaires du roi, les officiers, les soldats, les gendarmes et mĂȘme les prĂȘtres. L'Ă©mouvante cĂ©rĂ©monie se termine au milieu d'un enthousiasme indescriptible aux cris mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s de Vive l'assemblĂ©e nationale ! Vive la libertĂ© ! Vive la nation ! Vive la loi ! Vive le roi ! » Le cortĂšge s'Ă©tant reformĂ© dans le mĂȘme ordre que prĂ©cĂ©demment il regagne la haute ville et s'arrĂȘte sur l'esplanade » oĂč a lieu la dislocation. La nuit venue la fĂȘte se poursuit; il y a bal, illumination et reprĂ©sentation théùtrale. Dix jours aprĂšs ce mĂ©morable Ă©vĂ©nement dĂ©partemental on cĂ©lĂšbre Ă Paris la fameuse fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration en commĂ©moration de la prise de la Bastille. Les gardes nationales du Gers s'y font reprĂ©senter par une importante dĂ©putation. Le seul district de Lectoure y envoie 14 dĂ©lĂ©guĂ©s auxquels le dĂ©partement accorde une indemnitĂ© individuelle de 600 livres. Les clubs. â Au cours de l'annĂ©e 1790, l'esprit rĂ©volutionnaire fait des progrĂšs considĂ©rables grĂące aux clubs qui se sont constituĂ©s dans les principales villes du dĂ©partement. Leurs membres expliquent les lois nouvelles, en surveillent PREMIER TRIMESTRE 1930. 19 l'exĂ©cution, achĂštent des biens nationaux, exhortent les paysanes Ă les imiter, prĂȘchent la nĂ©cessitĂ© de payer l'impĂŽt et s'efforcent de faciliter l'application de la constitution civile. En mars 1791 il existe 14 groupements gersois, directement affiliĂ©s Ă la SociĂ©tĂ©s des amis de la constitution » de Paris qui siĂšge Ă la maison des Jacobins de la rue St-HonorĂ©. Ces groupements se sont constituĂ©s dans les villes suivantes Auch, Cologne, Condom, Fleurance, Gimont, Lectoure, Lombez, Mirande, Monfort, MontrĂ©al, Nogaro, St-Clar, Tournecoupe et Vic-Fezensac Moniteur officiel » du 7 mars 1791, N° 66, p. 554. Plus important par le nombre et la qualitĂ© de ses membres, le club d'Auch exerce une influence prĂ©pondĂ©rante. Il est composĂ© de bourgeois cultivĂ©s, philosophes, franc-maçons et tolĂ©rants. Leur groupement est en relation non seulement avec la sociĂ©tĂ© parisienne des amis de la constitution mais aussi et surtout avec celle qui a Ă©tĂ© fondĂ©e Ă Toulouse le 6 mai 1790 sous les auspices de Dieu, de la Nation, de la Loi et du Roi. » DĂšs le 30 avril 1790, le Club d'Auch publie une adresse destinĂ©e Ă dissiper les alarmes que les prĂȘtres rĂ©fractaires font naĂźtre dans l'esprit des paysans. Le 6 juin de la mĂȘme annĂ©e, dans une seconde adresse il met les citoyens en garde contre les agissements des dĂ©tracteurs de la rĂ©volution au moment oĂč se prĂ©parent les Ă©lections gĂ©nĂ©rales. Dans une troisiĂšme publication, datĂ©e du 25 juin 1790, il dĂ©clare avec force que fidĂšle au but de son institution il poursuivra avec une constance de zĂšle inĂ©branlable le grand projet du bien gĂ©nĂ©ral. » Enfin, au mois de fĂ©vrier 1791, lorsque l'Ă©vĂȘque constitutionnel Barthe est en butte aux attaques de son prĂ©dĂ©cesseur la sociĂ©tĂ© auscitaine des Amis de la constitution » prend rigoureusement sa dĂ©fense. Dans une adresse aux citoyens du dĂ©partement » elle traite la question Ă©piscopale au triple point de vue thĂ©ologique, canonique et constitutionnel puis elle s'efforce de soutenir le courage de l'Ă©vĂȘque Barthe Ă qui elle Ă©crit ... Vous permettez, Monsieur, Ă notre tendresse filiale de faire Ă©clater les transports unanimes de notre indignation Ă la vue des manoeuvres coupa- 20 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. bles que pratique contre vous l'ex-Ă©vĂȘque du Gers. Oui, c'est en vain qu'il met en jeu tous les ressorts de l'hypocrisie et du faux zĂšle; tous ses artifices seront dĂ©voilĂ©s et la masse des citoyens honnĂȘtes prĂ©vaudra contre la ligue des passions injustes... ». Par le nombre considĂ©rable d'imprimĂ©s qu'elles rĂ©pandent dans le dĂ©partement les SociĂ©tĂ©s des Amis de la Constitution » informent le peuple des principaux Ă©vĂ©nements politiques, prĂ©parent l'opinion et luttent souvent avec efficacitĂ© contre les adversaires de la rĂ©volution. Ceux-ci, de leur cĂŽtĂ©, essayent, sans beaucoup de succĂšs d'ailleurs, de former des clubs monarchiques ». Un de ces clubs se constitue Ă Auch en fĂ©vrier 1791 sous la dĂ©nomination de SociĂ©tĂ© des amis de la paix ». Ses membres prĂȘtent le serment de maintenir la religion et de dĂ©fendre les opprimĂ©s » ; ils se pourvoient d'armes et de munitions. Un moment le directoire s'inquiĂšte de leurs agissements et redoute des troubles graves. Nous en trouvons la preuve dans son registre des dĂ©libĂ©rations oĂč on lit Ă la date du 21 fĂ©vrier 1791 La division des deux sociĂ©tĂ©s rivales est marquĂ©e dans leurs opinions et leurs principes. Leurs membres respectifs se rassemblent par pelotons dans les maisons, dans les rues, dans les promenades. La dĂ©fiance est dans les coeurs. L'effroi est peint sur les visages, et tout en un mot offre les prĂ©sages les plus sinistres La discussion et la discorde soufflĂ©es par le fanatisme agitent violemment cette malheureuse ville. Une querelle particuliĂšre peut, Ă chaque instant, devenir le signal d'une guerre civile et faire couler des ruisseaux de sang ». Troubles intĂ©rieurs. L'Ă©chauffourĂ©e d'Eauze. â Etant donnĂ© la surexcitation des passions religieuses et l'agitation violente des esprits, des troubles graves sont Ă craindre tant Ă Auch que sur divers points du dĂ©partement. Dans ces difficiles conjonctures, conscient de la lourde responsabilitĂ© qui pĂšse sur lui, le directoire Ă©crit Ă l'assemblĂ©e nationale et au roi pour lui exposer cet Ă©tat de choses; mais les communications avec Paris sont lentes et la situation est si alarmante PREMIER TRIMESTRE 1930. 21 que des mesures d'extrĂȘme urgence s'imposent. En consĂ©quence le directoire dĂ©pĂȘche l'un de ses membres auprĂšs de M. d'EsparbĂšs commandant en chef de la ci-devant province de Guyenne pour le supplier d'envoyer immĂ©diatement Ă Auch au moins un bataillon du 33e rĂ©giment d'infanterie ci-devant Touraine » alors en garnison Ă Agen, car il n'existe Ă Auch comme troupe rĂ©guliĂšre qu'un escadron du Royal-Pologne ou 5me rĂ©giment de cavalerie. DĂ©fĂ©rant Ă la pressante sollicitation des administrateurs du dĂ©partement, l'autoritĂ© militaire met Ă leur dispostion, non pas un bataillon du Touraine », mais deux bataillons du 7me rĂ©giment d'infanterie ci-devant Champagne ». GrĂące au concours de ces troupes de cavalerie et d'infanterie le Directoire parvient Ă maintenir l'ordre et la tranquilitĂ© dans toute l'Ă©tendue de son ressort administratif. Le 2 mars 1791, un groupe de cavaliers du Royal-Pologne est envoyĂ© Ă Nougaroulet et Ă Crastes, pour y disperser des attroupements sĂ©ditieux. Le lendemain, 30 autres cavaliers sont dirigĂ©s sur l'Isle-Jourdain, oĂč ils prĂ©viennent des troubles. D'autres dĂ©tachements vont Ă Lectoure et Ă Lauzerte dans le mĂȘme but. D'ailleurs les gardes nationales des environs d'Auch, offrent spontanĂ©ment leurs concours aux administrateurs du dĂ©partement Ministres des lois, leur dĂ©clarent-elles, ne craignez jamais de les faire exĂ©cuter, nous volerons au premier signal, nous vous entourerons du rempart de nos corps et ce ne sera qu'aprĂšs l'avoir entiĂšrement abattu que les ennemis de la chose publique troubleront vos augustes fonctions. » Les gardes nationale qui affirment ainsi leur zĂšle patriotique sont celles de Pavie, Preignan, Lahitte, Marsan, Montestruc, Roquelaure, Pessan, Puycasquier, Barran, Gaudoux, Biane, Lasseran, St-Jean-le-Comtal, ArbĂ©chan, Vicnau, Miramont, Duran, l'Ille-Orbeissan, Ordan, PĂ©pieux, Grenadette, et Lartigolle. En raison de leur caractĂšre vif et turbulent, les populations du Bas-Armagnac, inquiĂštent le directoire d'une maniĂšre toute particuliĂšre. Les Ă©vĂ©nements vont bientĂŽt justi- 22 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. fier cette inquiĂ©tude. En effet, le 20 mars 1791, Ă Eauze, Ă l'occasion d'un Te Deum », en l'honneur des ecclĂ©siastiques qui ont prĂȘtĂ© le serment, une furieuse contre-manifestation se produit Ă l'issue de la cĂ©rĂ©monie. Le fusil ou le poignard Ă la main on se bat avec acharnement dans les rues, on pille, on dĂ©molit des maisons, le sang coule et le calme, Ă grand peine rĂ©tabli, on relĂšve deux morts et de nombreux blessĂ©s. Le 22 mars, le directoire commet Duloya administrateur du dĂ©partement et Duffau, procureur-syndic du district de Condom, pour se rendre d'urgence Ă Eauze avec un dĂ©tachement du Royal-Pologne », dans le but d'y rĂ©tablir l'ordre et de prĂ©venir de nouveaux conflits. Mais, en dĂ©pit des efforts des commissaires pour calmer les esprit, les deux partis trĂšs excitĂ©s restent menaçants et de nouvelles Ă©chauffourĂ©es sont Ă craindre. En prĂ©sence de cette situation, par ses arrĂȘtĂ©s des 3 et 12 mai, le directoire dĂ©lĂšgue Ă Eauze, l'un de ses membres, Lafiteau, muni des pouvoirs les plus Ă©tendus. A peine arrivĂ© celui-ci juge de la difficultĂ© de sa mission et demande un coadjuteur »; on lui envoie Tarrible qui se rend Ă Eauze le 18 mai. Les deux commissaires ne pouvant rĂ©ussir Ă calmer les esprits vont simplement s'attacher Ă prĂ©venir de nouvelles effusions de sang; Ă cet effet ils exigent avec Ă©nergie que toutes les armes, et en particulier les armes Ă feu, soient remises par leurs dĂ©tenteurs aux officiers municipaux. Cette sage mesure, dont l'exĂ©cution ne va pas sans difficultĂ©s, est rĂ©alisĂ©e en quelques jours et produit les rĂ©sultats attendus. PREMIER TRIMESTRE 1930. 23 UN MIRANDAIS ANTIJACOBIN ! SOURIGUERE SAINT-MARC Auteur du RĂ©veil du Peuple » Inspirateur de Mlle Georges, la cĂ©lĂšbre tragĂ©dienne PAR M. JUSTIN MAUMUS Une circonstance fortuite permit, il y a quelque temps, Ă notre nouveau collĂšgue Me SouriguĂšre, notaire Ă Mirande, d'avoir connaissance d'une communication de M. BrĂ©gail, insĂ©rĂ©e dans le Bulletin du troisiĂšme trimestre 1913. Dans cette communication, notre savant collĂšgue parle de la dĂ©couverte qu'on lui avait signalĂ©e, de deux poĂ©sies antijacobines depuis longtemps oubliĂ©es, dont l'une est intitulĂ©e Le RĂ©veil du Peuple. Sur l'auteur de cette derniĂšre, il s'exprime de la maniĂšre suivante Un royaliste Ă©pargnĂ© par la hache rĂ©volutionnaire en avait Ă©crit fiĂšvreusement les vers il se nommait SouriguiĂšre de Saint-Marc. C'Ă©tait un poĂšte peu estimĂ© qui avait composĂ© quelques pĂąles et mĂ©diocres ouvrages dramatiques, notamment une tragĂ©die Octavie qui reprĂ©sentĂ©e au Théùtre Français provoqua d'unanimes sifflets. Un musicien distinguĂ© Pierre Gaveaux appliqua au RĂ©veil du Peuple, une musique quelconque et un chanteur nommĂ© Lays, le chanta avec beaucoup d'enthousiasme sur la scĂšne de l'OpĂ©ra. Cette cantate, rapidement rĂ©pandue, retentit jusque dans le Gers. Le chant antijacobin ne dĂ©passa guĂšre l'Ă©poque de la rĂ©action thermidorienne. La faute principale en est sans doute Ă la musique de Gaveaux qui manque d'inspiration et qui n'a rien de saisissant ni de viril. Le RĂ©veil du Peuple fut, en effet, le chant de guerre des thermidoriens, tous les historiens de la RĂ©volution le proclament et l'un des plus rĂ©cents s'exprime ainsi A toute armĂ©e il faut un chant de guerre ; le chant de celle-lĂ c'est le RĂ©veil du Peuple, paroles de SouriguiĂšre, musique de Gaveaux. Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pĂąlir vos bourreaux ! » 24 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Le RĂ©reil va bientĂŽt se chanter partout des théùtres, oĂč on l'entonne au dĂ©but et Ă la fin de chaque piĂšce, aux tribunes de la Convention mĂȘme oĂč il assombrit plus d'un front. Louis MADELIN, La RĂ©volution, page 388. Mais ce SouriguĂšre, dont on parlait alors d'un bout de la France Ă l'autre, qui Ă©tait-il ? et d'oĂč venait-il ? Personne ne l'a jamais dit. Le mieux informĂ© des historiens qui se sont occupĂ©s de lui le fait naĂźtre vers 1767, prĂšs de Bordeaux Ludovic Lalanne, Dictionnaire historique de la France. Or, SouriguĂšre Jean-Marcel et non SouriguiĂšre â il est temps de lui restituer son vĂ©ritable nom â est nĂ© Ă Mirande, ainsi qu'en tĂ©moigne son acte de baptĂȘme Le 9 avril 1763 fils Ă M. SouriguĂšre, notaire, conseiller du Roy et maire de la prĂ©sente ville et Ă Dlle Duffour, mariĂ©s ensemble, etc. Son arriĂšre petit-neveu, M. Henri SourriguĂšre, notaire, Ă Mirande, dĂ©tenteur de tous les souvenirs qu'il a laissĂ©s et dont son grand-pĂšre avait hĂ©ritĂ©, a eu la pensĂ©e de faire connaĂźtre certaines circonstances de sa vie jusqu'Ă prĂ©sent ignorĂ©es. Il a cru â bien Ă tort â que ma qualitĂ© de vieux Mirandais Ă©tait un titre suffisant pour me confier la rĂ©alisation de cette pensĂ©e. C'est Ă moi qu'il a fait l'honneur de s'adresser, mettant Ă ma disposition ceux des papiers de son arriĂšre grand-oncle qui ont Ă©chappĂ© aprĂšs maintes flambĂ©es Ă la main dĂ©vastatrice des cuisiniĂšres. Quoique Mirandais et ami de la famille, je n'ai nullement le projet de protester contre l'oubli dans lequel ce nom est tombĂ©, encore moins de rĂ©former les jugements de la postĂ©ritĂ©, quoique ses sentences ne soient pas toujours empreintes de stricte justice. Je dĂ©sire simplement faire connaĂźtre un peu mieux mon personnage et l'expliquer grĂące Ă une SociĂ©tĂ© Gasconne qui ne refusera pas Ă un Gascon, qui eĂ»t une heure de cĂ©lĂ©britĂ©, la faveur de le faire revivre une heure de plus au milieu de ses compatriotes. PREMIER TRIMESTRE 1930. 25 M. BrĂ©gail ne m'invite-t-il pas d'ailleurs Ă tenter cet essai, en disant Ă propos du RĂ©veil du Peuple, que si cet hymne ne dĂ©passe guĂšre l'Ă©poque de la rĂ©action thermidorienne, c'est sans doute la mĂ©diocritĂ© de la musique de Gaveaux qui en fut la cause. Issu d'une ancienne famille de notaires, Jean-Marcel SouriguĂšre, dont l'imagination poĂ©tique trouvait fastidieux et terre Ă terre le libellĂ© des Contrats ou Obligations Conventionnelles, ne tarda pas Ă se trouver Ă l'Ă©troit dans les murs â non encore dĂ©molis â de sa ville natale et voulut entreprendre, vers la vingtiĂšme annĂ©e, un voyage en lointain pays ». Cependant il ne suivit pas l'exemple de son compatriote mirandais Jean-Dominique Laudet parti pour les AmĂ©riques. Il n'alla pas plus loin que Paris, retenu peut-ĂȘtre par l'espoir d'y goĂ»ter cette douceur de vivre » que Talleyrand aimait Ă vanter plus tard Ă ceux qui ne l'avaient pas connue. Il est douteux que SouriguĂšre y ait trouvĂ© les mĂȘmes satisfactions que l'Ă©vĂȘque d'Autun, car ayant embrassĂ© la profession d'homme le lettres, il en connut certainement au dĂ©but les dĂ©ceptions qui attendent les nouveaux venus dans la carriĂšre. Il en fit l'aveu Ă son frĂšre le notaire restĂ© Ă Mirande, dans une lettre oĂč il dit que le pire des Ă©tats pour quiconque n'est pas riche est celui d'homme de lettres ». Mais il ne connut pas le dĂ©couragement. Ayant ajoutĂ© Ă son nom patronymique le nom de SaintMarc, il se mit au travail et parvint assez rapidement grĂące Ă ses Ă©crits, Ă conquĂ©rir une situation indĂ©pendante et mĂȘme Ă jouir ensuite d'une assez large aisance. En pleine activitĂ© lorsque la RĂ©volution Ă©clata, il avait fondĂ© ou acquis le journal Le Miroir, et pris pour collaborateurs des Ă©crivains royalistes de talent, notamment Beau- 26 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. lieu 1 qui Ă©tait chargĂ© de la critique littĂ©raire et artistique. Le journal n'occupait pas SouriguĂšre d'une façon exclusive il consacrait une grande partie de son temps Ă la composition de tragĂ©dies, de comĂ©dies, de sonnets, de quatrains, de couplets alors Ă la mode chez les poetoe minores de l'Ă©poque, couplets que chantait Mademoiselle Lange sur l'air de Je suis Lindor ». Se livra-t-il Ă ces travaux sous la Terreur ou seulement aprĂšs le 9 Thermidor ? Nous n'en savons rien. Ce qui est certain c'est qu'il a composĂ© pendant sa vie cinq tragĂ©dies et dix-huit comĂ©dies, en vers ou en prose. Enfin l'heure sonna oĂč il connut un succĂšs et une cĂ©lĂ©britĂ© que ne lui valurent jamais ni tragĂ©dies, ni comĂ©dies, ni poĂ©sies lĂ©gĂšres. Royaliste convaincu, il salua avec transport la chute de Robespierre et il la cĂ©lĂ©bra par cet hymne qui allait porter son nom jusqu'aux extrĂ©mitĂ©s du pays et qu'il appela Le RĂ©veil du Peuple. » M. BrĂ©gail et M. BĂ©nĂ©trix nous ont appris qu'il avait Ă©tĂ© chantĂ© jusqu'aux bains du CastĂ©ra. On l'avait entendu Ă©galement Ă Toulouse. Le journal Le Miroir », du 30 plairial 18 juin 1796, nous apprend que pour l'avoir chantĂ© chez elle une jeune ouvriĂšre, la citoyenne Gauzes, avait Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă vingt-quatre heures de prison, par un juge Ă tendances un peu trop jacobines. Reconnaissons que cet hymne avait eu des dĂ©buts heureux. Il avait Ă©tĂ© admirablement lancĂ© Ă l'OpĂ©ra par Lays 5, un des meilleurs chanteurs de l'Ă©poque. 1 Beaulieu Claude-François qui Ă©crivait dans d'autres journaux royalistes et collabora aussi Ă la Riographie Michaud, fut arrĂȘtĂ© et mis sur la liste des dĂ©portes aprĂšs le 18 Fructidor. Il rĂ©ussit Ă . s'Ă©chapper. 2 Il ne devait pas s'agir de l'artiste dramatique de ce nom dont on n'a jamais parlĂ© comme cantatrice. 3 Lay François, dit Lays, nĂ© le 14 fĂ©vrier 1758 Ă Labarthe-de-Neste. Les PĂšres de Garaison avaient fait son Ă©ducation musicale. Il avait dĂ©butĂ© Ă l'OpĂ©ra en 1779 par ordre du Roi. Il professa au Conservatoire de 1819 Ă 1826 Comme il avait embrassĂ© avec ardeur les idĂ©es rĂ©volutionnaires il faut suppo- PREMIER TRIMESTRE 1930. 27 Mais ces jours de gloire » dus au RĂ©veil du Peuple, furent suivis de lendemains tragiques. Survient le 18 Fructidor. ArrĂȘtĂ© comme royaliste et comme auteur du RĂ©veil du Peuple, SouriguĂšre est incarcĂ©rĂ© et condamnĂ© Ă la dĂ©portation en Guyane. Son journal Le Miroir » est supprimĂ©; et les 22 presses de son imprimerie sont confisquĂ©es. Tout renseignement nous faisant dĂ©faut sur cette pĂ©riode de sa vie de proscrit, nous savons seulement qu'il rentra Ă Paris aprĂšs le 18 Brumaire. Il reprit alors sa plume et chercha Ă retrouver sa place dans le clan des auteurs dramatiques. Il y trouva des ennemis. Le devait-il aux critiques de jadis parues dans son journal Le Miroir », ou encore Ă la rancune des jacobins qu'il n'avait pas mĂ©nagĂ©s dans le RĂ©veil du Peuple » ? C'est ce qu'il a toujours cru, et Ă quoi il attribua la chute de la tragĂ©die dont je vais parler. Le souci d'esquiver des cabales expliquerait peut-ĂȘtre aussi ce fait attestĂ© par des dĂ©clarations formelles que nous avons trouvĂ©es, Ă savoir que des piĂšces reprĂ©sentĂ©es au Théùtre Feydeau, dont il Ă©tait l'auteur, Ă©taient signĂ©es d'un autre nom que le sien. C'est sans doute Ă cette Ă©poque que remonte un distique qui de Paris arriva jusqu'Ă Mirande lĂ©gĂšrement acidulĂ©, mais assez amusant On dit qu'Ă tes Ă©crits tu souris SouriguĂšre, Mais si tu leur souris, on ne leur sourit guĂšre. Ces coups d'Ă©pingle ne le dĂ©courageaient pas. Il visait plus haut que le Théùtre Feydeau ou le Théùtrs Montansier. Enfin! nous sommes en 1806. ser que ce fut pour obliger un compatriote gascon, qu'il mit au service de l'antijacobin SouriguĂšre son aient de chanteur. Le musĂ©e de BagnĂšres-de-Bigorre possĂšde son portrait Ă l'huile, sous le costume d'un des rĂŽles qu'il avait tenu Ă l'OpĂ©ra. 28 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Une de ces tragĂ©dies Octavie, est reçue au Théùtre Français. L'on sait dĂ©jĂ qu'elle provoqua d'unanimes sifflets ». Et cela en dĂ©pit d'une distribution comme on n'en voit plus, puisqu'elle comprend au moins trois artistes qui comptent parmi les plus hautes illustrations de la scĂšne française. Qu'on en juge ! NĂ©ron M. LAFON 4. Octavie Mlle DUCHESNOIS 5. PoppĂ©e Mlle GEORGES 6. SĂ©nĂšque M. SAINT-PRIX. Segestes M. MICHELOT. Etc., etc. MalgrĂ© cela la piĂšce ne fut pas mĂȘme entendue. C'Ă©tait dans la soirĂ©e du 9 dĂ©cembre 1806 Le vacarme commença au lever du rideau, et ne cessa pas un instant. C'est Ă peine si Saint-Pry, artiste justement aimĂ© du public qui jouait le rĂŽle de SĂ©nĂšque put achever les quatre premiers vers de la piĂšce, ainsi conçus D'une cour sacrilĂšge oĂč le crime commande Segeste, que veux-tu dĂ©sormais que j'attende ? L'exĂ©crable NĂ©ron, couvert de sang humain S'il m'Ă©pargne aujourd'hui, m'immolera demain. D'une seconde loge part le cri A BAS SĂNĂQUE !! 4 Lafon Pierre, nĂ© Ă La Linde Dordogne, le 13 septembre 1775, mort Ă Bordeaux en 1856. DĂ©buta Ă la ComĂ©die-Française d'une façon Ă©clatante dans le rĂŽle d'Achille d'IphigĂ©nie en Aulide, le 8 mars 1800. Il balança longtemps dans le public la rĂ©putation de Talma. 5 Catherine-JosĂ©phine Rafuin, dite Duchesnois, nĂ©e Ă Saint-Saulger Nord le 5 juin 1877, morte Ă Paris le 8 janvier 1835. Son magnifique talent de tragĂ©dienne s'est affirmĂ© uniquement dans la tragĂ©die classique. Elle fut l'intime amie de Talma et son nom ne pĂąlit, pas auprĂšs de celui de l'admirable tragĂ©dienne, dit M. A. Pougin. 6 Marguerite-JosĂ©phine Weimer, dite Mlle Georges, nĂ©e Ă Bayeux le 23 fĂ©vrier 1787, morte Ă Passy-Paris le 11 janvier 1867. Une des artistes les plus illustres dĂ© son temps. DĂ©buta Ă la ComĂ©die-Française en 1802 oĂč son talent et se grande beautĂ© lui valurent des succĂšs magnifiques. Remarquable tragĂ©dienne dans le grand rĂ©pertoire tragique, elle obtint un renouveau de gloire et de succĂšs dans le théùtre romantique et les grandes oeuvres de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, etc., etc. PREMIER TRIMESTRE 1930. 29 On peut, sans nulle tĂ©mĂ©ritĂ©, affirmer que le spectateur irascible qui l'a poussĂ© n'avait pas de griefs assez sĂ©rieux contre le prĂ©cepteur de NĂ©ron, pour infliger en public Ă sa mĂ©moire un pareil outrage. Il visait un autre but. Aussi faut-il admettre avec SouriguĂšre qui l'a expliquĂ© et Ă©tabli dans la prĂ©face de sa piĂšce publiĂ©e immĂ©diatement aprĂšs, qu'une cabale avait Ă©tĂ© montĂ©e contre lui et que ce cri n'Ă©tait qu'un signal donnĂ© aux tapageurs. SouriguĂšre fait allusion aussi dans cette prĂ©face aux meneurs se vengeant ainsi du Miroir et du RĂ©veil du Peuple, alors qu'ils Ă©taient suffisamment vengĂ©s, dit-il avec raison, par ses cinq annĂ©es de proscription et par la perte de sa fortune. On ne siffle Ă bon droit que les paroles qu'on a entendues et qu'on trouve, Ă tort ou Ă raison, critiquables mais le parti pris est Ă©vident lorsqu'on siffle avant d'avoir entendu 7. D'ailleurs la piĂšce ayant Ă©tĂ© publiĂ©e, le grand public » put se rendre compte de l'injustice des manifestants de la premiĂšre et unique reprĂ©sentation. Sans vouloir faire oeuvre de critique, ne peut-on pas se demander, en s'inspirant du simple bon sens, s'il est admissible qu'une piĂšce absolument sans valeur et justifiant un tel charivari, aurait Ă©tĂ© reçue au plus renommĂ© des théùtres, le Théùtre Français ? Croit-on, en outre, que des artistes aussi remarquables que ceux qui l'ont jouĂ©e auraient consenti Ă galvauder leur nom et leur talent dans l'interprĂ©tation d'une oeuvre ridicule ? SouriguĂšre, avec son habitude du théùtre et le goĂ»t sĂ»r et Ă©clairĂ© qu'on lui reconnaissait, ne se serait pas trompĂ© Ă ce point lĂ . Nous allons voir que Mademoiselle Georges, malgrĂ© son immense talent, avouait ĂȘtre son obligĂ©e et devoir Ă ses conseils une partie de ses succĂšs. 7 Cette reprĂ©sentation d'Octavie fait penser au vacarme mĂ©morable qui signala la reprĂ©sentation de GaĂ«tana, d'Edmond About en 1862, au Théùtre de l'OdĂ©on. Ce soir lĂ non plus on n'entendit pas la piĂšce. La manifestation continua mĂȘme dans le quartier oĂč les Ă©tudiants parcoururent les rues, en, criant A bas About ! 30 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Et ceci est, nour nous autres Gascons, prodigieusement intĂ©ressant ! Nous pouvons prĂ©tendre, en effet, que c'est grĂące Ă des suggestions heureuses d'un cadet de Mirande que Mlle Georges a su trouver des accents qui ont enthousiasmĂ© ses contemporains. Voici quatre petits billets rĂ©vĂ©lateurs ; on va voir que si l'art y tient une grande place, le sentiment n'en a pas Ă©tĂ© exclu Je vous envoie, mon cher Monsieur Saint-Marc un billet pour ce soir. Je le laisse en blanc vous y mettrez la place que vous dĂ©sirez occuper. Comme vous n'avez pas daignĂ© m'indiquer un moment pour vous voir, je joue Athalie sans avoir reçu vos avis. Votre amie, GEORGES. Vendredi. Encore un service mon bien bon petit Saint-Marc ; acceptez Ă dĂźner et consentez Ă me faire travailler ce soir ; vos leçons si bonnes, si savantes me sont d'une utilitĂ© si grande. Si j'obtiens du succĂšs, vous direz c'est mon ouvrage. GEORGES. Ce 25. Mon cher Saint-Marc on a dĂ» vous porter hier la lettre de M. Jal 8, avec un petit mot de moi. Avez-vous eu l'extrĂȘme bontĂ© de vous en occuper ? Je vous prie, mon cher ami, de me faire l'amitiĂ© de venir dĂźner ; il faut que je rĂ©pĂšte mon 1er acte avec vous ; je n'ai pas Ă©tĂ© Ă la rĂ©pĂ©tition me sentant fatiguĂ©e. Je me soigne pour demain car c'est une fameuse soirĂ©e 9. Vous ajouterez Ă votre amabilitĂ© en consentant Ă venir Ă quatre heures pour rĂ©pĂ©ter avant le dĂźner je vous enverrai la voiture. GEORGES. Faut-il donc absolument que j'aye le chagrin d'ĂȘtre brouillĂ© avec mon meilleur ami ? Vous pouvez donc rester ainsi fĂąchĂ© avec moi ? Moi je ne le puis pas ; et malgrĂ© votre indiffĂ©rence je viens faire 8 Ancien Ă©lĂšve de l'Ecole navale, collabora en 1816 aux journaux d'opposition libĂ©rale ; s'essaya avec succĂšs dans la critique d'art. En 1831, il fut chargĂ© par de ministĂšre de la Marine de missions on Italie, en GrĂšce et en Turquie. Son principal ouvrage est le Dictionnaire Critique de biographie et d'histoire. 9 Ce billet est postĂ©rieur Ă l'armĂ©e 1816 ; ce n'est qu'Ă partir de cette Ă©poque que Jal lit ses dĂ©buts dans le journalisme et la critique. Dans tous les cas la fameuse soirĂ©e dont parle ce billet n'est pas celle d'Octavie qui remontait Ă 1806. A cette Ă©poque Jal nĂ© en 1795, n'avait que onze ans. PREMIER TRIMESTRE 1930. 31 les premiĂšres avances et vous demander Ă rĂ©parer mes torts si vous trouvez que j'en aye. Et alors me garderez-vous rancune ou me direz-vous Venez ma chĂšre amie j'aurais du plaisir Ă vous revoir. Et moi aussi j'en aurai et beaucoup. J'attends le mot que je dĂ©sire avec une bien vive impatience. Et serai toujours votre vieille amie. GEORGES. Le 6 dĂ©cembre. Au cours des annĂ©es qui suivirent la soirĂ©e du 9 dĂ©cembre 1806 et jusqu'en 1819, SouriguĂšre Saint-Marc semble ĂȘtre restĂ© en sommeil. Il se rĂ©veilla au retour des Bourbons et reprit sa lyre pour entonner un nouvel hymne le Second RĂ©veil du Peuple ; air du premier RĂ©veil, dĂ©diĂ© au roi Louis XVIII ; mais cette fois ce fut, semble-t-il, sans succĂšs. Il ne demeura pas inactif et voulut essayer d'obtenir la rĂ©paration des dommages qu'il avait subis sous les gouvernements prĂ©cĂ©dents. GrĂące aux brouillons qu'il a laissĂ©s, on sait qu'il demanda l'autorisation de faire paraĂźtre de nouveau Le Miroir, pour qu'il devint la gazette officielle de la Cour, et fut imprimĂ© Ă l'Imprimerie Royale. Il sollicitait mĂȘme la direction de cette imprimerie en rĂ©paration du prĂ©judice causĂ© par la confiscation de la sienne. Ces faveurs ne lui furent pas accordĂ©es, semble-t-il. Mais, pour reconnaĂźtre son dĂ©vouement Ă la cause royale, le roi Louis XVIII lui octroya des lettres d'anoblissement. Il fit partie de certaines associations royalistes et fut admis, notamment en 1819 dans l'Ordre royal Hospitalier militaire du Saint-SĂ©pulcre de JĂ©rusalem, sous le nom de SouriguĂšre de Saint-Marc. On trouve aussi trace dans ses papiers de relations entretenues avec les de Pastoret et avec Mathieu de Montmorency, celui qui fut l'un des plus fervents adorateurs de Madame RĂ©camier. S'il Ă©tait prĂ©occupĂ© d'obtenir pour lui des avantages, il 32 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. n'avait pas cependant oubliĂ© Mademoiselle Georges qui eut besoin de protecteurs auprĂšs du Roi, pour obtenir aprĂšs avoir quittĂ© la ComĂ©die-Française, un engagement Ă l'OdĂ©on, Ă©rigĂ© en second Théùtre Français. Dans le brouillon de sa lettre de remerciements au Roi â Ă©crit par SouriguĂšre â la tragĂ©dienne rappelle Ă Sa MajestĂ© la promesse qu'Elle a bien voulu lui faire d'avoir le bonheur de lui dire quelques scĂšnes de Racine et de Corneille ». Elle avait donc obtenu une audience de Louis XVIII, et il n'est pas tĂ©mĂ©raire de supposer que ce fut grĂące au concours de SouriguĂšre, que la vieille amie » avait obtenu cette faveur. A la ComĂ©die-Française on n'oubliait pas SouriguĂšre ce qui prouve qu'on ne le tenait pas pour un Ă©crivailleur quelconque, c'est que de 1824 Ă 1828, la ComĂ©die avait voulu monter sa tragĂ©die ayant pour titre FrĂ©dĂ©gonde. Les lettres de M. Le Mazurier, secrĂ©taire du ComitĂ© en font foi. Mais SouriguĂšre laissa passer son tour pour attendre que Talma Ă qui il rĂ©servait un rĂŽle fut libre. Or, de remise en remise, on arriva au 26 octobre 1826, jour oĂč ce grand artiste mourut. DĂ©couragĂ© et d'ailleurs vieillissant et fatiguĂ© de lutter, SouriguĂšre ne songea plus au théùtre et vĂ©cut ayant quelques amis fidĂšles, dans une retraite relative. Il mourut le 24 mars 1837, aprĂšs avoir instituĂ© son neveu Me Narcisse SouriguĂšre, notaire, Ă Mirande, son lĂ©gataire universel. La famille a gardĂ© de lui un souvenir reconnaissant et son arriĂšre-petit neveu en parle avec Ă©motion; je l'ai constatĂ© lorsque feuilletant ensemble les papiers jaunis, nous entendĂźmes une pendule sonner les heures. Elle fut donnĂ©e, me dit M. SouriguĂšre, en me la montrant, par l'oncle Ă ma grand'-mĂšre Ă l'occasion de son mariage. Cette jolie pendule est de pur style troubadour en bronze dorĂ© et reprĂ©sentĂ© un Amour prenant un papillon par les PREMIER TRIMESTRE 1930. 33 ailes, tout Ă fait dans le goĂ»t de l'Ă©poque ainsi que le globe qui la recouvre. Qu'elle ne sonne pour vous, lui Ă©crivait-il, que des heures heureuses ! » S'il nous entend, dĂźmes-nous, parler de lui et du RĂ©veil du Peuple », l'heure prĂ©sente est aussi pour lui une heure de bonheur. Une concession perpĂ©tuelle au CimetiĂšre Montmartre, assure le repos Ă ses cendres. Sa tombe entourĂ©e d'une grille en fer est surmontĂ©e d'une pierre tumulaire, ornĂ©e d'une urne voilĂ©e. Elle porte l'Ă©pitaphe suivante ICI REPOSENT LES MANES DE MARCEL SOURIGUĂRE SAINT-MARC NĂ A MIRANDE, GERS LE 7 AVRIL 1763 MORT A PARIS LE 24 MARS 1837 FROISSĂ PAR LA FORTUNE ET PPAR LES HOMMES QU'IL AVAIT CRU SERVIR IL VOULUT CACHER SA VIE COMME SA MORT. MAIS IL NE PĂRIRA PAS TOUT ENTIER MĂME SUR CETTE TERRE ET SA MĂMOIRE VIVRA PAR LE SOUVENNIR DU RĂVEIL DU PEUPLE. Laissons donc sa dĂ©pouille mortelle reposer en paix Ă l'ombre de cette pierre. Faisant cependant toutes rĂ©serves en ce qui concerne les MANES, qui vu leur immatĂ©rialitĂ© ne sont certainement pas enterrĂ©es au CimetiĂšre Montmartre, ajoutons que le rĂ©dacteur de l'Ă©pitaphe a retracĂ© assez exactement la vie un peu tourmentĂ©e du dĂ©funt. Il a mĂȘme eu une vision prophĂ©tique en promettant Ă sa mĂ©moire de vivre par le souvenir du RĂ©veil du Peuple. C'est, en effet, comme auteur de cet hymne que le nom de SouriguĂšre est restĂ© inscrit dans quelques livres d'oĂč un hasard heureux l'a fait sortir aujourd'hui grĂące Ă la communication de M. BrĂ©gail. 3 34 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. C'est encore le RĂ©veil du Peuple qui aura valu Ă son auteur de marquer sa place dans les annales de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers. Mais les injures du sort accusĂ©es par l'Ă©pitaphe, poursuivront-elles toujours notre Mirandais ? Et pourquoi faut-il que le souvenir du RĂ©veil du Peuple, ait fait sortir Octavie de son someil? DerniĂšre malice de la Fortune ! PREMIER TRIMESTRE 1930. 35 Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. JOSEPH GARDĂRE. Suite. CXVI. â LARROCHE DU BOUSCAT Joseph. Larroche du Bouscat Joseph, Ă©cuyer, nĂ© Ă Lialores, juridiction de Condom, le 14 mars 1729, de Philippe Larroche, Ă©cuyer, et de Catherine Laverny 935, fut ordonnĂ© prĂȘtre par Mgr de CossĂ©-Brissac, dans la chapelle Notre-Dame de l'Ă©glise cathĂ©drale de Condom, le 20 septembre 1755 936. Il avait Ă©tĂ© pourvu d'un canonicat au Chapitre de MontrĂ©al au mois de fĂ©vrier prĂ©cĂ©dent, n'Ă©tant encore que clerc tonsurĂ© 937. En 1763, il obtint une prĂ©bende sous-diaconale en l'Ă©glise cathĂ©drale de Condom 938, qu'il rĂ©signa en faveur de son neveu en 1773. Il avait Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment vicaire Ă la Hitte, notamment en 1760599. Plus tard, curĂ© de Notre-Dame de Buzet et chapelain de la chapelle de Saint-Antoine de Lialores, il rĂ©signe le premier de ces bĂ©nĂ©fices le 23 novembre 1786 940, et devient curĂ© de Saint-Cirice ; il administra cette paroisse jusqu'Ă la fermeture des Ă©glises 9l1. Il Ă©tait par consĂ©quent assermentĂ© et il figure sur les Etats des pensionnaires ecclĂ©siasiques du district de. Condom de l'An III avec la qualitĂ© Ă©teinte de curĂ©, comme domiciliĂ© Ă Lialores 942. A partir du 8 pluviĂŽse An VI, il exerce le ministĂšre Ă Cannes, et probablement Ă Lialores 943. Joseph Larroche mourut Ă Lialores, en son domicile, le 5 pluviĂŽse An VII, Ă l'Ăąge de 70 ans 944. 935 Registre par. de Lialores. 931 Registr. de l'Ă©vĂȘchĂ© de Condom Arch. dĂ©p. du Gers. 937 Acte de prise de possession du 8 fĂ©vrier 1755 Minutes LacapĂšre, Ă©tude PĂ©lisson, Ă Condom. 938 Acte du 3 juin 1763 Minutes LacapĂšre ; idem, du 24 aoĂ»t. 939 Registr. par. de Vicnau. 940 Minutes de Pugens, Ă©tude PĂ©lisson. â Il avait rĂ©signĂ© le 2 septembre 1774, la cure de HoueillĂ©s Ă laquelle il avait Ă©tĂ© nommĂ© le mĂȘme jour, Ă©tant dĂ©jĂ curĂ© de Buset. Minutes Pelauque, Ă©tude LebbĂ©. 941 Registr. par de Saint-Cirice. 942 Arch. municip. de Condom. 943 DĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 944 Etat civil de Lialores Condom. 36 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. CXVII. â LARROCHE DU BOUSCAT Jean-Philippe. Larroche du Bouscat Jean-Philippe, nĂ© Ă Lialores le 13 mai 1762, de noble Pierre Laroche du Bouscat, Ă©cuyer, et de Suzanne Derens de Terrete 945, prend possession d'une prĂ©bende sous-diaconale en l'Ă©glise cathĂ©drale de Condom, le 3 septembre 1773, sur la rĂ©signation de son oncle Joseph Larroche. Il n'Ă©tait alors que clerc tonsurĂ© 446. Devenu vicaire de Buset, il est nommĂ© curĂ© de Trignan en 1783; sur la rĂ©signation en sa faveur par Antoine de Castillon, le 2 avril de cette annĂ©e 947. Prorecteur de Lialores en 1787, il est nommĂ©, en 1788, curĂ© de cette paroisse ; il l'administrera jusqu'au mois d'octobre 1793. IL desservit de mĂȘme, en qualitĂ© de vicaire, la paroisse de Cannes, et mĂȘme Sainte-Raphine 948. Il Ă©tait, au moment de la RĂ©volution, chapelain de la chapelle de PĂ©-MercĂ© fondĂ©e dans l'Ă©glise de Larressingle 949. Jean-Philippe de Larroche figure parmi les Ă©lecteurs du canton de Condom convoquĂ©s pour aller, le 13 fĂ©vrier 1791, procĂ©der Ă la nomination de l'Ă©vĂȘque du dĂ©partement du Gers 950. Il signe le procĂšsverbal de l'Ă©lection des curĂ©s du district de Condom faite les 5, 6 et 7 juin suivants 951, est nommĂ© le 18 juin, Ă l'unanimitĂ© des suffrages prĂ©sident de l'AssemblĂ©e Ă©lectorale des citoyens actifs de toutes les paroisses externes du canton de Condom rĂ©unie aux PĂ©nitents Bleus, Ă l'effet de nommer les neuf Ă©lecteurs qui devaient se rendre Ă Auch, le 25 du mĂȘme mois, pour y procĂ©der Ă l'Ă©lection des neuf membres du corps lĂ©gislatif ; il est lui-mĂȘme dĂ©signĂ© comme l'un des neuf Ă©lecteurs. L'Ă©vĂȘque du dĂ©partement lui donna le pouvoir de biner pour l'Ă©glise de Cannes, le 23 fĂ©vrier 1792 952. Le 7 octobre 1792, il signe le procĂšs-verbal de nomination aux cures vacantes du district ; le 17 novembre suivant, il est Ă©lu membre du Conseil d'administration du district 953. L'annĂ©e suivante notamment aux mois d'avril et de mai, il est prĂ©sident dudit Conseil d'ad945 d'ad945 paroissiaux de Lialores. 946 Minutes LacapĂšre, Ă©tude PĂ©lisson 947 Minutes de Pugens, Ă©tude PĂ©lisson. 948 Registres paroissiaux de Lialores. Registr. de pĂ©tition du district, nos 478, 509, 785, 786, 813 et 814, 815 et et Arch. de la sous-prĂ©fect.. 949 Registre de recettes du produit des biens nationaux n° 128 Arch, mun. Condom. â Registre de pĂ©titions du district de Condom , n° 134. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 9501 ImprimĂ©. 951 Arch. de la sous-prĂ©fecture. Condom. 952 Registre Ă©piscopal de Marthe. Arch. dĂ©p. du Gers. 953 ProcĂšs-verbaux des assemblĂ©es Ă©lectorales du district de Condom. Arch. de la sous-prĂ©fecture. PREMIER TRIMESTRE 1930. 37 ministration 954. Au mois d'avril 1793, aussitĂŽt aprĂšs la formation des comitĂ©s de surveillance ordonnĂ©e dans les chefs-lieux des districts, il est dĂ©signĂ©, avec un de ses collĂšgues, pour faire partie de celui de Condom. Le curĂ© de Lialores, on le voit, prenait une part active Ă l'administration rĂ©volutionnaire. Il ne devait pas d'ailleurs s'en tenir lĂ . Par deux arrĂȘtĂ©s des 26 et 30 avril 1793, les reprĂ©sentants du peuple dĂ©lĂ©guĂ©s par la Convention dans les dĂ©partements du Gers et des Landes le nomment pour remplir les fonctions de commissaire ou agent supĂ©rieur militaire pour le recrutement dans le dĂ©partement du Gers, Ă la place du citoyen Loubens 955 ; au mois d'octobre suivant, il est Ă©lu commandant du 5e bataillon des volontaires du Gers, qui Ă©tait le bataillon du district de Condom 956 ; il opte pour ce dernier poste le reprĂ©sentant du peuple, Dartigoeyte, et le remplaça plus tard, le 9 pluviĂŽse An II; comme membre du Conseil du district 957. Il fut destituĂ© de ses fonctions de chef de bataillon vers la fin de l'An II ; mais sa destitution fut levĂ©e, sans rĂ©intĂ©gration il est vrai, par arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de salut public du 18 brumaire An III 958. Un tel patriote ne pouvait ĂȘtre soumis aux dispositions de l'arrĂȘtĂ© des reprĂ©sentants du peuple du 14 vendĂ©miaire An III qui astreignait les ex-ministres du culte Ă rĂ©sider au chef-lieu de leur district. Aussi s'empressa-t-il de demander Ă en ĂȘtre exemptĂ© attendu que quoiqu'il eĂ»t Ă©tĂ© de cette caste, il ne pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme tel puisqu'il s'Ă©tait dĂ©vouĂ© depuis longtemps Ă l'art militaire ; les reprĂ©sentants du peuple MallarmĂ© et Bouillerot, en sĂ©ance Ă Toulouse, sur l'avis et les observations du ComitĂ© rĂ©volutionnaire du district de Condom, portant que le pĂ©titionnaire n'avait jamais tenu Ă son Ă©tat de prĂȘtre dans le temps mĂȘme du rĂšgne de la superstition » et au vu de l'arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de salut public du 18 brumaire qui avait levĂ© la destitution du pĂ©titionnaire de chef de bataillon, dĂ©clarĂšrent, par leur arrĂȘtĂ© du 10 nivĂŽse An III, datĂ© de Toulouse, en 954 Lettre des administrateurs du district aux membres de la SociĂ©tĂ© des Amis de la libertĂ© et de l'Ă©galitĂ© de Valence, du 31 mai 1793. â Registr. des dĂ©libĂ©r. du directoire du district, avril 1793. Lettres,, etc. Arch de la sous-prĂ©fecture de Condom. â ArrĂȘtĂ© du district du 11 mai 1793. Arch. de la 955 Lettre du procureur gĂ©nĂ©ral syndic du dĂ©partement aux administrateurs du district de Condom du 1er mai 1793. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 956 Acte du 6e jour du 2e mois de la 2e annĂ©e 27 octobre 1793. Arch. de M. Plieux. Dans les premiers jours de l'An II, le gĂ©nĂ©ral en chef de l'armĂ©e des PyrĂ©nĂ©es-Orientales destina le bataillon de Condom pour la garnison de Bayonne et il s'y trouvait dans le mois de frimaire de cette annĂ©e. Lettre du procureur syndic du dĂ©partement aux administrateurs du district de Condom du 3e jour du 1er mois de l'An II. Arch, de la sous-prĂ©fecture. â DĂ©libĂ©r. municp. de Condom du 28 frimaire An II. 957 ArrĂȘtĂ© de Dartigoeyte du 9 pluviĂŽse An II. Arch. de la sous-prĂ©fect. 958 ArrĂȘtĂ© des reprĂ©sentants MallarmĂ© et Bouillerot du 10 nivose An III. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 38 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. sĂ©ance » que l'arrĂȘtĂ© du 14 vendĂ©miaire ne lui Ă©tait pas applicable et l'autorisĂšrent Ă aller habiter oĂč il jugerait Ă propos 959. En l'An IV, Jean-Philippe Larroche est nommĂ© prĂ©sident de l'administration municipale du canton de Condom par les Ă©lecteurs rĂ©unis en assemblĂ©e primaire 969. Il est commissaire du directoire exĂ©cutif prĂšs cette administration le 10 nivĂŽse an V 961. Il habite Lialores Ă cette Ă©poque ; mais il dĂ©clare le 27 florĂ©al An VI vouloir fixer sa rĂ©sidence dans la commune de Condom 962. Le 8 prairial de l'annĂ©e suivante, il est nommĂ© membre adjoint de l'administration du dĂ©partement ; il prĂȘte serment en cette qualitĂ© et il est installĂ© le 17 du mĂȘme mois. Il Ă©tait encore commissaire du directoire exĂ©cutif prĂšs l'administration municipale du canton de Condom 963. Le 1er prairial An VIII, il est enfin nommĂ© membre du conseil du premier arrondissement communal du dĂ©partement du Gers, par arrĂȘtĂ© des Consuls de la RĂ©publique 964. Jean-Philippe Larroche du Bouscat mourut Ă Lialores le 9 novembre 1828 965. Par testament olographe, il laissait aux pauvres de la commune de Lialores une rente annuelle de 20 francs payable par ses hĂ©ritiers le 1er janvier de chaque annĂ©e au curĂ© de Lialores ou aux fabriciens pour en faire ensemble la distribution aux plus nĂ©cessiteux 966, avec la volontĂ© expresse que l'administration des hospices et le gouvernement ne puissent s'immiscer en rien dans ce legs. CXVIII. - DE LARTIGUE Gabriel. Gabriel de Lartigue, nĂ© Ă Condom, paroisse de Saint-BarthĂ©lemy, le 1er mai 1750, de Messire Charles de Lartigue, Ă©cuyer, et de demoiselle Marie Bajole 967, est prĂ©bendier simple du Chapitre de Condom en 1775 968 ; et grand prĂ©bendier en 1118 969. Les Ă©lecteurs du district de Condom le nommĂšrent curĂ© de DĂ©mu 959 Arch, de la sous-prĂ©fecture. Condom. 901 DĂ©libĂ©r. municip. Condom du 17 brumaire An IV. 961 Arch, de la sous-prĂ©fecture de Condom. 902 DĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 903 Registr. des dĂ©libĂ©r. de l'administr. dĂ©partementale. 964 Arch. de la sous-prĂ©fecture de Condom. 965 Etat civil de Lialores. 906 Ce testament fut dĂ©posĂ© dans les minutes de M. Boutet par ordre du PrĂ©sident du tribunal du 15 novembre 1828. 907 Registres paroissiaux de Saint-BarthĂ©lemy de Condom 968 Acte du 29 dĂ©cembre 1775 minutes PĂ©lauque. Etude LebbĂ©. Il n'Ă©tait alors qu'acolythe et il obtint cette prĂ©bende par permutation de deux chapelles celle de Calonges desservie en l'Ă©glise des Cordeliers de NĂ©rac ; et celle de Sainte-Anne desservie Ă Saint-Luper-de-Goalard, avec Mathieu Roques qui lui cĂ©da la prĂ©bende. 969 Regist. de dĂ©libĂ©r. des hĂ©bdomadiers et prĂ©bendiers du chapitre cathĂ©dral de Condom. Archives municipales. PREMIER TRIMESTRE 1930. 39 le 7 juin 1791 ; mais il n'accepta pas ce poste. Il est en mĂȘme temps choisi comme aumĂŽnier par les religieuses dominicaines de Prouillan, le mĂȘme jour 970. A cette mĂȘme date, il avait Ă©tĂ© dĂ©jĂ nommĂ© aumĂŽnier de la Garde Nationale 971. Le curĂ© constitutionnel de Saint-Pierre, AndrĂ© Lasserre, le choisit comme vicaire, en 1791, dĂšs son Ă©lection Ă cette cure ; et nous le voyons Ă ce titre desservir spĂ©cialement la paroisse Saint-BarthĂ©lemy, Ă partir du 6 octobre 1791 jusqu'au 27 avril 1792 972. NommĂ© curĂ© de Sainte-Eulalie de Condom, Cieurac et Caulezun deux jours aprĂšs, le 29 avril, par les Ă©lecteurs du district de Condom 973, il reçoit, le 1er mai suivant, de l'Ă©vĂȘque Barthe, l'institution canonique pour cette cure 974, mais il continue de desservir en mĂȘme temps l'Ă©glise paroissiale de Saint-BarthĂ©lemy, en qualitĂ© de premier vicaire de Condom, jusqu'Ă la fermeture des Ă©glises 975. NommĂ© par dĂ©libĂ©ration du Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune du 30 dĂ©cembre 1791, membre du bureau de l'hĂŽpital 976, il est dĂ©signĂ© pour faire partie du Conseil comme notable, le 2 dĂ©cembre 1792 977. Le 3 mai 1793, une mission dĂ©licate lui est confiĂ©e concurremment avec un officier municipal par les sieurs Castex et Lacroix, commissaires du dĂ©partement, pour la visite du district, celle de se rendre tous les jours de dĂ©part et d'arrivĂ©e des courriers, au bureau de poste, Ă l'effet de surveiller et d'ouvrir toutes les lettres venant de l'Ă©tranger, ou destinĂ©es Ă y passer. Son civisme, sa probitĂ© et sa discrĂ©tion » le rendaient dignes de ce choix 978. Le 13 frimaire An II, il est nommĂ© officier public et confirmĂ© dans ce choix par Dartigoeyte le 17 ventĂŽse suivant, sur la dĂ©signation de la SociĂ©tĂ© Montagnarde 979. Le 17 nivĂŽse An II, le Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune lui donne 970 Archives dĂ©partementales du Gers. L. 503. 971 Acte de baptĂšme du 14 juillet 1791 de la paroisse de Saint-BarthĂ©lĂ©my de Condom et Arch. dĂ©part, du Gers. L. 503. â En cette derniĂšre qualitĂ©, le 5 juin 1792, on lui avait assignĂ© comme presbytĂšre l'aile gauche du sĂ©minaire au nord cuisine, salle Ă manger, 3 chambres Ă coucher, 2 rĂ©duits et dĂ©charges, Un administrateur du district s'y Ă©tait rendu avec un gĂ©omĂštre et M. Bouic, vĂ©rificateur des droits de l'enregistrement pour cette assignation. Archives dĂ©partementales du Gers. L. 504. 972 Registre de Saint-BarthĂ©lĂ©my. Il signe cependant les actes de catholicitĂ© Ă Saint-Pierre Ă la fin de 1791 et il paraĂźt desservir Saint-Michel pendant le mois d'octobre de cette annĂ©e. 973 Archives de la sous-prĂ©fecture. 974 Regist. Ă©piscop. de Barthe Arch. dĂ©part. 975 Il dessert de mĂȘme, un instant, Pujos en 1792 et Saint-Pierre pendant le 2° trimestre de 1793. Regist. de petit, du district de Condom, nos 386 et 939. Voir aussi nos 385. 512. 546. 691. 834, et Arch. de la sous-prĂ©fsct. 976 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. Il demeure membre du bureau de l'hĂŽpital jusqu'en janvier 1793. 977 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. 978 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. 979 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. 40 SOCIĂTĂ D'HISTQIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. mission de prononcer un discours pour clĂŽturer la fĂȘte qui devait avoir lieu le dĂ©cadi suivant, au siĂšge de la SociĂ©tĂ© populaire, Ă l'occasion de la prise de Toulon 980. Il avait obtenu un certificat de civisme le 3 octobre 1793 et le Tableau de sa vie politique devait ĂȘtre approuvĂ© le 26 germinal, les 1er et 2 florĂ©al An II. C'est qu'il Ă©tait des ci-devant nobles qui avaient, suivant l'arrĂȘtĂ© du reprĂ©sentant Dartigoeyte du 14 germinal, dĂ©veloppĂ© depuis 1789, un patriotisme Ă©nergique » 981. Commissaire nommĂ© par le Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune pour le cazernement de Prouillan » et pour la surveillance des dĂ©serteurs espagnols, en l'An II et en l'An III, il fait preuve de zĂšle et d'activitĂ© dans ces divers services 982. En mĂȘme temps, il reçoit en sa qualitĂ© d'officier public, depuis le mois de frimaire An II jusqu'au mois de brumaire An III, les dĂ©clarations des naissances, mariages et dĂ©cĂšs des citoyens de la commune 983. Le Conseil gĂ©nĂ©ral ordonne, le 9 pluviĂŽse An III, l'impression d'une proclamation qu'il l'avait chargĂ© de rĂ©diger Ă propos de la chertĂ© des vivres et de l'approvisionnement des marchĂ©s, et en ordonne la publication et l'envoi dans toutes les communes voisines 984. Le 22 brumaire, prĂ©cĂ©dent, il avait donnĂ© sa dĂ©mission d'officier public pour demeurer notable, les deux fonctions Ă©taient incompatibles en vertu de la loi du 24 vendĂ©miaire prĂ©cĂ©dent 985. Le 17 pluviĂŽse An III, il fut encore dĂ©signĂ© comme notable, par arrĂȘtĂ© du reprĂ©sentant du peuple Bouillerot, relatif Ă l'Ă©puration et Ă la rĂ©organisation des autoritĂ©s constituĂ©es ; il est installĂ© le lendemain 18, et il demeure en charge jusqu'au 27 messidor 986. En l'An IV 987, il reprend les fonctions de prĂȘtre qu'il avait abdiquĂ©es. Les paroissiens de Saint-BarthĂ©lemy le choisissent comme desservant et il fait, le 21 messidor de cette annĂ©e, la dĂ©claration prescrite par la loi du 7 vendĂ©miaire prĂ©cĂ©dent 988. Il devait desservir la paroisse de Saint-BarthĂ©lemy jusqu'au Concordat et exercer aussi, au moins pendant l'An VI, Ă Saint-Michel 989. 980 DĂ©libĂ©r. du 17 nivose An II, de Condom. 981 DĂ©libĂ©r. municip., Condom. 982 Documents divers. Arch. de la sous-prĂ©fect.. 983 Etat civil de Condom. 984 DĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 985 Idem. 986 Idem. 987 Il est dit dĂ©prĂštrisĂ© » dans un arrĂȘtĂ© relatif Ă la pĂ©tition n° 1026. RĂ©gist, des pĂ©titions du district Arch de la sous-prĂ©fect.. 988 DĂ©libĂ©r. municip. 989 Tableau du 4 thermidor An V relatif Ă l'exĂ©cution des lois du 7 vendĂ©miaire et du 22 germinal An IV ; dĂ©claration des 3 et 4 nivose An VI. Registr. des dĂ©libĂ©r. municip., Condom. â Registr. de la paroisse St-BarthĂ©lemy Arch. de l'Ă©glise. PREMIER TRIMESTRE 1930. 41 Il est nommĂ© membre de la commission des hospices le 21 ventĂŽse An V en vertu de la loi du 16 vendĂ©miaire, mĂȘme annĂ©e. Il est encore en fonctions en l'An VIII 990. Nous n'avons pas besoin de dire que Gabriel Lartigue avait prĂȘtĂ© les divers serments du 26 octobre 1790, du 14 aoĂ»t 1792 et du 19 fructidor An V 091. Il figure sur les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district ou de la commune de Condom de l'An III, de l'An VI et de l'An IX, et sur la Liste des prĂȘtres constitutionnels domiciliĂ©s dans la commune de Condom comme desservant l'Ă©glise de Saint-BarthĂ©lemy, du 25 vendĂ©miaire, An XI 992. Il ne devait pas ĂȘtre compris dans les nominations faites par Mgr Jacoupy le 3 thermidor suivant. Les notes reçues sur son compte ne le lui permettaient pas. Ces notes, qui vinrent pourtant de trois sources diffĂ©rentes, nous paraissent exagĂ©rĂ©es. Voici deux de ces notes 1° Lartigue desservant l'Ă©glise du troisiĂšme faubourg, ancien prĂ©bendier, n'ayant jamais Ă©tĂ© approuvĂ©, profondĂ©ment ignorant, dĂ©bauchĂ©, dĂ©prĂȘtrisĂ©, ayant fait abattre les croix, blasphĂ©mĂ© publiquement l'Evangile et le sacerdoce, employĂ© comme artilleur Ă Condom lorsque l'exercice du culte fut interdit, n'ayant cessĂ© de vocifĂ©rer Ă la tĂȘte des clubs, enfin fameux par ses scĂ©lĂ©ratesses, c'est de notoriĂ©tĂ© publique » ; 2° Lartigue, apostat, ayant dĂ©moli les croix, blasphĂ©mĂ© publiquement l'Evangile et le sacerdoce, s'Ă©tait fait constituer officier public pour recevoir la dĂ©claration des mariages, puis artilleur, enfin coupable de tous les excĂšs de la RĂ©volution, ignorant et dĂ©bauchĂ©, exerçant dans l'Ă©glise du faubourg du Pradau, ĂągĂ© de 56 ans 993. La qualification d'artilleur nous paraĂźt inexacte, Ă moins qu'il n'ait pris part aux exercices des troupes pendant leur sĂ©jour Ă Condom. Nous pensons qu'elle lui est donnĂ©e simplement parce qu'il s'occupe, Ă©tant officier municipal, des affaires militaires. Il y eut d'ailleurs de l'artillerie volante cantonnĂ©e Ă Condom, d'aprĂšs les dĂ©libĂ©rations municipales du 19 ventĂŽse et du 1er germinal An III. L'abbĂ© de Lartigue ne fit pas d'ailleurs sa soumission Ă l'Ă©vĂȘque qui fut obligĂ© de l'interdire 994. 990 DĂ©libĂ©r. municip. du 21 ventose An V et Arch hospitaliĂšres de Condom. 991 Il prĂȘta ce dernier le 28 fructidor. DĂ©libĂ©r. municip. Le 12 juillet 1791, il dĂ©clarait ĂȘtre dans l'intention de prĂȘter serment, conformĂ©ment Ă la loi du 26 dĂ©cembre 1790. 992 Archives municipales, Condom. 993 Arch. de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen. 994 L'abbĂ© de Cadignan, qui avait reçu mission de lui porter la sentence d'interdiction, redoutant des explications regrettables, chargea un laĂŻque, le sieur Jacques Fourteau, de la lui porter en son nom. Nous tenons ce dĂ©tail du fils du mandataire, Paul Fourteau, dĂ©cĂ©dĂ© rĂ©cemment. â Mgr Jacoupy fut obligĂ© de lancer deux cents interdits dans le dĂ©partement du Gers, lesquels furent sanctionnĂ©s par le prĂ©fet. Notice historique sur Mgr Jacoupy, par le chanoine DELRIEU, p. 88. 42 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Il mourut dans sa maison, faubourg du Pradau, le 4 octobre 1815 995. D'aprĂšs la tradition, il ne s'Ă©tait pas retractĂ©. CXIX. â DE LARTIGUE AndrĂ©. De Lartigue AndrĂ© fils de Messire Charles de Lartigue, Ă©cuyer, et de demoiselle Marie Bajole, naquit Ă Condom, paroisse de SaintBarthĂ©lemy, le 7 novembre 1755 996. D'abord vicaire Ă Saint-Pierre de Buset, de 1782 Ă 1786 997, il est prĂ©sentĂ© comme tel, avec la qualification d'Ă©cuyer, par la prieure du monastĂšre de Prouillan, Ă l'Ă©vĂȘque de Lectoure, pour la cure de Bardigues, le 1er avril 1786. Il Ă©tait alors docteur en thĂ©ologie 998. AndrĂ© de Lartigue prĂȘta serment comme curĂ© de Bardigues. Le 5 vendĂ©miaire An III, il se prĂ©sente devant le district de Condom et dĂ©clare qu'il y transfĂšre son domicile, en abandonnant celui de Lectoure oĂč il Ă©tait, et qu'il veut y ĂȘtre payĂ©. Aussi le voyons-nous figurer sur les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district de l'An III comme domiciliĂ© Ă Condom 999. Le 10 messidor An III, il fit, devant la municipalitĂ© de cette ville la soumission requise pour exercer le culte en vertu de la loi du 2 prairial 1000 ; nous ne savons oĂč il alla depuis ; mais il y a lieu de croire qu'il revint Ă Bardigues. Quoi qu'il en soit, le 3 thermidor An XI, Mgr Jacoupy le replaçait dans son ancienne paroisse 1001. Il la gouverna jusqu'en 1841, Ă©poque Ă laquelle il fut, dit-on, frappĂ© d'interdiction par l'Ă©vĂȘque de Montauban auquel il suscita des difficultĂ©s. L'esprit rĂ©volutionnaire avait laissĂ© ses traces chez l'abbĂ© Lartigue qui composa, dans ce temps, une piĂšce de vers oĂč l'Ă©piscopat est fort maltraitĂ©. Cette poĂ©sie qui fut imprimĂ©e Ă Castelsarrasin, chez Vitrac, fut peut-ĂȘtre la cause de son interdiction 1002. Son successeur, l'abbĂ© Franc, dĂ©cĂ©dĂ© depuis 1883, s'employa Ă faire relever de l'interdit l'abbĂ© de Lartigue qui mourut Ă Bardigues, le 28 octobre 1845, Ă l'Ăąge de 90 ans 1003. 995 Etat civil de Condom. 996 Regist. paroissiaux de Saint-BarthĂ©lemy de Condom. 997 Actes du 23 mars 1784 minutes PĂ©langue, Ă©tude LebbĂ© Ă Condom. 998 Actes du 13 fĂ©vrier 1787 minutes de PĂ©lanque, Ă©tude LebbĂ©. 999 Archives municipales. 1000 Registre des dĂ©libĂ©rations municipales, Condom. 1001 Tableau de circonscription des cures et paroisse du dĂ©partement du tiers. ImprimĂ©. 1002 L'abbĂ© de Lartigue, esprit cultivĂ© mais indĂ©pendant, sacrifiait volontiers aux muses. Nous avons entre les mains, grĂące Ă l'obligeant secrĂ©taire de la mairie de Bardigues. M. Fieuzal, une Ă©pitre satirique adressĂ©e Ă son doyen, M. Pome, curĂ© de Lavit, avec lequel il avait eu des difficultĂ©s. M. Fieuzal nous a Ă©galement communiquĂ© la piĂšce de vers contre l'Ă©piscopat. 1003 Etat civil de Bardigues. PREMIER TRIMESTRE 1930. 43 CXX LARTIGUE RaphaĂ«l. Lartigue RaphaĂ«l, nĂ© Ă Francescas, de Jacques Lartigue et de Marie Derrey, entra dans la CongrĂ©gation de l'Oratoire. Il est chargĂ© de la pension Ă notre collĂšge en 1779-1780, n'Ă©tant encore que ConfrĂšre. Il y reparaĂźt de 1786 Ă 1791 Ă titre de supplĂ©ant ; mais il est prĂȘtre Ă cette Ă©poque et il est dĂ©signĂ© sous le titre de P. Lartigue 1004. Il prĂȘta serment avec ses confrĂšres le 27 fĂ©vrier dans l'Ă©glise SaintPierre 1005. Nous pensons que c'est lui que l'administration municipale et la CongrĂ©gation de l'Oratoire dĂ©signĂšrent en 1791, mais inutilement, pour remplacer le supĂ©rieur du CollĂšge qui avait refusĂ© de prĂȘter serment 1006. Il fut nommĂ© desservant Ă La Serre, canton de Francescas, le 17 florĂ©al An XI 1007, passa depuis Ă Sant-Cirice et fut, paraĂźt-il, vicaire de Moncrabeau en mĂȘme temps. Il mourut Ă Francescas le 15 aoĂ»t 1834 1008. CXXI. â LARTIGUE AndrĂ©. AndrĂ© Lartigue, du Petit Goalard, Ă©tait curĂ© d'Allons, dans le diocĂšse de Condom, au moment de la RĂ©volution 1009. Il fut nommĂ© curĂ© de Vopillon par les Ă©lecteurs du district de Condom, le 30 avril 1792, la cure se trouvant vacante par dĂ©faut de prestation de serment du titulaire ; mais il ne dut pas accepter ce poste qui fut donnĂ© par les Ă©lecteurs, le 7 octobre suivant, au citoyen Fontenille 1010. Il serevint plus tard Ă son ancienne cure d'Allons et GoĂ»ts, canton de H... dans les Landes, et c'est de lĂ qu'il remit, le 28 florĂ©al An III, au district de Condom, un certificat qui lui avait Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© par lĂ© directoire du district de Casteljaloux, le 23 du mĂȘme mois, portant qu'il a fait sa dĂ©claration de domicile dans le district de Condom. Il est dit fils d'AndrĂ© Lartigue et de Marie Lagrola, et nĂ© le 24 fĂ©vrier 1758. AndrĂ© Lartigue, vulgo du Petit Goalard, curĂ© d'Allons et Gouts, ancien diocĂšse de Condom il signe ainsi, envoya son adhĂ©sion au Concordat par dĂ©claration datĂ©e de RĂ©aup, le 23 thermidor An X 1012. 1004 Registres de l'ancien collĂšge de Condom. Arch. municipales. 1005 Archives dĂ©partementales du Gers. 1006 L'instruction publique Ă Condom sous l'ancien rĂ©gime, par J. GARDĂRE. 1007 Tableau de circonscription des cures et paroisses du dĂ©partement du Lot-et-Garonne. ImprimĂ©. 1008 Etat civil de Francescas. 1009 Acte du 7 avril 1791. Etude JoyĂ© Ă MĂ©zin. 1010 ProcĂšs-verbaux de nomination aux cures du district de Condom. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1011 Extrait du registre paroissial de Saint-Jean de MĂ©zin, et Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne, L. 502. 1012 Arch. dĂ©part, du Lot-et-Garonne, sĂ©rie V. 44 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. CXXII. â LASSALLE Jean-Joseph Lassalle Jean-Joseph, nĂ© Ă Condom, paroisse de Saint-BarthĂ©lemy le 27 aoĂ»t 1759, de Jean Bay dit Lassalle, chevrier, et de Catherine Dutoya 1013, est vicaire au Nomdieu en 1787. NonmĂ© vicaire Ă SaintMichel de Condom au commencement de l'annĂ©e suivante, il dessert cette paroisse jusqu'au mois de juillet 1791. Il prĂȘta le serment du 26 dĂ©cembre 1790 dans cette Ă©glise, aprĂšs la messe, devant les officiers municipaux de Condom 1014. Le curĂ© constitutionnel de Condom le maintient Ă cette Ă©poque comme son vicaire, et nous le voyons exercer Ă Saint-Pierre 1015. Le 25 septembre suivant, 1791, les Ă©lecteurs du district de Condom le nomment Ă la cure de Saint-Puy, vacante par la dĂ©mission de l'abbĂ© Buret 1016, et il dessert cette importante paroisse jusqu'Ă la fermeture des Ă©glises 1017. Il se retire depuis Ă Condom et il figure sur les Ă©tats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district de Condom de l'An III avec sa qualitĂ© Ă©teinte de curĂ©, comme domiciliĂ© dans notre ville. 1018. Le 28 messidor An III, il fait la dĂ©claration d'exercer le culte dans l'Ă©tendue de la commune en vertu de la loi du 11 prairial ; et le 1er brumaire An IV, il fait celle prescrite par la loi du 7 vendĂ©miaire prĂ©cĂ©dent 1019. Lassalle Joseph ne tarda pourtant pas Ă rentrer au Saint-Puy oĂč il continua de desservir la paroisse et oĂč il reprit ses anciennes fonctions, mais il ne fut pas compris dans les nominations faites le 3 thermidor An XI, et il ouvrit une Ă©cole. Il devait ĂȘtre une cause de trouble et de dĂ©sordre soit par ses Ă©lĂšves, soit par ses adhĂ©rents. Aussi M. Morlan, maire du Saint-Puy, demanda-t-il Ă l'Ă©vĂȘque, le 28 ventĂŽse An XII, dans l'intĂ©rĂȘt de la religion et de la tranquillitĂ© publique, de placer M. Lassalle, ex-curĂ© du Saint-Puy, comme desservant dans une autre succursale. Cette demande fut favorablement accueillie ; au mois de germinal suivant, il Ă©tait nommĂ© desservant Ă Rieupeyroux, canton de MontrĂ©al 1020. Le maire lui annonçait, le 28 de ce mois, que M. Desterac, curĂ© de Condom, avait reçu mission de l'installer canoniquement dans cette paroisse, mais qu'il lui fallait auparavant prĂȘter le serment exigĂ© 1013 Registr. par. de Saint-BarthĂ©lemy de Condom. 1014. Arch. dĂ©p. du Gers. L. 503. 1015 Regist. par. de Saint-Michel et de Saint-Pierre. Il figure Ă cette Ă©poque comme premier vicaire de Condom sur les registres du paiement des fonctionnaires ecclĂ©siastiques. 1016 ProcĂšs-verbal de nomination aux cures du district des 24 et 25 septembre 17991. Arch. de la sous-prĂ©fect. 1017 Archiv. municip. de Condom. 1018 Ibid. 1019 Ibid. . 1020 Correspondance ou copie des lettres Ă©crites par M. Morlan, maire du Saint-Puy. Arch. privĂ©es. PREMIER TRIMESTRE 1930. 45 par le Concordat. Nous ne savons si M. Lassalle accepta le poste, mais il n'y fut pas installĂ©. Il devait mourir au Saint-Puy, le quatriĂšme jour complĂ©mentaire An XII, Ă l'Ăąge de 45 ans, et le bruit courut qu'il avait Ă©tĂ© empoisonnĂ© par son domestique 1021. CXXIII. â LASSERRE AndrĂ©. Lasserre AndrĂ©, nĂ© le 27 novembre 1727, de Charles Lasserre, marchand, et de Marie Labarthe, est grand prĂ©bendier du Chapitre CathĂ©drale de Condom dĂšs 1755 1022. Nous le trouvons, en 1765, docteur en thĂ©ologie et syndic des prĂȘtres servant le Purgatoire 1023. Il est secrĂ©taire de l'Ă©vĂȘchĂ© dĂšs au moins 1763 1024. Le 28 septembre 1775, il prend possession de la cure Notre-Dame de Cannes et de ses annexes Saint-Laurent de Sarrasan et Saint-BarthĂ©lemy d'Escrimis, Ă laquelle il avait Ă©tĂ© nommĂ© la veille, et il se dĂ©met le lendemain de son bĂ©nĂ©fice de grand prĂ©bendier 1025. Il devait gouverner la paroisse de Cannes jusqu'Ă la RĂ©volution 1026. AndrĂ© Lasserre, qui avait Ă©tĂ© longtemps secrĂ©taire et aumĂŽnier de l'Ă©vĂȘque fut Ă©lu curĂ© de Condom, en remplacement de M. Desterac qui avait refusĂ© de prĂȘter serment, par l'assemblĂ©e des Ă©lecteurs du district de Condom tenue dans le choeur de l'Ă©glise de Saint-Pierre, les 5, 6 et 7 juin 1791 1027. Cette Ă©lection, qui fut la premiĂšre, donna lieu Ă une manifestation de sympathie en faveur du nouvel Ă©lu. Une dĂ©putation de la Garde Nationale et de la SociĂ©tĂ© des Amis de la Constitution rĂ©unis se prĂ©senta le lendemain soir Ă l'assemblĂ©e Ă©lectorale rĂ©unie dans le choeur de l'Ă©glise Saint-Pierre et par l'organe de M. Copin-Lagarde, commandant de la Garde Nationale, lui tĂ©moigna la satisfaction qu'Ă©prouvaient tous les citoyens de Condom du choix Ă©clairĂ© qu'elle avait fait du sieur Lasserre pour leur pasteur ». Le prĂ©sident rĂ©pondit que l'assemblĂ©e Ă©lectorale Ă©tait trĂšs flattĂ©e de la dĂ©marche de la Garde Nationale et de la SociĂ©tĂ© des Amis de la Constitution et 1021 Ibid Lettre dĂ© M. Morlan du 3e jour de l'An XIII Ă M. Courtes, officier de santĂ©. â Etat civil de Saint-Puy. 1022 Acte du 20 mars. Minutes de PĂ©lauque Ă©tude LebbĂ©. Il est nommĂ© dans cet acte trĂ©sorier du bas-choeur. 1023 Acte du 9 aoĂ»t minutes LacapĂšre Joseph, Ă©tude PĂ©lisson. 1024 Lettre de Mgr d'Anterroche du 3 juin 1703. Arch. municip.. 1025 Minutes de Raynaud-Corne, Ă©tude PĂ©lisson actes des 28 et 29 septembre 1775. 1026 Registres paroissiaux, passim. 1027 Il fut remplacĂ© Ă la cure de Cannes par le prĂȘtre constitutionnel Vianes, des Hautes-PyrĂ©nĂ©es, Ă©lu par acclamation des Ă©lecteurs du district de Condom du 7 octobre 1792. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 46 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. qu'elle se fĂ©licitait d'avoir donnĂ© Ă la ville de Condom un pasteur qui fut agrĂ©able Ă tous les citoyens 1028. AndrĂ© Lasserre fut instituĂ© canoniquement par l'Ă©vĂȘque constitutionnel du dĂ©partement le 16 du mĂȘme mois de juin et gouverna par lui-mĂȘme ou par ses vicaires la cure de Condom jusqu'au Concordat 1029. Il avait prĂȘtĂ© le serment du 26 dĂ©cembre 1790, le dimanche 27 fĂ©vrier 1791, dans l'Ă©glise de Sarrasan, aprĂšs la messe, devant les officiers municipaux, il prĂȘta celui du 14 aoĂ»t 1792 le 11 octobre suivant 1030. Peu de jours aprĂšs la fermerure des Ă©glises, le 29 nivĂŽse An II, il obtenait un certificat de civisme 1031. Le 25 thermidor An III, AndrĂ© Lesserre fait sa dĂ©claration d'exercice du culte en vertu de la loi du 11 prairial prĂ©cĂ©dent. Le 27 vendĂ©miaire An IV, il fait celle prescrite par la loi du 7 du mĂȘme mois 1032. Le 18 aoĂ»t 1896 1er fructidor An IV, il est Ă©lu Ă Condom, archiprĂȘtre de l'arrondissement. Cette Ă©lection est confirmĂ©e le 6 septembre suivant 20 fructidor par le presbytĂšre assemblĂ© » 1033. Il prĂȘta le serment du 19 fructidor An V, le 29 de ce mois 1034. AndrĂ© Lasserre figure 1° dans les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district ou de la commune de Condom de l'An III, de l'An VI et de l'An IX, comme domiciliĂ© Ă Condom 1035 ; 2e Dans le Tableau ralatif Ă l'exĂ©cution des lois du 7 vendĂ©miaire et du 22 germinal An IV, dressĂ© par la municipalitĂ© de Condom le 4 thermidor An V 1036 ; 3° Dans le Tableau des prĂȘtres dont l'administration municipale a reçu les dĂ©clarations en exĂ©cution de l'article 6 de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire An VI, ledit Tableau envoyĂ© Ă Auch le 4 pluviĂŽse An VIII 1037 ; 4° Dans l'Etat des prĂȘtres constitutionnels domiciliĂ©s dans la commune de Condom des 25 vendĂ©miaire An XI, comme ci-devant curĂ© de Cannes et, depuis la RĂ©volution, curĂ© et archiprĂȘtre de SaintPierre de Condom 1038. 1028 ProcĂšs-verbal de nomination aux cures du district des 5, 6 et 7 juin 1791. Arch, de la sous-prĂ©fecture. 1029 Registre Ă©piscopal de Barthe. Arch. dĂ©p. Gers. 1030 Arch. dĂ©part, du Gers. L. 503. 1031 Registre des dĂ©libĂ©r. municip. Condom. 1032 Ibid. 1033 Registre Ă©piscopal de Barthe Arch. dĂ©p. Gers. 1034 Registre des dĂ©libĂ©rations municipales. 1035 Archives municpales, Condom. 1036 Idem. 1037 Archives dĂ©partementales du Gers. 1038 Archives municipales, Condom. PREMIER TRIMESTRE 1930. 47 Il ne fut pas compris, malgrĂ© les dĂ©marches qui furent faites pour le conserver dans les nominations du 3 thermidor An XI 1039. Du reste, Ă l'Ă©poque du Concordat, Ă cause de son Ăąge et de ses infirmitĂ©s, il ne disait la messe que les dimanches et fĂȘtes, et encore quand il le pouvait. AndrĂ© Lasserre mourut dans sa maison, Ă Condom, le 2 dĂ©cembre 1807, Ă l'Ăąge de 80 ans et 4 jours 1040. 1039 Pour plus amples dĂ©tails, recourir au chapitre sur le culte dans l'Histoire religieuse de Condom, par J. GARDĂUE, publiĂ© dans la Rev. de Gascog. Edition Ă part. â Une note nous apprend qu'il avait remis les lettres de prĂȘtrise. Archiv. de l'Ă©v'ĂȘchĂ© d'Agen. 1040 Etats civil de Condom. A suivre. 48 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. LES GUERRES FRATRICIDES A MONFORT GERS PAR M. LUDOVIC MAZĂRET De la SociĂ©tĂ© des Gens de Lettres. Suite et fin Ayant esgard Ă la requeste Ă nous ci-dessus prĂ©sentĂ©e par les suppliants, Nous les avons deshargĂ©s et deschargeons des aydes, contributions prestendues par les consuls dudit Mauvezin auxquels il auroit.... 12... Nous faisons expresses prohibitions et dĂ©fenses de prendre, exiger ou faire contribuer aulcune chose par ladite garnison sous peyne de rĂ©pondre en leurs propres noms. Fait Ă Bourdeaux, le sixiĂšme jour de mars 1623, Par Monseigneur, Signature Ă peine apparente et en grande partie disparue A leur retour de Bordeaux, le 23 mars, Montaugier et le sieur de Saint-Aubin rapportent la dĂ©charge du duc, et le lendemain, de grand matin, accompagnĂ©s, du notaire, Bousquier, Janotet de BroquĂȘville, Biaise Dufau, Taupiac, etc., se rendent Ă Mauvezin et notifient aux capitaines Trigat et Grateloup l'ordonnance du duc. Le capitaine Trigat allĂ©gua de grandes indignitĂ©s envers eulx » et il. en profita mĂȘme pour retenir prisonnier le sieur Montaugier qui ne fut relaxĂ© que sous caution du sieur de Chabanon. En rentrant, le 24 mars, on dĂ©libĂ©ra que Bousquier et Montaugier reviendront Ă Bordeaux, demander justice au duc des affronts qu'ilz et les habitans ont receu au dict Mauvezin par led- capitaine Trigat et des rabages et actes d'hostillitĂ© que les souldats ont comis ez endroits des habitans ». Avant de partir, le 25, ils chargent 12 Mots effacĂ©s. PREMIRR TRIMESTRE 1930. 49 le sieur de Saint-Aubin d'aller faire la mĂȘme signification aux autres capitaines, campĂ©s dans diverses villes et les sieurs Mazars et Lannelongue, jurats, vont par les villaiges circumvoisins sçavoir s'ils se veullent garantir de l'oppression que les dicts capitaines font ». AprĂšs la signification de l'ordonnance, les capitaines refusĂšrent de rendre le bĂ©tail qu'ils avaient pris; et comme les villaiges » sont de l'avis de Monfort, le voyage Ă Bordeaux est rĂ©solu et les sieurs Montaugier et de Saint-Aubin le feront. Le 27 mars, les consuls de Mauvezin ont offert rendre le bestail du sieur de Saint-Aubin en en payant la despance ». Ce qui est acceptĂ©, mais la visite au duc est maintenue. A leur retour, le 7 avril, ils rendent compte de leur mission. Le duc d'Epernon leur rĂ©pondit qu'ils repartissent sans crainte que lesd. Trigat, Grateloup et aultres leur restituerons ce qu'ils avoine prins et exigĂ© des habitans, et qu'Ă cest effect, le sieur de Castelbajac leur en a escript ». Il est arrĂȘtĂ© que Montaugier Saint-Aubin, Taupiac, Dufaur, Janotet Broqueville et Labaule, consuls, iront porter la lettre aux capitaines et demanderont restitution d'aprĂšs un roole quy sera dressĂ© ». Les capitaines Ă©tant absents, les consuls firent dresser l'acte de signification par un notaire de Mauvezin. Le 7 mai, on vint avertir les consuls que contrairement Ă l'ordonnance de Monsieur d'AngoulĂȘme diverses personnes de la Religion s'efforcent de faire des assemblĂ©es illicites », ils arrĂȘtent que pour maintenir et conserver la ville Ă l'obeyssance du roy et esvitter tout escandale » ils ne permettront pas que l'ordonnance soit transgressĂ©e; mais le 11 dĂ©cembre, noble Samuel de Thomas, sieur d'Argelles prethendu deputte de de l'esglize prethendue refformĂ©e de ceste ville de Puycasquier » fit inthimer aux consuls une requĂȘte pour le rĂ©tablissement de l'exercice du culte et assigner par devant Mes Dautrey et de Pardailhac, commissaires dĂ©putĂ©s par le roi, Ă Lectoure. 50 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Le lendemain matin, les consuls y dĂ©lĂ©guĂšrent les sieurs Montaugier, consul, et Broqueville, jurat, pour aller trouver l'Ă©vĂȘque et le prier de se prĂ©senter Ă l'assignation Ă leur place, et reprĂ©senter aux dĂ©putĂ©s du roi que l'exercice de lad. religion ne peut estre restabli en ceste ville et d'aultant qu'il n'y a que quatre familles qui sont de lad. religion ». A leur retour, on ne bougerait pas avant d'avoir reçu une lettre de l'EvĂȘque 17 dĂ©cembre. L'Ă©vĂȘque n'ayant pas rĂ©pondu 5 janvier 1624 les consuls ne se rendirent pas Ă l'assignation, mais le sieur d'Argelles y rĂ©pondit et dĂ©posa certains actes qui furent lus Ă J. Broqueville lorsqu'il se prĂ©senta le 12. La copie de ces actes fut lue en jurade; et comme l'Ă©vĂȘque Ă©tait Ă Toulouse, J. Broqueville alla le trouver 23 janvier et le supplia de l'assister dans cette affaire; mais il Ă©tait arrivĂ© trop tard. Le 19, sur intervention du sieur d'Argelles, le premier prĂ©sident, d'aprĂšs rĂ©quisition du procureur gĂ©nĂ©ral, avait rendu un arrĂȘt, par lequel il Ă©tait dĂ©fendu aux habitants, faisant profession de la religion protestante, de contrevenir Ă l'ordonnance donnĂ©e par Messieurs de Saint-FĂ©lix et Dufaur-Pujols, conseillers et dĂ©putĂ©s par Sa MajestĂ© pour le rĂ©tablissement de la religion. Cependant, il se trouvait avoir gain de cause parce que, dans la suite du dispositif, l'arrĂȘt soulignait Et soulz prĂ©texte d'exercice de lad. religion, les habitans ne pourront admettre ny recepvoir aulcung estrangier ny circumvoisin pour faire led. exercice, ainsi sullement les habitans fazant profession de lad. religion et leurs familles ». Le 16 mars, au soir, on avisa les consuls que les gens de guerre de Mgr de Roquelaure qui Ă©taient en garnison Ă Fleurance quittaient cette ville pour Goutz et qu'ils se disposaient Ă venir loger Ă Mon fort. Les consuls feront garder les portes et enverront aux renseignements; mais le lendemain, le gendarme Despartet se prĂ©senta de la part du marĂ©chal pour venir loger en ville. Les consuls rĂ©pondirent au gendarme PREMIER TRIMESTRE 1930. 51 qu'ils priaient leur chef de retarder leur arrivĂ©e de trois ou quatre jours afin de se rendre compte s'ils devaient obĂ©ir, et, alors faire maguezin de ce qu'il faut », et en attendant, ils tĂącheront d'obtenir de M. de Roquelaure qui Ă©tait Ă Lectoure des lettres de faveur ». Pour augmenter leur chance de succĂšs, ils se font accompagner du P. Lamigou qui leur prĂȘchait le carĂȘme. En passant, ils s'arrĂȘtent Ă Fleurance pour voir le capitaine de la compagnie. Celui-ci leur rĂ©pondit qu'ils n'avaient pas besoin d'aller plus avant que le marĂ©chal ne leur accorderait rien et que, quant Ă lui, il Ă©tait rĂ©solu Ă aller Ă Monfort 20 mars. En consĂ©quence, ils reviennent Ă Monfort, et dans la jurade du 21, on dĂ©libĂšre que pour nourrir les chevaux, on prendra le foin et l'avoine chez l'habitant, aux dĂ©pens de la caisse communale. Le lendemain dans l'aprĂšs digne » les chevau-lĂ©gers de la compagnie de M. de la Valette, conduits par le Sr de Saintes, marĂ©chal-des-logis, se prĂ©sentent et sont rĂ©soleus Ă vivre Ă discrĂ©tion jusques Ă ce que la communaultĂ© aye fait maguezin de foing et advoine et ne paier que cinq sols de chacung quintal de fouin et cinq livres de chesque sac d'advoine, ». Il fut convenu que affin d'esvitter desordre » on ira acheter de l'avoine Ă Vives et Ă Saint-LĂ©onard, et que chaque gendarme recevra par cheval et pour deux jours 50 livres de foin et une mesure et un boisseau d'avoine. Le 27, les consuls Ă©crivent au Sr d'Esclignac qui va Ă Lectoure voir le duc de Roquelaure et l'Ă©vĂȘque. Ils le prient d'intercĂ©der pour eux auprĂšs de ces messieurs. L'Ă©vĂȘque leur offrit d'Ă©crire Ă Paris, au duc d'Epernon. Ils vont Ă©galement demander son appui au Sr de Sainte-Gemme. En fin de compte, ils furent rĂ©duits Ă emprunter du blĂ© qu'ils revendirent pour acheter du foin et de l'avoine. Ils voulurent emprunter de l'argent, mais ils ne trouvĂšrent pas de bailleurs de fonds. Cependant, le 21 janvier 1625, ils purent emprunter livres aux Ursulines d'Auch. 52 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET L'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Dans la jurade du 10 avril, le Sr Broqueville dit que affin de pourvoir au deschargement de la foulle que les habitans reçoivent des gens qui sont logĂ©s en la prĂ©sante ville » il ira avec l'un des jurats prier M. de Saintes, marĂ©chal des logis, de donner une lettre de faveur, dressante » au St de Montastruc capitaine, qu'ils transmettra au marĂ©chal pour obtenir le dĂ©part des soldats. Ensuite, Isaac Montaugier ira porter cette lettre Ă M. de Montastruc, Ă Toulouse ou lĂ oĂč il sera pour le prier de les favoriser suyvant la promesse que led. sieur fist Ă M. de Saint-Aubin et aud. Montaugier lorsqu'ils le truvĂšrent Ă Bourdeaulx ». Le 14 avril, J. Broqueville, consul, raconte qu'hier, Lafitole, gendarme qui loge chez Bernard Broqueville oĂč se trouve le magasin du foin baptist et offança le secrĂ©taire et le consul » et il ajouta qu'il rĂ©serve le mĂȘme traitement Ă quatre ou cinq autres habitants. J. Broqueville portera plainte au marĂ©chal des logis. Et dans le cas oĂč celui-ci n'agira pas, il ira trouver le duc de Roquelaure, Ă Lectoure. Il insistera sur le dĂ©part 'des troupes; et s'il ne peut pas l'obtenir, il ira ou il enverra au marĂ©chal de ThĂ©mines, Ă Bordeaux. Le 3 mai, les consuls sont rentrĂ©s de Bordeaux ThĂ©mines leur a accordĂ© le dĂ©part des troupes, mais ils doivent prĂ©venir de Roquelaure. Le 30 novembre, ils apprennent que le duc d'Epernon, gouverneur de la province est Ă Lectoure. Aujourd'hui, il passe Ă Esclignac, aussi se hĂątent-ils d'y aller pour le saluer; mais ils arrivent trop tard, il est reparti. Il est convenu que deux consuls et deux jurats iront Ă Lectoure pour lui rendre les accompliments qu'ons luy doibt et protester de la vollontĂ© qu'ons les habitans pour le service de Sa MajestĂ©. » Le 7 fĂ©vrier 1625, les consuls reçoivent du duc d'Epernon l'ordre de faire exacte garde d'aultant que les ennemys du roy ont prains la campaigne... ». En consĂ©quence, il est arrĂȘtĂ© que la garde se fera, que les portes seront fermĂ©es ; celles du Fossa et de Sainte-Gemme seront mises en Ă©tat et on achĂštera PREMIER TRIMESTRE 1930. 53 le bois nĂ©cessaire pour la rĂ©paration du pont-levis, les barriĂšres, les palissades, l'Ă©risson du pont de l'Orb ainsi que des chandelles et de l'ouylle. » Le 1er mars, les consuls reçoivent l'ordonnance par laquelle le sr de Bezolles commissaire pour la desmolition de Ballance » a cotisĂ© la collecte du Fezensaguet pour cent cinquante cannes de muraihes ». Ils ont la facultĂ© de s'acquitter soit en argent, soit en manubres ». Le 7 mars, Bernard Lannelongue, consul, qui Ă©tait Ă Fleurance, apprit que la compagnie du ciuc d'Epernon qui y logeait, partait, en partie, pour Puycasquier et Saint-Sauvy et que l'autre partie allait loger Ă Monfort. Il est arrĂȘtĂ© que pour conserver la ville Ă l'obĂ©yssance du roy, les consuls fairont parfaire » la rĂ©paration des portes, achĂšteront un quintal de poudre qu'ils rĂ©partiront entre les habitants, et Janotet Broqueville sera requis de remettre les piques de la communautĂ© qu'il a fait esgarer et Ă dĂ©fault, sera interpellĂ© par justice au plustost. » Le 14 juin, il est donnĂ© connaissance d'une ordonnance du duc d'Epernon portant levĂ©e de 300 hommes dans l'Ă©lection d'Armagnac, pour un mois, pour ĂȘtre envoyĂ©s en dĂ©pĂŽt, Ă Montech, dans le but de parfaire les degast et desmolissement de Montauban. » Monfort Ă©tait taxĂ©e pour 6 hommes, maçons ou charpentiers. Furent choisis Anthoine Gaballi, Sans de Maur, Bertrand Fourteau, Peyret Dussault, Jean Monge et Dominique Laurens. Chacun reçut 6 livres oultre un pĂšre soliers et ausd. Fourteau,, Laurens et Dussault, Ă chacung trois livres pour les fĂšre marcher. » MĂ©rican, notaire Ă Puycasquier quy faisoit la conduitte » reçut 12 livres. Chacun des hommes devait recevoir 15 livres par mois aux dĂ©pens de la communautĂ©. En 1628, le dĂ©mantĂšlement de cette ville n'Ă©tait pas encore terminĂ©, car le 29 juin, le duc d'Epernon envoya un mandement d'emboye de troys manuvres, sçavoir un masson, un charpentier et un manuvre pour le dĂ©gast de Montauban, ville rebelle au roy ». SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Le 12 octobre, ils furent obligĂ©s de contribuer Ă l'entretien des deux compagnies de M. de Sainte-Croix, logĂ©es Ă Mauvezin. Comme ils n'avaient pas d'argent en caisse, ils furent obligĂ©s de faire une quĂȘte elle produisit 80 livres 10 sols 5 deniers. Le 12 novembre, ils rĂ©capitulent ce que leur a coĂ»tĂ© cette contribution, lui sus des 80 livres 10 sols 5 deniers, ils furent encore cotisĂ©s pour 412 livres plus 20 livres 12 sols 10 deniers peur le collecteur. Le 9 mai 1626, vers midi, ces compagnies se prĂ©tsentent elles sont logĂ©es chez l'habitant suyvant le despartement » arrĂȘtĂ© par les consuls. On se demande s'il est plus Ă propos pour l'entretien de ces compagnies de payer la dĂ©pense en argent, Ă raison de 6 sols par soldat ou de leur donner du pain et du vin Ă forme d'estappe », et pour les officiers, savoir pour le capitaine et le lieutenant du mestre de camp, 4 livres par jour, pour chaque sergent un cart d'escus » et pour les caporals vingt sols ainsi ainsi que lesd. capitaines ont proposĂ© estre leur rĂšglement ». PrĂ©voyant qu'il y aurait avantage, Ă payer en argent, les consuls proposent pour le capitaine, les lieutenants et le mestre de camp 4 livres par jour et par homme; pour chaque sergent 16 sols par jour; pour chaque caporal 8 sols et pour les soldats 6 sols par jour et par homme. Le 11 mai, la caisse Ă©tant Ă sec, ils conviennent d'envoyer des dĂ©putĂ©s au chevalier de La Valette, Ă Castelsarrazin, pour voir si avec la faveur de M. de La Fage, ils ne pourraient pas obtenir le dĂ©part des soldats. CHAPITRE V. Monfort pendant les luttes de Richelieu avec la noblesse. Le 8 fĂ©vrier 1627, grand Ă©moi dans la ville et aux environs. Des gens venus de Toulouse prĂ©tendent avoir lu sur les lettres patentes et l'arrĂȘt rendu par la cour de parlement qu'un grand PREMIER TRIMESTRE 1930. 55 nombre de villes, villages et chĂąteaux vont estre desmolis Ă force », et entre autres figurerait Montfort. On rĂ©unit la jurade, et l'on dĂ©libĂšre que Pierre Bousquier, consul avec J. Broqueville et Me Lauzero, notaire, iront Ă Lectoure supplier l'Ă©vĂȘque 13 d'employer toute son influence pour la conservation de ceste communautĂ©. » A leur rentrĂ©e, le 10, ils se fĂ©licitent de l'accueil plein d'amĂ©nitĂ© et de courtoisie du prĂ©lat qui ne leur cache pas le plaisir qu'il aura Ă les servir; et sĂ©ance tenante, il rĂ©dige plusieurs lettres adressĂ©es Ă ses amis de Toulouse que Broqueville va porter Ă leur adresse. Le 15 mars, ils frappent chez le baron d'Esclignac qui s'empresse de faire le nĂ©cessaire auprĂšs de ses amis pour que la ville de Monfort reste intacte. Le 16 octobre, Bousquier reçoit une ordonnance du duc d'Epernon contenans commandement aux villes de la recepte d'Armagnac de contribuer Ă l'entretien de la compagnye des chevaux de guerre du Sr de Montestruc et du rĂ©giment du Sr de Sainte-Croix qui sont en garnison Ă Eauze, Nogaro, La Bastide, Riscle, Saint-Justin, etc. » Cette recette avait Ă©tĂ© taxĂ©e Ă livres. Le 28 mars 1628, trois compagnies du rĂ©giment de Sainte-Croix vinrent loger en ville, mais elles n'y restĂšrent que deux jours parce que les consuls avaient envoyĂ© Ă Toulouse pour demander leur dĂ©part. Le 4 juillet, ils eurent une demande de 100 sacs de blĂ© peur le pain de monition de l'armĂ©e ». MalgrĂ© tous les voyages que les consuls et jurats firent vers le duc pour Ă©viter ce nouvel impĂŽt, ils furent obligĂ©s d'envoyer Ă Beaumont les 100 sacs de blĂ© demandĂ©s. Pareille demande fut faite Ă Puycasquier et Ă Cologne. Le 25 juillet, des gens de pied du rĂ©giment de M. de SainteCroix viennent loger en ville, mais les consuls se prĂ©cipitent chez le Sr d'Esclignac pour le prier d'aller trouver le commandant et obtenir le dĂ©part de ses hommes, Ă Grammont. Ils font la mĂȘme priĂšre Ă M. de Monferran, marĂ©chal de camp 13 Mgr .LĂ©onard Desplax, qui dĂ©cĂ©dai le 18 avril 1635. 56 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. de l'armĂ©e de Guyenne. Ils durent fournir par jour un Ă©cu au capitaine Lardimerie, 40 sols au lieutenant, 30 sols Ă l'Ă©cuyer, 12 sols Ă chaque sergent et Ă chaque soldat. Peu aprĂšs arriva le capitaine Desclaux qui resta jusqu'au mois d'aoĂ»t et promit de revenir sans tarder. Ces contributions si onĂ©reuses et si souvent rĂ©pĂ©tĂ©es excĂšdent les habitants qui ne veulent plus payer on est obligĂ© de les y contraindre. Le 12 aoĂ»t, ils empruntent livres. Un autre flĂ©au Ă©tait venu s'ajouter Ă celui des dĂ©sordres causĂ©s par les gens de guerre c'Ă©tait la peste qui fit pĂ©rir le quart de la population. Le 3 septembre, apprenant que de nouvelles troupes doivent arriver et craignant le dangier de la maladie contagieuse », ils font diligence pour que ces hĂŽtes indĂ©dĂ©sirables ne viennent pas. Dans le courant de l'annĂ©e 1631, il y eut remuement » parmi les protestants. Et sous prĂ©texte que Mauvezin Ă©tait envahie par la peste Monfort Ă©tait dans le mĂȘme cas ils demandĂšrent et obtinrent le transfert du siĂšge de la justice Ă Monfort. Afin d'avoir la population pour eux, ils firent tous le possible pour Ă©lire des consuls Ă leur dĂ©votion; mais Jean Carrette, le vigilant syndic dans le dessain de conjurer plus grand dangier » alla trouver secrĂštement le duc d'Epernon et lui adressa la prĂ©sente supplique A Monseigneur le duc d'Espernon, pair de France, colonel gĂ©nĂ©ral de l'Infanterie de France, gouverneur pour le roi en Guyenne, etc. Supplie trĂšs humblement le scindic de la ville de Monfort, en Armaignac, que quoique presque tous les habitans de lad. ville et territoire d'icelle soient catholiques, et qu'Ă cause de ce, plusieurs factieux de lad. ville estant d'intelligence avec ceulx de la religion prethendue refformĂ©e, si est que maintenant par voyes indirectes, ils pratiquent un moyen pour parvenir Ă cella ayant, soules prĂ©texte de la contagion de Mauvezin, faict transfĂ©rer le siĂšge de la justice audict Monfort et PREMIER TRIMESTRE 1930. 57 ainsain y apellĂ© les oficiers, lesquels pour la plus part font profession de la dicte religion qui. avec lesd. factieux pour pouvoir descobrir leur dessain avec moings d'empeschement veulent faire les consuls dud. Monfort avec des gens de petite considĂ©ration. Ce considĂšre, Monseigneur attenden qu'il importe grandement qu'il y est gens d'authoritĂ©, propres et capables de descouvrir et empescher ces desins et les poursuittes des dits officiers appelles au consulat et qu'ils n'en y admetroient que ceulx qui les pourroint favoriser. Vous plaira de vos grĂąces, de votre authoritĂ© faire charger et eslire consuls dudict Monfort, et le suppliant priera Dieu pour votre prospĂ©ritĂ© et conservation. J. CARRETTE, scindic, .signĂ© ». Le duc d'Epernon Ă©crivit au pied de la supplique Nous avons jugĂ© Ă propos et nĂ©cessaire pour le service du roy et le bien public que noble Jean-Jacques de Mallac, Sieur de Sarracave soit esleu en la charge de premier consul durant l'annĂ©e prochaine et pour les aultres trois, nous ordonnons aux consuls qui sont aprĂšs en charge, d'eslire des personnes quy y puissent dignement servir Sa MajestĂ© et la communautĂ©. Fait Ă Condom le vingt quatriĂšme dĂ©cembre 1631. D'ESPERRON, signĂ© ». Comprenant ce que parler voulait dire, les consuls et jurats reprenant leur indĂ©pendance, Ă©lurents pours consuls le Sr de Sarracave dĂ©jĂ dĂ©signĂ© par le duc d'Epernon, Anthoine LibĂ©ros, Anthoine-Arnaud Bordes et Orens Saline. Le 22 janvier 1632, le Sr de Sarracave premier consul a reçu une lettre de son collĂšgue J. SolirĂšne de Puycasquier, portant invitation de se rendre ce jour mĂȘme souls les ormeaux de Mauvezin » Ă l'assemblĂ©e de la collecte du FĂ©zensaguet Ă cauze de la contagion. » Mais la peste empirant, l'assemblĂ©e se tint le 27, Ă Engalin et le 15 mai proche 58 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET ARCHĂOLOGIQUE DU GERS. de Mauvezin. » Ces assemblĂ©es furent houleuses les communautĂ©s exiĂ©dĂ©es par les malheurs peublics, les contagions et pestes » et pressurĂ©es par les contributions au logement et l'entretien des gens de guerre, sont Ă bout de souffle, et il semble qu'un air de rĂ©volte ce soit emparĂ© de ces braves consuls, au coeur gĂ©nĂ©reux, attachĂ©s Ă leur petite patrie et dont le plus ample dĂ©vouement ne parvient pas Ă assurer un peu d'apaisement et de libertĂ©, dans ce petit coin de la province oĂč le peuple ne demande qu'une chose le droit du libre mouvement dans sa vie de travail et de labeur opiniĂątre. Et ce n'est pas encore fini. Le 4 fĂ©vrier 1636, deux ou trois gendarmes de la compagnie du duc d'Epernon se prĂ©sentant de bon matin, annoncent que la compagnie sortant de la ville de Mauvezin, arrive et se dispose Ă loger dans l'intĂ©rieur de Monfort, de l'authoritĂ© du Sr de Forges, capitaine, mais sans ulcun ordre dudict Seigneur duc. » La communautĂ© Ă©tait assemblĂ©e eu jurade. On dĂ©libĂ©ra que puisque le capitaine de la compagnie s'ingeroit de son authoritĂ© privĂ©e » d'exiger le logement, ils ne le permettraient pas. Et lorsque le capitaine se prĂ©senta Ă la porte de Dessus, l'entrĂ©e l'auroit estĂ© reffusĂ©e. » Et Jean Broqueville jurat, Ă©tant sorti sur la porte auroit receu quelque dĂ©plaisir d'ung des gendarmes ce quy pourroit causer Ă l'advenir domaige Ă la ville. » Il est arrĂȘtĂ© que l'un des consuls accompagnĂ© du Sr de St Aubin ira trouver le duc d'Epernon, lui racontera ce qui s'est passĂ© et demandera justice. Le Sr de Forges dut partir et le gendarme fut mis aux fers. » Le 20 janvier 1637, la compagnie des chevau-legers du vicomte de Prugnes vint loger en ville. Les consuls empruntĂšrent de l'avoine qu'ils rĂ©partirent aux habitants pour ĂȘtre fornie aux soldats. Ls 26 dĂ©cembre 1641, Ă l'occasion de l'Ă©lection consulaire, les jurats, dont plusieurs sont de la religion voudraient essayer de troubler les habitants. » Mais le Sr Limotges syndic, pr'o- PREMIER TRIMESTRE 1930. 59 pose que d'aprĂšs la lettre du marĂ©chal de Schombert, gouverneur pour le roi en Guyenne, par laquelle il ordonne que les Sieurs Flourac, LibĂ©ros, Pons et Castaigne soient Ă©lus consuls pour l'annĂ©e prochaine affin d'esvitter le dĂ©sordre quy porroit arriber dans la ville Ă cause de la dibision quy y est » propose les candidats du marĂ©chal qui sont acceptĂ©s. Une compagnie d'Allemands est logĂ©e en ville d'aprĂšs les ordres de Saint-Luc lieutenant pour le roi en cette province. Ils ne devaient rester que huit jours, mais le terme est expirĂ©, et ils sont encore lĂ Les consuls font des dĂ©marches en vue du deslogement. » Le souffle et le marteau dĂ©molisseur du cardinal sont passĂ©s par lĂ , et la plupart des forteresses sont Ă terre » et celles qui restent debout n'intĂ©ressent plus. On sent que la guerre doit se faire d'une toute autre façon la maniĂšre de combattre a changĂ©, le costume-du soldat est largement modifiĂ© les lourdes cuirasses de fer ont, en grande partie disparu et celles que l'on porte encore peuvent, en gĂ©nĂ©ral, ĂȘtre prises pour des objets de parade. Les canons pullulent, certains sont mĂȘme assez forts pour faire de fortes brĂšches aux Ă©paisses murailles et aux grosses tours des XIIIe et XIVe siĂšcles. Le 6 janvier 1635, les consuls font combler les ponts des portes de Dessus et du Fosso. En 1660 et le 6 janvier, pour ne pas laisser tout de mĂȘme tomber les murailles par injure du temps », Ă cause surtout des larrecins qui se commettent de nuit », les consuls imposent la somme de 30 livres pour les fraix de trante canes de murailhe qu'il combient rebastir et rĂ©parer la bresche de la murailhe tombĂ©e l'annĂ©e passĂ©e, et pour acomoder la porte de Ste-Gemme quy est est aussy rompeue par injure du. temps. » De son cĂŽtĂ©, le parti protestant se dĂ©sagrĂšge il ne se fait plus de prosĂ©litisme, et parmi ceux qui restent, des dĂ©fections se produisent. Ainsi le 12 mars 1678, Jacob Gimat meurt Ă l'Ăąge de 74 ans ayant faict durant sa maladie adjuration de 60 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS lhĂ©rĂ©sie de Calvin et fait profession de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine. » AprĂšs la rĂ©vocation de l'Edit de Nantes, en 1685, il devait rester peu de protestants, car les conversions sont peu nombreuses et nous ne trouvons pas de familles qui aient quittĂ© le pays. Le 13 fĂ©vrier 1689, meurt Judith BarailhĂ©, veuve de Jean Faget et autrefois de la religion prĂ©tendue rĂ©fformĂ©e » et le 23 fĂ©vrier 1704, David Gimat, Sieur d'En Piroy, meurt. Il est qualifiĂ© de nouveau converti. » Le seul protestant restĂ© ferme dans ses croyances, Ă©tait sieur d'OremĂ©sy, en SĂ©rempuy. Le 16 janvier 1686, Noble Guilhaume du Bouzet, Seigneur du Vives et premier consul de Monfort, Ă©tanten jurade, lit uneordonnance du juge criminel de Lectoure, par laquelle la communautĂ© est obligĂ©e d'envoyer 30 hommes Ă SĂ©rampoy » pour procĂ©der Ă la desmolition de la maison du S' OremĂ©sy comme estant de la religion, ensamble pour couper le bois apartenant audict Sieur d'OremĂ©sy Ă peyne de 50 livres d'esmande.» Condom, le 12 Juin 1928, PREMIER TRIMESTRE 1930. 61 LES CHANSONS POPULAIRES Des PyrĂ©nĂ©es Française 1 PAR M. JEAN POUEIGH CHANSONS DE BERGERS Trad. â Tournez par ici, bergĂšre, â Tournez par ici le bĂ©tail; â Le vĂŽtre troupeau et le nĂŽtre â Ensemble paĂźtront. » [Couserans, Comminges] Birats en-ça, pastoure, Birats en-çà 't bestia; Le boste e le nouste Ensemble pĂšcharan. » Le long moutonnement des monts s'allonge comme un lent troupeau mouvant que de lĂ -haut garde le pĂątre. Il semble que chemine dans la nuit cet immobile bĂ©tail d'un berger invisible. TĂȘtes gĂ©antes et monstrueuses croupes s'enchevĂȘtrent, se suivent en un muet piĂ©tinement. Aux flancs sont accrochĂ©es des traĂźnĂ©es de brume cotonneuse, des pendeloques de brouillard effilochĂ© on dirait d'une toison que la traversĂ©e des halliers parsema de broutilles, dĂ©chira de broussailles. Si fort que jaillissent les sources, frappant le roc Ă la façon du battant sa cloche, leur bourdonnement de sonnailles ne monte point jusqu'au firmament drapĂ© de nocturne majestĂ©, Parmi l'ombre qui l'estompe, la grandit et la recule tout au fond de la nue, la chevauchante masse poursuit vers l'infini sa marche sĂ»re, sereine, silencieuse. C'est l'heure oĂč le pasteur pyrĂ©nĂ©en, perdu dans la solitude immense des herbus, sommeille auprĂšs de ses bĂȘtes. L'aube le remettra debout, prĂȘt Ă recommencer la tĂąche de la veille et qui sera aussi celle du lendemain. Les soins que de lui rĂ©clament les vaches ou les brebis placĂ©es sous sa garde, la confection rudimentaire des fromages, le frugal apprĂȘt de sa propre nourriture, sont les seules manifestations de son activitĂ© journaliĂšre. En dehors de ces maigres occupations rĂ©guliĂšres, la surveillance passive des animaux paissants l'absorbe tout entier. Non pas au point toutefois qu'il ne puisse, ce faisant, tricoter patiemment la laine, façonner et sculpter le bois d'un couteau 1 Le premier volune contenant plus de 500 chansonR, chacune avec son annotation musicale est paru. En vente Ă l'Imprimerie Cocharaux, Ă Auch. Prix 60 francs. Une remise de 40 % est accordĂ©e aux Membres de la SociĂ©tĂ© d'Histoire et d'ArohĂ©ologie du Gers, 62 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. grossier, chanter de sa voix psalmodiante un air dolent ou nasiller sur le perçant chalumeau quelque mĂ©lancolique mĂ©lopĂ©e. Son existence, Ă la mis errante et casaniĂšre, le retient pendant des mois sĂ©parĂ© du monde, libre au sein de l'espace et cependant murĂ© par les limites du pacage. Isolement monotone d une vie placidement renfermĂ©e en soi-mĂȘme et faite, pour une large part, de contemplative oisivetĂ©. EnveloppĂ© de l'ample cape blanche Ă capuchon et Ă rabat, roussie et boucanĂ©e par les intempĂ©ries comme rouillĂ© d'un vieux fauve, la tĂȘte recouverte du bonnet de laine retombant, les mains agrippĂ©es au bout du rigide bĂąton noueux, le berger se dresse en plein horizon, statue vivante qui a la montagne pour piĂ©destal, et pour aurĂ©ole le ciel. Au matin baignĂ© de lumiĂšre, il voit Ă©tinceler un Ă un les pics que rosit le levant, archipel coraliin Ă©mergeant d'un ocĂ©an de nuages. Constamment barre sa vue l'orgueilleuse muraille qui ne laisse que par Ă©chappĂ©es s'Ă©vader le regard vers les plaines â car le mont cache la chaĂźne, et derriĂšre la montagne il y a encore la montagne. Pendant tout le jour ses oreilles perçoivent surtout des palpitations et des murmures frisson des lacs et des fontaines, bruissement des feuillages et des herbes, qu'accompagnent de leur carillon les clarines autour de lui tintantes. A peine s'y mĂšle-t-il parfois, qui les dominent, les aboiements des chiens jappant aux pattes rĂ©tives, quelques bĂȘlements et beuglements, les appels d'une corne que l'Ă©loignement affaiblit, et les grondements sourds ou fracassants des orages. Nul son jamais ne lui parvient d'en bas tous s'Ă©teignent avant d'arriver jusqu'Ă lui. Mais, par les soirs calmes, de sa jasse endormie, il Ă©coute s'Ă©lever doucement la rasĂšre. Rasant le sol de son aile traĂźnante, ce vent a draĂźnĂ© les bruits humains de la journĂ©e Ă©pars au fond du val. La fĂ©erique symphonie, nĂ©e de leur amalgame, fait songer Ă un mirage sonore qui Ă©blouit alors que, depuis longtemps, se sont apaisĂ©es les rumeurs dont il apporte l'Ă©cho distinct quoique assoupi. Et le souffle frĂŽleur s'en vient Ă travers les sentes grises troubler de sa caresse le solitaire des sommets. DĂšs qu'au printemps les prĂšs ont reverdi, les troupeaux sortent des Ă©tables closes oĂč l'hiver les retient claustrĂ©s. Partis des rĂ©gions infĂ©rieures, les transhumants ne parviennent sur les hauts plateaux qu'aprĂšs plusieurs Ă©tapes entrecoupĂ©es de pauses. Ils s'arrĂȘtent d'abord aux Ă©tages moyens et ne grimpent ensuite, par Ă©chelons successifs, que tout autant que la fonte des neiges a plus ou moins tardivement dĂ©gagĂ© les pĂątis supĂ©rieurs, voisins des cimes. Les froids y sont gĂ©nĂ©ralement prĂ©coces; les premiers flocons de la blanche toison appelĂ©e, pour cette raison, neige du pĂątre, les font redescendre et rechercher en vue d'y stationner Ă nouveau les lieux tempĂ©rĂ©s, qui, lors de l'ascension, leur avaient Ă©tĂ© favorables. A mesure qu'on entre plus avant dans l'automne, ils quittent Ă regret les vastes horizons et regagnent les granges familiĂšres, afin de s'abriter au chaud pendant la mauvaise saison, devant une mangeoire pleine. Bien que le fait d'estiver â estiba â dure tout l'Ă©tĂ© et quelle que soit la hauteur Ă laquelle pĂąturent les bĂȘtes, le nom gĂ©nĂ©rique d'estibe a Ă©tĂ© donnĂ© aux montagnes de la zone intermĂ©diaire, sans doute parce que leur altitude, propice Ă l'estiboment, permet d'y sĂ©journer longtemps Ă deux PREMIER TRIMESTRE 1930. 63 reprises, tant Ă l'aller qu'au retour. Plusieurs pics portent ce vocable ou l'un de ses dĂ©rivĂ©s le pic d'EstibĂšre, dans le voisinage du pic du Midi d'Ossau; le pic d'Estiboute, qui domine la vallĂ©e de Lutour, prĂšs de Cauterets; le pic d'Estibal, Ă cĂŽtĂ© de Tourmalet, sont les plus saillants. A citer encore, le val d'EstaubĂ©, dont les pĂąturages forment un cirque Ă©levĂ©, s'arrondissant entre les oules de ces gĂ©ants, HĂ©as et Gavarnie. Tel est le mode gĂ©nĂ©ral de transhumance pyrĂ©nĂ©enne. La durĂ©e de la mountagnade varie de quatre Ă six mois elle est habituellement de cinq environ, compris entre la fin de mai et la fin d'octobre. La vallĂ©e de Campan ne procĂšde pas autrement. Certaines contrĂ©es basses et les terres qui s'Ă©tendent le long des PyrĂ©nĂ©es, en raison de leur situation plus distante, retardent l'ascension et avancent la descente. La BarguillĂšre, vallĂ©e aux portes de Foix, ne reste guĂšre plus de trois mois, du dĂ©but de juin au milieu de septembre, sur les frontiĂšres de l'Andorre et de la Cerdagne. Tandis que d'autres plus hautes, comme la vallĂ©e de BarĂšges, prolongent pendant prĂšs de huit mois, du printemps renaissant Ă l'arriĂšre-automne, leur volontaire exil. DiffĂ©rente est la façon de transhumer des bĂ©arnaises vallĂ©es d'Ossau et d'Aspe. Leurs changements de pĂąturages s'opĂšrent bien aux Ă©poques ordinaires. Toutefois ils ont lieu en sens contraire au lieu de s'en aller estiver, Aspois et Ossalois partent plutĂŽt hiverner â exhiberna â au loin. DissĂ©minĂ©s dans les Ă©tendues planes et les prairies unies des bords de l'Adour et de la Garonne, des Landes jusqu'aux approches de Bordeaux, le temps clair les ramĂšne lĂ -haut, vers les pacages fuyants et les roches abruptes oĂč vagabondent les gaves. Sur toute la longueur de la crĂȘte et de ses abords, la vaine pĂąture existe peu. La jouissance des pĂąturages appartient le plus souvent, non Ă une seule commune, mais Ă un groupement de communes rĂ©unies par un syndicat sous le nom de vallĂ©e 1 VallĂ©e de Laruns, VallĂ©e de SaintSavin, VallĂ©e de BarĂšges. Cette coutume date de la fĂ©odalitĂ©. Les droits de dĂ©paissance ont, au cours des siĂšcles, fomentĂ© de violentes querelles intestines. La vallĂ©e d'Ossau, anciennement propriĂ©taire des landes du Pont-Long qui environnent Pau, s'en vit contester la possession durant prĂšs de six cents ans. Interminables disputes qui occasionnĂšrent maints procĂšs, rencontres sanglantes que les Fors de BĂ©arn relatent comme il suit Las gentz de la terre d'Ossau, en temps passat... exides d'Ossau ab armes e host feyt, e senhets desplegatz en Pont-Long et en auguns autres locs de la terre de Bearn, e aqui comelut trops e diverts excĂšs, cum sont morts, plaguas, arsies. - Les gens de la terre d'Ossau, au temps passĂ©.. sont sortis d'Ossau en armes et corps d'armĂ©e, enseignes dĂ©ployĂ©es, sur le Pont-Long et autres lieux de la terre de BĂ©arn, et lĂ ont commis divers exces, tels que meurtres, .plaies, incendies. » Le livre Rouge d'Ossau, conservĂ© aux archives des Basses-PyrĂ©nĂ©es, porte Ă©galement tĂ©moignage de ces luttes fratricides Ossales paguen a homis de Pau per las tales o per las arsies o per las mous qui feyt los aven. â Que les Ossalois payent aux gens de Pau pour les dĂ©gĂąts, pour les incendies, pour tous les maux qu'ils leur avaient faits ». La tradition populaire 1 La plupart des sources thermales sont la propriĂ©tĂ© des vallĂ©es. 64 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. nous montre d'ailleurs les pasteurs indomptables maniant le bĂąton, l'estaquo ou lou tricot, la fronde la houne, et, jaloux de leurs prĂ©rogatives, faisant preuve, pour les dĂ©fendre, d'une combativitĂ© qui jamais ne dĂ©sarme. Dans la vallĂ©e d'Aure, â bat d'Auro â on fait dire au chef des bergers Qu'en Ăši uo estaquo, Plantado en moun courtau; Aço qu'ei era 'spado Deu brabe majourau. J'ai un bĂąton, â PlantĂ© dans ma bergerie; â C'est lĂ l'Ă©pĂ©e â Du vaillant majorai. Un dicton bĂ©arnais incite le grand-pĂšre Ă courir avec un bĂąton, la grand'mĂšre avec une fronde Courrets, pai-bou, Dab u bastou I Courrets, mai-boune, Dab ue houne ! En Bethmale, le souvenir a longtemps subsistĂ© d'Espagnols envahisseurs et pillards finalement tuĂ©s ou repoussĂ©s, aprĂšs que les bergers bethmalais eurent rĂ©pondu Ă l'appel que l'un des leurs clamait dans une trompette de verre Turluret, turluret, A secours en Arauet ! Une sorte de complainte, composĂ©e sur cet Ă©vĂ©nement, narrait la mort des bandouliers, prĂ©cipitĂ©s dans les laquets de Cruzous, Arauech et Milouga En Cruzous, Cent e dons; En Arauet, Cent et houet; En Milouga, Nou y sap quanti n'y a ! Dans le lac de Cruzous, â Cent deux; â Dans le lac d'Arauech, â Cent huit; â Dans le lac de Milouga 1, â On ne sait combien il y en a ! â Les femmes des vallĂ©es de Pailhas, sur l'autre versant, abaissĂšrent leur capuchon en signe de veuvage Hennos de Lotis, Amantots bous Es capuchous Besos ets bous ! 1 Les petits lacs ou Ă©tangs de Milouga, d'Araouech et de Cruzous sont situĂ©s, en haute montagne, au sud de la vallĂ©e de Bethmale. Cf. la monographie de l'abbe Cau-Durban. PREMIER TRIMESTRE 1930. 65 Quand l'Ă©poque est venue d'Ă©migrer Ă la montagne â d'amountagna, l'on procĂšde joyeusement aux invariables prĂ©paratifs. La veille du jour fixĂ© pour le dĂ©part, se dĂ©roule la cĂ©rĂ©monie des germs, laquelle emprunte son appellation des granges â germs, gers, d'oĂč les troupeaux vont ĂȘtre retirĂ©s. Ces granges, bĂąties souvent en marbres bruts, ont leur anguleuse toiture d'ardoises abaissĂ©e presque au ras du sol â la teulado loco terro â afin de mieux supporter les neiges que l'hiver amoncelle ou celies qui roulent des sommets au fond des vallĂ©es en lavanges irrĂ©sistibles lid de terre, dont la course glissante grossit la masse de neige prĂ©cipitĂ©e; lid de vent, s'Ă©levant en tourbillons au sein des hautes altitudes. Le phĂ©nomĂšne redoutĂ© des montagnards est aussi dĂ©nommĂ© par eux galai. Non loin de BarĂšges, si souvent ravagĂ©e par les avalanches, se dressent sur la rive droite du Bastan, les pentes des Lavas-Blancs, oĂč le flĂ©au prend naissance, et sur la rive gauche, le pic de La Piquette, dit pic d'EndretLids â endroit des lavanges. Les germs s'Ă©tagent dans les rĂ©gions infĂ©rieures et moyennes de la montagne. Des prairies, coupĂ©es d'arbres et sillonnĂ©es d'eaux vives â aigue-nĂšu briuent, entourent les rustiques habitations. Celles-ci ressemblent Ă des niches pittoresquement Ă©paulĂ©es au flanc des monts, par petits groupes ou isolĂ©ment. Le foin qui y a Ă©tĂ© rentrĂ© pendant l'Ă©tĂ©, permet de braver l'hivernage. Mais voici poindre le temps oĂč le bĂ©tail se plaĂźt dans les pĂąturages â au printĂšms lou bestiau se carro. Pour Ă©viter la confusion qui naĂźtrait du mĂ©lange des troupeaux et permettre Ă chacun de reconnaĂźtre les tĂȘtes lui appartenant ou qu'il a reçues en garde, les bĂȘtes a laine sont marquĂ©es sur la toison Ă la sanguine â teule, d'une raie rouge particuliĂšre, sinon de l'initiale du nom de la famille ou de la vallĂ©e. L'opĂ©ration de teinture est dĂ©nommĂ©e teula las aullies, et la heste de la teule dĂ©signe la fĂȘte annuelle qu'elle occasionne. Quelquefois la marque se fait avec de la poix, â pĂšgue, au moyen d'un instrument en fer â lou pegadou, qui imprime aussi la lettre sur la corne du gros bĂ©tail. Puis de suspendre Ă leur cou une sonnaille, dont la forme et la grosseur diffĂšrent suivant les endroits et les individus Au moutou, L'esquirou; A l'aulhĂšte, L'esquirĂšte. Au mouton, â La sonnette â A la petite brebis, â La clochette. Era esquerre ou esquire, est le terme collectif appliquĂ© Ă toute sonnaille, bien qu'il appartienne en propre Ă une catĂ©gorie dĂ©terminĂ©e. Longue clochette presque ronde, l'esqueie va s'Ă©vasant vers l'ouverture; elle a pour battant â lou batatlh, un tronçon de tibia de veau enfilĂ© Ă un bout de corde. Grave en est le son. Les vaches surtout la portent, et aussi les bĂ©liers. Une petite esquere aplatie, l'esqueret, est pour les moutons, les brebis et les chĂšvres. Le truc est plus grand que l'esquerre. Une dent de cheval lui sert de battant. Le son en est sourd bourroum, bourroum, bourroum. Par onomatopĂ©e le surnom de bourroumbo lui a Ă©tĂ© attribuĂ© dans le pays de Foix et le Couserans, et celui de bourroumbaire au bĂ©lier 66 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. conducteur qui porte lou truc. Les moutons reçoivent le trucou,, ventru comme un pot de 1er renversĂ©. La tringole et le tringucrou sont deux sonnettes en Dronze ou en fonte, lune grosse et l'autre moindre, affectant la forme d'une cloche. La petite massue de fer qui Dat a l'intĂ©rieur, rend un son clair et de timbre argentin tin-ti-rin-tin. Elles sont toutes deux Ă l'usage exclusif des bredis. Une autre variĂ©tĂ© comprend era picarde cylindrique, dont le modĂšle agrandi se dĂ©nomme en Bigorre, toulouhoĂšre, du son qui boudonne pareil au vol des bourdons, lous toutouhous. Les bergers espagnols - tos ganaderos, l'appellent craponera, parce qu'elle est rĂ©servĂ©e au crapon, bĂ©lier chef. La hauteur exagĂ©rĂ©e de cette sonnaille oblige le crapon Ă marcher la tĂšte relevĂ©e, afin, de ne la point traĂźner; pour pouvoir paĂźtre, il lait passer entre ses pattes de devant la craponera et l'y maintient pressĂ©e. Dans certaines lĂ©gions languedociennes, le bĂ©lier menon est dit l' esparranon, par extension du ternie propre Ă la clarine que porte le chef du troupeau, En vallĂ©e d'Aspe, la patoumete est une petite sonnette de cuivre destinĂ©e aux bĂȘtes Ă cornes. La sonnaille est suspendue au cou de l'animal par un collier en bois que les montagnards fabriquent eux-mĂȘmes avec des Ă©clisses de bouleau, de hĂȘtre, de frĂšne, de chĂȘne ou de noyer. La canaille est pour les vaches, le canautou pour les chĂšvres et les brebis, le courau pour les veaux. Les deux bouts sont relliĂ©s par las broques d'arrechau, attaches de fil d'archal, ou par des. birous, arrĂȘts en corne de mouton. Des entrelacs et des rosaces en dĂ©corent la sut face extĂ©rieure, formant des reliefs sculptĂ©s dont le creux est rempli de cires diversement colorĂ©es. Un bourg de la vallĂ©e d'Ossau, Ă©tait jadis rĂ©pute pour l'adresse de ses habitants Ă ouvrager ces colliers le s canautes de Belesten ont longtemps joui d'une renommĂ©e rĂ©gionale 1. Le bĂ©lier conducteur mar, marra, marrau, marron, est ornĂ© de bouquets de rubans, de festons. Son front porte parfois, un lĂ©ger mais volumineux Ă©difice oĂč l'on reniai que la Heur d'oranger ou la couronne de mariĂ©e de la maĂźtresse du logis, otĂ©e pour la circonstance de sous ;e globe de verre qui religieusement la conserve. J'ai mĂȘme rencontrĂ© des marrons qui se pavanaient, sous l'Ă©paulette militaire. Les glands chiens Ă longs poils â L-s patous, les labrits et les farous, Ă©galement enrubannĂ©s, sont munis du large collier de fer Ă pointes, par quoi leur gorge Ă©tait protĂ©gĂ©e contre le dent du loup attaque fort redoutĂ©e naguĂšre, avant que ce carnassier n'ait disparu de la contrĂ©e. Si doivent ĂȘtre du voyage l'eue, le mulet ou le cheval porteur de hardes, de paquets, de pots et de cruelles, ou la chĂšvre dont le lait nourrira le pasteur du Lavedan, la toilette de ces animaux ne sera point nĂ©gligĂ©e non plus. Les bergers surtout soignent leur mise la veste est celle des dimanches; les bretelles furent confectionnĂ©es et offertes par l'amie qu'il va faloir quitter; la chemise boutonne jusqu'au col sa blancheur mate et raide, cousue de fil de lin les rouges cordons de la ceinture â facho retombent sur le cĂŽtĂ© gauche, en arriĂšre de la poche; Ă droite, et derriĂšre la poche aussi, le sac au sel bariolĂ©, lou saliĂ© ou saloniĂš pintourat pend a la ceinture, brodĂ© de rouge et de fils multicolores, et marquĂ© de grandes 1 Pour des renseignements plus dĂ©taillĂ©s. voir l'Ă©ude de Rondou .- Les Sonnailles dans la l'allĂ©e de BarĂšges. PREMIER TRIMESTRE 1930. 67 initiales; pĂšsent aux Ă©paules, le sarrau, sac en peau d'isard, et res besaces immaculĂ©es, tout gonflĂ©es par les provisions de route, dans lesquelles le chien compte pour une ration; le roide bĂąton que tient le poing droit a subi de frais la brĂ»lure sa noueuse rigiditĂ© est sortie rĂ©sistante de l'Ă©preuve du feu. AprĂšs une journĂ©e passĂ©e en rĂ©jouissances, le cortĂšge s'Ă©branle le lendemain Ă pointe d'aube. Et aussitĂŽt clochettes de sonner, sonnettes- de clocher Ă la volĂ©e, cĂ©lĂ©bnant la mise en mouvement de la troupe Ă©misante. DĂ©sormais, sur ses pas s'Ă©lĂšvera l'ininterrompu carilllon. Le vacarme qui l'accompagne, la prĂ©cĂšde et la suit, va croissant et simplifiant, assourdissant, diminuant et s'Ă©teignant. La poussiĂšre soulevĂ©e par le passage de la horde bĂȘlante semble ĂȘtre la fumĂ©e de cet encens sonore dont le pasteur Ă satĂ©tĂ© se grise. Ceux-lĂ qui assistĂšrent Ă son dĂ©part, l'ont accompagnĂ© pendant un moment et vienent maintenant de le quitter, dĂ©jĂ ne l'aperçoivent plus au detour du chemin le coeur attristĂ©, ils Ă©coutent dĂ©croĂźtre et se perdre au lointain la chaudronneuse sonnerie. Mais voici que lĂ -bas on l'entend venir et se rapprocher dans la cour des fermes, sur le seuil des maisons et aux fenĂȘtres, des visages se montrent, curieux de voir dĂ©filer l'exode pastoral. Sous les regards connaisseurs qui supputent le nombre des bĂȘtes et apprĂ©cient le bon Ă©tat que dĂ©cĂšle leur apparence, le berger fiĂšrement se rĂ©dresse et lance avec emphase ses Brrr... !. PrutchĂš... ! Pfiu... ! Pico-lo... ! » A la suite s'avance l'esparradou, balançant la grosse cloche â la gran campano, et ayant conscience de sa dignitĂ© de chef bĂ©lier; les brebis les plus belles se pressent en masse Ă ses cĂŽtĂ©s et derriĂšre lui; les vieilles et les jeunes, affolĂ©es par le bruit, fatiguĂ©es par la marche, se hĂątent craintivement, les praubĂštus, et s'Ă©grĂšnent en traĂźnant la patte, pendant que leur gardien jappant court de bout en bout, harcelant les flancs, ramenant les fuyards, semant la pan-que et mordant au garrot les retardataires 1. D'ount ets bous, goujat ? â D'oĂč ĂȘtes-vous garçon ? » demande-t-on Ă l'aulhĂš qui passe. S'il a de quoi tirer vanitĂ© de son troupeau, il jette de haut le nom de son village, plus superbement encore pour peu que celui-ci soit renommĂ© comme centre d'Ă©levage. De Bielle, ma fĂš ! » lance orgueilleusement l'ossalois de Bielle. Quand la maladie ou les accidents ont affaibli l'aulhade et diminuĂ© son importance, le mĂȘme biellois, en rĂ©ponse Ă la question posĂ©e, se fait passer pour natif de Laruns, afin que sa dĂ©chĂ©ance individuelle ne rejaillisse point sur le commun honneur communal De Laruns, se bous plats ! " larmoie-t-il humblement, en maniĂšre d'excuse. L'interlocuteur s'inquiĂšte aussi du lieu oĂč, pendant la nuit, le pasteur s'arrĂȘtera pour abriter le bĂ©tail â per barra lou bestia, dans les cas de longueur d'Ă©tape et d'Ă©loignement l'obligeant Ă faire halte Ount barrats ? â OĂč vous arrĂȘtez-vous ? OĂč tiendrez-vous vos bĂȘtes pendant la nuit ? » Les vieux textes portent qu'Ă©taient exempts de pĂ©age les pasteurs qui passent et repassent, tant en allant estiver leurs troupeaux sur les montagnes qu'en descendant d'icelles Lous pastours 1 Le Roman d'Estelle,' de Florian, et la Vie des Pasteurs PyrĂ©nĂ©ens, Ă©tude en bĂ©arnais de Eyt, renferment de plus amples dĂ©tails sur ces moeurs pastorales. Le rapprochement des deux tableaux â sĂ©parĂ©s par tout un siĂšcle â Ă©claire la façon de sentir et de peindre la nature de l'une et l'autre Ă©poques. 68 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. passen e repassen tant anant estibar a las montagnes que descendent dequeres » 2. Enfin, le second jour venu, la rocaille des sentiers Ă peine tacĂ©s â draios â et la grimpĂ©e plus rapide annoncent la prochaine arrivĂ©e au port de la mountagne. L'impatience de retrouver la libertĂ© des hauts plateaux agite chaque tĂȘte indociles et lassĂ©es, elles se dĂ©tournent tĂȘtues, s'attardent, assoiffĂ©es de repos et d'indĂ©pendance. A prĂ©sent les sonnailles se baisent, redevenues muettes tout autant que l'heure du retour ne leur aura pas rendu la vibration continue de l'ivresse sonnante toutes ont Ă©tĂ© retirĂ©es Ă l'exception des deux ou trois qui doivent renseigner le pĂątre sur la position du troupeau; sans cette prĂ©caution l'endroit serait difficile Ă prĂ©ciser par les temps de brumes, frĂ©quents dans ces parages. Une existence patriarcale et vĂ©gĂ©tative va commencer alors pour le berger dans le silence des solitudes pyrĂ©nĂ©ennes. Lui aussi goĂ»te l'enivrante paix des sommets et il ne changerait point pendant l'Ă©tĂ© son exil de nomade pour la vie que l'on mĂšne dans les chĂąteaux et les palais les plus beaux Bius-Artigues bau mei ta jou, pendant l'estiu, que castĂšts e palais, quoand seren bĂšts ! » A charge par eux de garder le bĂ©tail, de le faire croĂźtre et profiter â lou bestiar deu, gardar e acansar e profitar, de l'entretenir depuis l'ascension Ă la montagne jusqu'au jour de la Toussaint â entertiendra lo bestiar despuixs lo pugat de montanhe entro au jorn de Martero, les pasteurs avaient le droit de gĂźte, de dĂ©paissance et de faire cabane â aver jasilhe e padoent e acabanar Archives des Basses-PyrĂ©nĂ©es. La cabane du berger sur la montagne â era cabano, reste une construction rudimentaire entre toutes et telle que les peuplades primitives la connurent. Les murs en sont de grosses pierres sĂšches; de llongues bĂ»ches de hĂȘtre s'y appuient, formant un angle aigu avec le sol recouvertes de mottes de terre et de gazon plus souvent que d'ardoises cette toiture est ouverte Ă tous les vents. Au dedans, des cailloux noircis tiennent la place du foyer, devant lequel une piĂšce de bois â gaujen â sert de banc et aussi de couche le cas Ă©chĂ©ant; des fougĂšres ou des branches de sapin, jetĂ©es dans un coin, tapissent de larges dalles, d'une Ă©paisseur suffisante, pour que l'occupant y dorme enroulĂ© dans le vaste manteau et couvert de peaux de moutons. Un second compartiment communique avec le premier par une Ă©troite ouverture; c'est le magasin aux fromages. Les ustensiles sont suspendus aux branches du toit par des chevilles de bois. A proximitĂ© se trouve une partie de terrain, clĂŽturĂ©e par des claies, et, plus rarement, par des filets Ă larges mailles oĂč la nuit l'on enferme les troupeaux errants le jour. L'aspect extĂ©rieur et intĂ©rieur des bergeries ne varie point, qu'il s'agisse des orris du Haut-Foix, des courlaus du Couserans et du Comminges, des couilas de Bigorre, des cuialas de BĂ©arn, et que les parcs se dĂ©nomment clĂ©dats, barquĂšres, courraus, ou sarralhs. Des alats ou embancs â hangars, auvents, accolĂ©s Ă la construction principale ou bĂątis tout auprĂšs, permettent au bĂ©tail de trouver un refuge contre le mauvais temps. Aux heures de chaleur accablante, quand piquent les mouches, le mouscadĂ© ou mousquĂšre abrite les bĂȘtes et les protĂšge contre la double piqĂ»re lancinante du soleil et des insectes. 2 PrivilĂšges et RĂšglements. Orthez, Jacques Rouyer, 1676. PREMIER TRIMESTRE 1930. 69 Lorsque plusieurs pasteurs de troupeaux rĂ©unis y logent socialement, la cabane prend le nom de cabano de societat. Ses occupants ont dĂ©signĂ© l'un d'entre eux pour rĂ©gner sur tous ses compagnons en maĂźtre expĂ©rimentĂ©, prudent et sage. Ce berger en chef, homme d'Ăąge gĂ©nĂ©ralement, s'appelle lou majoumu; il est habituellement assistĂ© d'un berger en second â lou bassibiĂ© â et de plusieurs aides bergers..â lous gougars. un dicton bĂ©arnais de la vallĂ©e d'Ossau semble prouver que le majorai ne se montre pas toujours digne de la confiance dont il a Ă©tĂ© investi Ta counĂšche et majourau, Dab et cau minja u sac de sau. our bien connaĂźtre le berger chef, â Il faut avec lui manger un sac de sel. Le burguet est la cabane portative en bois, plus haute que large et longue de deux Ă trois mĂštres, hutte et lit ensemble du berger veillant sur le barguerou, parc formĂ© par des claies portatives, que l'on dĂ©place en les portant d'un point Ă l'autre du champ et dans lequel les brebis gĂźtant en plein air sont parquĂ©es la nuit pour fumer la terre. Les pĂątres s'introduisent dans le burguet au moyen d'une ouverture latĂ©rale, se rabattant en couvercle de tabatiĂšre. Les soirs oĂč la migo de l'un d'eux a Ă©tĂ© aperçue s'y glissant, les autres pasteurs font tomber de cĂŽtĂ© la maisonnette qui retiendra prisonniers les amoureux jusqu'Ă ce qu'on vienne les dĂ©livrer au matin. Ce qui en vallĂ©e de Campan fait dire d'une bergĂšre mise Ă mal Es anado au burquet ». La Bigorre les connaĂźt en outre sous le terme de lahore, et, en BĂ©arn, caiolar dĂ©signe la cabane, le gĂźte et le pĂątis attenant. Un pĂąturage clos et en pente porte dans le Roussillon le nom de devesa. LevĂ©s avec le jour naissant, les bergers s'occupent aussitĂŽt Ă traire les bĂȘtes laitiĂšres â arrounda, moulze â et Ă prĂ©parer les fromages. DĂšs que le lait recueilli-remplit les vases de bois enfumĂ©s destinĂ©s Ă le recevoir â sanjes, cubets, coussĂšres, ahumats, il est passĂ© par le couladĂ© et mis Ă chauffer dans une chaudiĂšre aprĂšs qu'un peu de prĂ©sure â cb â y a Ă©tĂ© ajoutĂ©e. Avant l'Ă©bullition, la caudĂšre est retirĂ©e du feu afin de laisser le liquide se cailler. Le majorai presse de ses mains le caillĂ© â ce que traduit l'expression acalha la calhade â et le met, dĂ©barrassĂ© de tout petit lait, dans le moule qui sert Ă former » le fromage; la forme consiste en un cercle de bois â aa, que l'on place sur une espĂšce de plat circulaire en bois â Ă©chĂšro â ou sur une sorte de petit vase percĂ© de trous â faissĂšlo â pour le faire Ă©gouter. TournĂ© et retournĂ© Ă plusieurs reprises, puis salĂ©, le fromage n'a plus qu'Ă sĂ©cher. En certains endroits, une derniĂšre opĂ©ration appelĂ©e ro'friso par les hourmatjaires de la vallĂ©e d'Aure, consiste Ă faire chauffer le fromage pour aider Ă la formation de la croĂ»te. Dans les cabanes oĂč l'on fait" du beurre â burre, en outre du fromage â froumage, hourmalge, la double opĂ©ration s'appelle er esplĂšt. Les pasteurs se nourrissent de ces laitages lait, petit lait, caillĂ©, rĂ©sidu du lait converti en fromage â leit, leitou, calhade, grulh, et de pĂąte de farine de maĂŻs ou de millet dĂ©trempĂ©e de lait ou d'eau â broje, puisĂ©e par toutes les cuillers Ă mĂȘme le chaudron dans lequel cette bouillie a 70 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. cuit et s'est durcie â leit e leit e broje Ă culhĂš plĂš. D'oĂč l'appellation de broujasses donnĂ©e aux montagnards grands mangeurs de broie. Leur pain est plus souvent d'orge noir ou de maĂŻs que de froment. Le lait du cubat l'arrose et aussi l'eau de l'arriu dont ils ont dĂ©tournĂ© vers leur cabane le courant â brin, bribent, Ă l'aide d'ue ardoise posĂ©e de champ. Au goĂ»ter, ils mangent avec gourmandise un oignon salĂ©. Mets de frugale simplicitĂ©, qui ne varient point du dĂźner au souper, et auxquels vient quelquefois s'ajouter, parcimonieusement mesurĂ©, un morceau de salĂ©, viande religieusement mĂąchĂ©e. Lorsqu'ils sont rĂ©unis aprĂšs le repas du soir, auprĂšs du feu de geniĂšvre fumant et Ă la lueur des fumeuses tĂšdes de sapin, dans l'air lourd de relents aigres, les uns Ă©voquent de fantastiques scĂšnes de sorcellerie; d'autres disent des contes pleins de bonhomie malicieuse histoires cent fois rĂ©pĂ©tĂ©es et toujours Ă©coutĂ©es avec une attention complaisante. Le rire qui dilate les faces naĂŻves, secoue les ventres et hĂąte la digestion. .AprĂšs quoi, les bergers s'Ă©tendent tout habillĂ©s sur leur couche de branchages, enroulĂ©s dans leur vaste manteau et recouverts de ces peaux de moutons qui vĂȘtaient leurs ancĂȘtres dont Fortunat a Ă©crit qu'ils portaient l' hirsuta biqorrica palla ». Et si des femmes font partie de la colonie, elles s'allongent cĂŽte Ă cĂŽte et s'endorment, elles aussi, d'un sommeil profond et confiant. Petit et gros bĂ©tail â bestia gros et menut â ne sont au matin mis en libertĂ© que lorsque s'est Ă©vaporĂ©e la rosĂ©e des herbages. Sortent alors les bĂȘtes Ă cornes â bacado, baqueris les vaches â bacos, pleines, stĂ©riles, suitĂ©es ou sĂ©parĂ©es du veau â prĂ©is, manos, tiarrĂšros. annulhĂšres les boeufs â bious ou buĂšus; les taureaux â taures; les veaux â bedĂšts, sevrĂšs ou non sevrĂšs â massos ou tiarrous; les gĂ©nisses non sevrĂ©es - massĂŽnos. ou de plus d'un an â bimos. Les noms des vaches dĂ©rivent de la couleur du pelage, de la courbe des cornes, de la taille de l'animal arroujo. roujele, ronjane â rouge ; aubino, haubino, â blanche; baiĂ©to haie; bermelho â froment; cap-nĂšro â tĂȘtenoire; mulĂ©to, mascarino â noire ou zĂ©brĂ©e de noir; saurmĂ©, saurĂ©to â rousse; soubaqno - sauvage; cardino â chardonneret femelle; esquirolo â Ă©cureuil femelle; paloumo â palombe castagno â chĂątaigne quillĂ©to â petite griotte; poumĂ©to â petite pomme; trauĂšsso â qui marche de travers houchĂšto - eux cornes fourchues, recoubĂ©es; cabirolo chevreuil femelle - aux cornes roulĂ©es en spirales et pointues d'un cĂŽtĂ©, ou dont une corne pointe en avant et l'autre en arriĂšre bruque â aux cornes dressĂ©es en avant; caubarole â aux cornes repliĂ©es en dehors; braquete â de petite taille. La belle gĂ©nisse marchant Ă la tĂȘte du troupeau avec au cou l'esquĂšre clarinante, se nomme esquirolle â qui porte la sonnette. Chevaux et iuments. poulains et pouliches. â equos. chibaus, pouris e pourios ; mulets, mules et muletons â mulets, mulos, souberanos e poupenes ; Ăąnes et Ăąnesses â ases. hourrous. saumos, Ăąnes entiers et bardots boudets e bu hous, appartiennent Ă©galement au gros bĂ©tail. Les bĂȘtes Ă laine comprennent les brebis â aulhos, pleines et stĂ©riles, prĂ©is e manos; les moutons â moutous; les bĂ©liers â marrĂ©ts, marrous; les agneaux et les agnelles â agnĂšts e aqnĂšros, parmi lesquels se distingue l'agneau d'un an - primal; l'agnelle et l'agneau de deux ans â bourrĂšgo e bourrĂ©e ou doublĂ©; la brebis qui n'est pas encore mĂšre â PREMIER TRIMESTRE 1930. 71 courdĂšro, est l'agneau prĂ©fĂ©rĂ© du berger, le robin-mouton de la bergĂšre â beroun ou mainach. Les noms des brebis sont dictĂ©s par la nuance de la toison, par la position des cornes, par le caractĂšre de l'animal couloumo â blanche sans tache; loubĂšto â dont les poils rappellent ceux du loup; mascarelo â tachĂ©e de noir Ă la tĂȘte et aux extrĂ©mitĂ©s; pialho â noire ou grise, avec les pattes annelĂ©es de blanc; couje â dĂ©pourvue de cornes; cournudo â cornue; cortroussado â aux cornes roulĂ©es autour des oreilles, trĂšs prĂšs de la tĂȘte; bruchouado â qui a des petites cornes ressemblant Ă des jeunes pousses; muscadino â Ă tĂȘte mignonne; balento â alerte et vive; galaje â coureuse. Les moutons reçoivent des appellations similaires. Boucs, chĂšvres, chevreaux et chevrettes â boucs, crabos, crabots e pitos; porcs, mĂąles -entiers, truies et pourceaux â parcs, berrats, troujous e neurigats, ressortissent au troupeau de moutons â aulhado, ramado, moutounado, en qualitĂ© de menu bĂ©tail. Les chĂšvres aussi ont des noms qui les distinguent pontillou, de baiser, rappelle que ces bĂȘtes sont affectueuses; flouquĂšto porte une petite touffe de barbe au menton; cournudo est armĂ©e de cornes et coho n'en a point. Les troupeaux isolĂ©s ne comportant que des brebis sont gĂ©nĂ©ralement suivis d'une chĂšvre dont le lait nourrit le berger. Tout pasteur aime ses bĂȘtes; il les connaĂźt toutes, les caresse souvent et prend plusieurs d'entre elles en affection particuliĂšre. Les brebinettes surtout rĂ©pondent Ă ses marques de tendresse, vivent dans son intimitĂ©, s'Ă©cartent peu de lui, accourent quand sa voix les appelle, et mangent familiĂšrement dans sa main le sel dont les broute-herbes moutons et les brebis porte-laine » sont si avides et qu'ils prennent d'ordinaire, dans la montagne, sur les peires saliĂšs, pierres plates disposĂ©es de façon Ă le recevoir. La garde que le pasteur monte sans relĂąche a pour but de bira lou bestia, de dĂ©tourner le bĂ©tail des lieux interdits au pacage et de ceux oĂč il ne passerait sans danger. Cependant il regarde d'un oeil indiffĂ©rent,sinon complice, ses bĂȘtes commettre des dĂ©prĂ©dations dans les prĂ©s dĂ©fendus et, broutant pousses et arbrisseaux, hĂąter un dĂ©boisement qui n'est dĂ©jĂ que trop funeste. Comme tout paysan, le pasteur pyrĂ©nĂ©en est l'ennemi de l'arbre. Il voudrait que tout terrain fĂ»t mis en pĂąturage aussi fait-il manger par son troupeau les taillis nouveaux; ou bien y met le feu lui-mĂȘme, sournoisement et, ne pouvant abattre les grands arbres trop surveillĂ©s par les gardes forestiers, les blesse Ă mort nuitamment en enlevant sur toute la circonfĂ©rence du tronc une large bande d'Ă©corce. Cette mutilation, que l'on appelle mettre la cravate ou cravater, arrĂȘte la descente de la sĂšve, empĂȘche sa circulation et provoque rapidemment le dĂ©pĂ©rissement, la flĂ©trissure et la mort du fier vĂ©gĂ©tal. J'ai vu dans le Biros castillonnais, au fond du RibĂ©rot de Bordes, un vĂ©ritable cimetiĂšre de hĂȘtres cravatĂ©s et, aprĂšs coup, calcinĂ©s ! Le pasteur se soucie bien davantage d'Ă©carter son troupeau du risque que pourraient lui faire courir certaines pentes dont la dĂ©clivitĂ© fuit irrĂ©sistiblement et dĂ©fie le sabot le plus assurĂ©. Les escarpements rocheux abondent, en effet, d'oĂč les bĂȘtes ne se peuvent que pĂ©rilleusement tirer lorsqu'elles s'y sont aventurĂ©es vachers et bergers redoutent de voir les vaches et les brebis empĂȘtrĂ©es de la sorte â bacos et ouelhes empenades, perdre pied et, au moindre faux-pas, disparaĂźtre dans les prĂ©ci- 72 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. pices ouverts jusqu'au fond de la grondante couliĂšre. Responsable des bĂȘtes qu'il a mission de garder, le pasteur doit rapporter la peau de celles qui sont mortes de maladie. Contre l'attaque du loup et de l'ours, il a un auxiliaire vigilant et courageux, sont grand chien, lequel ne craint point de avec lesfauves. Le chien des PyrĂ©nĂ©es, superbement racĂ©, est de haute taille; son pelage aux poils longs et soyeux a sa blancheur un peu roussĂątre ordinairement tachĂ©e de noir. De lĂ le nom de Pigou, Piguette, Pigalh â couleur de pie, qu'on lui donne gĂ©nĂ©ralement du BĂ©arn au pays de Foix, et Mascarou. lorsque le noir domine; son allure lourde et puissante le fait encore appeler PĂ lou â d'oĂč pĂ tou-pĂ tou, pesamment. Moins importants mais tout aussi bons gardiens, sont le labrit, Ă la tĂȘte allongĂ©e, barbu et Ă longs poils de couleur bise ou grise, et le farou, Ă longs poils aussi, mais noirs et plus soyeux, qui rĂ©pondent aux appellations de Pastou et de Pastoure â berger et bergĂšre Picart â qui mord; Loubet - louveteau; Perre â dĂ©rivĂ© du vocable espagnol et qui signifie chien. Qui bie amigalha et Pigou, Qu'ei u lairou. Qui vient se faire un ami de Pigou, â Est un larron. Larron d'honneur, car le proverbe bĂ©arnais s'adresse au ravisseur qui vise la bergĂšre plutĂŽt que les brebis. Lou farou me bal un pastre ». le farou me tient lieu de me remplace un pĂątre, dit-on en Languedoc. Et il est certain que ces amis Ă quatre pattes sont des aides prompts, vaillants, intelligents et dĂ©vouĂ©s. Dans le but d'Ă©carter les fĂ©roces gloutons, ours, loups, renards et toutes bĂȘtes malfaisantes, les pĂątres allument la nuit de grands feux et, de temps Ă autre, ils sonnent du cor,â enta courna et loup. La corne ou la trompe du berger â cor ou tuta, dite aussi biĂšn, cagarau, carigou de mar, lorsque c'est une conque marine â leur sert en outre Ă s'appeles entre eux. Pour s'avertir ou se hĂȘler, ils usent Ă©galement de sifflements et de cris d'appel. Le berger sifle son chien â siule soun cĂ , aussi bien que son troupeau dispersĂ© A petites aulhes, â Petits siulets. â A petites brebis, petits sifflements. Le coup de sifflet du pasteur â lou siulet deu pastou â porte Ă de grandes distances. Le montagnard le produit en introduisant dans sa bouche deux doigts ou le seul petit doigt recourbĂ©, qui vient s'appuyer sur la langue, elle-mĂȘme disposĂ©e d'une certaine maniĂšre. Ces sifflements longs et perçants, de l'aigu descendant vers le grave, dĂ©chirent l'air ainsi que des Ă©clairs sonores. On en entend qui terminent leur chute chromatique par un saut de tierce mineure inattendue. Plus surprenant encore est le hilhet ou arrenhilhet, que les Basques dĂ©nomment irrintzina. Sorte de hennissement prolongĂ©, suraigu, mordant, fait de glapissements sinistres et de sauvages Ă©clats de rire, qu'on dirait lancĂ©s par le gosier d'un ĂȘtre prĂ©historique, et qui, clameur de joie ou cri de guerre, prolonge dans notre civilisation une survivance de la barbarie ancestrale. Un ariĂ©gois notoire, PagĂšs â qui, plus tard, reprĂ©senta son dĂ©parte- PREMIER TRIMESTRE 1930. 73 ment Ă l'AssembllĂ©e LĂ©gislative â avait fait dans sa jeunesse l'ascension du Mont-Vallier, pic dont la noble structure domine tout le Couserans. Cet exploit, plutĂŽt rare au dĂ©but du dix-neuviĂšme siĂšcle, fournit Ă ce prĂ©curseur du pyrĂ©nĂ©isme la matiĂšre d'un mĂ©moire Ă l'AcadĂ©mie des Sciences de Toulouse, dĂ©taillant les observations par lui recueillies en cours de route. Le mĂ©moire de Pages, lu dans les sĂ©ances des 15 et 22 juin 1809, est demeurĂ© manuscrit. Les passages transcrits ci-dessous dĂ©peignent les moeurs pastorales des montagnards des PyrĂ©nĂ©es Centrales, observĂ©es Ă une Ă©poque oĂč elles Ă©taient encore dans toute leur simplicitĂ© originelle. Au printemps... les bergers rĂ©unis font réédifier leurs chaumiĂšres annuelles; Ă peine les ont-ils Ă©levĂ©es, Ă peine ont-ils prĂ©parĂ© la fougĂšre sur laquelle ils reposeront leur fatigue, Ă peine ont-ils dĂ©tournĂ© le lit des ruisseaux vers la porte de leur cabane, qu'ils se rassemblent aux premiĂšres lueurs de l'Ă©toile du matin; ils montent sur le haut de la colline, s'asseoient en cercle et attendent en silence le lever du soleil. L'astre du jour a-t-il paru ? Le plus vieux commence la priĂšre et tous l'Ă©coutent dans le recueillement. La priĂšre achevĂ©e, le vieillard a perdu tous ses droits il n'est plus qu'un pĂątre. Alors les bergers se partagent les montagnes et les chaumiĂšres, et sortant de la rĂ©union forment de petites peuplades; chacune Ă©lit son chef la couronne est toujours sur des cheveux blancs; celui qui la porte a le nom de pĂšre ou de vieux. Ensuite les chefs s'assemblent; ils jurent d'aimer Dieu qui est nĂ©cessaire comme le soleil, d'enseigner la route aux voyageurs Ă©garĂ©s, de leur offrir le lait, le feu et l'eau, leur manteau et leur cabane, de poser le talwmen sur les misĂ©rables que la law ou la toupb feraient pĂ©rir, de respecter les fontaines et d'avoir soin des troupeaux. Le vieux qui vint me recevoir Ă la fontaine d'Arcousaing m'apprit l'ordre de ces vieilles commices. Aujourd'hui, me dit-il, les voyageurs et les contrebandiers ont corrompu nos moeurs par leurs moeurs Ă©tran gĂšres, et les jeunes bergers mĂ©prisent les saintes coutumes des mon tagnes; mais l'hospitalitĂ© est toujours pour nous un devoir. Nous som mes pauvres mais bons. Jeune homme, lorsque vous serez dans les villes de la plaine, souvenez-vous des pĂątres- d'Arcousaing. » ... Et pourrais-je oublier ce tableau de la vie pastorale ? Des branches rĂ©sineuses de pin Ă©taient enflammĂ©es sur un roc de granit et, Ă la lueur de ce phare, les bergers assis sur un tronc recourbĂ© et creusĂ© qu'ils appellent lerr, faisaient jaillir dans le vase le lait nourrissant des brebis timides que protĂšge un vaste bercail, le lait plus limpide d'un immense troupeau de vaches renfermĂ©es dans les claies- plus Ă©levĂ©es, et le lait plus gluant des chĂšvres indĂ©pendantes qui passent la nuit sur les rochers, tandis que les cavales vagabondes errent sur les sommets- de la montagne dont le penchant est couvert par des porcs endormis, et partout des, chiens protecteurs rassurent ces troupeaux craintifs par leurs aboiements longs et rĂ©pĂ©tĂ©s, et partout les pĂątres font retentir jusqu'aux sommets Ă©levĂ©s les sons prolongĂ©s de leurs conques marines. Les bergers rentrĂšrent- bientĂŽt dans la cabane et versĂšrent dans un pĂ©trin le lait Ă©cumant de leur lerrs... un foyer embrasĂ© faisait bouillonner des pommes de terre dĂ©trempĂ©es dans le lait. Quelques vases de bois, 74 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. des branches de sapin qui servaient Ă la fois de siĂšge et de lit, garnissaient ce rĂ©duit Ă©troit au-dessous duquel Ă©tait le rĂ©servoir des fromages de lait et de beurre. Les bergers assemblĂ©s, les uns enlevaient la crĂšme du lait, et le cerr qui restait Ă©tait la pĂąture des chiens; les autres tourmentaient la fleur des laitages pour les coaguler en beurre, et les plus vigoureux pressaient d'un bras nerveux et pesant les fromages qu'ils resserraient dans des cercles de chĂȘne; et moi, enveloppĂ© de la large mante du vieillard, je reposais sur une couche de feuillage. Le repas fut commun ; le vin l'Ă©gaya, les bergers entonnĂšrent les Goy de la Vierge de Montgarr et racontĂšrent comment les pĂątres l'avaient trouvĂ©e sur la cime des PyrĂ©nĂ©es; mes guides y joignirent des chansons grivoises. Des contrebandiers et le vieillard chantĂšrent l'hymne d'initiation des Borouch ou des Vieux du Tombeau. J'Ă©crivis- les allĂ©gresses de la Vierge, composĂ©es dans un des dialectes de l'Espagne, mais la lassitude me priva du plaisir de copier le chant du vieillard 1; la plupart des expressions perdues dans la tangue des Byrennes me le rendait d'ailleurs presque inintelligible. L'hymne cĂ©lĂ©brait les dieux créés, les astres naissants, et les hommes sortant des eaux. » Les vieux pĂątres andorrans et cerdagnols aux caleçons de cuir, savaient naguĂšre entiĂšrement par coeur un petit poĂšme populaire catalan 2 relatif Ă la vie des bergers d'autrefois. Voici un fragment de cette curieuse pastorale, qui doit remonter au seiziĂšme siĂšcle Quan lo sol lo fa suar, Diu Ja es teins de morriar; Reposant una estoneta. Caillant una cansoneta, Y fora bruxas ! Que tenint jo pa y maduxas; No me espanta La caler, eneare que's tanta. Qui tinga sel, que bega, Qui te mal, que se 'l gemega. Jo estich content ! Com jo no tinch camps ni artigas, En fer mitja y camalligas, Filosas y debanerns, Collas, llossas y culleras, Es'a la mia ganancia Y amb Deu poso ma confiança. Oh ! Que vida ! No la te millor una dida Ni una partera Ni lo rich de mes alta esfera ! » Mes lo travail Es quan al mitj de algun vall Li ix lo llop. Que semple sol ixir de prop Com llop en faula. Y si es llop vell, es tan maula Y tan bribo, Que semple ix de trahiso Al descuydat. Aqui entra lo combat Dels bons pastors. Pero, si ells crian gos O algun musti, Bee pot lo man llop veni ! Que ab gran enfado, Li rebalan lo gayato Y la. gorra Y cridan Foch Ă la borra ! Al llop ! al llop !... Aqui puja, aqui passa La bestiassa !... Foch Ă la cua !... TĂ©, LlĂ©ounet ! TĂ©, Colom ! TĂ©, Musti ! 1 Si l'abbĂ© Duclos, en l'occurrence compilateur de Du MĂ©ge, s'Ă©tait reportĂ© comme nous au manuscrit de Pages, conservĂ© dans les archives de l'AcadĂ©mie des Sciences de Toulouse, il n'aurait pas Ă©crit faussement que le texte de ce chant... avait Ă©tĂ© recueilli avec aviditĂ©. » Voyez l'Histoire des AriĂ©geois, t. I, p. 78. 2 Cf. Pierre VIDAL Relacio de la vida del pastor. PREMIER TRIMESTRE 1930. 75 Aqui, aqui, Aqui passara lo trahidoras 1... No'n tastaras Del meu ramat !... Mal foch te hagues cremat, Llop pudent ! Tocauli somatent !... » Quand le soleil le fait suer, â Le berger dit Il est temps de rĂ©unir le troupeau; â Reposons-nous un instant, â Chantons une chansonnette â Et loin d'ici les sorciĂšres ! â J'ai du pain et des fraises; â Ne me fait pas peur â La chaleur, pour si ardente qu'elle soit. â Que celui qui a soif, boive, â Que celui qui,a du mal, se soigne. â Moi je suis content !... â Comme je ne possĂšde ni champs ni garrigues, â Faire des bas et des jarretiĂšres, â Des quenouilles et des fuseaux, â Des colliers, des louches et des cuillers, â C'est lĂ mon occupation â Et en Dieu je mets ma confiance... â Oh ! quelle vie ! â Jamais ne l'eut meilleure, nourrice â Ni femme en couches â Ni le riche de la plus haute condition ! » â Mais oĂč est le travail â C'est lorsqu'au milieu d'une vallĂ©e â Lui sort le loup, â Qui toujours sort de trĂšs prĂšs â Comme le loup de la fable, â Et si c'est un loup vieux, il est rusĂ© â Et si fripon â Que toujours il apparaĂźt en traĂźtre â A un moment d'oubli de la part du berger. â Alors commence la lutte â Pour les bons pasteurs. â Mais, s'ils ont un chien â Ou un molosse â Le mauvais loup peut bien venir ! â Avec une grande vigueur â Ils lui lancent te bĂąton â et la gorre â Et ils crient Feu Ă la bourre ! â Au loup ! Au loup !.. â LĂ elle monte, lĂ elle passe â La vilaine bĂȘte !... â Feu Ă la queule !... Tiens, LĂ©ounet ! â Tiens, Colom ! Tiens, Musti ! â LĂ , lĂ , â LĂ passe le grand traĂźtre !...'â Tu n'en goĂ»teras pas â De mon troupeau !... â Qu'un mauvais feu t'eĂ»t brĂ»lĂ©, â Loup puant !... Sonnez le tacsin !... » Durant les interminables loisirs de la journĂ©e, les pasteurs tricotaient jadis des bas et des jarretiĂšres, des bonnets, des gilets et autres ouvrages de laine leurs doigts, habiles Ă manier le crochet â bet, aimaient aussi Ă travailler le bois troncs creusĂ©s, que le pied chaussera commodĂ©ment lorsqu'ils seront devenus de rĂ©sistants sabots; Ă©clisses qui noueront les minces lames des colliers au cou des ruminants; morceaux Ă©vidĂ©s en forme de vases, d'Ă©cuelles et ustensiles divers; tiges droites, enjolivĂ©es de dessins sculptĂ©s au couteau, et en haut desquelles s'enroulera le chanvre et le lin, chevelures des quenouilles qui seront vendues au village voisin ou qu'on offrira au retour en gage d'amour ou tĂ©moignage d'amitiĂ©. Les pĂątres d'aujourd'hui restent plus volontiers inactifs que ceux de l'ancien temps; ils prĂ©fĂšrent dormir, Ă©tendus' Ă plat ventre dans l'herbe ou sur leur cape et tendant leurs Ă©paules Ă la brĂ»lante caresse du soleil â espeternellats als repetells del sol, suivant la pittoresque expression catalane. Combien en compte-t-on qui jouent encore du chalumeau, dont les bergers pyrĂ©nĂ©ens du siĂšcle dernier avaient, pour leur agrĂ©ment personnel, conservĂ© l'usage ? Lou clari â ainsi le dĂ©signent BĂ©arn et Bigorre â est un petit instrument Ă anche, de la famille des hautbois, fait sommairement en bois de hĂȘtre, long de vingt-cinq centimĂštres environ et 76 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS percĂ© de huit trous six Ă la file, un placĂ© en bas de cĂŽtĂ© et le huitiĂšme derriĂšre, Ă l'extrĂ©mitĂ© supĂ©rieure du tube. L'anche â espiule â est ordinairement en corne de boeuf. L'instrument que me montra M. François Sabatut 60 ans, tambourinaire de GĂšdre-dessus, dans la vallĂ©e du Gave, non loin de Gavarnie, avait son anche faite avec une plume d'aigle. Les quelques sons que peut Ă©mettre l'Ă©chelle rĂ©duite du clari sortent trĂšs difficilement, en sorte que leur justesse est gĂ©nĂ©ralement douteuse. Le timbre possĂšde une duretĂ© rĂȘche, une aciditĂ© grumeleuse qui mĂšlent aux inflexions les plus adoucies de la raucitĂ© Ăąpre et stridente il paraĂźt aigrelet Ă l'ouĂŻe comme l'est au goĂ»t le petit-lait aigri. Ses sons criards piercent le mystĂšre ombreux des forĂȘts silencieuses, pareils aux rayons qui traversent la voĂ»te des hĂȘtraies et des sapiniĂšres, et allument d'un rougeoiement de braise la futaie, les feuilles et les aiguilles odorantes. Affaiblis par l'Ă©loignement, ils tissent leur agreste mĂ©lancolie autour des coupeaux toujours chenus », laissant lentement tomber goutte Ă goutte les notes longues, tristes, Ă©mouvantes, de quelque vieille cantilĂšne du terroir. La voix humaine traduit mieux que le vert hautbois champĂȘtre, la grandeur des chants qu'inspira la sublime nature. Car il n'y a que dans les bergeries de salon que le pastoral soit fade, languissant, maniĂ©rĂ©. Dans son cadre, qui lest l'espace, il atteint Ă une ampleur de lignes, large et sereine, Ă une hauteur d'expression, tendre et grave de cette tristesse que ChĂąteaubriant avait observĂ© comme Ă©tant le caractĂšre du chant naturel de l'homme, lors mĂȘme que ce chant exprime le bonheur. Les poĂštes de la Renaissance et leurs successeurs prenaient plaisir Ă ouĂŻr le virelai qui, pareil Ă la vive alouette, s'Ă©lĂšve et monte sans enort . A l'abry de quelque fougĂšre, J'escoute le jeune bergĂšre Qui dĂ©goise son lorelot. Et l'auscitain Guillaume de Salluste, sieur du Bartas 1, devine la fredonnante voix que l'Ă©loignement seul empĂȘche de parvenir jusqu'Ă lui Ici. la pastourelle, Ă travers une plaine, A l'ombre, d'un pas lent, son gras troupeau ramĂšne-, Cheminant, elle file, et, Ă voir sa façon, On dirait qu'elle entonne une douce chanson. Que n'ont-ils exaltĂ© la mĂąle beautĂ© du chant populaire lorsqu'il est chantĂ©, dans les altitudes montagnardes, par le rude pasteur, roi des hauts plateaux pyrĂ©nĂ©ens ! Puisque la caractĂ©ristique du lieu c'est la montagne, les plus reprĂ©sentatives entre toutes les chansons pyrĂ©nĂ©ennes doivent ĂȘtre les chansons de bergers. PĂątres et pastoures, enveloppĂ©s de la cape de bure ou du 1 PoĂšte et gentilhomme proteestant. nĂ© Ă Montfort, prĂšs Auch. vers 1544, mort en 1590. Salluste du Bartas a son buste en bronze sur une petite place d'Auch, prĂšs de la Basilique Sainte-Marie, oĂč il fut Ă©rigĂ© en 1890 par la ferveur fĂ©llbrĂ©enne, Crethe, drt-on, admirait fort la piĂšce La Semaine ou La CrĂ©ation du Monde, dont est extrait le quatrain citĂ©. PREMIER TRIMESTRE 1930. 77 capulet, appuyĂ©s sur le long bĂąton ou quenouille filant, chantent Ă pleine gorge les pastourĂštes et les bergĂšres. Afin de mieux entendre la portĂ©e de leur propre voix, ils placent la main en cornet derriĂšre l'oreille et Ă©coutent le chant planer longuement Ă travers l'espace avant de rebondir au versant opposĂ© l'Ă©cho, ce fallacieux animateur des solitudes montagnardes, renvoie souvent au pasteur l'ironie de ses accents trompeurs. Parfois aussi, un autre timbre humain s'Ă©lĂšve au loin et la rĂ©ponse jetĂ©e au vent vient tomber aux pieds de la bergĂšre en notes effeuillĂ©es comme les pĂ©tales d'un bouquet champĂȘtre. MalgrĂ© la distance, bergĂšre et pasteur peuvent ainsi correspondre et, Ă la faveur des couplets alternativement lancĂ©s, Ă©changer d'amoureux propos, rĂ©vĂ©ler un sentiment ou en entretenir le zĂšle. Toute poĂ©sie populaire, qu'elle soit tendre ou dramatique, rentre dans le rĂ©pertoire des pasteurs pourvu que la mĂ©lodie convienne au grand air par son caractĂšre large, contemplatif, pastoral. Celles-lĂ ont Ă©tĂ© rĂ©parties dans les diffĂ©rents chapitres qui prĂ©cĂšdent et dans les suivants. Mais les vĂ©ritables chansons de bergers â cantes aulhĂšres â sont les pastourelles, ainsi nommĂ©es parce qu'elles mettent en scĂšne des bergers et narrent leurs aventures ou leurs amours. On retrouve des traces de ces pastourelles jusque dans les origines mĂȘmes de la lyrique française. Les nombreuses versions qui s'en transmettent encore, appartiennent pour la plupart au cycle de L'Occasion manquĂ©e. Elles affectionnent le style dialoguĂ© et le principal rĂŽle y revient Ă la bergĂšre, non au pasteur. Soit qu'elle attende le retour de l'absent ou se rĂ©serve intentionnellement, ou par rĂ©volte instinctive et pour son honneur garder, la rusĂ©e pastoure se dĂ©livre aisĂ©ment, grĂące Ă sa dĂ©lurĂ©e gaillardise, du sĂ©ducteur bien nĂ© qui la poursuit et la tente, cavalier, seigneur, gentilhomme, dĂ©sireux de trouver joie de chambrĂ©e en pĂąturage ». Le rĂ©cit de ces rencontres piquantes forme le thĂšme prĂ©fĂ©rĂ© des pastourelles. Sachant fort bien rĂ©sister aux Ă©hontĂ©es propositions et se dĂ©barrasser des soupirants occasionnels, la bergĂšre de la chanson pyrĂ©nĂ©ene reste habituellement fidĂšle au berger qu'elle aime. Morale est la leçon du peuple â dans les pastourelles mĂ©ridionales tout au moins. Les plus typiques d'entre celles qu'on va lire, je les ai recueillies en Gascogne, terre dont la rĂȘverie ardente et l'ardeur nerveuse s'Ă©quilibrent si harmonieusement. DĂ©jĂ Montaigne avait senti que la poĂ©sie purement naturelle a des naĂŻfvetĂ©s et grĂąces par oĂč elle se compare Ă la principale beautĂ© de la poĂ©sie parfaicte selon l'art comme il se veoid es villanelles de Gascoigne ». Certains Ă©rudits en chambre, abusĂ©s par le fait que les anciennes pastourelles gasconnes n'avaient pas Ă©tĂ© jusqu'Ă ce jour et en totalitĂ© colligĂ©es, ont imprudemment niĂ© leur existence. Ils ont, par contre, accordĂ© une importance disproportionnĂ©e aux savantes productions du bĂ©arnais Gyprien d'Espourrins, le gentilhomme â poĂšte du XVIIIme IsiĂšcle. En rĂ©alitĂ©, les deux douzaines de poĂ©sies qui sont attribuĂ©es au chansonnier d'Espourrins ne dĂ©tiennent qu'une place infime dans le terroir pyrĂ©nĂ©en, Ă cĂŽtĂ© et en marge des innombrables leçons populaires sa mĂ©moire vit toujours chez les montagnards des vallĂ©es d'Aspe, d'Ossau et du Lavedan; mais sa rĂ©putation a Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©e et faussĂ©e par des lettres mal renseignĂ©s â ainsi que le prouvera l'Appendice de cet ouvrage. 78 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Dans le prĂ©sent chapitre n'ont Ă©tĂ© admises que les traditionnelles chansons anonymes des bergers pyrĂ©nĂ©ens. Aux cris â hilhels, boilĂšres, succĂ©deront les chants spĂ©ciaux pour la rentrĂ©e des troupeaux et la transhumance ; aprĂšs quoi prendront place les pastourelles proprement dites. Les cris ont jailli dĂšs les origines et ils nous viennent du fond des Ăąges. L'anciennetĂ© des chansons remonte pour le moins, sous leur forme primitive, aux trois derniers siĂšcles mĂ©diĂ©vaux. Chevauchant Ă ras des beaux pĂąturages, le long des eaux claires â bels herbaas, au long de l aiga clara, dĂ©crits par Arnaud de Salette dans sa traduction des Psaumes en bĂ©arnais, le chroniqueur français Froissart dut les audir », ces pastourelles, presque pareilles vers la fin du quatorziĂšme siĂšcle Ă ce qu'elles sont de nos jours, tandis que le regardaient passer En un biau prĂ© verd et plaisant, Mainet brĂ©gier et mainete brĂ©giĂšre, ascendants do ceux qui, Ă leur tour, m'ont transmis la tradition hĂ©rĂ©ditaire. Cri de PĂątres LOU HILHET LE CRI Hou ! Hi hi hi hi hi hi hi hi !... En rĂ©duisant ou augmentant Ă volontĂ© le nombre des hi ! mais en prolongeant le dernier Ă bout de souffle. [BĂ©arn, Bigorre, Comminges, Couserans, Foix, Andorre, Catalogne, Cerdagne, Roussillon et Pays Basque] PREMIER TRIMESTRE 1930. Le principal cri des PyrĂ©nĂ©ens se dĂ©nomme hilhet, renhilhet ou arrenhilhet, au centre de la chaĂźne, anhilla et irrintsina aux deux extrĂ©mitĂ©s catalane et basque. C'est dire qu'il s'entend dans toute la montagne. Les montagnards en usent pour se hĂȘler, se prĂ©venir, et aussi dans maintes circonstances traditionnelles danses, noces, retours de veillĂ©es â il sert alors Ă exprimer leur joie. Certains pasteurs lancent Ă©galement le hilhet aprĂšs chaque couplet d'une chanson. En outre, la pittoresque expression de lou critch dou culhĂš, â le cri de la cuillĂšre, dĂ©signe pour les Couseranais entre autres, le hilhet qui sonne l'heure du repas. Les hilhaires fameux Ă©taient rĂ©putĂ©s naguĂšre; on parlait d'eux, sous le chaume et l'ardoise, tout comme les Grecs de l'Hellade exaltaient autrefois l'athlĂšte vainqueur. Le hilhet consiste en une bruyante explosion aiguĂ« qui retombe en cascades frĂ©missantes. Son caractĂšre singulier lui vient surtout du petit tremblotement que le gosier prolonge avec insistance sur la syllabe hi, aussitĂŽt aprĂšs l'explosante clameur initiale. Ce n'est ni un trĂ©molo, ni la rĂ©pĂ©tition d'une mĂȘme note. Mais cela participe des deux Ă la fois. Et le nom du cri dĂ©rive de cette sorte de fougueux hennissement â anilhar, hennir â qu'on dirait poussĂ© par quelque cavale sauvage. Un tel mode de huchement varie, d'ailleurs, suivant les rĂ©gions et selon les individus. Les uns le font ici rapidement claquer en cinglant coup de fouet; lĂ , d'autres en dĂ©roulent plus capricieusement la laniĂšre chromatique. Le chromatique descendant de ces glissades n'a rien d'arbitrairement fixe il ne part pas forcement du mĂȘme son, et il s'arrĂȘte souvent en chemin au grĂ© de la fantaisie ou du souffle de chacun. Le hĂŻlhet doit toujours ĂȘtre jetĂ© Ă pleine gorge, d'une voix de tĂȘte effilĂ©e, aiguisĂ©e, stridente, glapissante. Lorsq u'il jaillit Ă souhait, ses sons parviennent Ă une trĂšs grande distance. L'effet, longuement rĂ©percutĂ© et perçu au loin, atteint Ă une sauvagerie impressionnante. Entendu dans les hautes solitudes, et la nuit plus particuliĂšrement, il surprend par son Ă©trangetĂ© angoissante, sinon terrifiante. Des Ă©crivains, Pierre Loti, Xavier de Cardaillac, ont Ă©tĂ© troublĂ©s, par lui ; analysant leurs sensations, ils l'ont minutieusement dĂ©crit. Plus difficile Ă traduire musicalement, le hilhet peut ĂȘtre ramenĂ© aux types des formules que j'ai notĂ©es elles reproduisent les traits essentiels des diverses variantes du cri; leurs lignes flexibles en retiennent captive la fuyante imprĂ©cision. Les trois premiĂšres notations sont reprĂ©sentatives du hlhet proprement dit; la quatriĂšme se rapporte plutĂŽt Ă l'irrintzina. Il convient enfin de spĂ©cifier que cette maniĂšre de hucher n'appartient pas exclusivement aux PyrĂ©nĂ©es. Elle se pratique encore dans la languedocienne Montagne Noire et en d'autres lieux. Tout porte Ă croire que son emploi, naturel et commun Ă nombre d'anciennes peuplades,, voire de races, s'Ă©tendait jadis bien davantage. Car le hilhet et les cris ses pareils plongent jusqu'aux plus obscures origines de l'humanitĂ©. L'Ăąme farouche de nos premiers ancĂȘtres se perpĂ©tue en eux. BOILERE Ouitto, oĂšre, oĂšre ! Quin t'en ba, iouĂšro ? OĂšro, ouitto, oĂšre ! » â Ouitto, oĂšre, oĂšre ! Ja m'en bau bien; e tu, iouĂšro ? OĂšro, ouitto, oĂšre ! [Comminges] 80 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Par boilĂšre ou bailĂšre l'on dĂ©signe, d'une façon gĂ©nĂ©rale, tous cris ou chants de pasteurs, et plus particuliĂšrement, les petits couplets au moyen desquels ils s'interpellent, se jettent et se renvoient de montagne Ă montagne les demandes et les rĂ©ponses, en un dialogue le plus souvent improvisĂ©. Par lĂ le boilĂšre diffĂšre des pastourelles traditionnelles, et aussi parce qu'il se cantonne dans une forme de conversation personnelle et familiĂšre. L'air, quand il n'est pas empruntĂ© Ă quelque chanson, revĂȘt un caractĂšre de psalmodie criĂ©e Ă pleine voix, plutĂŽt que de chant vĂ©ritable. Autre version Toque, baquĂšre, se bos touca La fresque arrousade qu'en-s ba gaha, Lou loung dou camin qu'en-s ttrapa; La baque leitĂšre s'en ba tourna. Adiu, baquĂšre, dinqu'au matin. Dempus lou matin dinqu'ou tantos, T'attenderĂši au cap dou bos; Dou cap dou bos a la carrĂšre Que canteram PaubĂšre-lĂšre. [Gascogne] Trad. â Touche, vachĂšre, si tu veux toucher tes vaches â La fraĂźche rosĂ©e va nous surprendre, â Le long du chemin elle va nous attraper; â La vache laitiĂšre va s'en revenir. *** Adieu, vachĂšre, jusqu'au jusqu'Ă demain matin. *** Depuis le matin jusqu'au tantĂŽt. â Je t'attendrai Ă l'orĂ©e du bois; â De l'orĂ©e du bois au chemin â Nous chanterons l'aubĂši c-lĂšre. Comme boilĂšre, l'aubĂšre-lĂšre de aube, lever du jour est une formule assez insignifiante, rĂ©pĂ©tĂ©e Ă la façon d'une traĂźnante mĂ©lopĂ©e, par les vachers gascons partant aux champs ou ramenant leurs bĂȘtes dans le soir. Elle s'agrĂ©mente parfois de strophes ayant trait Ă leur travail journalier â c'est le cas de celle-lĂ . Pour s'appeler Ho...o...ou !... OhQu !... Ho ! HĂš ! Ho ! Houp !... Hou ! Hi ! Hi ! Hi !... C'est le hilhet notĂ© plus haut. Anem, anem, bitassa, las ovellas al corral !.. Trad. â Allons, allons, vivement, les brebis au bercail ! Pour appeler les moutons BĂȘĂȘĂȘ !.. Brou ! Brou !... Berou ! Berou !... Rrrou ! bene, praubĂšte ! ou bene, petite !... Trad. â Rrrou ! Vien, pauvrette ! ou viens, petite ! HĂšp-ch !... PrutchĂš !... Diu-bibant ! Hou !... Trad. â Dieu-Vivant ! juron bĂ©arnais et gascon Ho !... PREMIER TRIMESTRE 1930. 81 Le berou, beroun, berounet, est â en Languedoc ârobin-mouton ou favori; le bĂšri est le bĂ©lier, mĂąle de la brebis. Pour appeler les vaches , Hùùù !... BĂšro ! Beroio !.. Trad. â Belle !.. Mais ce qualificatif s'adresse Ă©galement aux brebis et, de plus, aux oies, comme on le verra par les crieries du chapitre suivant. Les cris de bouviers font aussi partie de ce sixiĂšme chapitre. Pour ramener les bĂȘtes AhĂ»to !... ArraudĂšro !... EsquiĂźu !.... Ces trois cris visent Ă faire revenir vers le troupeau les bĂȘtes qui s'en sont Ă©cartĂ©es, et Ă les Ă©loigner ainsi des endroits dangereux. La notation musicale du dernier se trouve intercalĂ©e dans la chanson du Rauelhet, placĂ©e ci-aprĂšs. Au chien TĂš ! PĂą ! TĂš !... TĂš ! PĂą ! TĂš !.,. Trad. â Tiens ! Du pain ! Tiens T.. L'appel se borne parfois, au premier monosyllabe. TirĂ© !... Trad. â Retire-toi ! En arriĂšre !.. A tu, Pigou !... Trad. â A toi, Pigou L. Hourre ! Hourre ! Labrit !.. Trad. â Pille ! Pille ! Labrit !.. Ces deux appels ont pour but d'exciter l'ardeur combative du gardien jappant et de le lancer contre l'agresseur, homme ou fauve. Ga -be la ca-un! Dau! Gahe la came ! Dau !... Trad. â Attrape la patte ! Donne !.. Rrrou, titou, bĂ©ne, hop ! Ham-ham Ă la camoto !.. Trad. â Rrrou, petiote, viens, hop ! â Ham-ham mords-la Ă la patte !... Biro-lou !... ou la Trad. â Vire-le !... Tourne-la ! DĂ©tourne-la ! A la camo !... Trad. â A la patte !... At pĂš !.. . Trad. â Au pied !.. Pico-la !... ou pico-lou Trad. â Pique-la !.. ou pique-le. Pessigo-lo !.. . Trad. â Pince-le !... Toco-lo !... Trad. â Touche-le !... DĂšicho-lou ! Trad. â Laisse-le !... Passo delĂ !.. Trad. â Passe delĂ !.. Passo darrĂš !... Trad. â Passe derriĂšre !.. Pujo naut !... Trad. â Monte haut !... Au-dessus le la bĂȘte pour la forcer Ă descendre. 6 82 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. HĂš-lou bĂ©ngue !.. Trad. â Fais-le venir !.. HĂš-lou dĂ©uara !.. Trad. â Fais-le descendre !.. Aux noms de chiens mentionnĂ©s dans la notice du prĂ©sent chapitre, il faut ajouter, pour les chiennes, Balento â Vaillante, Soumiso â ObĂ©issante. Le nom de Bergcro est habituellement donnĂ© de prĂ©fĂ©rence Ă la chienne chargĂ©e de garder les vaches ; celui de Pastouro, Ă celle qui a la garde des moutons. Dictons Un boun pastou porto la capo Quau tems que fasco. Trad. â Un bon pasteur porte la cape â Quelque temps qu'il fasse. Lou boun pastre fa lou boun avĂȘ. Trad. â Le bon berger fait le bon troupeau. Tout ço qui ei Ă la court, Ei deu mĂ rrou. Trad. â Tout ce qui est et naĂźt au bercail, â Est du bĂ©lier. Uelho que badalho Perd sa boucado. Trad. â Brebis qui bĂąille â Perd sa bouchĂ©e. Fedo trop coumptado, Lou loup l'a manjado. Trad. â Brebis trop souvent comptĂ©e, â Le loup l'a mangĂ©e. Voyez, en outre, plusieurs proverbes rĂ©partis dans le courant de la notice. Chants de transhumance ou de travail L'AULHADO LE TROUPEAU DE MOUTONS â Quin t'en ba l'aulhado, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhado ? â BĂšt que-m ba l'aulhado, aulhĂš, BĂšt que-m ba l'aulhado. PREMIER TRIMESTRE 1930. 83 â Quin t'en ba l'aulhado, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhado ? â Lous moutous arrequincats, L'aulho escarrabillado. Quin t'en ba l'aulhado, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhado ? â Mau que-m ba l'aulhado, aulhĂš, ' Mau que-m ba l'aulhado. â Quin t'en ba l'aulhado, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhado ? â Lous moutous soun embrumats, Las aulhos entecados. â Quin t'en ba l'aulhado, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhado ? - PlĂą que-m ba l'aulhado, aug'an, L'an qui biĂ©, dilhĂšu pas tant. [Gascogne] Var. â I. Coumo ba... Coum t'i ba... â 3. L'aulhado en ba pas ta plan. â 4. Coub l'anado passado. â 7. ... deebrats, â 8. Las aulhos arrousados. â II. L'aulhado en ba mieulhe angan. â 12. Que l'anado passado. â Lous agnets qu'en soun hort bĂšts. â 16. Las aulhos fort galhardos. » Trad. â Comment va le troupeau, berger, â Comment va le troupeau ? â Mal va le troupeau, berger, â Mal va le troupeau. /* â Comment va le troupeau, berger, â Comment va le troupeau ? â Les moutons sont mal en point, â Les bebis malades. /* Comment va le troupeau, berger, â Comment va le troupeau ? â Bien va le troupeau, berger, â Bien va le troupeau. ** â Comment va le troupeau, berger, â Comment va le troupeau ? â Les moutons sont regaillardis, â La brebis Ă©veillĂ©e. *** â Comment va le troupeau, berger, â Comment va le troupeau ? â Bien va le troupeau, cette annĂ©e, â L'an qui vient peut-ĂȘtre n'ira-t-il pas aussi bien. » Le troupeau ne va pas aussi bien â Que l'annĂ©e passĂ©e. ** Les brebis ont Ă©tĂ© touchĂ©es par la rosĂ©e *** Le troupeau va mieux cette annĂ©e â Que l'annĂ©e passĂ©e. *** Les agneaux sont fort beaux, â- Les brebis trĂšs gaillardes. » Autre version -PlĂą que-m ba l'au - lhade, au-gan, - L'an qui biĂ© di -Iheu pas tan.» Quin t'en ba l'aulhade, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhade ? â PlĂą que-m ba l'aulhade, aug'an, L'an qui biĂ©, dilhĂšu pas tant » Qu'an passĂąt capsus BagĂ©s, La terre desirade. Lou mati soun Ă l'oumprĂš, Lou brĂšspe Ă la soulane. â Labets, que hĂšts, bous, aulhĂš ? â Droumi dens la cabane. Pensam Ă ha lou miussat, LĂšu aprĂšs la lhebade. 84 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Puch, quoand Ăšm arregoulats, BatĂšm la calhade. De ço qui Ăšm drin fatigats, Drin loegn qu'ei l'aiguete. Mes certes, nou Ăšm trop talats, SoubĂ©n bebĂ©m leitote. Ăo qui-ns da plĂą de chĂ©gri, Las crabes mancaben. Tapoc, n'auram, au mati, Leit qui desiraben. En passan Ă l'arrĂš-plĂą, S'y soun esbarjades. Lous carbouĂšs de LabedĂ , Las y an espleitades. â Quin t'en ba l'aulhade, aulhĂš, Quin t'en ba l'aulhade ? â PlĂą que-m ba l'aulhade, aug'an, L'an qui biĂ©, dilĂšu pas tant. » [VallĂ©e d'Ossau, BĂ©arn, Bigorre] Trad. â Comment va ton troupeau, berger, â Comment va ton troupeau ? â Il va bien mon troupeau, cette annĂ©e, â L'an qui vient peut-ĂȘtre pas autant. » *** Ils ont passĂ© par-dessus le Bager, â La terre dĂ©sirĂ©e. *** Le matin ils sont Ă l'ombre. â Le soir Ă l'abri. ^ â Que faites-vous, berger ? â Je dors dans ma cabane. *** Nous pensons Ă faire le dĂ©jeĂ»ner â DĂšs que nous sommes levĂ©s. *** Puis, quand nous sommes satisfaits, â Nous battons le caillĂ©. *** Ce qui nous fatigue un peu â C'est que l'eau est un peu loin.. *** Mais, certes, nous ne sommes pas malheureux, â Nous buvons souvent du lait. ** Ce qui nous donne du souci, â C'est que nos chĂšvres manquent. *** Aussi, n'aurons-nous pas, demain matin, â Le lait que nous dĂ©sirons. *** En passant par l'arriĂšre-plateau, â Elles se sont effrayĂ©es. *** Les charbonniers de Lavedan â En ont profitĂ©. Les ont prises et exploitĂ©es *** â Comment va ton troupeau, berger, â Comment va ton troupeau ? â Il va bien mon troupeau, cette annĂ©e, â L'an qui vient, peut-ĂȘtre pas autant. » C'est sous la forme du rondeau que ce chant est surtout populaire en Gascogne. Voyez la note qui accompagne la mĂ©lodie instrumentale, propre Ă la danse, classĂ©e pour cette raison dans le deuxiĂšme chapitre, tome 1er, p. 169. Mais l'esprit bĂ©arnais ne s'est pas tenu pour satisfait du sens de la version gasconne, rĂ©duite Ă une Ă©numĂ©ration arbitraire et de caractĂšre gĂ©nĂ©ral. Parti du mĂȘme point, il a donnĂ© au dialogue un tour intime, Ă la fois prĂ©cis et plus local, en insistant sur certaines particularitĂ© de la vie des pasteurs ossalois et lavedanais. De lĂ , une Ă©manation de terroir autrement forte. Son timbre offre une Ă©vidente parentĂ© avec la batterie d'ordonnance L'Appei », rĂ©glementaire sous le rĂšgne de Louis XV. J'ai dĂ©couvert cette analogie par hasard, en compulsant pour une tout autre fin l'ouvrage de Georges Kastner Manuel gĂ©nĂ©ral de musique militaire Ă l'usage des ArmĂ©es Françaises Paris, Firmin Didot, 1848, lequel contient la notation musicale de la sonnerie rĂ©glementaire. Celle-ci, il est vrai, repose sur des temps ternaires â mesure Ă six-quatre; tandis que binaires sont les temps du rondeau gascon â mesure Ă deux-quatre. Mais c'est lĂ une diffĂ©rence d'ordre rythmique qui ne modifie point la ligne mĂ©lodique, identique dans les deux cas. L'origine du chant populaire ne semble pas douteuse rapportĂ© de la caserne par quelque soldat gascon du Bien-AimĂ©, l'air fut adaptĂ© Ă la danse mĂ©ridionale; il conquit rapidement la province entiĂšre et y est restĂ©, de nos jours encore, extrĂȘmement en faveur. A suivre. PREMIER TRIMESTRE 1930. LUDOVIC MAZĂRET 1859-1929 PAR M. L'ABBĂ S. DAUGĂ C'est avec une grande surprise et une pĂ©nible Ă©motion que nous avons appris, Ă NoĂ«l seulement, le dĂ©cĂšs de notre excellent et laborieux confrĂšre, M. Ludovic MazĂ©ret, survenu Ă Bordeaux le 19 dĂ©cembre, Ă la suite d'une opĂ©ration chirurgicale. Pour ne pas frapper sa vieillemĂšre, qui porte ses go ans, demeurĂ©e Ă Condom et lisant quotidiennement la chronique locale de la premiĂšre Ă la derniĂšre ligne, les correspondants publicistes avaient Ă©tĂ© dĂ©licatement priĂ©s de ne pas signaler cette mort Ă leurs lecteurs. Notre Bulletin, organe de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers, dont M. MazĂ©ret fut membre dĂšs la premiĂšre heure et propagateur zĂ©lĂ©, se doit de tĂ©moigner ses regrets de la disparition de ce collaborateur infatigable et fidĂšle et de saluer resepctueusement sa mĂ©moire. I Ludovic MazĂ©ret Ă©tait nĂ© Ă Marsolan en 1859. Son inclination pour l'Ă©tude se manifesta de bonne heure et dĂšs son enfance. Il fut poussĂ© vers les sciences naturelles par son contact avec le savant abbĂ© Goussard, un prĂȘtre libre, qui Ă©tait allĂ© Ă Tressens, annexe de Marsolan, et auquel Ludovic MazĂ©ret enfant servait la messe. Cet ecclĂ©siastique, collaborateur occasionnel de la Revue de Gascogne, Ă©tait condomois. Avec quelque, membre de sa famille, il fut Ă la tĂȘte, Ă Condom, d'une sociĂ©tĂ© artistique qui crĂ©a une fabrique de vitraux peints. Elle a fourni des verriĂšres Ă la cathĂ©drale de cette ville, Ă Caussens, et Ă d'autres Ă©glises. Il quitta la France vers 1875 avec son frĂšre. Ils s'Ă©tablirent ensemble Ă Santo Domingo, capitale 86 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. de la RĂ©publique Dominicaine, aux Antilles. C'est lĂ que l'abbĂ© Goussard mourut, en 1883 ou 1884. L'abbĂ© Goussard n'avait-il pas donnĂ© quelques principes de langue latine au petit Ludovic ? Peut-ĂȘtre, car M. MazĂ©ret nous a toujours affirmĂ© avoir un peu Ă©tudiĂ© cette langue. Mais cette Ă©tude ne dut pas ĂȘtre poussĂ©e trĂšs loin ; car MazĂ©ret entra bientĂŽt Ă l'Ecole Normale d'Auch pour devenir instituteur public. Pendant son sĂ©jour Ă l'Ecole Normale, il fit connaissance de M. l'abbĂ© Dupuy, savant naturaliste, professeur au PetitSĂ©minaire d'Auch, qui a laissĂ© de prĂ©cieuses Ă©tudes sur la flore de notre pays et qui a Ă©tĂ© longtemps cĂ©lĂšbre par ses originalitĂ©s. L'abbĂ© Dupuy Ă©tait lectourois par sa naissance. Il s'atta-. cha au jeune Ă©lĂšve de l'Ecole Normale, qui portait tant d'ardeur Ă l'Ă©tude de la botanique, de la minĂ©ralogie et de l'entomologie, sciences dans lesquelles il s'Ă©tait lui-mĂȘme spĂ©cialisĂ©. Ensemble, pendant des vacances, ils explorĂšrent les rives de l'Auchie, et furent assez heureux, en grattant le sol, d'en extraire quelques tĂ©moins qui certifient, qu'aux temps prĂ©historiques, une faune, aujourd'hui disparue, y vivait. II Il ne nous appartient pas de suivre Ludovic MazĂ©ret pendant sa carriĂšre dans l'enseignement. Elle s'Ă©coula toute dans le Gers ; mais elle nous semble s'ĂȘtre exercĂ©e sur bien des points du dĂ©partement. C'est peut-ĂȘtre heureux, car nos Ă©tudes locales n'y ont rien perdu. Il consacrait ses vacances, ses jours de congĂ©, les heures de loisir que lui laissaient ses occupations professionnelles Ă chercher, Ă vĂ©rifier, dans notre rĂ©gion, l'application des donnĂ©es qu'il avait des sciences de la botanique, de l'entomologie, de la gĂ©ologie, de la prĂ©histoire, des Ă©chantillons qui retenaient l'attention de son esprit chercheur. Et il Ă©prouvait une grande satisfaction Ă les publier. PREMIER TRIMESTRE 1930. 87 Quand il prit sa retraite, c'est Ă Condom, patrie de Madame MazĂ©ret, qu'il vint se fixer. Il fut nommĂ© archiviste et bibliothĂ©caire de la ville Ă la place de Joseph GardĂšre, dĂ©cĂ©dĂ© peu auparavant. On fit souvent appel Ă son dĂ©vouement pour beaucoup d'oeuvres ou d'institutions condomoises, et ce ne fut pas en vain. Il fut mĂȘme, un moment, membre du Conseil Municipal; mais cela ne dura pas. Son caractĂšre et son tempĂ©rament n'Ă©taient pas faits pour la lutte et les mĂȘlĂ©es des partis. FonciĂšrement honnĂȘte et droit, quoique bon et conciliant Ă l'excĂšs, il Ă©tait demeurĂ© trĂšs indĂ©pendant, et nous croyons qu'aucun parti ni personne n'aurait pu le domestiquer. Par dessus tout, il aimait les siens. III Quand on allait le voir dans son cabinet de travail, car Ă Condom il travailla comme pendant toute sa vie et plus encore, on se trouvait dans un vrai musĂ©e. Une partie Ă©tait remplie par des livres et des papiers prĂ©cieux, ses meilleurs amis; mais la plus grande place Ă©tait tenue par ses boĂźtes d'insectes qu'il avait commencĂ© Ă garnir au temps de ses rapports avec l'abbĂ© Dupuy; et il les avait complĂ©tĂ©es par sa collaboration et ses Ă©changes avec l'abbĂ© Delherm de Larsenne, un autre savant et respectable ecclĂ©siastique, mort curĂ©-doyen de Gimont, avec lequel il a entretenu une correspondance assidue, Ă une Ă©poque de sa vie. On y voyait encore toutes sortes d'outils et d'armes en silex et des pointes de flĂšches en quantitĂ© considĂ©rable, des ossements et des poteries des temps prĂ©historiques, des poids de tisserands, une ample collection de clĂ©s anciennes, beaucoup d'autres choses enfin qui font la joie des collectionneurs, des antiquaires, des amis des sciences qui le passionnĂšrent jusqu'Ă la fin. Nous avions fait sa connaissance avant sa venue Ă Condom ; mais Ă partir de ce moment, nos relations furent plus suivies. 88 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Que de fois il nous a introduit dans son cabinet de travail pour nous donner, avec une amabilitĂ© et une obligeance jamais lassĂ©es, le document dont nous avions besoin pour nos travaux personnels ! Notre conversation se prolongeait souvent des heures entiĂšres. C'est en rappelant ces souvenirs qui nous sont si chers que nous pouvons aujourd'hui Ă©crire cette notice pour honorer sa mĂ©moire. IV Toute l'oeuvre de MazĂ©ret n'est pas dans ce qu'il a publiĂ©. Il laisse de nombreux cahiers de notes 60 Ă 80, fruit de ses glanages dans les mairies, les minutes notariales des villes et des villages oĂč s'est Ă©coulĂ©e sa vie laborieuse, ou dans celles des citĂ©s voisines plus importantes. On sait combien sont prĂ©cieux les renseignements qu'on trouve dans ces vieux registres pour l'histoire seigneuriale, religieuse, civile, artistique, monumentale et archĂ©ologique de nos petites citĂ©s. Ces renseignements aident Ă la grande histoire provinciale ou nationale et font connaĂźtre les progrĂšs Ă©conomiques du pays. L. MazĂ©ret lui-mĂȘme nous en a donnĂ© la preuve dans ses articles par exemple dans les Guerres civiles deMonfort au seiziĂšme siĂšcle en cours de publication dans notre Bulletin; dans les Artistes de passage Ă Gondrin; dans les notes et documents sur la famille de Broqueville, etc... Il faut remarquer cependant qu'il vint relativement tard Ă notre histoire et Ă notre archĂ©ologie locales, ou au moins c'est tard qu'il publia quelque chose du fruit de ses recherches; et M. BrĂ©gail nous a affirmĂ© avoir poussĂ© MazĂ©ret Ă publier Ă l'Ă©poque oĂč il Ă©tait instituteur de Monfort. Jamais d'ailleurs, MazĂ©ret ne s'Ă©loigna de ses inclination premiĂšres pour les questions d'entomologie, de gĂ©ologie, de prĂ©histoire. Jusqu'Ă son dernier jour, il poursuivit ses observations, ses investigations, ses rapports et sa correspondance avec leurs spĂ©cialistes. Ce PREMIER TRIMESTRE 1930. 89 serait un grand dommage si ses papiers venaient Ă se perdre oĂč devenaient inutilisables. V La liste complĂšte, de ses Ă©tudes ou articles serait difficile Ă Ă©tablir. Son ami, M. Fernand Larnaude, dans une petite notice nĂ©crologique qu'il lui consacre et qu'il a fait paraĂźtre dans la Gazette Condomoise 25e annĂ©e, n° 52, 28 dĂ©cembre 1929, dit qu'il a collaborĂ© Ă 12 revues, et que le nombre de ses articles atteint presque le nombre de 300. Nous avouons ne pas connaĂźtre toutes ces revues et tous ces, articles et nous regrettons de ne pouvoir les signaler ici. Mais nous savons qu'il en a donnĂ© dans des revues spĂ©ciales Ă l'entomologie, Ă la prĂ©histoire, Ă l'archĂ©ologie et Ă l'histoire locales, et aussi dans les journaux, en particulier dans la Gazette Condomoise. Voici les publications que nous connaissons Ă ce jour Bulletin de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers, entre 1901 et 1930, 35 articles dont on peut lire la nomenclature aux tables de cette publication parues aux annĂ©es 1909, page 123 et 1926, p. 197. A ces Ă©tudes, il convient d'ajouter celle sur Monfort en cours de publication. Bulletin de la SociĂ©tĂ© prĂ©historique de France qui publia deux Ă©tudes de MazĂ©ret, en 1906, 1907 et 1908., Bulletin de la SociĂ©tĂ© des traditions populaires de 1914, oĂč il publia Traditions locales et lĂ©gendes de valeur trsĂš inĂ©gale qui ont Ă©tĂ© rééditĂ©es dans la Gazette Condomoise entre le Ier mars 1924 et aoĂ»t 1925. Etudes sur la RĂ©volution Française Ă Condom, dans la Gazette Condomoise entre 1920 et 1924. LauraĂ«t; monographie de cette commune pendant la RĂ©volution Française, parue avant la guerre dans la Gazette Condomoise, et en tirage Ă part, chez Bousquet, Imprimerie Nouvelle, Condom. 90 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. LE Bulletin du Comice agricole de Condom et de l'Armagnac a publiĂ© de MazĂ©ret une Ă©tude sur le Commerce en Gascogne Ă travers les Ăąges. Les Chroniques de l'Eglise de Condom, fort vol. in-8° de 493 pages, illustrĂ©. Condom, Imprimerie Nouvelle Adolphe Bousquet, 1927. Outre ces publications, nous savons qu'il y en a d'autres de L. MazĂ©ret, notamment sur des questions d'entomologie, qui ont paru dans des revues spĂ©ciales ; mais nous ne les connaissons pas. Les lecteurs de notre Bulletin s'intĂ©ressent d'ailleurs prĂ©fĂ©rablement Ă celles qui ont l'histoire et l'archĂ©ologie gasconnes pour objet. Et sur ce point, nous croyons avoir Ă©tĂ© assez informĂ©. Son Ă©tude sur Le Commerce en Gascogne Ă travers les Ăąges a Ă©tĂ© composĂ©e postĂ©rieurement aux Chroniques de l'Ă©glise de Condom; mais elle a dĂ» paraĂźtre dans le mĂȘme temps que ces hroniques elles-mĂȘmes. VI Ce dernier ouvrage, la plus importante des publications de MazĂ©ret par le sujet et les dimensions, a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement jugĂ©. Notre amitiĂ© et le respect que nous gardons Ă la mĂ©moire de l'auteur ne peuvent pas nous faire dire que ce soit sans raison. C'est regrettable, mais c'est un ouvrage qui n'est pas Ă point. On dirait que l'auteur a eu l'inconcevable parti pris de ne tenir compte d'aucune publication rĂ©cente ou moderne sur la question celles de GardĂšre, de M. l'abbĂ© Clergeac et quelques autres. Il y aurait trouvĂ© beaucoup d'Ă©claircissements qui lui auraient fait Ă©viter un certain nombre d'erreurs ; et ils ont du poids ces ouvrages, puisque les plus considĂ©rabes s'appuient sur des documents de la BibliothĂšque du Vatican. Les historiens de l'avenir ne lui pardonneront pas d'avoir imaginĂ© et créé, de toutes piĂšces, un peuple des Condomii. A l'Ă©poque prĂ©-romaine, romaine et gallo-romaine, le sol de la ville actuelle PREMIER TRIMESTRE 1930. 91 de Condom, au confluent de la BaĂŻse et de la Gelle, n'Ă©tait qu'une forĂȘt ou un marĂ©cage. On n'y a jamais trouvĂ© le moindre vestige de la civilisation de ces temps-lĂ . Les premiers Ă©tablissements ne paraissent pas y ĂȘtre venus avant le VIIe ou le VIII" siĂšcles. Les traces de la vie humaine antĂ©rieures ne se constatent qu'Ă une, deux ou deux lieues et demie de distance de la ville. C'est un manque persistant d'esprit critique qui lui fait consacrer des pages, hĂ©las ! nombreuses, aux termes Ă©tymologiques des noms de lieu, aux voies gallo-romaines affluant vers Condom qui n'existait pas. Souvent d'ailleurs, en l'entendant, on aurait pu croire qu'il possĂ©dait Ă fond et qu'il parlait couramment la langue ceitique. C'Ă©tait une manie. Manie encore le mĂ©lange, dans une Ă©tude archĂ©ologique ou historique, de l'appoint prĂ©historique, gĂ©ologique ou palĂ©ontologique qui, plus d'une fois, dĂ©concerta Philippe Lauzun, Adrien Lavergne, Alphonse Branet et M. RenĂ© Pagel, chargĂ©s de la direction et de la rĂ©daction de notre Bulletin. Telle Ă©tude sur Tressens n'at'elle pas Ă©tĂ© retirĂ©e de la publication, mĂȘme aprĂšs une composition typographique coĂ»teuse, pour une raison semblable ? Manie encore, mais celle-ci plus bĂ©nigne, que le mĂ©lange, dans un texte, de citations multipliĂ©es Ă l'infini, de lambeaux de phrases du document original. Ne vaut-il pas mieux, lorsque le document mĂ©rite d'ĂȘtre regardĂ© de si prĂšs, d'en montrer la valeur dans une Ă©tude sĂ©rieuse, courte ou approfondie, et de livrer le document lui-mĂȘme in extenso ? Des documents, des documents locaux qu'il a Ă©tĂ© seul en Ă©tat de connaĂźtre et de faire connaĂźtre, MazĂ©ret en a cherchĂ© et en a trouvĂ© en grand nombre. Soit qu'il les signale, soit qu'il les analyse, soit qu'il les publie, on peut s'en rapporter Ă sa probitĂ©. Il n'en a pas signalĂ© de nouveaux qui soient antĂ©rieurs Ă la fin du XVe siĂšcle. Mais il a eu cependant le mĂ©rite de s'initier lui-mĂȘme, avec patience, Ă la palĂ©ographie, et d'arriver, pour les XVIe et XVIIe siĂšcles, Ă d'excellents rĂ©sultats. En cela encore, il a montrĂ© dequel travail profond et opiniĂątre il Ă©tait capable. Il ne s'est jamais Ă©pargnĂ© Ă la peine. Sa robuste constitution lui a 92 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. permis de travailler longtemps, comme dans la pĂ©riode de sa jeunesse. Toutefois, ce n'est pas impunĂ©ment qu'on prolonge ses travaux jusqu'Ă une heure avancĂ©e. Les longues veilles consacrĂ©es Ă la prĂ©paration des Chroniques de l'Ă©glise de Condom et au Commerce gascon Ă travers les Ăąges, dans la derniĂšre partie de sa vie, Ă©prouvĂšrent cruellement sa santĂ© et doivent compter pour beaucoup dans les progrĂšs rapides du mal qui l'a emportĂ©. Il laisse aux travailleurs isolĂ©s et dĂ©pourvus de moyens pouvant faciliter leur tĂąche, un exemple remarquable de l'ardeur et de la persĂ©vĂ©rance Ă une besogne dure et modeste, mais indispensable pour le dĂ©veloppement des sciences historiques et archĂ©ologiques de notre glorieuse province. PREMIER TRIMESTRE 1930. 93 CHRONIQUE. SĂANCE DU 6 FEVRIER 1930. PRESIDENCE DE M. DE SAEDAC, PRESIDENT. Sont prĂ©sents MM. Aubas, abbĂ© Bourgeat, BrĂ©gail, Castaignon, abbĂ© DaugĂ©, Hugon, Lacomme, Lahille, Monlaur, Nassans, Richon, Saint-Martin et de Sard'ac. M. le Docteur BRANET d'Auch, prĂ©sentĂ© par MM. l'abbĂ© DaugĂ© et de Sardac, est admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers. Il est procĂ©dĂ© Ă l'Ă©lection du Bureau. A l'unanimitĂ©, l'AssemblĂ©e renouvelle leurs pouvoirs aux membres sortants. M. Lahille, trĂ©sorier, expose ensuite la situation financiĂšre de l'exercice 1929, rĂ©sumĂ©e dans le tableau ci-dessous RECETTES Restant en Caisse au 31 dĂ©cembre 1928 DĂ©pĂŽt an compte-courant, au 31 dĂ©cembre 1928 150,35 Cotisations \ arriĂ©rĂ©es de 1928, 60 francs â de 1929, Vente d'ouvreges 786,20 Subvention du Conseil GĂ©nĂ©ral Don de M. Branet, ancien conseiller d'Etat 100,00 ArrĂ©rages de rentes 200,00 Total âą.. DEPENSES Impression du Bulletin Frais d'envoi du â 159,10 Frais de recouvrement et de correspondance 292,80 Frais divers chauffage, Ă©clairage, balayage assurance.. 209,60 Reliure du Bulletin 14,00 Abonnement au Bulletin de l'Union du Sud-Ouest 30,40 Subvention pour l'Ă©rection de la Statue d'Artagnan 500,00 Total des DĂ©penses ExcĂ©dent des recettes â = 94 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. AVOIR AU 1Er JANVIER 1930 3 Obligations et 4 bons du CrĂ©dit national Fonds de la Caisse d'Epargne 76,47 DĂ©pĂŽt aux ChĂšques postaux 292,85 En Caisse Total de? fonds libres Avoir total L'excĂ©dent des Recettes sur les DĂ©penses est relativement important, ajoute M. Lahille, mais il faut prĂ©voir un surcroĂźt de dĂ©penses. Le relĂšvement incessant du salaire des ouvriers les majorations successives du prix du papier, les frais gĂ©nĂ©raux, tous les jours plus Ă©levĂ©s, obligent notre imprimeur Ă augmenter le prix de la feuille du Bulletin. Si le prix de l'abonnement Ă©tait portĂ© de 12 Ă 15 fnancs, on pourrait ajouter quelques pages au bulletin et le rendre plus intĂ©ressant par de nombreuses gravures. L'assemblĂ©e accepte le nouveau prix de la cotisation qui sera encore infĂ©rieur Ă celui des revues similaires. Sur la proposition de M. l'abbĂ© Bourgeat, il est dĂ©cidĂ© que le Bulletin publiera dĂ©sormais, chaque annĂ©e, un rĂ©sumĂ© de dĂ©couvertes et des incidents archĂ©ologiques susceptibles d'intĂ©resser nos lecteurs Quelques membres ont exprimĂ© le dĂ©sir de voir rĂ©tablir le banquet qui rĂ©unissait autrefois des collĂšgues fort Ă©loignĂ©s. L'assemblĂ©e consultĂ©e en vote le principe. M. le PrĂ©sident rappelle que le 63e CongrĂšs des SociĂ©tĂ©s Savantes s'ouvrira Ă Alger le 24 avril 1930. Il engage les membres de la SociĂ©tĂ© Ă y assister nombreux et Ă demander Ă M. le Ministre, avant le 21 mars, une carte de Congressiste donnant droit Ă une rĂ©duction fin prix du voyage. M. BHĂOAIL lit la suite de son Ă©tude La RĂ©volution dans le Gers. » Il traite de la pĂ©riode de la LĂ©gislative. Il exposa successivement l'organisation intĂ©rieure, les mesures prises par le Directoire dĂ©partemental pour favoriser les opĂ©rations commerciales, attĂ©nuer la crise financiĂšre et monĂ©taire, nourrir la population pendant ces deux annĂ©es de disette et mettre un terme aux souffrances des pauvres. L'organisation de la justice est Ă crĂ©er de toutes piĂšces il s'y applique de son mieux. Les irisons sont insuffisantes pour recevoir les nombreux accusĂ©s; les taudis oĂč on les entasse sont si infects que les surveillants redoutent d'y entrer pour visiter les dĂ©tenus. Les pouvoirs publics font de louables efforts pour remĂ©dier Ă ces maux; ils n'y parviennent que trĂšs imparfaitement. M. AUBAS, fait un tableau rapide des derniers jours de l'Empire dans le dĂ©partement du Gers. Il fait connaĂźtre les dispositions prises par l'Administration pour rassurer les populations affolĂ©es par l'ap- PREMIER TRIMESTRE 1930. 95 proche de l'ennemi et souligne le dĂ©vouement des Auscitains pour les malades et les blessĂ©s confiĂ©s Ă leurs soins. N Il dĂ©crit ensuite les enthousiastes rĂ©ceptions faites Ă Auch Ă Son Altesse Royale le duc de Bourgogne et dont la troisiĂšme faillit ĂȘtre compromise par les violentes protestations des rĂ©giments de la garnison de la ville et d'une partie de la population contre la suppression du drapeau tricolore. Il est cinq heures, la suite de l'ordre du jour est renvoyĂ©e Ă la prochaine SĂ©ance. SEANCE DU 6 MARS 1930. PRESIDENCE DE M. DE SARDAC, PRESIDENT. Etant prĂ©sents MM. BrĂ©gail, Castaignon, Chauvelet, Cocharaux, Lacomme, Lahille, Monlaur, Richon et de Sardac. M. Paul MASSIĂRA, Principal du CollĂšge de Condom, prĂ©sentĂ© par MM. GardĂšre et Pellisson, est admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© archĂ©ologiquqe. M. le PrĂ©sident donne lecture d'une lettre de M. le Chanoine de Castelbajac qui propose Ă l'assemblĂ©e une excursion archĂ©ologique dans la rĂ©gion des PyrĂ©nĂ©es-Orientales. L'itinĂ©raire qu'il en trace paraĂźt fort sĂ©duisant. L'assemblĂ©e l'accepte en principe, le soumettra Ă une Ă©tude attentive et prendra une dĂ©cision dans une trĂšs prochaine sĂ©ance. M. le PrĂ©sident donne ensuite connaissance d'une demande de M. Cocharaux, chargĂ© de l'impression du Bulletin de la SociĂ©tĂ©. Les prix consentis par lui, il y a trois ans, ne correspondent plus, dit-il, aux salaires actuels des ouvriers, aux nouveaux prix du papier et aux frais divers tous les jours plus onĂ©reux. Il demande que le prix de la page du Bulletin, pour un tirage de 525 exemplaires, soit portĂ© de 11 fr. 85 Ă 20 francs. L'augmentation paraĂźt sĂ©rieuse et M. le PrĂ©sident consulte le TrĂ©sorier. Celui-ci rĂ©serve sa rĂ©ponse. Il lui paraĂźt nĂ©cessaire d'Ă©tudier de trĂšs prĂšs les consĂ©quences financiĂšres des nouveaux prix demandĂ©s et propose de renvoyer Ă la prochaine sĂ©ance la dĂ©cision Ă prendre. Il en est ainsi dĂ©cidĂ©. L'AcadĂ©mie de Montauban va cĂ©lĂ©brer le I 01' Juin 1930 le 2me centenaire de sa fondation; elle serait heureuse que la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers voulut bien se faire reprĂ©senter par un de ses membres aux solennitĂ©s organisĂ©es Ă cette date. 96 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. M. BRĂGAIL, poursuivant l'intĂ©ressante lecture de son Ă©tude sur la RĂ©volution dans le dĂ©partement du Gers, fait l'historique des tendances opposĂ©es des monarchistes et des rĂ©volutionnaires pendant la pĂ©riode de la LĂ©gislature ainsi que des agissements de ces deux partis. Il montre le rĂŽle important que joua, Ă ce moment, le premier organe politique de la presse dans le dĂ©partement du Gers, expose l'application des lois relatives Ă l'incinĂ©ration des titres de noblesse, les consĂ©quences de la journĂ©e du 10 AoĂ»t 1792 dans notre dĂ©partement et les incidents provoquĂ©s par la mise en accusation du gĂ©nĂ©ral La Fayette. L'ordre du jour Ă©tant Ă©puisĂ©e, la sĂ©ance est levĂ©e Ă 5 heures. Le GĂ©rant COCHArAUX. SOCIETĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS La SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS, fondĂ©e en 1891, reconnue par arrĂȘtĂ© du 29 mai 1894, a pour but l'Ă©tude des monuments, de l'art et de l'histoire dans l'ancienne province de Gascogne et plus particuliĂšrement dans les pays qui ont formĂ© le dĂ©partement du Gers. Elle se propose de publier des ouvrages ou documents originaux relatifs Ă cette histoire. Les demandes d'admission sont adressĂ©es au PRĂSIDENT, et, aprĂšs l'avis conforme du Bureau, elles sont prĂ©sentĂ©es par lui Ă la sĂ©ance ordinaire suivante. Le montant de la cotisation est fixĂ© Ă la somme de DOUZE francs. Pour l'Ă©tranger, frais de poste en sus, soit 4 francs. Adresser tout ce qui regarde la rĂ©daction et l' envoi du Bulletin, les rĂ©clamations relatives Ă l'omission ou au retard des livraisons Ă M. AUBAS, secrĂ©taire-archiviste de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique, 8, rue Voltaire, Ă Auch. Tout ce qui regarde l'administration paiements, demandes d'anciennes livraisons, etc., doit ĂȘtre adressĂ© Ă M. LAHILLE, trĂ©sorier, 1, place Puits-deMothe, Auch. Pour les tirages Ă part des communications, s'adresser Ă M. COCHARAUX, imprimeur, rue de Lorraine, Auch. Il sera rendu compte, sauf les convenances, de tout ouvrage dont il aura Ă©tĂ© envoyĂ© un exemplaire. ChĂšques postaux C/C 4975 Les membres de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique ont tout intĂ©rĂȘt et sont priĂ©s d'adresser le montant de leur cotisation au trĂ©sorier en se servant du chĂšque postal. ModĂšle d'adresse TOULOUSE O/C 4975. M. LAHILLE, TrĂ©sorier de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers, 1, place Puits-de-Mothe, d Auch. Le coĂ»t du mandat est de 0 fr. 25, quelle que soit la somme envoyĂ©e. Les bureaux de poste et facteurs-receveurs leur dĂ©livreront gratuitement les formules de mandats-cartes spĂ©ciales au service des chĂšques postaux. Il suffira d'y inscrire le montant de la somme envoyĂ©e avec le numĂ©ro et l'adresse ci-dessus. AUCH. â IMPRIMERIR COCHARAUX, RUE DE LORRAINE. BULLETIN DE LA SOCIETE D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS xxXIme ANNĂE. â 2me Trimestre 1930 AUCH IMPRIMERIE BREVETĂE F. COCHARAUX 18, RUE DE LOBBAINI, 18 1980 SOMMAIRE Pages Le Gers pendant la RĂ©volution suite, par M. BRĂGAIL 97 A Vic-Fezensac La Vie privĂ©e au xviE SiĂšcle, par M. Z. BAQUĂ 109 PrĂ©gent de Bidoux, par M. Ch. DESPAUX 121 Les Chansons Populaires des PyrĂ©nĂ©es Françaises suite, par M. Jean PODEIGH 128 Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom pendant la RĂ©volution suite, par M. Joseph GARDĂRE 138 Fleurance Notes d'Histoire locale suite, par M. NoĂ«l CADĂOT 153 Les derniers jours de l'Empire, Ă Auch, par M. Au BAS 167 Chronique 175 DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 97 COMMUNICATIONS. LE GERS PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. BRĂGAIL. Suite La fuite du roi. â Accomplie le 20 juin 1791, la fuite du roi n'est connue dans le Gers que le 25. A la sĂ©ance du directoire, tenue dans la matinĂ©e de ce jour, Lafargue, vice-prĂ©sident, informe ses collĂšgues qu'un courrier extraordinaire arrivĂ© Ă trois heures du matin lui a portĂ© une lettre ministĂ©rielle annonçant l'enlĂšvement du roi et de la famille royale ; » Ă cette lettre sont joints les dĂ©crets de l'AssemblĂ©e nationale par lesquels elle s'empare du pouvoir exĂ©cutif provisoirement vacant. AprĂšs un moment de stupeur, le directoire, dont l'Ă©motion est Ă son comble, dĂ©cide de publier une proclamation aux habitants du Gers Voici, dĂ©clare-t-il, le moment qui doit dĂ©cider si nous serons Ă jamais libres ou si l'anarchie nous donnera de nouvelles chaĂźnes. Un coup terrible vient de frapper d'Ă©tonnement tous les esprits le roi et la famille royale ont Ă©tĂ© enlevĂ©s par des manoeuvres coupables. Rassurons-nous, citoyens, une grande nation ne peut jamais pĂ©rir. Elle ne doit craindre que ses propres transports. C'est surtout dans les temps de troubles qu'un peuple qui veut ĂȘtre libre doit ĂȘtre sourd Ă toute autre voix qu'Ă celle de ses magistrats; il sait que la force ne peut se trouver que dans l'ordre et dans une parfaite soumission aux lois. Reposez-vous, citoyens, sur vos administrateurs; quels que soient les Ă©ve- 98 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. nements, ils n'abandonneront pas le poste que vous leur avez confiĂ© et ils sauront mourir, s'il le faut, pour vous dĂ©fendre » Cette proclamation est suivie d'un arrĂȘtĂ© dont les dispositions essentielles sont les suivantes 1° Le conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement sera convoquĂ© d'urgence ; 2° Les municipalitĂ©s veilleront au maintien de la tranquillitĂ© gĂ©nĂ©rale, arrĂȘteront les perturbateurs, interdiront tout attroupement ; 3° Le " rĂšglement de discipline » des bureaux de poste aux lettres du 20 fĂ©vrier dernier sera remis en vigueur; 4° A la diligence des municipalitĂ©s des corps de garde seront Ă©tablis aux portes des relais, Ă l'effet de visiter les voyageurs et d'examiner leurs papiers; 5° Les citoyens sont invitĂ©s Ă payer les impositions arriĂšrĂ©es dans le plus bref dĂ©lai. Le lendemain, 26 juin, un courrier extraordinaire apporte au dĂ©partement, une lettre par laquelle le directoire de la Gironde annonce Ă celui du Gers, l'arrestation du roi a Varennes. Cette importante nouvelle est transmise de brigade en brigade au dĂ©partement des Landes et Ă celui des Hautes-PyrĂ©nĂ©es. Le dĂ©partement de la Gironde, a lui-mĂȘme appris l'Ă©vĂ©nement par une lettre des citoyens NĂ©rac et de SĂšze, dĂ©putĂ©s Ă l'AssemblĂ©e nationale et datĂ©e de Paris, le mercredi 22 juin Ă minuit. Le directoire de la Gironde invite celui du Gers Ă renouveler dans ces circonstances pĂ©rilleuses le serment de maintenir la libertĂ© et la constitution. » De plus, les deux administration dĂ©partementales promettent de se communiquer rĂ©ciproquement les mesures prises pour entretenir la paix et opĂ©rer le salut de la chose publique. » AprĂšs s'ĂȘtre livrĂ© aux transports de joie les plus vifs et les plus touchants » le directoire du Gers arrĂȘte que la nouvelle de l'arrestation du roi sera portĂ©e sur-le-champ et par affiches Ă la connaissance des habitants. Le lendemain, 27 juin, il convoque en session extraordinaire le conseil DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 99 gĂ©nĂ©ral et dĂ©cide d'envoyer une adresse aux gardes nationales du dĂ©partement. Ce mĂȘme jour il reçoit une circulaire de Delessart ministre de l'intĂ©rieur confirmant l'arrestation du roi. La nouvelle de la fuite de Louis XVI avait rĂ©pandu la consternation dans le dĂ©partement et en particulier parmi les membres du directoire qui eurent peur, semble-t-il, malgrĂ© la ferme et fiĂšre contenance qu'ils affectĂšrent. La nouvelle de l'arrestation du roi provoqua au contraire une trĂšs grande joie. Parce qu'on avait retrouvĂ© le monarque on se crut sauvĂ©, ce qui prouve combien on Ă©tait profondĂ©ment royaliste dans le Gers. L'Ă©vĂšnement de Varennes n'y provoqua nulle agitation, nul mouvement antimonarchique; nĂ©anmoins la confiance dans le roi Ă©tait Ă©branlĂ©e, l'esprit national s'Ă©veillait. Action des dĂ©putĂ©s du Gers au sein de l'assemblĂ©e constituante. â Pendant que les administrateurs du dĂ©partement sont aux prises avec des difficultĂ©s de toutes sortes et sans cesse renouvelĂ©es, quelle action exercent les dĂ©putĂ©s du Gers au sein de l'assemblĂ©e constituante ? A vrai dire leur rĂŽle est assez obscur. Un seul attire un moment l'attention de l'assemblĂ©e, c'est Blaise Sentetz qui prend une part trĂšs active Ă la discussion sur les nouvelles institutions judiciaires justices de paix, tribunaux de district et tribunaux criminels. Il se fait particuliĂšrement remarquer en signalant l'omission dans le code pĂ©nal de tous les crimes contre la divinitĂ©. Il pose en principe que la croyance en Dieu est le premier frein des passions dĂ©rĂ©glĂ©es chez tous les peuples civilisĂ©s et que la religion rĂ©vĂ©lĂ©e reste une des bases essentielles de la constitution française. AussitĂŽt des murmures de dĂ©sapprobation s'Ă©lĂšvent dans l'assemblĂ©e. Ces murmures redoublent lorsqu'il demande la peine de mort contre l'athĂ©isme et contre le sacrilĂšge public. Des huĂ©es accueillent sa proposition. Oui, pour la premiĂšre fois » interrompt ironiquement Prieur de la Marne. La majestĂ© du sujet ne nous permet pas de trancher cette question » dĂ©clare 100 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Baumetz d'Arras, et, sur cette observation l'assemblĂ©e passe Ă l'ordre du jour. Adrien PĂ©rez prend la parole avec Rewbell, le 12 novembre 1789, dans la discussion sur la division du royaume ; il demande que des municipalitĂ©s soient crĂ©es non seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes; quant aux districts ce sont des rouages nĂ©cessaires dans la machine politique, mais pour des raisons d'Ă©conomie on devrait n'en crĂ©er que six par dĂ©partement. A la sĂ©ance du 8 aoĂ»t 1791 le marquis de Lusignan proteste contre la suppression de la noblesse hĂ©rĂ©ditaire. Avec ses collĂšgues d'Angosse, de LuppĂ©, Guiraudez et Ducastaing, il fait partie des 270 dĂ©putĂ©s qui signent la protestation contre les dĂ©crets suspendant l'exercice de l'autoritĂ© royale. Sources et Bibliographie. Archives du. fiers. â L. 125. FIHOI. .- Annales de la ville d'Auch, opus. cit. Journal Officiel. LE MONITEUR » de 1791. N° 66 liste des sociĂ©tĂ©s des Amis de la constitution affiliĂ©es Ă celle de Paris et N° 341 La sociĂ©tĂ© populaire d'Auch fĂ©licite l'AssemblĂ©e nationale de son dĂ©cret contre les Ă©migrĂ©s. A TARROURIECH Bibliographie politique du dĂ©partement du Gers pendant la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. Paris,1867. Aubry, Ă©diteur. FĂ©dĂ©ration des gardes nationales du dĂ©partement du Cers faite Auch le 4 juillet. I790. 111-16 de 48 pp. s. d. A Auch, chez Duprat imprim. du roi. CASTEX ; La pĂ©riode rĂ©volutionnaire Ă Eauze. Bul, de la Soc. Arch. du Gers, t. XII et XIII. CASTEX ET LAFFARGUE Etudes d'Histoire rĂ©volutionnaire Ă Eauze. Revue de Gascogne. Nouv. sĂ©rie. 1. IX et XI. Administration DĂ©partementale. Conflit avec l'ancienne administration provinciale. â DĂšs que l'administration dĂ©partementale est constituĂ©e, David et Tarrible, membres du directoire, sont dĂ©lĂ©guĂ©s pour recevoir DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 101 des anciens administrateurs provinciaux les piĂšces de comptabilitĂ© et les Ă©tats relatif au dĂ©partement 26 juillet 1790. Peu de jours aprĂšs, anciens et nouveaux administrateurs entrent en conflit le bureau des impositions qui vĂ©rifie les comptes de l'ancienne administration provinciale a conçu des doutes. En prĂ©sence de cette situation, le conseil du dĂ©partement arrĂȘte qu'il sera demandĂ© aux anciens administrateurs de rendre leurs comptes sur la gestion des dix derniĂšres annĂ©es et en particulier sur la distribution des grains et foins accordĂ©s par le' ministre Ă la ci-devant gĂ©nĂ©ralitĂ© dans des temps calamiteux ». Or, M. de Boucheporn refuse les Ă©claircissements qui lui sont demandĂ©s et d'autre part la ci-devant commission intermĂ©diaire provinciale ne veut point consentir une nouvelle reddition de comptes. En prĂ©sence de ces refus le conseil gĂ©nĂ©ral dĂ©cide qu'au besoin on contraindra les anciens administrateurs Ă rendre de nouveaux comptes par une dĂ©cision de justice 28 novembre 1790. Or, les nouveaux tribunaux n'Ă©tant pas encore créés le diffĂ©rend ne peut leur ĂȘtre soumis et l'affaire n'aura pas de suite. La Bastille de Palloy. â Le conseil gĂ©nĂ©ral tient sa premiĂšre session du 3 novembre 1790 au 31 dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e. Le Ie 1' dĂ©cembre, il reçoit du citoyen Palloy entrepreneur des dĂ©molitions de la Bastille trois caisses contenant divers souvenir de l'illustre prison. Tous les dĂ©partements ayant reçu un envoi semblable, celui du Gers ne peut manquer d'avoir sa part de dĂ©bris sacrĂ©s dans cette distribution gĂ©nĂ©rale. Us lui sont apportĂ©s par un voiturier de Blois nommĂ© Fillion qui reçoit 115 1. pour frais de port. Les trois caisses sont ouvertes sĂ©ance tenante en prĂ©sence des administrateurs; elles contiennent 1° Une pierre rectangulaire de 65 cm. sur 96 cm. avec une Ă©paisseur de 8 cm. Sur l'une des faces l'effigie du roi Louis XVI est gravĂ©e en creux au milieu d'un ovale. On y lit les inscriptions suivantes Ă la partie supĂ©rieure Ex unitate libertas. Anno primo 1789 ; autour de l'effigie Louis X VI par la grĂące de Dieu et la loi constitutionnelle 102 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS de l'Etat roi des Français ; Ă la partie infĂ©rieure Cette pierre vient des cachots de la Bastille; 2° Une reproduction en plĂątre de la Bastille mesurant 38 cm. de hauteur sur 57 cm. de largeur. L'intĂ©rieur est Ă©vidĂ© afin que l'on puisse se rendre compte des constructions intĂ©rieures et de leur disposition; 3° Un boulet une cuirasse, un sachet contenant des cendres ; 4° Trois volumes des mĂ©moires de Latude; Trois exemplaires du ProcĂšs verbal des Ă©lecteurs de la ville de Paris ». Un volume intitulĂ© Prise de la Bastille ». 5° Un Ă©tui de fer blanc contenant le plan de la Bastille et quatre dessins divers encadrĂ©s et sous verre. La pierre de la Bastille et la reproduction en plĂątre de la cĂ©lĂšbre forteresse sont conservĂ©es au musĂ©e d'Auch salle du rez-de-chaussĂ©e. Les biens nationaux. â Le dĂ©cret du 2 novembre 89 met tous les biens du clergĂ© Ă ladisposition de l'Etat Ă charge par celui-ci de pourvoir aux frais du culte, Ă l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. Il n'est fait d'exception qu'en faveur des Ă©tablissements religieux consacrĂ©s aux malades et aux indigents. Les ventes, confiĂ©es aux directoires des districts commencent en fĂ©vrier 1791. Mais beaucoup de biens sont affermĂ©s; d'autres continuent Ă ĂȘtre rĂ©gis par les anciens bĂ©nĂ©ficiaires ecclĂ©siastiques qui sont autorisĂ©s Ă retenir sur leur produit le traitement Ă eux accordĂ©. Les adjudications se poursuivront pendant une trĂšs longue pĂ©riode. Il est vendu environ 150 chapelles votives ou Ă©glises paroissiales dĂ©saffectĂ©es, quelques anciens cimetiĂšres, des emplacements d'anciennes Ă©glises et enfin des matĂ©riaux de dĂ©molition provenant d'Ă©difices religieux. Ces lots sont gĂ©nĂ©ralement de peu de valeur; Ă l'adjudication, les plus importants ne dĂ©passent guĂšre une dizaine de mille francs; les plus modestes atteignent une cinquantaine de francs. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 103 Par contre la vente des monastĂšres et Ă©glises des communautĂ©s religieuses produit des sommes considĂ©rables, citons par exemple, le couvent des carmĂ©lites d'Auch fr.; le couvent des ursulines de Fleurance fr.; l'abbaye des bernardins Ă Gimont fr.; l'abbaye cistercienne de Flaran prĂšs de Valence fr. . Ces ventes n'augmentent pas autant qu'on l'eut souhaitĂ© le nombre des petits propriĂ©taires, car la plus grande partie des biens nationaux est acquise par de riches bourgeois. Il y a parfois conflit entre le directoire et les municipalitĂ©s au sujet de l'attribution de certains biens-. Tel est le cas suivant Le prieur de l'abbaye de Lacazedieu, dom Gaspard, ayant dĂ©clarĂ© une somme de livres, le directoire charge les officiers municipaux de BeaumarchĂ©s de se rendre Ă l'abbaye escortĂ©s par la garde nationale pour recevoir cette somme et la verser Ă la recette de Nogaro. Les officiers municipaux reçoivent en effet les livres mais ils prĂ©tendent les garder au profit de la commune de BeaumarchĂ©s. Le directoire se voit obligĂ© d'user de contraite pour que la somme en question soit versĂ©e dans la caisse de l'Ă©tat. La question des subsistances. â Au mois d'aoĂ»t 1791 la situation Ă©conomique du dĂ©partement se rĂ©vĂšle tout Ă coup au directoire sous un aspect sinistre; les greniers sont vides et la hideuse famine semble sur le point d'apparaĂźtre. Les grains de l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente sont complĂštement Ă©puisĂ©s et la rĂ©colte de 1791, presque nulle, permettra tout au plus d'atteindre le mois de novembre. La sĂ©cheresse constante et les chaleurs torrides qui rĂ©gnent depuis quatre mois ont fait pĂ©rir le maĂŻs, les lĂ©gumes et les fruits, c'est-Ă -dire tout ce qui pourrait ĂȘtre de quelque secours, faute de blĂ©. Cependant l'hiver approche, les routes en trĂšs mauvais Ă©tat vont devenir impraticables et les frais de transport dĂ©jĂ trĂšs Ă©levĂ©s vont faire hausser prodigieusement le prix des denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Il manque des subsistances pour quatre mois Ă une population de plus de Ăąmes soit un dĂ©ficit de sacs de grains. Que faire dans ces difficiles conjonctures 1 Le directoire consternĂ© ne voit qu'un moyen 104 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. de conjurer le pĂ©ril puiser dans les fonds publics pour faire des approvisionnements. En consĂ©quence il arrĂȘte qu'un commissaire sera envoyĂ© Ă Toulouse, dans le Lauragnais et le Quercy pour y acheter sacs de grains blĂ©s, maĂŻs, fĂšves ou jarrosses et mĂȘme une plus grande quantitĂ© si le prix, sur les lieux, ne dĂ©passe pas 19 livres le setier. DĂšs que l'on connaĂźtra les quantitĂ©s achetĂ©es par ce commissaire un autre sera envoyĂ© Ă Bordeaux pour complĂ©ter les approvisionnements jusqu'Ă concurrence de sacs ArrĂȘtĂ© du 12 septembre 1791. Le premier commissaire achĂšte Ă Gimont 300 sacs de blĂ© Ă 16 1. 10 s. en assignats prix fort Ă©levĂ©; Ă Toulouse 100 setiers de blĂ© Ă 19 1. en assignats et 500 setiers de fĂšves Ă 12 1. en assignats. Le commissaire, Ă©crivant au directoire pour rendre compte de ses opĂ©rations lui fait savoir que les achats sont trĂšs difficiles parce que la plupart des vendeurs veulent ĂȘtre payĂ©s en argent. A Villefranche le blĂ© vaut 19 1. 10 s. le setier. La commission et le port l'augmentent de 7 Ă 8 sols. Or, ces prix dĂ©passant la limite indiquĂ©e, le commissaire dĂ©clare qu'il n'achĂštera que s'il reçoit de nouveaux ordres. Le directoire lui rĂ©pond qu'il l'autorise Ă acheter Ă raison de 20 1. le setier et mĂȘme davantage. SĂ©ance du 18 septembre 1791. Le danger extĂ©rieur. â Le voisinage de la frontiĂšre des PyrĂ©nĂ©es et les dispositions du gouvernement espagnol Ă l'Ă©gard de la France inspirent aux administrateurs du Gers de vives et continuelles inquiĂ©tudes. Le 30 juin 1791 arrive Ă Auch la nouvelle, d'ailleurs inexacte, de l'irruption d'un rĂ©giment espagnol sur le territoire français. AussitĂŽt la population auscitaine est prise d'une folle panique et les administrateurs du dĂ©partement eux-mĂȘmes perdent un peu de leur sang froid. Us se croient menacĂ©s' d'un danger immĂ©diat, et, sur leur ordre la ville est mise en Ă©tat de dĂ©fense tout comme si une armĂ©e ennemie se fut trouvĂ©e Ă une ou deux lieux de l'antique et paisible capitale de la Gascogne. C'est un branle-bas gĂ©nĂ©ral rĂ©quisitions, distributions d'armes et de munitions, patrouilles, Ă©tat de siĂšge, recherches minutieuses dans les meubles de l'intendant DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 105 de Boucheporn et de l'abbĂ© Pizon, etc. Tous les citoyens prennent les armes. On met en batterie de vieux canons rĂ©quisitionnĂ©s nuitamment et Ă la hĂąte Ă l'Isle-de-NoĂ© chez les de NoĂ© et au chĂąteau de Lapalu commune de Moncassih chez les de BĂ©on. Du haut de la tour qui domine la ville des guetteurs scrutent anxieusement l'horizon. Enfin, de jour et de nuit les soldats de la garnison 7e rĂ©giment d'infanterie ci-devant Champagne et 5e rĂ©giment de cavalerie ou RoyalPologne patrouillent dans les campagnes. BientĂŽt on s'aperçoit de la faussetĂ© de la nouvelle qui a provoquĂ© tous ces prĂ©paratifs militaires; pourtant, les mĂȘmes craintes renaĂźtront, le 12 aoĂ»t 1791 lorsque le dĂ©partement des PyrĂ©nĂ©esOrientales avisera celui du Gers que la frontiĂšre se garnit d'Espagnols et qu'une invasion prochaine est Ă prĂ©voir. Travaux des administrateurs. â Le conseil ^gĂ©nĂ©ral qui se rĂ©unit Ă l'ancien hĂŽtel de l'intendance dĂ©cide que la publicitĂ© de ses sĂ©ances prĂ©sentant les plus grands avantages » l'entrĂ©e de la salle des dĂ©libĂ©rations sera libre. Le 23 novembre 1790 il apprend que certaines municipalitĂ©s du canton de Villecomtal font des dĂ©marches pour entrer dans le dĂ©partement des Hautes-PyrĂ©nĂ©es lequel tend Ă s'agrandir au dĂ©triment de celui du Gers. Il reçoit une dĂ©putation des maĂźtres en chirurgie » de la ville d'Auch qui prĂ©sentent un mĂ©moire sur des projets d'Ă©tablissements sanitaires publics 23 nov. 1790 puis une dĂ©putation de la municipalitĂ© de Mirande qui vient exprimer ses sentiments patriotiques 27 nov. 1790. Le directoire se prĂ©occupe d'assurer un service rĂ©gulier de relations postales avec Paris. A cet effet un estaffette » se rendra tous les jeudis Ă Montauban au passage du courrier de Paris Ă Toulouse pour y prendre livraison des correspondances Ă destination du Gers. Il devra apporter les dĂ©pĂȘ- ' ches au bureau de poste d'Auch tous les vendredis entre 7 heures et 8 heures du matin. Ce service mis Ă l'adjudication Ă©choit au sieur Piquet pour la somme annuelle de 760 1. SĂ©ance du 22 dĂ©c. 1790 et du 1er janvier 1791. Le 25 dĂ©cembre 1790 le district de l'Isle-Jourdain infor- 106 SOCIĂTĂ D'HISTQIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. me le conseil gĂ©nĂ©ral que l'ancien vicaire de cette commune continue de faire des baptĂȘmes et des enterrements. Le conseil lui rĂ©pond que les ministres d'un culte autre que ceux payĂ©s par la nation ne peuvent constater valablement les naissances, les morts et les mariages d'oĂč dĂ©pend l'Ă©tat civil des citoyens ». Le conseil gĂ©nĂ©ral s'occupe avec activitĂ© des travaux publics et en particulier de l'amĂ©lioration des routes. L'un de ses membres, Saint Pierre, lui prĂ©sente un intĂ©ressant rapport sur un projet de navigabilitĂ© de l'Adour et de la BaĂŻse. 27 nov. 1790. L'administration dĂ©partementale reçoit communication de nombreuses adresses au roi pour l'inviter Ă sanctionner les dĂ©crets relatifs aux troubles religieux et aux Ă©migrĂ©s ; citons parmi ces adresses celles de la LozĂšre, de la Creuse 6 dĂ©c. 1790, du Var 9 dĂ©c. 1790, de 1500 citoyens de Montpellier etc. Le 29 avril 1791, David est nommĂ© procureur-gĂ©nĂ©ral syndic provisoire en remplacement de Seissan de Marignan qui dĂ©missionne pour raison de santĂ©. La constitution de 1791 et les Ă©lections gĂ©nĂ©rales. â Les travaux de l'assemblĂ©e nationale touchent Ă leur terme et elle achĂšve enfin cette constitution de 1791 qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© appliquĂ©e partiellement par voie de dĂ©crets. Les Ă©lections nĂ©cessitĂ©es par son application ont lieu Ă Auch du 2 au 11 septembre 1791 dans l'Ă©glise des Cordeliers. Il s'agit d'Ă©lire 1° Les neuf dĂ©putĂ©s du Gers qui iront siĂ©ger Ă la LĂ©gislative; 2° Trois dĂ©putĂ©s supplĂ©ants; 3° Un prĂ©sident du tribunal criminel, deux hauts-jurĂ©s, un accusateur public, un greffier; 4° Dix-neuf administrateurs du dĂ©partement; 5° Un procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic. Les opĂ©rations Ă©lectorales qui sont prĂ©sidĂ©es par le citoyen Descamps de Lectoure donnent les rĂ©sultat suivants DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 107 DĂ©putĂ©s Descamps Bernard de Lectoure; Laplaigne Louis-Antoine de Miramont ; Laguire Joseph de Gachiot prĂšs d'Eauze; ,2/ Ichon Pierre-Louis natif de GĂ©mosac dans la Gironde ; Latanâą' Jean-Baptiste de Cazaubon ; Tartanac Jean de Flamarens; Barris Pierre-Joseph-Paul de Montesquiou; Maribon-Montaut Louis de MontrĂ©al; Cappin Joseph de Cazaubon. DĂ©putĂ©s supplĂ©ants Bourdens curĂ© de NoĂ©, Dandrieu et Lagrange. Tribunal criminel PrĂ©sident David Jean-Frix. Hlauts-jurĂ©s PĂ©rĂšs et Daubons. Accusateur public Passerieu. Greffier Cassius. A dministrateurs du dĂ©partement Deguilhem, Dargassies Pugens, Gros, Laffargue, Lamamie, Paris-Lasplaignes, Dieulouhec, Saint-Pierre, Lantrac, Sautiran, Daste, Domerc, Batbie, Demoulin, Francain, Laclaverie fils, Dutoya, Benquet. Soit 19 membres sur les 36 dont se compose le conseil gĂ©nĂ©ral qui est renouvelable par. moitiĂ©. Procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic Barbeau-Dubarran. Tous les dĂ©putĂ©s du Gers Ă la LĂ©gislative sont des hommes de loi magistrats, procureurs, avocats sauf MaribonMontaut, ancien mousquetaire et Ichon ci-devant supĂ©rieur des prĂȘtres de la congrĂ©gation de l'Oratoire Ă Condom. Ces deux derniers prendront rang parmi les plus ardents montagnards, les autres, et, en particulier Laguire et Cappin feront partie de la grande masse des indĂ©cis ou des indĂ©pendants, des observateurs ou des indisciplinĂ©s, qu'on nommait le Marais ». David Jean-Frix, prĂ©sident du tribunal criminel, ex procureur au sĂ©nĂ©chal d'Auch est un modĂ©rĂ©. Parmi les administrateurs, le plus marquant est sans conteste le jeune mĂ©decin Lantrac François-Michel natif de 121 Laguire fut nommĂ© Ă . la. place' de Barbeau-Dubarran qui, Ă©lu dĂ©putĂ© par 149 voix sur 169 votants, refusa d'accepter le mandat qui lui avait, Ă©tĂ© confiĂ©. On ignore le motif de son refus. 108 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET L'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Saramon. Il deviendra chef du parti montagnard gersois et nous le verrons successivement membre du conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement, membre du directoire, procureur-gĂ©nĂ©ralsyndic, agent national du district d'Auch et dĂ©putĂ© du Gers Ă la chambre des reprĂ©sentants en 1815. C'est un homme cultivĂ©, trĂšs actif, Ă©loquent, brave, Ă©nergique, impĂ©tueux, qui incarne la rĂ©volution dans le Gers avec ses angoisses, ses haines, ses colĂšres terribles, ses tristesses, ses rĂ©pressions cruelles, sa guillotine enfin, mais aussi ses sublimes enthousiasmes patriotiques, ses gloires radieuses, ses Ă©lans gĂ©nĂ©reux et superbes. Il n'est pas une page de l'histoire rĂ©volutionnaire du Gers sur laquelle son nom ne soit profondĂ©ment gravĂ©. Deguilhem, Gros, Dutoya, Laclaverie, Daste et Desmoulin marchent sur ses traces Ă l'avant-garde de la rĂ©volution, les autres administrateurs ont des tendances plus ou moins modĂ©rĂ©es. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 109 A VIC-FEZENSAC LA VIE PRIVĂE AU XVIe SIĂCLE PAR M. Z. BAQUĂ. 10. â Le costume et l'habitation. â La variĂ©tĂ© des Ă©toffes que mentionnent les actes de notaire de Vic-Fezensac montre de façon nette que nos aĂŻeux du xvr siĂšcle avaient pour la parure une passion qui ne le cĂ©derait en rien au goĂ»t du jour. Ainsi, entre 1551 et 1554, pour le compte du marchand Jean Roques, François Vergnes Ă©crit des actes de reconnaissance dans lesquels sont mentionnnĂ©s le drap per s de Saint-Jehan, le drap pers de Normandie, le drap viscorrtte de Berry, le drap noir de Chasteau-Roux, le drap brun de Nyort, le drap rouge de Paris, le drap rougat de Ville franche, le drap blanc clair de Rosset, le drap gris de Vire le drap gris de Pridoyn, le drap tannĂ© du Roy, le drap gris vial°t, le drap noir de la Chasteneroy. Comme on le voit, les modes masculines ne trahissent point l'uniformitĂ© ; l'engoĂ»ment seul pour les changements de formes dĂ»s Ă la mode faisait dĂ©faut. Que l'on scrute les dĂ©tails du trousseau donnĂ© aux filles ou que l'on examine l'ordonnance du costume des ouvriers que reprĂ©sentent les vitraux d'Auch â qui sont du xvr siĂšcle â on s'aperçoit que le vĂȘtement est presque immuable en sa coupe s'il est plein de diversitĂ© dans sa couleur . Les hommes portaient un justau corps qui ne descendait pas plus bas que les hanches, serrĂ© Ă la ceinture par une courroie de cuir ou une Ă©charpe rouge ou bleue. La culotte les vĂȘtait de la ceinture aux genoux et leurs jambes Ă©taient serrĂ©es dans des guĂȘtres de cuir ou d'Ă©toffe grossiĂšre et forte. Sur la tĂȘte, un bonnet. C'est le costume que portent encore les habitants des montagnes, BĂ©arnais, Basques, Catalans, costume qui donne Ă leur personne un tour vif et dĂ©gagĂ© ». 1 1 R. PAGEL .- Bull. Soc. Arch. du Gers ; 4* trim. 1912. 110 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Chez les femmes, le vĂȘtement se rĂ©duit Ă trois parties la tunique, la robe et le capuchon dont la forme est toujours la mĂȘme. Les grands seigneurs, les riches marchands, aux jours de fĂȘte, sont " plus au long vĂȘtus » ; ils ont un surtout drapĂ© qui les enveloppe jusques aux pieds. C'est la tenue de tous les personnages de premier plan reprĂ©sentĂ©s par les vitraux d'Auch ; tenue de riches. Ce qu'on ne voyait pas s'harmonisait d'ailleurs avec ce qu'on voyait. Le sire d'Albret apparaĂźt un jour vĂȘtu d'une robe longue en velours garnie de fourrure et doublĂ©e de taffetas bleu. Un pourpoint de drap cramoisi couvre ses Ă©paules ; sa chemise est en fine toile de Hollande. Quand il chevauche, sa petite robe Ă cape, plus modeste, est faite de camelot tannĂ© et doublĂ©e de drap violet. Autour de lui circulent ses officiers vĂȘtus de drap noir et violet et ses trois pages en robe de velours noir doublĂ© de bleu et en pourpoint de ratin avec des lacets et aiguillettes. » 1 La chemise commence seulement Ă se rĂ©pandre ; chez les bourgeois et les gens du peuple elle est encore inconnue.. Il y avait donc parmi la foule, aux jours de foire ou de fĂȘte, de quoi charmer l'oeil des badauds. Pourtant les lieux n'Ă©taient point faits pour mettre les scĂšnes populaires en valeur. Les rues de Vie, trĂšs Ă©troites, dĂ©bouchaient Ă angle droit sur un axe principal assez tortueux qui porte aujourd'hui les noms de rue Cassaignoles, rue du Coeur-deVille, rue du Triomphe, rue Touade, rue du Barry. L'agglomĂ©ration Ă©tait enclose entre des murs et des fossĂ©s occupant d'une part la route nationale actuelle des Quatre-Chemins » Ă l'embranchement de la route d'Eauze d'autre part l'actuel Chemin de ronde » et le Chemin de la BrĂšche. Un peu Ă l'Ă©cart Ă©taient les Quartiers du ChĂąteau inclus entre la Place actuelle, le Moulin et le fossĂ© du Foirail. Le Quartier MarcadĂšre sĂ©parait les deux noyaux de Vie. Les arceaux n'y Ă©taient pas construits ; mais une halle couverte reposant sur 25 piliers de pierre occupait la place du terre-plein actuel. Depuis ce terre-plein jusqu'Ă l'Osse, en bordure des murailles qui allaient de la rue Delort jusqu'Ă la rue La Fayette, Ă la place de l'HĂŽtel-de-Ville et des maisons qui bordent la place s'Ă©tendait le foirail, Ă©tabli donc, comme partout extra muros. 2 ACHILLE LUCHAIRE .- Alain le Grand p. 51. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 111 Il existe encore, çà et lĂ , notamment dans la rue Touade et dans la rue du Barry des habitations du xve et du xvIe siĂšcles maisons Bedel Nadal... Ce sont des constructions en pans de chĂȘne entrecroisĂ©s de madriers en X. Le remplissage des vides est fait avec de la terre battue, ou mieux des briques minces posĂ©es Ă plat. Le premier Ă©tage dĂ©borde sur le rez-de-chaussĂ©e, dont les murs sont construits en pierre, matĂ©riaux communs. De cette façon on Ă©carte du pied des murs les eaux tombant de la toiture et on assurait Ă la maison une base solide que ne lui auraient pas donnĂ©e les pans de bois. Les fenĂȘtres du premier Ă©tage sont croisĂ©es de meneaux massifs sculptĂ©s tout comme l'encadrement. Il en est de bien conservĂ©es dans la maison Lamarque qui donne sur une courette derriĂšre le CinĂ©ma Brana. L'ardoise est inconnue et toutes les maisons sont invariablement couvertes de tuiles creuses demi-cylindriques. Les maisons du seiziĂšme siĂšcle se voient encore dans le quartier MarcadĂšre, rue des Cordeliers, rue Carboire immeubles Dantin, etc.. Elles sont de pierre et non plus de bois ; elles prĂ©sentent Ă cĂŽtĂ© de la porte Ă©troite une large baie, voĂ»tĂ©e en berceau qui n'est pas une fenĂȘtre, mais une ouverture de magasin. Quand les deux volets Ă©taient ouverts, une tablette mobile aux gonds scellĂ©s sous l'accoudoir se relevait horizontalement pour servir de table d'Ă©talage.; A l'exemple du Juif algĂ©rien de nos jours qui trĂŽne dans les Souks, le boutiquier gascon du seiziĂšme siĂšcle ne faisait point entrer les clients dans sa maison ; ils les laissait dans la rue, libres d'examiner les marchandises que du dedans il leur prĂ©sentait sur la tablette. Le pittoresque des rues vient de la multiplicitĂ© des enseignes parlantes qui se dĂ©tachent en potence de la façade des maisons. Le marchand de vin signale son auberge par un rameau de geniĂšvre brous fichĂ© au mur ; le chirurgien barbier met Ă sa porte des plats de cuivre consciencieusement fourbis ; le marĂ©chal-ferrant accole sur une panoplie un nombre respectable de fers orthopĂ©diques ; le sabotier exhibe une chaussure de gĂ©ant ornĂ©e d'un bout Ă la poulaine qui s'enroule en volute, etc.. Les fantaisies ne se comptent pas. L'ameublement des maisons Ă©tait toujours trĂšs sommaire. Un lit avec des siĂšges de bois et des coffres arcos c'Ă©tait tout ce qui'on voyait dans les chambres ; une table massive, un banc contre le mur, 112 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. un rudimentaire vaisselier il n'y avait guĂšre autre chose dans les cuisines outre la cheminĂ©e et l'Ă©vier. La nourriture n'Ă©tait guĂšre plus variĂ©e que le mobilier car les pommes de terre et le maĂŻs Ă©tant inconnus, le blĂ© constituait le fonds de l'alimentation. Chaque famille cuisait ses bouillies ou façonnait ses miches aprĂšs avoir fait moudre son blĂ©, mesure aprĂšs mesure, aux moulins Ă vent de Martin et de Cassagnieu ou aux. moulins Ă eau du Chapitre et de l'Aoumet, Ă©tablis sur l'Osse. Pane la queue pour attendre son tour ou la reprise d'une saute de vent Ă©tait un menu fait de la vie courante! que concrĂ©tisait l'expression de Porto d'Esperobent don nĂ©e Ă la sortie du faubourg du Barry dans la direction des moulins Ă vent. La viande de porc, consommĂ©e Ă l'Ă©tat frais ou sous forme de confits et de pĂątĂ©s, Ă©tait d'usage trĂšs courant. Chaque famille Ă©levait son ou ses porcs ; de nombreux arrĂȘtĂ©s consulaires rĂ©glementant la promenade quotidienne des mĂ©nagĂšres menant leurs pourceaux sur les terrains vagues appelĂ©s, padouens padouen de Notre-Dame, padouen de la Pradette, padouen Ă l'ouest du Foirail actuel. La charcuterie Ă©tait l'objet d'un trafic important et les droits de place mentionnent les tarifs du maoucousinat. Ce mot trahit la malice populaire qui ne s'exerçait pas toujours sans doute Ă bon droit. La viande de veau n'est nulle part mentionnĂ©e. A une Ă©poque oĂč les prairies artificielles n'Ă©taient pas connues et oĂč une paire d'animaux reprĂ©sentait un capital important, l'herbe des prairies ne nourrissait que des bĂȘtes de travail. Il n'y avait point dans les fermes d'Ă©levage du bĂ©tail de croĂźt et le petit nombre d'Ă©lĂšves ne tlonnait que des animaux de remplacement. On ne tuait que de vieux animaux ; la viande de vache faisait l'objet de ventes Ă©chelonnĂ©es au cours des mois d'hiver. Le mouton Ă©tait moins rare, comme il se conçoit dans un pays oĂč la vaine pĂąture Ă©tait de rĂšgle sur les jachĂšres et les friches. Les vignes sont mentionnĂ©es Ă chaque page des vieux registres de notaires ou flans de plus vieux livres dĂ©nommĂ©s Cartulaires, blanc et unir de Sainte-Marie d'Auch. Le vin Ă©tait la boisson commune et de nombreuses auberges attiraient les oisifs. Les droits d'octroi distinguaient le vin de la paroisse du vin forain » vendu dans les auber- DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 113 ges ce qui laisse croire Ă des ventes importantes et Ă une consommation dĂ©passant la production du lieu. 11. â Les mĂ©tiers. â La corporation des marchands, surtout celle des marchands d'Ă©toffe, est particuliĂšrement nombreuse. A une Ă©poque oĂč,l'instruction n'est pas trĂšs rĂ©pandue, ce sont les notaires qui tiennent â de façon spĂ©ciale â les livres de comptes. Toute affaire qui ne se traite pas au comptant fait l'objet d'une reconnaissance notariĂ©e. De lĂ vient que les minutes des. notaires nous sont une mine de renseignements. La boutique du seiziĂšme siĂšcle n'est guĂšre qu'un dĂ©pĂŽt de marchandises ; le lieu de vente, c'est la place marcadĂšre, oĂč les jours de foire, sur des planchers volants, on vend de tout. Les jours de marchĂ©s donnent une animation particuliĂšre aux bourgs Ă demi importants. Vic-Fezensac avait 4 foires avant-veille des Rameaux, 8 mai, 16 aoĂ»t, 6 novembre ; les mĂ©nagĂšres des campagnes viennent y vendre leurs poulets, leurs laines, leurs lĂ©gumes, toutes choses que citĂ© le Tarif du Souquet que nous avons publiĂ© 3 ; les hommes mĂšnent leurs bestiaux sur le foirail ; tous viennent ensuite racheter des choses utiles pour autant qu'ils auront vendu de leurs produits. Les marchands locaux subissent la concurrence de confrĂšres assez lointains qui arrivent aux jours de foire. Tels sont MĂ©ric de Castaing, marchand Ă CrĂ©on en Juliac ; Jean Cayssin, marchand d'Arrnous eu la juridiction de Beaumarchais ; Jaymes de Pujos, marchand de LĂ Montjoie en Agenais ; Arnaud Guillaume d'Auxion, marchand d'Ordan ; Guillaume Bosonx, marchand d'Ayguelinte. Certains nĂ©gociants Ă©trangers ont Ă Vie des dĂ©pĂŽts de marchandises le 1er fĂ©vrier 1554, Gilbert La Pierre, marchand et bourgeois de Toulouse est dans ce cas et Arnaud de PomerĂšde, son fondĂ© de pouvoirs, vend en son nom 232 sacs de blĂ© Ă raison de 2 pistolets d'or, le pistolet valait 45 sols tournois, le sac Ă©galant la conque. Le 10 dĂ©cembre 1553, Jean de Ger, marchand de Riguepeu, dĂ©clare devoir 39 livres Ă Sire Pierre Lendormy, marchand d'OrlĂ©ans, absent et reprĂ©sentĂ© par Jean Darrioau, d'Eauze, son fondĂ© de pouvoirs. La Renaissance se laisse deviner par la citation de professions artistiques ou intellectuelles. Le 27 janvier 1553, Etienne Peyrecave, 3 Voir troisiĂšme partie, paragraphe 18. 114 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. librĂ©rc de la pille du Vie, est tĂ©moin d'un accord ; un demi-siĂšcle plus tard un autre libraire sans aucun doute un sien parent, est dĂ©nommĂ© Pierre Lacave. Jean Mairot est painctre de Vie. Bernard Cotin exerce le mĂ©tier d'orfĂšbre ; un de ses confrĂšres natif de Niort et domiciliĂ© de Bergerac maistre orphĂšbre et graveur, est pourvu par les soins de la jurade d'une boutique dont le lonaigc sera, payĂ© par le sieur Sorbets, consul... attendu qu'en la prĂ©sente ville n'y a personne de son mestier... » Arnaud Dizault, est verrier au Barry ; Arnaud Laigne pastissier du Btizadoix vient Ă propos dĂ©montrer qu'au milieu du xvi" siĂšcle les gens ne mouraient pas de faim... Mais ce sont les Ă©toffes qui, sous les appelations les plus diverses, reviennent sans cesse comme occasions de contrats. On trouve citĂ©s la toile de Laval, la toile de Campans, le taffetas de Lyon, le brunet noir de Rouen, le drap gris de Poitiers, le drap de Normandie couleur moreau... Chaque ville semble avoir possĂ©dĂ© un type particulier dans la fabrication duquel elle se spĂ©cialisait. La variation du type ne concernait pas nĂ©cessairement la couleur ou la qualitĂ© ; la largeur de l'Ă©toffe et la longueur de la piĂšce Ă©taient caractĂ©risĂ©es par une appellation locale. Vic avait son modĂšle le 29 mai 1554, Me Jean Roques vend un drap d'arrouset faict Ă l'usage de lad. cille de Vie, de longueur doutze cannes et largeur cinq parus troy quartz pour 5 Ă©cus petits,'' sols bons ». De nombreux actes citent le drap d'arrouset de Vie », ayant toujours les mĂȘmes dimensions. Nous ne rĂ©pĂ©terons pas le nom de toutes les professions que nous avons vu citer. Du xve au xvr siĂšcle l'Ă©volution Ă©conomique ne s'est guĂšre fait sentir. Vergne donne des noms français aux mĂ©tiers que nommait en latin Odet Dufaur 4 ; mais la variĂ©tĂ© des conditions reste Ă peu prĂšs la mĂȘmeAntoine Espaignol, payrolier de NĂ©rac » figure souvent dans les registres ; c'est un prĂȘteur Ă la petite semaine car dans tous les contrats qu'il signe, ses vendeurs se rĂ©servent trĂšs souvent la facultĂ© de rachat. Les cordonniers sont trĂšs nombreux et un bon nombre savent signer par leurs initiales. Comme tĂ©moins instrumentaires signent souvent Jean Espaignol, avocat ; Jacques Murat, mĂ©decin ; Etienne Pierrecave, libraire ; 4 Voir quatriĂšme partie ; cliap. premier. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 115 Pierre Dugay, bachelier ; Pierre du Gay, tissier de laine ; Pierre Aragon, avocat ; Bernard Passeray ; Vidal Fleuriot, apothicaire ; Jacques Bexuron, son confrĂšre de Tonneins ; Clarac, cyrurgien ; Dubascou, notaire. Les transactions se chiffrent au moyen d'unitĂ©s trĂšs diverses au milieu desquelles on se dĂ©battrait malaisĂ©ment, n'Ă©tait le tableau ci-dessous. Valeur des Monnaies au XVIe siĂšcle, Ă©valuĂ©es en livres tournois. LIVRES SOLS DENIERS OBSERVATIONS Baquete 3/4 i,es 4 font le liard Blanc 4 1/2 blanc = 6 baquetes Carolus 10 Caulen=lenli-baquete 3/8 ; Kn 1587 les 4 deniers morDenier morDenier 3 ! laiis ne valaient que 7 Denier morlan 1337 1 3/ 4 { deniers tournois. Denier d'or Ă l'Ă©cu 6 Un double 10 Une double 2 Doublet 6 Ecu sol 2 il en 1556 Ecu sol 3 depuis 1556 Ecu petit ; 1 - Ecu couronnĂ© I2 6 1354, Ecu d'or couronnĂ© , ., 1384 florin 13 6 florin vaut 9 Jacques Franc de roi , 1583 Franc d'argent j 2 1593 Franc de BĂ©arn 15 aussi franc bordaloĂŻs Florin comtal de Bigorre 15 JacquĂšs 4 1/2 vaut 3 oboles Liard 3 Liard guranĂšs 5 Livre d'or 2 10 Noble Ă la rose 6 15 g°l bon 1 6. Sol gros ou sol Jacques Sol morlan 2 3 pour-, rentes aux comtes Sol morlan 3 esigneurs xnu rentes pour Sol tournois 1 12. â A la campagne. â L'histoire de Vic-Fezensac serait incomplĂšte si elle ne relatait que les souvenir de la citĂ©. Une banlieue existait comme de nos jours, aussi Ă©tendue et plus peuplĂ©e peut-ĂȘtre, et les minutes notariĂ©es du xvr siĂšcle conservent le souvenir de lieux disparus appelĂ©s Las CaberguĂ©ros rĂ©gion du Petit, Las Crampes Vers Meilhan, La Coume du Souquet, au Barnana, au Cassou, Las 116 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. SabuquĂ©ros, TrĂ©moulet, Saint-Elix, Harrias, Mondrille... Par ailleurs, on a plaisir Ă relever des noms existant toujours Justous, Babazan, Bauduhe, PipĂ©, BernĂ©, Terreblanque, Jolibert, Le BouttĂ©, Nalies Lard, Pimbat, La Coste, L'ArgentĂ©, Faget, Broquens, Pont de Laumet, Caillou, Carboire, Riant... QuantitĂ© d'artisans du bourg possĂšdent des champs ou des vignes qu'ils travaillent aux jours de chĂŽmage. L'artisan est partiellement rattachĂ© Ă la terre ; l'agriculture est mal diffĂ©renciĂ©e de l'artisanat. Les bourgeois enrichis par le commerce ont aussi des propriĂ©tĂ©s fonciĂšres matĂ©rialisant leurs bĂ©nĂ©fices ; ils les font travailler par des mĂ©tayers. Les baux Ă ferme du xvI siĂšcle ne montrent guĂšre de diffĂ©rence avec ceux que l'on souscrit de nos jours ; tout au plus peut-on remarquer une habitude quasi-gĂ©nĂ©rale, d'exprimer en nature le revenu des choses louĂ©es. Ainsi le 22 janvier 1566, Domenges de Maufic prend Ă ferme deux vignes appartenant Ă Pierre Colombat pour 5 annĂ©es et 5 cueillettes... promettant de payer chaque annĂ©e 11 pipots de vin, la bien travailler de toutes oeuvres nĂ©cessaires Ă peyne de payer les intĂ©rĂȘts et ny couper aulcun arbre, ains en y planter de nouveaux ». Les cessions de cheptel sont particuliĂšrement nombreuses ; il semble que tout capital prĂȘtĂ© le soit en vue d'une fin prĂ©cisĂ©e et que le bail Ă cheptel qui matĂ©rialise le capital prĂȘtĂ© soit prĂ©fĂ©rĂ© Ă la reconnaissance d'une somme. Les prĂ©cautions du prĂȘteur sont toujours multiples. Ainsi Le 12 fĂ©vrier 1566, Gaixot du Bousquet, de Bhan reconnaĂźt tenir en gazailhe, Ă demy gain et perte, suivant la coustume du Fezensac, Ăźle Jean Petit de Roques, liabitant de Vie, une asnesse d'un cajnlal de 3 escuts petits, laquelle il a devers soy ; promet la bien notirris, ne la vendre jms sans son Sire et. l'admener en la prĂ©sente ville, toutefois qu'en sera, requis. » Une formule analogue est utilisĂ©e pour cession de sept chiefs de brebis Ă laine 7 tĂštes d'un capital de 3 escuts et demy petits ». Les contrats de mĂ©tayage ne montrent pas toujours en prĂ©sence un maĂźtre tout puissant et un bordier rĂ©signĂ©. Il arrive parfois qu'un noble appauvri cĂšde une propriĂ©tĂ© en mauvais Ă©tat sur laquelle le mĂ©tayer placera un cheptel lui appartenant et dont la totalitĂ© du croĂźt DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 117 lui appartiendra. Les plus grandes prĂ©cisions sont apportĂ©es aux droits et aux devoirs rĂ©ciproques ; tĂ©moin l'acte ci-dessous que pourraient avaliser des contractants vivant aujourd'hui Le 27 novembre 1556 Noble Jehan de Baulat, sieur de la Salle de Carget, baille Ă ferme Ă Pierre de la File dit Mandil.. aux conditions suivantes... La Salle de Carget ou de tout jour le bordier a accoustumĂ© Ă demeurer, avec lesjardins, pathus, terres bois, preds, et autres rĂ©servĂ© le pred barrat delĂ le molin de Carget 5 et le pred de la Font puis le champ jusques au chemin public ; led. La File sera tenu aller deumerer pendant et durant le temps espasse de 6 ans Ă , partir de la Toussaint derniĂšre ; pendant lequel, temps, led Fitc sera tenu bien et duement travailler les terres en bon pĂšre de famille. Et chascun fournira la moitiĂ© des semences ; aussy tous fruicts se partiront 6 par moitiĂ© sur la pile. Sera tenu faire fossĂ©s, planter arbres, entretenir le boys et autres arbres ne sera led, La Fite tenu couper aulcun chĂȘne sans la permission dud. Baulat. ; Est accordĂ© entre les parties que si l'ung ou, l'autre durant ce temps, se vouloit partir de lad. SociĂ©tĂ© le porra faire et celuy qui se faschera sera tenu advenir l'autre 3 mois auparavant, Ă peyne de dommagesintĂ©rĂȘts. Led. La Fite sera tenu et qmurra prendre en forme de gazailhe 7 bestail boyer 8 et uultre bestailhs, la graĂšre 9 duquel se payera pour moitiĂ© sur la, pile, du profit duquel led. Sr. de Carget ne tirera rien ; bien y porra led. Sieur y pettre une vache au profit de laquelle led. Fitte n'aura aucune part. Led. Sr. sera tenu, chascun an bailler aud. Fitte pour entretenir toute ferrure, pour sarcla et pour dailha et accousturer le foin, 4 escuts petits sans qu'il soict tenu luy fournir aultre chose. Et luy a bailliĂ© un aret garni de toute ferrure, fuste et cordes, que Ă la fin led. Fitte sera tenu luy rendre en mesme estat qu'est Ă prĂ©sent; et une charrette avec deux roues pour fumier. Les oyes, poules, chapons, gĂ©lines, oeufs et fermaiges se partiront par moitiĂ©. 5 Ses races se montrent sur l'Auzoue entre Bajonne et la BĂątisse. 6 Se partageront. 7 Gaizailhe cheptel. 8 Bestailh boyer bĂ©tail d' espĂšce bovine. 9 GraĂšre nourriture d'hiver. 118 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Entre vendeurs et acheteurs de terre intervient un systĂšme de mesures qui n'est point au seiziĂšme siĂšcle, celui qu'on rattache Ă la toise et qu'imposera plus tard la royautĂ© centralisatrice. L'unitĂ© de longueur est le patm, en principe la largeur de la paume de la main depuis l'extrĂ©mitĂ© du pouce jusqu'Ă l'extrĂ©mitĂ© de l'auriculaire. Le pam lĂ©gal de Vie Ă©quivaudra plus tard Ă 100 lignes ; aux alentours de Vie, sa longueur variera de 98 Ă 101 lignes. L'unitĂ© de surface est Yescat soit un carrĂ© de 14 pams de cĂŽtĂ© ; il Ă©quivaut donc Ă 16 centiares 49. Le boisseau valait 9 escats ; la mesure ou quartau, 8 boisseaux ; la concade, 8 mesures ; l'arpent, 4 concades. La conquade surface sur laquelle on semait une conque soit un sac de blĂ© valait 47 ares 48, soit 4 mesures ou 32 boisseaux, ou 288 escats. L'unitĂ© de mesure des grains Ă©tait le sac 86 litres 89 qui se subdivisait en 4 mesures, ou 32 boisseaux. Il fallait 8 boisseaux de 2 litres 72 pour faire une mesure de 21 litres 72. Le mĂȘme nom boisseau, s'appliquait Ă une capacitĂ© ou Ă la surface qu'on pouvait emblaver avec elle. Le bois de chauffage se vendait Ă la canne cube qui avait 8 pams de long, 8 de haut et 5 et demi de largeur 1 mc 1,8046 x x 1,24 4 mc. 040 On vendait le vin Ă la barrique 241 litres subdivisĂ©e en 4 pipots de 60 1. 32 ; le pipot valait 8 veltes de 7 1. 54 ; il fallait 4 pots de 1 litre 885 pour faire une velte. Au milieu du train-train des occupations quotidiennes, des Ă©chappĂ©es joyeuses se produisaient Ă l'occasion des cĂ©rĂ©monies religieuses, ou des survivances paĂŻennes, ou de notables Ă©vĂšnements domestiques. NoĂ«l, PĂąques, le Coeur-Dieu, Toussaint sont les grandes fĂȘtes religieuses qui jalonnent l'annĂ©e. Le Carnaval survivance des bacchanales, est l'occasion d'une mascarade burlesque qui clĂŽture la sĂ©rie des liais d'hiver. Les feux de joie de la Saint-Jean et la bĂ»che de NoĂ«l, rappellent les solennitĂ©s du culte du soleil au moment des deux solstices. Les Ă©pousailles sont l'occasion d'un repas monstre, auquel on convie les parents les plus Ă©loignĂ©s, et d'un bal qui rĂ©unit tout le voisinage. Elles sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'une cĂ©rĂ©monie burlesque â la porto- DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 119 leit â pendant laquelle garçons et demoiselles d'honneur accompagnent les meubles de la fiancĂ©e lit et coffres du domicile des parents au domicile de l'Ă©poux ne s'interrompant de chanter le long du chemin que pour Ă©changer des quolibets, voire plus, avec les gens trouvĂ©s sur le pas des portes. La fĂȘte patronale dĂ©cidĂ©e par le patronyme de l'Ă©glise â ici Saint Pierre â Ă©tait aussi l'occasion de cĂ©rĂ©monies religieuses alternant avec des rĂ©jouissances traditionnelles au nombre desquelles le festin, le bal et la tournĂ©e des bateleurs tenaient la plus grande place. Toutes ces fĂȘtes sont mentionnĂ©es dans les minutes notariĂ©es» ; elles revenaient chaque annĂ©e et la tradition voulait qu'elles fussent fĂȘtĂ©es avec Ă©clat. Il ne faut donc pas voir Kus aĂŻeux du xvIe siĂšcle sous la figure que La BruyĂšre donnait Ă ses paysans un siĂšcle plus tard. Sans doute il y avait des grĂȘles, des disettes et des Ă©pidĂ©mies ; sans doute il y avait parfois des Ă©meutes, des Ă©chauffourĂ©es oĂč le paysan supportait les excĂšs des soudards catholiques aussi bien que ceux des soudards protestants ; sans doute, faute de machines le travail Ă©tait dur parfois... Mais, comme nous l'avons dit Ă l'occasion de la vie au XVe siĂšcle, il y avait des jours de liesse point rares, et les gens Ă©taient loin de toujours mourir de faim. 13. â La vie intellectuelle. â D'ailleurs il existait dans Vic au XVIe siĂšcle une Ă©cole de garçons, tenue par deux maĂźtres â le rĂ©gent latiniste et le rĂ©gent Ă©crivain 10 â ce qui prouve que des prĂ©occupations d'ordre plus Ă©levĂ© co-existaient Ă cĂŽtĂ© des soucis matĂ©riels. Il nous manque des donnĂ©es sur la frĂ©quentation de ces Ă©coles et nous ne voudrions conclure, en l'absence de textes ou que l'instruction Ă©tait trĂšs rĂ©pandue, ou que l'organisation des Ă©coles n'Ă©tait qu'un trompe l'oeil. Toutefois, nous avons pu constater dans les registres de notaires que bon nombre d'artisans signaient les actes, au moins des initiales de leurs noms ; que de nombreux cordonniers qui interviennent souvent comme tĂ©moins instrumentaires signent de façon fort lisible. MĂȘme les analphabĂštes se donnent des airs d'Ă©lĂ©gance en se crĂ©ant, Ă titre de signature, un monogramme parfois savoureux tels sont le graveur Cotin, et Antoine Meilhan. Manaud de la Croix signe 10 Voir troisiĂšme partie, chap. IV. 12,0, SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. M. L. 4- ; les couturiers LebĂ© et Bordeneuve adoptent, comme signature, une arabesque figurant une paire de ciseaux. Les femmes ne signent jamais. Les gens instruits ont des prĂ©occupations artistiques et, Ă l'exemple de son compatriote et contemporain Salluste du Barthas, un notaire vicois s'amusait Ă taquiner la muse... Le premier livre imprimĂ© Ă Auch est de 1533 et vraisemblablement, les livres Ă lettres de molle » commencĂšrent Ă se rĂ©pandre dans la seconde moitiĂ© du xvIe siĂšcle. Avec eux l'instruction put se rĂ©pandre davantage. La RĂ©forme est intimement liĂ©e Ă la diffusion des livres nouveaux. Aussi voit-on Ă partir de 1550, les protestants apparaĂźtre Ă Vic-Fezensac. Ce sont chez les intellectuels qu'ils se recrutent et autour du notaire protestant Vergnes viennent signer comme tĂ©moins instrumentaires Me Pierre Dugay, Me Pierre Aragon, avocats ; Bernard Passery, mĂ©decin, Jacques Bexuron appothicaire de Tonens », Vital Fleurian, autre apothicaire, Sanson Clarac, syrurgien Ă Vic, Dubascou, notaire, etc.... Le 17 octobre 1665, le notaire vicois Paul Dupuy dĂ©livra au ministre protestant Michel Corday un grand nombre d'expĂ©ditions d'actes de mariage et de testaments protestants qui furent au xvIe siĂšcle les ouailles de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Mais ceci dĂ©passe le cadre de la vie privĂ©e ; dans l'histoire de VicFezensac, un chapitre entier doit ĂȘtre consacrĂ© spĂ©cialement au protestantisme. A suivre. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 121 PRĂGENT DE BIDOUX PAR M. CH. DESPAUX AussitĂŽt qu'un personnage est devenu cĂ©lĂšbre, bien des pays s'empressent de le revendiquer comme un de leurs fils; quelquefois, Ă force de recherches, la vĂ©ritĂ© finit par s'Ă©tablir. Il en est d'autres qui passent dans le ciel lumineux de l'histoire comme ce brillants mĂ©tĂ©ores, laissant aprĂšs eux une suite ininterrompue d'actes de valeur, de faits d'armes glorieux, de victoires mĂȘme, que la lĂ©gende grossit et qui ont ainsi acquis Ă leur patrie une brillante renommĂ©e. Le devoir de l'histoire n'est pas seulement de consigner les Ă©vĂ©nements auxquels ils ont Ă©tĂ© mĂȘlĂ©s, mais aussi de rechercner leur lieu d'origine et tout ce qui se rattache Ă leurs dĂ©buts dans la vie avant d'arriver Ă la notoriĂ©tĂ© due Ă leur vaillance. C'est ce que nous essayons de faire pour PrĂ©gent de Bidoux dont le nom figure avec honneur dans tous les ouvrages sur la marine française. Dans son intĂ©ressant travail Viris lllustribus Vasconioe » M. Bibal a consacrĂ© quelques lignes Ă ce vaillant marin, ce qui nous. a encouragĂ© Ă faire des recherches sur ce personnage que l'on savait gascon et peut-ĂȘtre de Bidouze, ancienne baronnie de BĂ©arn. A cĂŽtĂ© de la lĂ©gende il y a le cĂŽtĂ© historique et, bien que le nom de ce vaillant amiral soit connu de bien des lecteurs, nous espĂ©rons, grĂące Ă nos recherches, faire revivre cet homme extraordinaire avec l'aurĂ©ole de gloire qui lui est bien due. C'est sous Louis XII que le nom de PrĂ©gent de Bidoux devient cĂ©lĂšbre. En 1497, est créée la charge de gĂ©nĂ©ral des galĂšres, dont il fut le premier titulaire, ses premiers faits d'armes, avaient eu lieu au service de l'ordre de St Jean de JĂ©rusalem, auquel il appartenait; il est probable aussi, que PrĂ©gent avait eu la direction des gaiĂšres de France, sous les ordres du duc d'OrlĂ©ans, dans les campagnes de 1494 et 1495. 122 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. En 1501, la flotte de Philippe de Ravestein quitta le mouillage de Naples pour aller combattre les Turcs. LĂ , PrĂ©gent de Bidoux trouva le moyen de se signaler; n'Ă©coutant que son ardeur belliqueuse et son dĂ©sir de venger le nom chrĂ©tien, il quitta les cĂŽtĂ©s d'Italie et cingla, avec ses quatre galĂšres, la mer d'Ionie, oĂč il coula Ă fond presque tous les navires mahomĂ©tans qu'il y rencontra. En 1502, il revenait avec ses quatre galĂšres intactes et peu au courant de ce qui se passait en Italie, il fut surpris de se voir menacĂ© par toute la flotte d'Espagne; il Ă©vita un engagement qu'il n'aurait pu soutenir et gagna le port d'Otrante, pour s'y mettre sous la protection des VĂ©nitiens. Devant l'attitude hostile du gouverneur et ne pouvant sortir du port sans tomber au milieu de la flotte ennemie, le vaillant marin prit une rĂ©solution extrĂȘme et brĂ»la ses galĂšres, se faisant jour par terre avec ses Ă©quipages, au milieu des ennemis; il gagna les territoires qui restaient encore aux Français en Italie. La mer Ă©tant son unique Ă©lĂ©ment, PrĂ©gent ne tarda pas a remonter sur des vaisseaux; il rejoignit, avec deux galĂšres et sept caraques, une flotte qui se formait Ă Marseille, pour aller Ă Naples porter secours aux troupes françaises, qui n'avaient pu tenir jusqu'Ă leur arrivĂ©e. Il se tint dans ces parages, dans l'espoir de tenter quelque coup de main contre la flotte d'Espagne, commandĂ©e par Villa-Marino ; mais celui-ci, sachant Ă quel redoutable adversaire il avait affaire, s'empressa de filer vers l'Ăźle d'Ischia, oĂč il coula quelques bateaux pour encombrer le passage. Le commandant espagnol, refusa Ă©galement le combat devant GaĂ«te. Mais les galĂšres espagnoles, ayant pris le large, PrĂ©gent de Bidoux leur donna la chasse, les força de se retirer Ă Naples et ravitailla CaĂ«te. Il devait avoir une certaine fortune, car fors de l'expĂ©dition du royaume de Naples, PrĂ©gent avait armĂ© Ă ses frais quatre galĂšres et en vertu de sa charge, il avait le commandement de toutes les galĂšres de la flotte française, sous les ordres toutefois de Philippe de Ravestein Ă qui sa commission de gĂ©nĂ©ral de vaisseaux de haut bord, donnait le commandement en chef de l'armĂ©e navale. Le mauvais temps contraria cette expĂ©dition. En 1513, l'illustre PrĂ©gent de Bidoux opĂ©ra une nouvelle des- DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 123 cente en Angleterre, aussi glorieuse que celle de l' annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Il dĂ©barqua avant la fin de la mĂȘme annĂ©e, avec le capitaine Charles Lartigue, son ami et son compatriote, dans le comtĂ© de Sussex, oĂč il brĂ»la la ville de Brightelastone. En faisant des recherches sur le capitaine Charles Lartigue, dont le nom est bien gascon, peut-ĂȘtre aurons-nous la bonne fortune, de trouver aussi le lieu de naissance de son ami et compatriote PrĂ©gent de Bidoux. Le pape Jules II, n'ayant pu rĂ©ussir par la force des armes, fulmina alors des excommunications contre les principaux chefs de l'armĂ©e française, sans en excepter Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, excommunications d'ailleurs, auxquelles les prĂ©lats de France, avaient d'avance rĂ©pondu, en dĂ©clarant juste et necessaire, la guerre contre les prĂ©tentions temporelles du pape. Jules II, aprĂšs avoir essuyĂ© de nouvelles dĂ©faites, obtient du roi d'Espagne qu'il formĂąt, avec les VĂ©nitiens et lui, contre la France, une ligue Ă la quelle il affecta l'Ă©pithĂšte de Sainte Ligue. Furieux contre la France il avait envoyĂ© onze galĂšres vĂ©nitennes et une Ă lui avec un nombreux corps d'Ă©migrĂ©s gĂȘnois, avec lesquelles il espĂ©rait soulever un parti puissant en sa faveur. Mais six galĂšres provençales, conduites par PrĂ©gent, entrĂšrent dans le port de GĂȘnes et chassĂšrent honteusement la flotte vĂ©nitienne et pontificale. En 1513, aprĂšs la mort de Jules II, Louis XII entreprit de recouvrer le Milanais et l'Etat de GĂȘnes. LĂ , nous retrouvons PrĂ©gent avec neuf galĂšres provençales; il force les habitants de GĂȘnes Ă ouvrir leurs portes aux Français et Ă leurs partisans. AprĂšs cette expĂ©dition les galĂšres regagnĂšrent les ports de Provence. Sur l'ordre qu'il en avait reçu, PrĂ©gent quitta les cĂŽtes de GĂȘnes et entra dans l'Atlantique avec quatre galĂšres pour lutter contre les Anglais qui menaçaient les cĂŽtes de France. C'est ici que se place un Ă©vĂ©nement qui suffirait Ă rendre illustre Ă jamais un homme ce mer. PrĂ©gent, attaque la flotte anglaise forte de quarante-deux voiles, la traverse fiĂšrement et coule un de ses bĂątiments. L'Amiral Howard qui commandait la flotte anglaise, jaloux de la rĂ©putation de PrĂ©gent, rĂ©solut de l'attaquer. PrĂ©gent de Bidoux dans le terrible passage du Four, s'Ă©tait postĂ© dans une anse prĂšs du Conquet, entre deux rochers et sous la pro- 124 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. tection d'un double retranchement garni d'artillerie. L'Amiral anglais s'embarqua sur une galĂšre et se fit suivre d'une autre, il se fit seconder par deux ramberges et plusieurs barques lĂ©gĂšres, les gros vaisseaux ne pouvant approcher Ă cause du manque de fond. Visant la galĂšre de PrĂ©gent, il s'Ă©lance sur elle, l'aborde et saute avec dix-sept hommes sur le gaillard d'avant. Quinze des siens avaient attachĂ© au cabestan de leur bĂątiment, le cable de l'ancre qu'ils avaient jetĂ© dans la galĂšre française pour s'y accrocher avec le dessein de filer le cable si le feu venait Ă prendre aux galĂšres; mais l'Ă©quipe de PrĂ©gent ayant coupĂ© le caille, lord Howard vit sa galĂšre s'Ă©loigner et resta avec ses dix-sept hommes sur le bĂątiment français. PrĂ©gent, reconnaissant Ă son Ă©cu dorĂ©, un personnage de distinction, se prĂ©cipite sur lui et, le saississant Ă bras le corps, engage avec lui une lutte effroyable plusieurs fois les deux rivaux tombent l'un sur l'autre et se relĂšvent couverts de sang. Enfin ayant terrasĂ© son adversaire, PrĂ©gent lui tendit une main gĂ©nĂ©reuse et lui offrit la vie, ainsi qu'aux dix-sept hommes qui l'avaient suivi, Howard refuse. Nouvelle et plus et terrible lutte encore; assaillis Ă coups de piques, les anglais dĂ©sespĂ©rĂ©s, se prĂ©cipitent dans les flots; leur amiral fait comme eux, il fit des efforts inouis pour se faire donner aide, mais ne put y rĂ©ussir, il disparut dans l'abĂźme .A quelque distance, PrĂ©gent aperçut un bĂątiment anglais arborant le drapeau blanc, avec trois mĂ©diateurs de rang illustre, qui venaient demander des nouvelles du grand amiral d'Angleterre, PrĂ©gent de Bidoux ne rĂ©pondit qu'en montrant la mer couverte de cadavres anglais dans la chaleur du combat, on n'avait pas fait de prisonniers. Pour tirer tout le fruit de sa victoire, il fit voile aussitĂŽt vers les cĂŽtes d'Angleterre. Quoique sĂ©parĂ© de sa petite escadre par un coup de vent, l'intrĂ©pide Marin, aborde avec une seule galĂšre, dans le comtĂ© de Surrey. Il y brĂ»le plusieurs villages et chĂąteaux et, aprĂšs avoir ramassĂ© un butin prĂ©cieux, revint avec un plein succĂšs Ă Brest, quoique poursuivi par la flotte de Thomas Howard, qui avait succĂ©dĂ© Ă son frĂšre, dans la charge de grand amiral d'Angleterre. Dans cette glorieuse expĂ©dition, PrĂ©gent perdit un oeil, mais ce malheur ne l'arrĂȘta pas longtemps La mĂȘme annĂ©e, il combat, avec ses galĂšres, le 10 aoĂ»t 1513, contre la flotte anglaise. La flotte française, Ă laquelle il s'Ă©tait joint, DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 125 attaqua les anglais, bien qu'elle fĂ»t deux fois infĂ©rieure en nombre, elle fracassa ou coula la moitiĂ© des vaisseaux ennemis. Ce combat naval eut lieu Ă la hauteur de Saint-MahĂ©, sur les cĂŽtes de Bretagne. La flotte anglaise prit la fuite et fut poursuivie jusque sur les cĂŽtes d'Angleterre. Lorsque la paix fut conclue avec l'angleterre en 1513, PrĂ©gent de Bidoux, voyant que sa patrie n'avait plus besoin de ses services, se dĂ©mit de sa charge de gĂ©nĂ©ral de galĂšres de France, pour se rappeler ses voeux de chevalier de St Jean de JĂ©rusalem. Cet ordre venait de l'Ă©lever Ă la dignitĂ© de Grand-Prieur de St Gilles en Province. Il Ă©tait allĂ© aussitĂŽt partager les dangers des chevaliers ses frĂšres qui Ă©taient alors aux prises avec les Mameluks d'Egypte d'un cĂŽtĂ© et les Turcs de l'autre. Nous retrouvons PrĂ©gent, gouverneur de l'Ăźle de Cos, au moment oĂč trente galĂšres turques allaient combattre la flotte du Grand-MaĂźtre, Villiers de l'Isle-Adam, apres avoir dĂ©barquĂ© quelques troupes pour dĂ©vaster et piller l'Ăźle. Il chargea si vigoureusement ceux qui avaient dĂ©barquĂ©, qu'ils se jetaient pĂȘle-mĂȘle sur leurs vaisseaux et se rembarquĂšrent au plus vite. Ayant appris par des prisonniers que le gros de la flotte ottomane suivait de prĂšs et marchait sur Rhodes, il envoya demander au GrandMaĂźtre la permission de se rendre auprĂšs de lui au poste du danger. De Villiers de L'Isle-Adam, qui connaissait ses talents et sa longue expĂ©rience reçut cette offre avec reconnaissance et le fĂ©licita de son zĂšle. PrĂ©gent, sans plus tarder, se jeta dans un brigantin, dĂ©joua par son habiletĂ© nautique toutes les escadres ottomanes qui sillonnaient la mer, et entra de nuit dans le port de Rhodes. Le GrandMaĂźtre l'embrassa avec effusion, lui renouvela ses louanges et le chargea de visiter les diffĂ©rents postes de la Place, avec le commandement de toutes les batteries, conjointement avec Didier Tholon de Sainte Jaille, bailli de Manosque. Pendant le siĂšge mĂ©morable de Rhodes, PrĂ©gent de Bidoux et Sainte-Jaille dirigeaient l'artiilerie, dĂ©montant toutes les piĂšces des assaillants. Tous les chevaliers furent hĂ©roĂŻques, malgrĂ© le nombre considĂ©rable des assaillants On citera toujours les noms de du Mesnil, de Grimereaux et surtout de PrĂ©gent de Bidoux, qui choisissait toujours les postes les plus exposĂ©s. Il reçut Ă la gorge un coup de mousquet dont il eut le bonheur de guĂ©rir. 126 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. AbandonnĂ©s par toutes les puissances chĂ©tiennes, les chevaliers furent obligĂ©s de capituler, et le premier Janvier 1523, toute la flotte de Rhodes appareilla emportant les malheureux rĂ©fugiĂ©s; le vaisseau du Grand-MaĂźtre suivait portant Ă son grand mĂąt, Ă la place du pavillon de l'Ordre, une banniĂšre sur laquelle on lisait autour de l'image de la Vierge ayant son fils mort entre ses bras, cette inscription en latin Dans mon extrĂȘme affliction il est mon unique espĂ©rance ». Pendant l'Ă©tĂ© de 1524, sous le rĂšgne de François 1er, les armĂ©es de terre et de mer de Charles-Quint attaquaient la France de tous cĂŽtĂ©s, mais le sentiment national, avait acquis une Ă©nergie capable de s'Ă©lever aux plus sublimes efforts. Le 19 AoĂ»t, Marseille est assiĂ©gĂ©e, le port Ă©tait bloquĂ© par une flotte de dix-huit galĂšres, commandĂ©e par Hugues de Moncade, amiral de Charles-Quint. Mais les ennemis trouvĂšrent Ă Marseille, une belle et valeureuse rĂ©sistance, que dirigeait en partie le vieux PrĂ©gent de Bidoux, accouru de Malte, pour consacrer son reste d'existence, au service de son pays. Pendant ce siĂšge, qui dura 41 jours, les femmes de Marseille, sans distinction de rang, se conduisirent hĂ©roĂŻquement, elles Ă©levĂšrent de leurs mains une muraille derriĂšre celle que les boulets avaient fait Ă©crouler ; on l'appela le rempart des Dames, en l'honneur de celles qui l'avaient construit. Les ennemis furent obligĂ©s de lever le siĂšge et furent vigoureusement poursuivis par la flotte française. En 1528, nos armes avaient Ă©prouvĂ© des revers, la marine Ă©tait mal commandĂ©e ; François 1er eut mieux fait d'en donner le commandement Ă PrĂ©gent de Bidoux, au lieu de l'envoyer remplir une mission en Espagne. A son retour, la galĂšre qu'il montait rencontra une galiote turque, toute chargĂ©e de captifs chrĂ©tiens. Le vieux marin, n'hĂ©site pas un instant, il court sur elle, lui jette le grappin et l'aborde. Il se fit une horrible boucherie d'un bord Ă l'autre. PrĂ©gent, retrouvant toute l'ardeur de sa jeunesse pour combattre les ennemis du nom chĂ©tien et pour sauver ses frĂšres esclaves, s'engage au plus fort de la mĂȘlĂ©e; il est victorieux, enlĂšve la galiote musulmane et dĂ©livre cent cinquante chrĂ©tiens, mais ce n'est qu'aprĂšs avoir reçu plusieurs larges blessures. Il amarina sa conquĂȘte et la conduisit Ă Nice, oĂč il mourut au DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 127 mois d'AoĂ»t de la mĂȘme annĂ©e 1528, des suites de ses blessures. Il Ă©tait ĂągĂ© de soixante ans et en avait passĂ© plus de quarante Ă la mer. Retracer la vie extraordinaire de PrĂ©gent de Bidoux, qui mĂ©ritait mieux qu'une simple notice, nous a paru faire oeuvre de patriotisme, en faisant admirer le courage de cet illustre gascon, dont la gloire peut rivaliser avec celle des hĂ©ros dont s'enorgueillit la marine française. P. S. â Nous avons pu mener Ă bien cette modeste Ă©tude, en utilisant le savant ouvrage de LĂ©on GuĂ©rin, Histoire Maritime de la France, l'histoire titulaire de la Marine. Dans l'ouvrage de Spont, se trouve aussi un travail sur PrĂ©gent de Bidoux. Nous avons trouvĂ© d'utiles renseignements dans l'Histoire des Chevaliers de Rhodes, par EugĂšne Flandin. 128 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. LES CHANSONS POPULAIRES Des PyrĂ©nĂ©es Française PAR M. JEAN POUEIGH Suite AUSSAU ! DAB MAS AULHETES OSSAU ! AVEC MES BREBINETTEs Au pĂš d'acet gran pic nĂ©bĂš, bis BĂšre balĂ©e que j'abĂš ! AĂčssĂ Ăč ! Dab mas aulhetes, AĂčssaĂč ! Jou m'en y bau ! Qu'ei lou pais deus AussalĂ©s, Pais de gaujou de plasĂšs. Lou mes de mai qu'ei arribat, Las mountagnes qu'an berdurat. Anem, pastous, qu'ei eau puja, Las anesques s-ban dĂ©bĂ©ia. A tu, labri, toque dĂ©ra, Decap Ă case ban ana. Dansaram lous sauts aĂčssalĂ©s, Ibis Minjaram coque Ă© burrĂ© fresc. AĂčssaĂč ! Dab mas aulhetes, AĂčssaĂč ! Jou m'en y bau ! [VallĂ©e d'Ossau] Trad. â Au pied de ce grand pic neigeux, bis â Se trouve une belle vallĂ©e. â Ossau ! â Avec mes brebinettes, â Ossau ! â Je m'y en vais. *** â C'est le pays des Ossalois, â Pays si beau, si plaisant. *s â Le mois de mai est arrivĂ©, â Les montagnes ontverdoyĂ©. *%. â Allons, pasteurs, il faut monter, â Les brebis vont s'Ă©veiller. *Vâ A toi, labrit, touche-lĂ , â Droit Ă la maison nous allons. ** â Nous danserons, les sauts ossalois, bis â Nous mangerons gĂąteau et beurre. frais. â Ossau ! â Avec mes brebinettes, - Ossau ! â Je m'en y vais ! Ceci n'est autre que la populaire chanson d'amour Au berdurĂš, Ă laquelle les pasteurs transhumants ont ajoutĂ© un texte de circonstance, et dont ils modifiĂšrent le refrain d'amoureux devenu ainsi pastoral. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 129 On remarquera aussi la proche parentĂ© des deux mĂ©lodies la ligne est ici restĂ©e la mĂȘme, quoique simplifiĂ©e et moins contemplative. Sous la forme mĂ©lodique ci-dessus, ce chant est d'ailleurs rĂ©pandu davantage. La version ossaloise l'agrandit, l'Ă©largit, l'amplifie â caractĂšre d'oĂč rĂ©sulte, certes, une musicalitĂ© plus magnifiquement expressive. Mais quel qu'en soit le rythme, l'accent en demeure toujours pathĂ©tique ; dans les landes planes, comme le long des chemins d'estivage ou sur les pĂąturages des sommets, les bergers bĂ©arnais lancent de tout leur coeur nostalgique ce cri de fervent amour vers leurs montagnes Aussau ! Mas amourettes !... » . âą COT D'AUISQUE E COT D'ARBASI COL. D'AUBISQUE ET COL D'ARBAZE Cot d'Auisque e cot d'ArbĂ si Mante-r-u n'as bist passa Permou qu'Ăšres sou passĂ tge A goarda qui tourne e ba. Ni Ă Groute ni Ă GroutĂšre Ni Ă l'entour deus Milharis, Nou s'y parech nade aute baque Ni per lou sĂ© ni pou moti. Ni per lou sĂ© ni pou mati. 130 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Hountacabe, Hountacabe, N'aurĂšs bist Ă Hounderou ? â Au sarratot de las pĂšires Que s'arrĂ©ble lou bastou. [VallĂ©e d'Azun] Var. â 2. Trop bĂšt u... Trad. â Col d'Aubisque et Col d'Arbaze â Plus d'un pasteur avec son troupeau tu en as vu passer, â Parce que tu Ă©tais sur le passage â De qui revient et va garder le bĂ©tail. /* Ni Ă Groute ni Ă GroutĂšre â Ni Ă l'entour de Milhares, â On n'y voit nulle autre vache â ni le soir ni le matin. /;,. Fontaine de la combe, â M'aurais-tu vu Hounderou ? â Au monticule des pierres lieu-dit â Il pĂšle son bĂąton. Le poĂšte Michel CamĂ©lat, qui m'a dictĂ© ce chant, n'a conservĂ© le souvenir que des trois strophes prĂ©cĂ©dentes. Mais la poĂ©sie complĂšte en comptait davantage assurĂ©ment. Les deux cols d'Aubisque et dArbazc sont situĂ©s dans la partie la plus haute et la plus sauvage de la route qui, des pittoresques Kaux-Bonnes en BĂ©arn, mĂšne Ă ArgelĂšs du 'Lavcdan. La chanson suivante, Gados y Platjncts, fait Ă©galement allusion Ă ces lieux de pĂąturages oĂč les pasteurs bĂ©arnais et bigourdans voisinent, en raison de leur situation aux confins du BĂ©arn et de la Bigorre. GADOS Y PLAGNETS GADOS ET PLAGNETS DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 131 Autre mĂ©lodie Gados y plagnets, Terre' desirade, Nou y a terre au moun Qui ta plĂą m'agrade. Nou y a terre au moun Qui ta plĂą m'agrade. U miliou d'ausĂšts Que-y canden l'aubade. Dinquio qu'Ăšre noeit Lou sou y arrajabe. Oulhes y moutous, Tout que m'y prababe. Baques y betĂšts, Tout que-y cournejabe. Si-b harĂ©ts en-ça, Lous deu cot d'Arbaze ? Que-b daram boudĂ©, CoulĂąt y calhade. Que-b daram boudĂ©, CoulĂąt y calhade; Aus de CauderĂ©s Que daram lĂšit caude. [VallĂ©e d'Ossau, VallĂ©e d'Azun] Var. â I. Garrocs e Plagnets, â ArbĂ©os e BĂ©os, â 12. Que belasseiaben. â 14. Que tumasseiaben. Trad. â Gados et Plagnets, â Terre dĂ©sirĂ©e, â Il n'y a terre au monde â Qui si bien me plaise. *** Il n'y a terre au monde â Qui si bien me plaise. â Un milllion d'oiseaux â Y chantent d'aurore. *** Jusqu'Ă la nuit â Le soleil y donnait. *** Brebis et moutons, â Tout y prospĂ©rait. *** Vaches et veaux, â Tout y poussait les cornes. Viendriez-vous de ce cĂŽtĂ©, â Les gens du col d'Arbaze ? *** Nous vous donnerons du beurre, â Du coulĂ© » et du caillĂ©. *** Nous vous donnerons du beurre, â Du coulĂ© » et d ucaillĂ©; â A ceux de Cauterets â Nous donnerons du lait chaud. Gados et lPagnets sont les noms de pĂąturages â quartiers de montagnes â situĂ©s sur la route des Eaux-Bonnes Ă ArgelĂšs, dans la rĂ©gion du col d'Aubisque et du col d'Arbaze. Les pĂąturages de Cauterets ne sont pas loin de lĂ . Le village d'ArbĂ©ost se trouve dans les mĂȘmes parages ; celui de BĂ©ost est proche de Laruns. Des chemins de montagne mettent en communication, par le col de Louvie, BĂ©ost â dans la vallĂ©e d'Ossau, ArbĂ©ost â dans la vallĂ©e d'Ozoun, et Arrens â dans la vallĂ©e d'Azun. 132 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. LARUNS, CAP DE MOUNTAGNE LARUNS, TETE DE MONTAGNE Laruns, cap de mountagne, bis La nĂšu que-y toumbe lĂšu. bis Lous baquĂšs s'en debaren Enta-u pĂšis de BourdĂšu. L'u qu'a plegat balise, L'aute ba plega lĂšu. La permĂšre journade, Crouts de Buzy s'en ban. A la borde d'Arribe, Aquiu que descargan. Lia segounde journade, Dret au Pount-Loung s'en ban. Y Ă la ritournade, Bile de Pau passan, Per y croumpa gulhetes, GulhĂštes y ribans, Ta las bĂšres hilhotes, Lou bĂ©roi mĂ©s de mai. De Laruns que nous n'Ăšren, Nou, ni tapoc de Bioust; Deu Bic de haut qu'en Ăšren, bis Deu Bic de haut qu'en Ăšren, bis [VallĂ©e d'Ossau] Var. â 17 .... joenes â 22. De la commune de Goust. Tard. â Laruns, tĂȘte de montagne, â La neige y tombe tĂŽt. *** Les vachers en descendent â Jusqu'au Pays de Bordeaux. *** L'un a pliĂ© bagage, â L'autre va plier bientĂŽt. * La premiĂšre journĂ©e, â A la Croix de Buzy s'en vont. *** A la mĂ©tairie d'Arribe, â LĂ ils font halte. *** La seconde journĂ©e, â Droit au PontLong s'en vont. *** Et au retour, â Par la ville de Pau ils passent. *** Pour y acheter des aiguilles, â Des aiguilles et des rubans. * Pour les jolies fillettes, â Le joli mois de Mai. * De Laruns ils n'Ă©taient pas. â Non, ni non plus de BĂ©ost; *** Du Vic de haut ils Ă©taient, â De Gabas et de Goust. Chant de transhumance des pasteurs ossalois. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 133 C'est Ă la vĂ©ritĂ©, le seul chant pyrĂ©nĂ©en de transhumance que nous possĂ©dions, qui traite, et exclusivement, des conditions mĂȘmes de la transhumance. PiĂšce rare et d'un exceptionnel intĂ©rĂȘt. Les deux Ă©tapes du voyage y sont nettement indiquĂ©es Buzy â oĂč les pasteurs font halte pour passer la nuit, aprĂšs la premiĂšre journĂ©e de marche â est situĂ©, au sortir de la vallĂ©e d'Ossau, Ă l'embranchement des routes de Laruns 19 kil. et d'Oloron 15 kil. Ă Pau 20 kil. ; l'arrivĂ©e aux landes du Pont-Long, au-delĂ de Pau, marque le second jour, le terme de l'exode pastoral. Goust et Gabas sont des hameaux du haut d'Ossau, non loin des Eaux Chaudes et du Pic du Midi, sur la route de Laruns Ă Panticosa en Espagne. La variante du dernier vers s'explique par le fait que de nombreuses communautĂ©s ou communes libres existaient en BĂ©arn. On dit aussi, en Ossau Laruns, cap de mountagne, qu'en Ăšs *tant renoumat, Sinou que l'arriusĂ© que t'a tant desgradat ! Trad. â Laruns, tĂȘte chef de montagne, tu es si renommĂ©, â Mais le ruisseau devenu torrent t'a si dĂ©gradĂ© ! ET RAUELHET CHANT POUR RAMENER LES TROUPEAUX 134 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Cric Ă ses bĂȘtes Des e oueit ans n'y a que jou mountĂ gni Per campeja de lou bestia. Esquiu !... Oh ! Hou !... Oh ! Hou !... Des e oueit ans n'y a que jou mountĂ gni James dam pastou nou-m barreja. Digats, digats, pastoureleto, M'en dichaiots-bous barreja ? â NĂ ni, nĂ ni, pastou tan fine. Per que n'y auio trop de bestia. â Eras mountagnos soun fort grandos, Et bestia rai, ja y cabera. » Et pastouret n'auio io roso Naut cops et dio que n' flourira. Et pastouret que preng 'ra roso Ta pla la boun bouli douna. » Ra pastouro, quoand bi era roso, Le dichĂšc bite barreja. Et pastou damb era pastouro, E lou bestia dam lou bestia. Mes quoand benguĂšc la brespadeto, Ra pastouro s'boutĂšc Ă Ipoura. Que plourats-bous, pastoureleto, Qu'auets aro de tant ploura ? N'auets perdutch 'ra counoulheto, Ou se boun manquo det bestia ? â Det bestia rai, jou nou m'en chauti, Et bestia rai, ja tournara. Jou n'ai perduch 'ra counoulheto, E nous pouirei pas mes hiala. Que bous m'auets deshounourado E sensĂ© rĂ© per me douna. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 135 Que digueran lotis mius de caso, Qu'ouro me bejon arriba ? â Calhau, calhau, Catarineto, Digun cap nou n'en sabiera. â Despuch pla louegn, la mieuo maire, De ta loegn que m'en beja, E tabĂ© lou mieu paire, A 'ras coulous m'en counougueira. » Esquiu !... Oh ! Hou !... Oh ! Hou !... [VallĂ©e de Bcthmalc, VallĂ©e du Salat] Trad. â Dix-uit ans Il y a que je vais Ă la montagne *** Pour mener paĂźtre le bĂ©tail. â Esquive !... Oh ! Ho !.. Oh ! Ho !... *** Dix-uit ans il y a que je vais Ă la montangne, â Jamais avec aucun pasteur je n'ai mĂȘlĂ© mon troupeau au sien. /» Dites, dites, petite pastoure, â Me laisseriez-vous mĂȘler ? *** â Nenni, nenni, pasteur si rusĂ©, â Parce qu'il y aurait trop de bĂ©tail.**. â Les montagnes sont fort Ă©tendues, â Et' le bĂ©tail aisĂ©ment y contiendra. » ** Le pastoureau avait une rose â Qui neuf fois le jour fleurira. *** Le pastoureau prend la rose â Aussi bien je vous la veux donner. » *** La pastoure, quand elle vit la rose, â Le laissa vite mĂȘler. *** Le pasteur va avec la pastoure, â Et le bĂ©tail de l'un avec le bĂ©tail de l'autre. /* Mais quand vint le soir, â La pastoure se mit Ă pleurer. *** Pourquoi pleurez-vous, petite pastoure, â Qu'avez-vous maintenant Ă tant pleurer ? & Avez-vĂŽus perdu la quenouillette, â Ou vous manque-t-il du bĂ©tail ? *** â Du bĂ©tail guĂšre je ne me soucie, â Le bĂ©tail reviendra bien. *** J'ai perdu ma quenouillette â Et je ne pourrai plus filer. *** Vous m'avez dĂ©shonorĂ©e â Et sans rien me donner comme dĂ©dommagement. *** Que diront mes parents â Lorsqu'ils me verront arriver ? g* â Taisez-vous, taisez-vous, Catherinette, â Personne ne le saura. *** â Du plus loin ma mĂšre, â D'aussi loin qu'elle m'apercevra, *** â Et aussi mon pĂšre, â A mes couleurs le connaĂźtront. » Esquive !... Oh ! H.... Oh ! Ho !... t Autre version Margaridou, Margarideto, Bous m'en dichaiots barreja ? 136 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. â NĂ ni, nĂ ni, pastou boun drolle, Per que n'y auio trop de bestiat. » Tant que l'a pregountado, la Margarido, Elo l'en deicho barreja. Et pastou damb era pastouro, E lou bestiat dam lou bestiat. Que n'an perduch eras gouelhetos D'abe trop e trop barrejat. S'en boutĂ©e Ă ploura, la Margarido, De n'abĂ© perduch lou bestiat. Noun plourets cap, la Margarido, Ras gouelhetos se troubaran. Qu'en tournaras dema, la Margarido, E ja n'tournarem barreja. » Lou lendouma, Margarideto Tournauo ambe lou bestiat. De ta louegn que l'en poudec bĂ©se, Elo li parlo de barreja. Mes, at cap de nau mĂ©ses, Un beroi hilhet arriba. Sera et pastou dera Margarido, Ras gouelhetos ja n'goardara. [VallĂ©e de Biros] Trad. â Marguerite, petite Marguerite, â Me laisseriez-vous mĂȘler mon troupeau au vĂŽtre ? *** â Nenni, nenni, pasteur bon garçon, â Parce qu'il y aurait trop de bĂ©tail. » *** Tant il a suppliĂ© Marguerite, â Qu'elle l'a laissĂ© mĂȘler. ** Le pasteur va avec la pastoure, â Et le bĂ©tail de l'un avec le bĂ©tail de l'autre. *** Ils ont perdu les brebinettes â D'avoir pai trop mĂȘlĂ©. *** Elle s'est mise Ă pleurer, Marguerite, â D'avoir perdu le bĂ©tail. *** Ne pleurez plus, Marguerite, â Les brebinettes se trouveront. *** Revenez demain, Marguerite, â Et nous recommencerons Ă mĂȘler. » *** Le lendemain, Marguerite â Revenait avec le bĂ©tail. *** D'aussi loin qu'elle put le voir, â Elle lui parla de mĂȘler. Mais, au bout de neuf mois, â Un joli garçon arriva. *** Il sera le pasteur de Marguerite, â Les brebinettes il gardera. Les pasteurs du Couserans et d'une partie du Comminges font entendre cette chanson, non seulement en gardant leurs bĂȘtes mais surtout en les menant et les ramenant de l'Ă©table aux pĂąturages. C'est donc un chant de transhumance autant que de travail, coupĂ© par les appels, les cris, les interjections. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 137 En outre du vocable typique de Rauelhet, donnĂ© comme titre Ă cette chanson, on remarquera le verbe mounlagna ou amountagna, qu'emploient frĂ©quemment en langage courant tous ceux qui, des vallĂ©es hautes, s'Ă©lĂšvent davantage encore vers la haute montagne. Il ne figure que dans la seule poĂ©sie betmalaise; les autres versions, telles qu'elles m'ont Ă©tĂ© dictĂ©es, suppriment les deux premiers couplets et commencent au .troisiĂšme. L'air majeur de Bethmale et la varianite mineure du SalĂąt sont d'un magnifique caractĂšre, Ă la fois limpide et profond. La mĂ©lodie en majeur de Biros se rapproche fort de celle de Bethmale, elle a peut-ĂȘtre plus de souple fantaisie, mais moins de puretĂ© ample et sereine. Ă suivre. 138 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. JOSEPH GARDĂRE. C Suite. CXXIV. â LASSRRE .Jean. Lasserre Jean, nĂ© Ă Condom, paroisse Saint-Pierre, le 24 octobre 737, de harles asserre, marchand, et de arie Laarthe 1041, d'abord vicaire de Pcli, est nommĂ© petit prĂ©bendier du Chapitre ca~ thĂ©dral de Condom, le 14 novembre 1765, et il prend possession le mĂȘme jour 1042. Grand prĂ©bendier le 30 septembre 1775 1043, sur la rĂ©signation de son frĂšre, il se dĂ©met de sa petite prĂ©bende le 4 octobre suivant 1044 ; nous le trouvons Ă partir de dĂ©cembre 1774, vicaire Ă Saint-Michel jusqu'en octobre 1786 1045, Ă©poque Ă laquelle il est nommĂ© curĂ© de Caussens 1406, et oĂč il se dĂ©met de sa prĂ©bende diaconale. Il Ă©tait alors docteur en thĂ©ologie. Jean Lasserre, qui administra la paroisse de Caussens jusqu'en 1793, devait prĂȘter les serments du 26 octobre 1790, du 14 aoĂ»t 1792 et du 19 fructidor An V 1047.. II remit ses lettres de prĂȘtrise au maire de Caussens et l'aurait requis, sur son refus de les recevoir, de les porter au district. Il assista, paraĂźt-il, processionnellement au brĂ»lement du Christ et des images de l'Ă©glise et encensa l'arbre de la libertĂ© ; il ne craignit pas d'ailleurs d'annoncer Ă ses paroissiens qu'il ne leur avait prĂȘchĂ© jusque lĂ que du charlatanisme » 1048. Le 10 messidor An III, les citoyens de la commune de Caussens demandĂšrent, en vertu de la loi du 11 prairial, la disposition de l'Ă©glise dont on avait fait le Temple de la Raison », la maison d'Ă©cole, etc.. ! et le 14, le citoyen Jean Lasserre, prĂȘtre, habitant dans ce moment de la commune de Condom, se prĂ©senta devant le maire et les officiers municipaux de la commune et leur dit que lorsque 10411 Regist. par. de Saint-Pierre. 1042 Minutes de Pierre LacapĂšre. Ă©lude PĂ©lisson. 1043 1044 Acte du 6 octobre 1775 inimitĂ©s LacapĂšre, lude. PĂ©lisson. 1045 1045 Regist. de la par. Saint-Miche] de Condom. UHfi Registres paroissiaux de Caussens. 1047 Il prĂȘte le serment du 19 fruotidor An V Ă . Condom, le 24 du mĂȘme mois. Hefi'isir. dĂ©libĂ©r. inuiiicip. Condom. 1048 Notes sur cet ecclĂ©siastique. Arch, de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 139 sous l' empire de la terreur qui a tenu longtemps la frence asservie, il a Ă©tĂ© forcĂ©, comme tous ses pareils, Ă cesser les fonctions de son ministĂšre, il n'a fait que plier aux circonstances impĂ©rieuses contre l'impulsion de son coeur. Aujourd'hui que la frence rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e protĂšge sous l'Ă©gide de la justice et des lois la libertĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s, il s'empresse de faire connaĂźtre Ă la municipalitĂ© de Caussens, le uoeu constant de son coeur pour un Ă©tat insĂ©parable en consĂ©quence qu'il se dispose Ă en reprendre les fonctions auxquelles il n'a. jamais entendu, reconcer lors mĂȘme qu'il a Ă©tĂ© forcĂ© de les suspendre rĂ©tractant Ă cet Ă©gard toute dĂ©claration contraire qu'il pourrait avoir faite, de laquelle dĂ©claration, dans quels termes et sous quelle dĂ©nomination qu'elle ait Ă©tĂ© faite, de laquelle dĂ©claration nous avons concĂ©dĂ© acte au, citoyen Lasserre qui, a signĂ© avec nous Lasserre, La fite, Lafite, pr. dela c, Bajolle, secret. » Le 1er thermidor suivant le citoyen Lasserre fit sa dĂ©claration d'exercice du culte catholique dans l'Ă©tendue de la commune et requit acte au maire et aux officiers municipaux de sa soumission aux lois de la RĂ©publique et on lui donna acte 1049. Le 24 messidor An III, il fait sa soumission d'exercer le ministĂšre d'un culte dans l'Ă©tendue de la commune de Condom en vertu de la loi du 11 prairial prĂ©cĂ©dent *05fl. Il figure dans les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district de Condom de l'An III comme domiciliĂ© Ă Condom 1051, et dans le Tableau des prĂȘtres et ecclĂ©siastiques dont l'administration municipale a reçu les dĂ©clarations en exĂ©cution de l'article 6 de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire An VI, envoyĂ© Ă Auch le 4 pluviĂŽse An VIII 1052. . Jean Lasserre fait, le 8 brumaire An IV, la dĂ©claration contenue dans La loi du 7 vendĂ©miaire prĂ©cĂ©dent ; et il exerce le culte Ă Condom dans les Ă©glises de Saint-Michel et de Saint-BarthĂ©lĂ©my jusqu'en nivose An VI 1053. Il rentre alors Ă Caussens, en l'An VI, et, Ă partir du 14 pluviĂŽse de cette annĂ©e, il dessert en mĂȘme temps, Sainte-Germaine 1054. Mgr Jacoupy le maintint, malgrĂ© son passĂ© et les conseils contraires ou opposĂ©s, le 3 thermidor An XI, dans la paroisse de Caussens qu'il devait administrer longtemps encore ; effectivement et par lui-mĂȘme, 1049 Arch. municip. de Caussens. 1050 DĂ©libĂ©r. commun, de Condom. 1051 Arch. municip. de Condom. 1052 Arch. dĂ©p. du Gers. 1053 DĂ©libĂ©r. municip. du 8 brumaire An IV bis. 3 et 4 nivose An VI, et. Tableau relatif Ă l'exĂ©cution des lois du 7 vendĂ©miaire et du 22 germinal An IV dressĂ© par la municipalitĂ© de Condom, le 4 thermidor An V. Arch. municip. Condom. 1054 DĂ©libĂ©rĂąt, municip., Condom, 14 pluviose An VI. 140 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. il l'administra jusqu'en 1809 ; et de 1809 Ă 1816, par un pro-recteur. Il dut se retirer complĂštement vers cette Ă©poque 1055. Jean Lasserre mourut Ă Condom, dans la maison de Me GĂ©rard LebĂ©, anciens sous-prĂ©fet, le 9 octobre 1823, Ă l'Ăąge de 85 ans 1056. CXXV. â LASSERRE Jean-Pierre. Jean-Pierre Thieux-Lasserre, curĂ© de MontrĂ©al Ă la RĂ©volution, ne prĂȘta pas serment et fut remplacĂ© par le sieur Antoine Nauton, son vicaire, Ă©lu Ă sa place par les Ă©lecteurs du district de Condom, le 6 juin 1791. Il avait alors environ 67 ans ; malgrĂ© son Ăąge, il prĂ©fĂ©ra la dĂ©portation Ă la rĂ©clusion que sa qualitĂ© de sexagĂ©naire aurait pu lui faire appliquer, et il passa en Espagne en vertu d'un passeport qui lui fut dĂ©livrĂ© par la municipalitĂ© de Cauterets. Il fut Ă ce titre rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s par dĂ©cision du directoire du dĂ©partement du 11 aoĂ»t 1793 sur la pĂ©tition de Thieux-Lasserre, son neveu, habitant Ă Condom, et le sĂ©questre Ă©tabli sur ses biens fut levĂ© Ă la charge nĂ©anmoins par la pĂ©titionnaire de payer les frais de sĂ©questration 1057. Toutefois, il Ă©tait Ă Condom en l'An VI, et l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire rendu en consĂ©quence de la loi du 19 fructidor qui avait rĂ©tabli celle des 29 et 30 vendĂ©miaire dans sa rigueur, et de celle du 18 messidor, l'obligeait Ă quitter le territoire. Il demanda, en raison de son Ăąge, Ă ĂȘtre placĂ© sous la surveillance de la municipalitĂ©, conformĂ©ment Ă une lettre du ministre qui avait Ă©tĂ© consultĂ© et avait rĂ©pondu que tout prĂȘtre actuellement sexagĂ©naire Ă©tait autorisĂ© Ă rester en France sous la surveillance de la municipalitĂ© oĂč il rĂ©sidait. Mais celle-ci, appelĂ©e Ă donner son avis, dĂ©clara que la loi du 18 messidor ne contenait pas d'exception en faveur du pĂ©titionnaire qui, appelĂ© par la loi dans une maison de rĂ©clusion comme prĂȘtre sexagĂ©naire, s'Ă©tait, dĂ©portĂ© volontairement d'aprĂšs la notoriĂ©tĂ© publique. Par son arrĂȘtĂ© du 7 thermidor An VI, l'administration centrale du dĂ©partement commit nĂ©anmoins deux mĂ©decins Ă l'effet de constater si le sieur Lasserre Ă©tait dans l'impossibilitĂ© physique de sortir du territoire, pour ĂȘtre statuĂ© sur leur rapport ions. Nous avons lieu de croire qu'il fut placĂ© sous la surveillance de la municipalitĂ©. 1055' Tableau de nomination aux Ă©tires et paroisses du dĂ©partement du Cers. ImprimĂ©. 1051 Etat civil de Condom. 1057 Regisfr. des pĂ©titions Arch. de la sous-prĂ©fecture. n° 934. 1058 Registr. des pĂ©titions du canton de Condom, n° 337 Arch. de la souspiĂ©fecture. â Lette du commissaire du territoire exĂ©cutif prĂšs le dĂ©partement du Gers David du 28 messidor An VI. et lettre de l'administration municipale de Condom Ă l'administration centrale du dĂ©partement, du 6 thermidor An VI. Arch municipales de Condom. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 141 Il mourut Ă MontrĂ©al, le 10 brumaire An XIII, Ă l'Ăąge de quatrevingt ans 1059, CXXVI. â LAURENT Jacques. Le prĂȘtre Laurent Jacques, dont l'origine nous est inconnue, vint Ă Condom en l'An V. Il ne s'Ă©tait pas prĂ©sentĂ© pour prĂȘter le serment du 19 fructidor, le 5e jour complĂ©mentaire de cette annĂ©e, comme nous l'apprennent les officiers municipaux dans une lettre de ce jour aux administrateurs du dĂ©partement 1060, mais il figure dans le Tableau des prĂȘtres et ecclĂ©siastiques dont l'administration municipale de Condom avait reçu les dĂ©clarations en exĂ©cution de l'article 6 de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire An VI, le dit tableau envoyĂ© Ă Auch le 4 pluviĂŽse An VIII 1061. Nous n'avons pas d'autre renseignement sur ce prĂȘtre Ă©tranger Ă Condom. CXXVI. â DE LAVAISSIĂRE-LAVERGNE Louis-Joseph. Louis-Joseph de LavaissiĂšre de Lavergne, prĂȘtre du diocĂšse de Clermont, licenciĂ© en droit canon, Ă©tait directeur du couvent de Valdome Ă Charenton, prĂšs Paris. Il fut pourvu d'un canonicat Ă Condom, le 10 dĂ©cembre 1788, sur la dĂ©mission de Messire Adrien-Claude de Mondion. Il prit possession de ce canonicat, Ă Saint-Pierre de Condom, le 14 fĂ©vrier 1789 1062. Il se refusa Ă prĂȘter serment et fut obligĂ© de se rendre Ă Auch, au mois d'aoĂ»t 1792, un certificat d'une conduite paisible depuis la RĂ©volution lui ayant Ă©tĂ© refusĂ© par le Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune de Condom le 15 de ce mois 1063. Il ne tarda pas Ă obĂ©ir aux lois de la dĂ©portation. Ses meubles furent confisquĂ©s et vendus le 14 ventĂŽse An III 1084. Ils ne produisirent que 119 livres 10 sols 1065. Il figure en sa qualitĂ© de chanoine sur la liste des prĂȘtres de la commune de Condom sujets Ă la dĂ©portation envoyĂ©e par les administrateurs de la commune Ă l'administration du dĂ©partement, le 4 pluviĂŽse An VIII 1066 dom, opta pour La vie commune en vertu du dĂ©cret de septembre 1790. 1059 Etat civil de MontrĂ©al. 1060 Arch. municipales de Condom. 1061 Archives dĂ©partementales du Gers. / 1062 Comptes du Chapitre de Condom, annĂ©e 1789 Ă©tude PĂ©lisson, et acte du 14 lĂ©vrier 1789 minutes AudiĂ©, Ă©tude Lagarde. 1063 DĂ©libĂ©r. communales de Condom des 12 et 15 aoĂ»t 1792. 1064 Arch. du Bureau de l'Enregistrement de Condom. â Voir aussi Regist. de pĂ©titions du district de Condom, nos 1477 et 1512. Arch. de la 1065 Regist. de recettes des biens d'Ă©migrĂ©s Arch. dĂ©p. Gers. Q. 273, 1066 Archives dĂ©partementales du Gers. 142 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. CXXVIII. â LEGAIN Jean-Dominique. Legain Jean-Dominique, religieux cordelier du couvent de ConLe ConLe aoĂ»t 1791, il signe, avec les autres cordeliers rĂ©unis au couvent de Condom, le rĂšglement dressĂ© Ă cet effet- 1067. Il est encore au monastĂšre le 9 mars 1792 avec les autres religieux qui l'avaient choisi pour le lieu de leur rĂ©sidence ; il avait Ă cette Ă©poque 51 ans 1068 j. Il avait 26 ans de profession 1069. Au mois d'octobre suivant, il alla habiter la paroisse de Mansencomme, oĂč il remplit les fonctions de desservant. Il prĂȘta le serment du 14 avril 1792 devant la municipalitĂ© de Mansencomme seulement le 8 avril 1793. C'Ă©tait trop tard. Mais le curĂ© constitutionnel de Cassagne intercĂ©da auprĂšs de l'administration du district en faveur du bon religieux dont il envoyait l'extrait de prestation du serment, et il put continuer son service l070. L'Ă©vĂȘque Bartne lui accorda, le 31 juillet 1793, des lettres de desservant pour Mansencomme et Ascous avec le pouvoir de dire deux messes dont l'une pour Ascous 1071. Mais l'administration du district le fit plus tard arrĂȘter et l'envoya, sous la conduite d'un gendarme, Ă l'administration du dĂ©partement qui ordonna, par son arrĂȘtĂ© du 3 pluviĂŽse An II selon les dispositions de l'article .10 de la loi du 29e et 30e jour du premier mois de l'annĂ©e rĂ©publicaine courante » que le ci-devant cordelier Leguin sic sera transfĂ©rĂ© Ă la cĂŽte de l'Ouest de l'Afrique, et en attendant qu'il subisse sa peine renfermĂ© dans la maison de rĂ©clusion des prĂȘtres ». Elle dĂ©cide en mĂȘme temps que copie de son arrĂȘtĂ© sera envoyĂ© au district de Condom pour qu'il fasse sĂ©questrer les biens du ci-devant moine Leguin » 1072. Le 9 ventĂŽse suivant, un nouvel arrĂȘtĂ© du dĂ©partement ordonnait que tous les prĂȘtres sujets Ă la dĂ©portation, actuellement dans la maison de rĂ©clusion seraient traduits Ă Bordeaux en trois diffĂ©rents convois, en vertu de l'arrĂȘtĂ© du Conseil exĂ©cutif approuvĂ© le 6 pluviĂŽse par le ComitĂ© de salut public qui portait que les ecclĂ©siastiques sujets Ă la dĂ©portation seraient conduits de brigade en brigade par la gendarmerie nationale dans les ports de Bordeaux et de Rochefort en calculant la distance, pour les envoyer au plus voisin du lieu oĂč ils se trouveraient. Le premier convoi avait compris un prĂȘtre de Condom, l'abbĂ© de MĂ©lignan ; le second convoi fut composĂ© de onze prĂȘtres, dont Le1067 Le1067 de la. sous-prĂ©fecture. 1068 Regist. des dĂ©libĂ©rations municipales de Condom. 1069 Archives dĂ©partementales du Gers. I.. 417. 1070 Lettre du 16 avril 1793 de Passerieu, curĂ© de Cassagne et prestation de serment de Legain. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1071 Regist. Ă©piscopaj de Barthe Arch dĂ©p. du Gers. 1072 Arch. dĂ©p. du Gers. Regist. des dĂ©libĂ©r. du directoire du dĂ©partement. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 143 gain qui devait partir, en vertu de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 15 ventĂŽse, le septidi suivant. Le 31 mars 1795 11 germinal An III, Legain devait ĂȘtre renvoyĂ© comme infirme 1073 ; et le 3 thermidor suivant, il fait soumission d'exercer le ministĂšre d'un culte conformĂ©ment Ă la loi du 11 prairial 1074. Mais il est de nouveau poursuivi en vertu de la loi du 3 brumaire An IV. Toutefois il put Ă©chapper aux premiĂšres perquisitions, car nous le voyons figurer sur une liste de prĂȘtres de la commune de Condom sujets Ă la dĂ©portation du 19 nivĂŽse envoyĂ©e au directoire du dĂ©partement par l'administration municipale, le 19 nivĂŽse An IV, avec cette mention On ignore oĂč il est 1075. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ce religieux qui fut trĂšs populaire comme prĂ©dicateur et a longtemps vĂ©cu dans la mĂ©moire des Condomois. CXXIX LONGA Antoine. Longa Antoine, nĂ© Ă Condom, faubourg du Pradau paroisse SaintBarthĂ©lĂ©my, le 22 avril 1750, de Louis Longa, aubergiste, et de Marie Lagarde 1076, fit ses Ă©tudes de thĂ©ologie au sĂ©minaire de Condom, oĂč il est acolythe en 1773 1077. Vicaire Ă BĂ©raut de 1776 Ă 1792 1078, Antoine Longa refusa solennellement du haut de la chaire, le 27 fĂ©vrier 1791, au prĂŽne de la messe de paroisse, de prĂȘter le serment prescrit par l'article 39 du dĂ©cret du 24 juillet 1790 rĂ©glĂ© par les articles 21 et 26 de celui du 12 du mĂȘme mois concernant la Constitution civile du clergĂ©... Le moment de prĂȘter le serment civique est donc arrivĂ©, dit-il, en s'adressant Ă la municipalitĂ© ; il est bien juste de rĂ©pondre Ă ce que vous exigez de moi aujourd'hui. C'est avec respect et avec les plus purs sentiments de mon coeur que je vous dĂ©clare que c'est ma propre conscience qui m'oblige Ă vous refuser le serment et que cependant je continuerai l'exercice de mes fonctions jusqu'Ă ce que le directoire du district y ait autrement pourvu. » La municipalitĂ© dressa le mĂȘme jour procĂšs-verbal de ce refus et le transmit Ă l'administration du district en la priant instamment » de pourvoir non seulement au remplacement du vicaire mais encore Ă celui d'un curĂ© rĂ©sident au dit BĂ©raut sur le mĂȘme refus que pourroit faire le sieur Jaques Desterac, archiprĂȘtre, bĂ©nĂ©ficiĂ©s sic de Condom et de BĂ©raut, cy-devant connue sous la dĂ©nomination d'ar1073 d'ar1073 Religieuse d'Auch du 2 janvier 1892. 1074 Regist. des dĂ©libĂ©r. municipales de Condom. 1075 Arch. municip. de Condom. 1076 Regist. de la paroisse Saint-BarthĂ©lĂ©my de Condom. 1077 Acte de mai, minutes PĂ©lauque, Ă©tude LebbĂ©. 1078 Regist. de la paroisse de BĂ©raut. 144 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. chiprĂȘtrĂ© qui dans un pareil cas rendrait la cure dud. BĂ©raut vacante. » Il nous faut ajouter que huit jours auparavant, le 20 fĂ©vrier, Antoine Longa avait refusĂ© de donner lecture de la loi du 26 dĂ©cembre prĂ©cĂ©dent relative au serment Ă prĂȘter par les Ă©vĂȘques cy-devant archevĂȘques et autres ecclĂ©siastiques, fonctionnaires publics, qui lui avait Ă©tĂ© communiquĂ© Ă cet effet et que lecture avait Ă©tĂ© faite le mĂȘme jour Ă l'issue de la messe de paroisse par le premier officier municipal, Louis Ferret, en l'absence du maire 1079. Cependant le courageux vicaire ne fut pas remplacĂ© quoiqu'il ne cessat de donner des marques de la plus grande indĂ©pendance. Il refusait notamment de lire les mandements et ordonnances de l'Ă©vĂȘque du dĂ©partement, et le 18 mars 1792, nous voyons le procĂšs-verbal de refus de lecture d'un de ces mandements Ă la messe de paroisse qui selon le dĂ©sir de l'Ă©vĂȘque, fut dressĂ© par la municipalitĂ© ; laquelle fit lire le mandement, Ă l'issue de la messe par le secrĂ©taire municipal qui en a bien duement expliquĂ© la consistence dont le peuple en est satisfait. » Le mĂȘme jour, 18 mars 1792, les officiers municipaux nous apprennent que le vicaire refusa de porter le saint viatique Ă une malade de sa paroisse sur la demande du curĂ© de Caussens qui venait de la confesser sous le prĂ©texte que ledit curĂ© avoit commencĂ© de l'administrer, il pouvoit bien l'achever ». â Ce dĂ©sordre, ajoutent-ils, n'est pas encore des plus grands qui s'opposeroit annuellement Ă l'occasion dud. sieur vicaire puisque cette femme a eu le bonheur d'ĂȘtre administrĂ©e par led. sieur curĂ© de Caussens, tandis qu'il ne se passe point d'annĂ©e qu'il ne meure quelque personne sans ĂȘtre seulement reconcilliĂ©e, faute par led sieur vicaire d'abuser de son devoir ; les officiers municipaux de BĂ©raut ne s'occuperont point maintenance insĂ©rer dans leurs procĂšs-verbaux les dĂ©marches dud. sieur vicaire dans les circonstances prĂ©sentes ; ils se contentoient de tracer seulement deux points de sa conduite sur les devoirs du culte ce qui prouvera aisĂ©ment ses bienfaits et sa maniĂšre d'agir 1° il passe les annĂ©es entiĂšres sans faire une explication d'Ă©vangile sic se contentant de dire une messe basse et souvent vĂȘpres Ă l'issue ; 2° il admet les enfants de l'un et de l'autre sexe Ă la Sainte Table sans instruction, c'est-Ă -dire sans leur apprendre la doctrine chrĂ©tienne passant Ă©gallement les annĂ©es entiĂšres sans faire six fois le catĂ©chisme, de tout quoi avons dressĂ© le prĂ©sent procĂšs-verbal le mĂȘme jour et an que dessus et certifions vĂ©ritable, Ă BĂ©raut ce 18 mars 1792 et ont signĂ©. » 1080 Contrairement Ă cette derniĂšre mention, le procĂšs-verbal n'est re1079 re1079 des dĂ©libĂ©rations de la municipalitĂ© de BĂ©raut. 1080 Item. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 145 vĂȘtu d'aucune signature, ce qui nous paraĂźt faire ressortir une preuve Ă©vidente de l'exagĂ©ration des reproches qu'il contient Ă l'Ă©gard du vicaire. Quoiqu'il en soit, Antoine Longa dut se soumettre Ă la loi de la dĂ©portation. Il fut mĂȘme inscrit sur la liste des Ă©migrĂ©s du dĂ©partement, et ses biens consistant en maisons et terres dans la commune de Condom furent confisquĂ©s et vendus en vertu des lois sur les Ă©migrĂ©s du 3 juin et du 13 septembre 1793, le 26 prairial An II et le 11 prairial An III 1081. Ses meubles furent aussi confisquĂ©s et vendus 1082. Ses neveux demandĂšrent au mois de pluviĂŽse An V sa radiation de la liste des Ă©migrĂ©s et le remboursement des sommes provenant du prix des biens, meubles et immeubles vendus. La municipalitĂ© de Condom consultĂ©e fut d'avis, le 27 ventĂŽse An V, que les pĂ©titionnaires devaient jouir du bĂ©nĂ©fice des lois du 22 fructidor An III, 19 et 26 fructidor An IV, qui avaient rapportĂ© celles relatives Ă la confiscation des biens des prĂȘtres dĂ©portĂ©s ou reclus et qu'il y avait lieu de les dĂ©clarer crĂ©anciers de la RĂ©publique de la somme de onze mille trois cent soixante-neuf francs vingt-sept centimes pour le produit net de la vente des biens, meubles ou immeubles d'Antoine Longa, leur oncle dĂ©portĂ© 1083, Antoine Longa se trouve inscrit comme vicaire de BĂ©raut sur la liste des prĂȘtres de la commune de Condom sujets Ă la dĂ©portation envoyĂ©e par les administrateurs de la commune Ă l'administration du dĂ©partement le 4 pluviĂŽse An VIII 1084. Il fut rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s par arrĂȘtĂ© de l'An X ; mais il Ă©tait mort dans le courant de 1800 au couvent des capucins de SĂ©ville oĂč il s'Ă©tait rĂ©fugiĂ© 1085, CXXX. â MALAVAL Guillaume. Malaval Guillaume, prĂȘtre de la Doctrine ChrĂ©tienne, Ă©tait l'un des directeurs dĂ» sĂ©minaire diocĂ©sain de Condom au moment de la suppression de l'Ă©tablissement. Il Ă©tait Ă©conome de la maison et confĂ©rencier pour l'explication de l'Ecriture Sainte, il remplissait ces fonctions depuis cinq ans en 1790 1086. Il quitta Condom Ă la fin de 1791 1081 RelevĂ© des biens vendus rĂ©volutionnairement eu vertu des lois sur les Ă©migrĂ©s, nos 949 et Ă Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1082 Regist. de pĂ©titions du district, n° Arch. de la sous-prĂ©fect. et Arch. dĂ©part, du Gers. Q. 273. 1083 Registre des pĂ©titions du canton de Condom, n° 231. Arch. de la sousprĂ©fect. Les biens immeubles avaient Ă©tĂ© vendus fr., mais on dut tenir compte du mode de paiement. 1084 Arch. dĂ©part, du Gers. L. 422. 1085 Notes manuscrites de M. Laplagne-Barris sur les Ă©migrĂ©s. Archives de l'archevĂȘchĂ© d'Auch. 1086 Etat des revenus du sĂ©minaire dressĂ© le 2 novembre 1790 par le district. Arch. dĂ©p. du Gers. Q. 231. 10 146 SOCIĂTĂ d'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. ou au commencement de 1792, et alla habiter Villefranche Aveyron, d'oĂč il Ă©tait peut-ĂȘtre originaire. Au mots de fĂ©vrier 1793, il adressa une pĂ©tition au district de notre ville Ă l'effet de toucher le montant de la pension Ă laquelle il croyait avoir des droits, attendu qu'Ă l'Ă©poque de la loi du 27 novembre 1790 sur le serment des assujettis ecclĂ©siastiques il n'Ă©tait point en fonctions depuis la suppression du sĂ©minaire. II demanda, Ă la mĂȘme Ă©poque Ă©galement, par une seconde pĂ©tition, le montant de certains meubles et effets qu'il avait laissĂ©s au sĂ©minaire ; mais il n'obtint pas satisfaction 1087. Il renouvela sa demande Ă la fin de nivĂŽse An III ; mais le district le dĂ©bouta par son arrĂȘtĂ© du 7 pluviĂŽse An III, attendu qu'il n'avait pas prĂȘtĂ© le serment du 26 dĂ©cembre 1790 qu'il devait en sa qualitĂ© de fonctionnaire ; et, qu'Ă dĂ©faut de prestation de ce serment, la loi portant suppression des CongrĂ©gations sĂ©culiĂšres le dĂ©clarait dĂ©chu de tout traitement ; et que, d'aprĂšs une lettre des officiers municipaux, les renseignements du citoyen PĂšne aĂźnĂ©, cy-devant prĂȘtre; mariĂ©, maire de Mouchan, le cy-devant sĂ©minaire continua les fonstions de renseignement Ă peu prĂšs jusqu'au 20 dĂ©cembre 1791, et que le citoyen Malaval exerça les fonctions de syndic dans lad. maison jusqu'au moment oĂč le sĂ©minaire cessa toute instruction. » Le pĂ©titionnaire rapportait bien la preuve de sa prestation de serment du 14 aoĂ»t 1792 ; mais le district dĂ©clara que ce serment ne l'affranchissait pas de la dĂ©chĂ©ance du traitement et du mobilier de la chambre qu'il occupait, non plus que des peines portĂ©es par les lois du 30 vendĂ©miaire et du 22 ventĂŽse An II 1088. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ce prĂȘtre. CXXXI. â MAJAN Etienne. Majan Etienne est dit nĂ© Ă Saint-Girons. Nous croyons inutile de faire une longue notice sur ce prĂȘtre dĂ©portĂ© ou reclus 1089, qui fut inconnu Ă Condom. CXXXII. - MAHCON Jacques. Marcon Jacques, dominicain du couvent de Condom, ĂągĂ© de 70 ans, natif de LautĂ©ac, au diocĂšse du Puy en Velay, en exĂ©cution de la dĂ©claration faite devant la municipalitĂ© de cette ville, le 11 mars prĂ©cĂ©dent, dĂ©clare, devant le district de Condom, qu'il prĂ©fĂšre la vie libre et veut se retirer au Puy en Velay. Il Ă©tait aumĂŽnier du couvent de Prouillan. Il obtient du dĂ©parte1087 dĂ©parte1087 des pĂ©titions du district de Condom. nos 774 et 775. Arch. de la. sous-prĂ©fecture. 1088 Regist. de pĂ©titions du canton de Condom, n° Archives de la sous-prĂ©fecture. 1089 Archives dĂ©partementales du Gers. L. 422. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 147 ment son traitement de 1790 et le premier quartier de 1791. Sa pĂ©tition est du mois de mars 1791 il avait alors 69 ans 1090, CXXXIII. â MARSAN Bruno. Marsan Bruno, de Mirande, diocĂšse de Lombez 1091, fut tonsurĂ© dans cette derniĂšre ville au mois de septembre 1736. Le 27 juin 1752, il fut pourvu d'une rnanse au prieurĂ© des BĂ©nĂ©dictions d'Eauze oĂč il est reçu novice le mĂȘme jour il prononce les voeux le 15 octobre 1753, est ordonnĂ© sous-diacre Ă Lombez le 8 juin 1754, et diacre Ă Condom le 21 septembre de la mĂȘme annĂ©e. Ces divers titres de clĂ©ricature se trouvent aux archives de la sousprĂ©fecture de Condom. Ils y furent probablement dĂ©posĂ©s Ă l'Ă©poque oĂč le P. Bruno put se rendre au chef-lieu du district pour obĂ©ir Ă l'arrĂȘtĂ© des reprĂ©sentants du peuple 1092. CXXXIV. â MASSIAS Nicolas. Massias Nicolas, nĂ© le 18 fĂ©vrier 1762 1093, Ă Villeneuve-sur-Lot, entra de bonne heure dans la CongrĂ©gation de l'Oratoire. Il professa pendant trois ans Ă l'Ecole miiitaire de Tournon, de 1786 Ă 1789, et vint en 1789, au collĂšge de Condom oĂč il professa la rhĂ©torique jusqu'en 1792 1094. Le confrĂšre Nicolas Massias prĂȘta le serment civique avec les autres Oratoriens de Condom, le 27 fĂ©vrier 1791, Ă l'issue de la messe de paroisse, et il prononça lui-mĂȘme un discours avec le PĂšre Ichon 1095. NommĂ© notable le 27 novembre suivant, avec son collĂšgue Gerzat 1096, il s'enrola au mois de juin 1792. Il entra le 20 juin de cette annĂ©e dans le 1er bataillon des volontaires du Gers, Ă sa formation. Massias est au 1er bataillon du Gers, en quartier Ă Perpignan, au mois de dĂ©cembre 1792 1097. Il fut remplacĂ© provisoirement comme professeur de rhĂ©torique par Marquet, dĂ©signĂ© par le principal 1098. Jean-François Lassalle, puinĂ©, veut ĂȘtre nommĂ© Ă la place de Massias, le 1er dĂ©cembre 1792, selon un avis du district Ă la municipalitĂ©. Mais l'avis du district, du 14 janvier 1793, portait que la classe de rhĂ©torique ne pouvait ĂȘtre regardĂ©e 1090. Regist. de pĂ©titions du district de Condom, n° 135. 1091 Ne devrait-on pas plutĂŽt lire Mirambeau ? N. D. L. R. 1092 Archives de la sous-prĂ©fecture de Condom 1093 Archives dĂ©partementales du Gers. L. 503. 1094 Reg. du collĂšge de l'Oratoire de Condom. 1095 Arch. dĂ©part, du Gers Journal patriotique du Lot-et-Garonne du 5 mars 1791. 1096 Regist. des dĂ©libĂ©rations municip. de Condom du 27 novembre 1791, 18 juin 1792. â Regist. des pĂ©titions du district de Condom, n° 648. Archives de la sous-prĂ©fecture. 1097 Regist. de pĂ©titions du district de Condom Arch. dĂ©p. du Gers, L. 210, n° 1098 Regist. des pĂ©titions du district, n° 648. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 148 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. comme vacante, la loi conservant la place au citoyen Massias qui servait la RĂ©publique dans le bataillon des volontaires du dĂ©partement ; qu'il ne pouvait ĂȘtre question que d'un remplacement provisoire du citoyen Massias ; que ce remplacement est fait par Marquet que le principal a chargĂ© de la classe de rhĂ©torique ; qu'il n'y avait pas lieu par consĂ©quent de nommer Lassalle Ă la place de Massias 1099, Nous trouvons ce dernier colonel d'artillerie aprĂšs le 18 brumaire. Il quitta depuis la carriĂšre des armes pour la diplomatie et devint Consul gĂ©nĂ©ral Ă Dantzig en 1807. NapolĂ©on le crĂ©a baron de l'Empire. Il publia depuis un grand nombre d'ouvrages littĂ©raires, philosophiques et politiques. Nicolas Massias devait mourir Ă Baden-Baden, le 23 janvier 1848 1100. CXXXV. â MAURIN Jean-François-Ignace. Maurin Jean-François-Ignace, nĂ© Ă Toulouse le 13 mai 1737, de Jean Maurin et de Jacquette Dader, religieux minime, fut curĂ© de Beaufort, district de Muret, dans les premiers temps de la RĂ©volution. Le 13 thermidor An III, il dĂ©clara au district de Toulouse qu'il faisait sa rĂ©sidence Ă Condom et qu'il voulait y ĂȘtre payĂ©. Aussi le voyons-nous figurer comme curĂ© dans les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques domiciliĂ©s dans la commune de Condom de l'An VI et de l'An IX 1101, dans un Etat informe de l'An IV, et dans le Tableau des prĂȘtres constitutionnels du 25 vendĂ©miaire An XI. II avait prĂȘtĂ© les serments du 26 octobre 1790, du 14 aoĂ»t 1792 et du 19 fructidor An V 1101. Il mourut Ă Condom le 19 messidor An XII 1103. CXXXVI. â MĂLIGNAN DE Jean-EugĂšne-Lambert. Jean-EugĂšne-Lambert de MĂ©lignan, nĂ© Ă Condom le 21 octobre 1752, de Messire Bernard de MĂ©lignan, Ă©cuyer, seigneur de Trignan, et de noble dame Marie-Louise de FrĂšre-Saint-Pau 1104, Ă©tait chanoine de Condom et vicaire-gĂ©nĂ©ral avant la RĂ©volution. Lorsqu'il prit possession de son canonicat, le 15 mars 1780, il Ă©tait licenciĂ© en droit canon, aumĂŽnier de Madame Victoire de France et vicaire gĂ©nĂ©ral. Ce bĂ©nĂ©fice vacant par le dĂ©cĂšs de Messire Jean de Castillon de Careoste, docteur en thĂ©ologie, prĂ©vot et chanoine, lui avait Ă©tĂ© accordĂ© le 8 janvier 1775 par brevet de Sa MajestĂ© Ă laquelle 1099 Regist. des dĂ©libĂ©r. du district. 1100 On peut consulter sur le baron Massias les principaux recueils biographiques. 1101 Archives dĂ©partementales du Gers. L. 502, 1102 Archives municipales de Condom. 1103 Etat civil de Condom. 1104 Regist. parois, de Saint-Pierre de Condom. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 149 il Ă©tait dĂ» Ă cause de son joyeux avĂšnement Ă la couronne ». Lorsque le brevet du canonicat lui fut accordĂ©, il Ă©tait sous-diacre au sĂ©minaire de Saint-Sulpice. Il ajouta bientĂŽt Ă ses titres celui d'abbĂ© commendataire de l'abbaye de Saint-LĂ©on 1106. Le 5 novembre 1785, l'abbĂ© de MĂ©lignan se dĂ©mit de son canonicat Ă cause des frĂ©quents voyages qu'il Ă©tait obligĂ© de faire pour son service auprĂšs de Madame Victoire. Mais trois jours aprĂšs il prenait possession de la dignitĂ© d'archidiacre majeur » en notre Ă©glise la seconde aprĂšs la pontificale », vacante par le dĂ©cĂšs de Jean Daguilhe 1107. Messire de MĂ©lignan figure parmi les signataires du Cahier des plaintes, dolĂ©ances et remontrances du clergĂ© des deux sĂ©nĂ©chaussĂ©es de NĂ©rac et Casteljaloux en Albret dressĂ© le 3 aoĂ»t 1789. Il avait Ă©galement assistĂ©, comme dĂ©putĂ© du Chapitre, Ă l'AssemblĂ©e du clergĂ© de la sĂ©nĂ©chaussĂ©e de Condom, les 10, 11, 12 et 13 mars 1789, et 11 avait chantĂ© la messe du Saint-Esprit dans la chapelle Ă©piscopale Ă la demande de l'AssemblĂ©e, le 13 mars, avant la nomination du dĂ©putĂ©, qui fut M. Laborde, curĂ© de Corneillan. Il devait quitter le sol de la RĂ©publique le 5 mai 1793 ; mais il comparaĂźt encore, le 21 juin, devant le Conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement avec un vicaire gĂ©nĂ©ral d'Auch 1108. Un membre du Conseil, le citoyen Passerieu, chargĂ© de faire le rapport, dĂ©clana que MĂ©lignan n'Ă©tait pas fonctionnaire public puisque I'Ă©vĂȘchĂ© de Condom avait Ă©tĂ© supprimĂ© mais tombait dans l'espĂšce du dĂ©cret du 21-23 avril 1793 » qui prononçait la peine de la dĂ©portation contre ceux qui n'auraient pas prĂȘtĂ© le serment de la libertĂ© et de l'Ă©galitĂ© prescrit pas la loi du 15 aoĂ»t ; en consĂ©quence il ne demanda pas la peine de mort », mais conclut simplement Ă la dĂ©portation. Le Conseil adopta les conclusions du rapporteur et prononça la dĂ©portation ; mais vu, porte la dĂ©cision, que le Ministre de l'IntĂ©rieur par sa lettre circulaire du 20 mai dernier prescrit aux corps administratifs de suspendre l'exĂ©cution de tels jugements jusqu'Ă ce qu'il donne avis de les effectuer arrĂȘte que MĂ©rignan sic sera retenu dans les greniers de I'Ă©vĂȘchĂ© qui seront rĂ©parĂ©s et assurĂ©s Ă cet effet » 1109. 1105 Actes du 15 avril 1775 et du 15 mars 1780 minutes LacapĂšre, Ă©tude Pellisson. 1106 Actes des 14 et 15 mars 1780, et du 5 novembre, 1785 minutes Pugens, Ă©tude Pellisson. 1107 Actes du 5 novembre 1785 et du 8 novembre mĂȘme annĂ©e minutes Pugens et LacapĂšre Ă©tude Pellisson, 1108 LAMAZOUADE La persĂ©cution contre le. clergĂ© du dĂ©partement du Gers, p. 115. ' 1109 Registre des procĂšs-verbaux des dĂ©libĂ©rations du Conseil du dĂ©partement. Archives dĂ©partementales du Gers. Q. 2. 150 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Le vicaire gĂ©nĂ©ral de Condom fut, depuis, traduit Ă Bordeaux pour subir sa peine ; et c'est ainsi que nous le voyons figurer sur une liste des prĂȘtres dĂ©portĂ©s du dĂ©partement arrĂȘtĂ©e le 9 ventĂŽse An II 1110. Il y est par erreur dĂ©signĂ© sous les prĂ©noms de Jean-Anselme, pour Jean-EugĂšne. D'aprĂšs un certificat des officiers de santĂ© de la commune de Bordeaux du 29 nivĂŽse An III, qui constatait son Ă©tat d'infirmitĂ©, l'administration du dĂ©partement de la Gironde le classa, par son arrĂȘtĂ© du 29 nivĂŽse An III, dans la catĂ©gorie des prĂȘtres reclus. Mais il paraĂźt avoir Ă©tĂ© renvoyĂ© comme malade 1111. Il Ă©tait alors Ă Bordeaux. Il fut paraĂźt-il, renvoyĂ© comme malade et transfĂ©rĂ© au Petit SĂ©minaire, Ă Auch 1112. Le 5 florĂ©al An V, il est mis en Ă©tat d'arrestation Ă Condom, oĂč il se trouvait sans passeport depuis quelques jours et oĂč sa prĂ©sence fomentait des divisions dont les suites pouvaient devenir funestes a la tranquillitĂ© publique. » Toutefois l'administration municipale ordonna, le lendemain, sa mise en libertĂ© sur le vu d'un certificat de l'administration du canton de MĂ©zin qui attestait que MĂ©lignan'Ă©tait compris au nombre des habitants de cette ville 1113. Le Souverain Pontife l'avait nommĂ© vicaire apostolique sede vacante » ; et le curĂ© constitutionnel de Moncrabeau avait dĂ©jĂ Ă©crit, le 20 aoĂ»t 1795, Ă GrĂ©goire qu'il semait partout, avec Lapanouse, les principes les plus dangereux », et que les deux ci-devant vicaires gĂ©nĂ©raux avaient dĂ©jĂ fait rĂ©tracter les serments exigĂ©s par les lois, notamment celui de la libertĂ© et de l'Ă©galitĂ© par de nombreux prĂȘtres 1110. Arch. dĂ©p. du Gers. L. 422. â L'arrĂȘtĂ© du 17 ventĂŽse An II portait que tous les prĂȘtres sujets Ă la dĂ©portation, actuellement, dans la maison de rĂ©clusion, seraient traduits Ă Bordeaux en trois diffĂ©rents convois. MĂ©lignan est dĂ©signĂ© pour faire partie du premier convoi avec 14 autres prĂȘtres et devait partir le nonidi suivant ; et cela, en vertu de l'arrĂȘt du Conseil exĂ©cutif approuvĂ© le 6 pluviĂŽse par le ComitĂ© de Salut public qui portait que les ecclĂ©siastiques sujets Ă la dĂ©portation seraient conduits de brigade en brigade par la gendarmerie nationale dans les ports de Bordeaux et de Rochefort, en calculain la distance pour ĂȘtre envoyĂ©s au plus voisin du lieu oĂč ils se trouvaient. Au second convoi devait partir Leguain arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 15 ventĂŽse An II et 10 autres prĂȘtres le septidi prochain aprĂšs le 15 ventĂŽse. Le troisiĂšme convoi, composĂ© de quatre prĂȘtres, devait partir le septidi prochain aprĂšs le 27 ventĂŽse, d'aprĂšs l'arrĂȘtĂ© nouveau du dĂ©partement, Archives dĂ©partementales du Gers. Q. 2. 111 ArrĂȘtĂ© du dĂ©part, du Gers Vu la pĂ©tition de MĂ©lignan, actuellement Ă l'hĂŽpital de Bordeaux, tendant a ce que vu ses infirmitĂ©s, il ne soit pas dĂ©portĂ© mais placĂ© dans l'exception deslois du 29 et 30 vendĂ©miaire, et par consĂ©quent renvoyĂ© au chef-lieu du dĂ©partement du Gers pour ĂȘtre rĂ©uni aux prĂȘtres sexagĂ©naires al l'appui de sa pĂ©tition, il avait, prĂ©sentĂ© les certificats, le dĂ©partement du Gers invite le dĂ©partement du Bec d'Ambez Ă faire constater par des officiers de santĂ© l'Ă©tat d'infirmitĂ©, et dans ce cas renvoyĂ© Ă . Auch » ArrĂȘtĂ© du dĂ©partement du Gers, 11 ventĂŽse An III Arch. dĂ©partementales du Gers. Q. 2. 112 Semaine Religieuse d'Auch, n° du 2 janvier 1892. 1113 Registre des dĂ©libĂ©r. municipales de Condom. DĂ©libĂ©r. municip. du canton de MĂ©zin du 26 brumaire An VI. Arch. municip. de MĂ©zin. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 151 constitutionnels. Ces Messieurs pleins de zĂšle, continue le curĂ© de Moncrabeau, ne nĂ©gligent rien pour faire accroire que le pain que les prĂȘtres constitutionnels distribuent est un pain tout Ă fait empoisonnĂ©. Enfin, ils disent hautement qu'il est trĂšs douteux qu'on ait suivi le Pontifical dans l'ordination des Ă©vĂȘques constitutionnels et ceux-ci dans celle des prĂȘtres qu'ils ont faits. » Plusieurs paroisses ne veulent que des prĂȘtres non sermentĂ©s ou qui se soient rĂ©tractĂ©s. Lapanouse et MĂ©lignan ont grand soin de leur en envoyer... » 1114 L'ancien vicaire gĂ©nĂ©ral continuait Ă©videmment, en l'An V, Ă fomenter les divisions » et Ă semer les principes les plus dangereux ». Au commencement de l'annĂ©e suivante, il rĂ©sidait encore Ă MĂ©zin. Atteint par la loi'du 19 fructidor., il demanda en vain de jouir du bĂ©nĂ©fice de l'exception accordĂ©e par une lettre du Ministre de la police en faveur des prĂȘtres infirmes ou sexagĂ©naires. Ses infirmitĂ©s n'ayant pas paru suffisamment constatĂ©es, il fut condamnĂ©, le 22 frimaire An VI, Ă partir pour l'Espagne dans les vingt-quatre heures 1115, et la condamnation fut exĂ©cutĂ©e. ArrĂȘtĂ© dans le dĂ©partement des Landes, nous le trouvons encore, le 2 germinal An VIII, dĂ©tenu dans les prisons d'Agen sous le coup de l'arrĂȘtĂ© de dĂ©portation 1116. Il ne tarda pas Ă ĂȘtre mis en libertĂ© et revint Ă MĂ©zin oĂč il exerça Je culte dans un oratoire, le curĂ© de MĂ©zin Ă©tant constitutionnel. L'abbĂ© de MĂ©lignan' devait ĂȘtre nommĂ© chanoine titulaire d'Agen !en l'An XI, lors de la reconstitution du diocĂšse d'Agen par Mgr Jacoupy 1117. Le 20 thermidor An X 18 aoĂ»t 1802 il adhĂšre au Concordat dans une lettre adressĂ©e Ă M. Tartas, sous-prĂ©fet de NĂ©rac. Il lui dit qu'il fait de coeur et d'Ăąme et avec l'affection la mieux sentie » la dĂ©claration suivante Je soussignĂ© dĂ©clare que j'adhĂšre Ă la Convention passĂ©e le 26 messidor An IX entre le Pape et le Gouvernement Français et que je suis dans la communion des Ă©vĂȘques nommĂ©s par le Premier Consul et instituĂ©s par le Saint-SiĂšge. » Il pense que le Concordat Ă©tait de nature Ă calmer les passions et il ajoutait en postscriptum P. S. â Je ne doute pas que tous les prĂȘtres de cet arrondissement ne se fassent un devoir de vous envoyer une adhĂ©sion aussi juste et aussi nĂ©cessaire ; ils s'empresseront de vous donner cette preuve de leur patriotisme et de leur zĂšle Ă©clairĂ© pour la religion. » Voici la note dont Mgr Jacoupy fait suivre le nom de l'abbĂ© de MĂ©lignan, qu'il prĂ©sentait pour le poste de chanoine Ancien archi1114 archi1114 de l'Agenais, annĂ©e 1879, pp. 234-235. 1115 Regist. de l'administration du dĂ©part du Lot-et-Garonne. 1116 Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne Registre des arrĂȘtĂ©s du dĂ©partement. 1117 Tableau- imprimĂ© de l'organisation du diocĂšse d'Agen. 152 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. diacre et vicaire gĂ©nĂ©ral de Condom, une des plus considĂ©rables parties du nouveau diocĂšse, est par lĂ aussi nĂ©cessaire Ă son administration qu'un pĂšre l'est Ă ses malheurs. » 1118 Il devait mourir chanoine d'Agen, dans cette ville, rue du Pont-deGaronne, le 2 fĂ©vrier 1834 1119. A suivre. 1118 Arch. de I'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen. â La note qui donne ce renseignement le donne comme abbĂ© de Pessan avant la RĂ©volution. 1119 Etats civil d'Agen. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 153 FLEURANCE. NOTES D'HISTOIRE LOCALE PAR NOĂL CADĂOT. Suite VI. TROUBLES RELIGIEUX ET POLITIQUES DU XVIe SIĂCLE Comme celle de la plupart des petites villes en gĂ©nĂ©ral, l'histoire de Fleurance perd quelque peu de son intĂ©rĂȘt Ă partir de l'avĂšnement de François 1er. Durant le rĂšgne de ce prince, avide de fĂȘtes, d'amours et de gloire, notre pays de Gaure, en effet, semble avoir vĂ©cu quelques annĂ©es de tranquillitĂ© sans qu'aucun Ă©vĂ©nement mĂ©morable soit venu troubler sa vie politique Nous avons dit ailleurs qu'en montant sur le trĂŽne de France, François 1er avait renouvelĂ© aux habitants les privilĂšges dont ils jouissaient dĂ©jĂ . Or, il rĂ©sulte d'une reconnais-' sance gĂ©nĂ©rale fournie par les consuls de Fleurance, le 1er septembre 1525, que ces privilĂšges avaient Ă©tĂ© Ă©tendus. 1 Cette reconnaissance, faite devant noble François de Ferrant, seigneur de Gaujac et Anduze et Georges de NossĂ©, procureur du roi en la ville et comtĂ© de PĂ©zenas, tous deux dĂ©putĂ©s par les trĂ©soriers de France, modifiait, en effet, en partie, les coutumes en usage. L'instrument prĂ©sentĂ© par Mes NoĂ«l Aubusson et Raymond Carreter, consuls de Fleurance, assistĂ©s de Bertrand Blanc, GĂčyraud Pruet, Bernard Solom et Jean Valent, habitants de la ville, peut se rĂ©sumer briĂšvement ainsi Le roi demeure seul seigneur, art. 3 ; â il n'a dans Fleurance, ni chĂąteau, ni capitaine, art. 5, ni prĂ©vĂŽt, ni officiers, si ce n'est un bayle qui prĂȘtera serment aux consuls art. 8. â Le moulin Ă trois meules sur le Gers et un moulin Ă foulon 1 Archives communales, A A 3, liasse, 2 piĂšces, papier. 154 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. restent la propriĂ©tĂ© du roi, mais les habitants ne seront plus obligĂ©s d'y faire moudre leur blĂ© art. 23. â Dans le comtĂ© de Gaure le roi demeure seul possesseur des six forĂȘts celles du Ramier, de Sempuy, de l'Homme-Mort, prĂšs de Sempuy, de la Marthe, de Lalanne et de Pouy-petit ; dans ces forĂȘts les habitants conservent le droit d'usage bois mort pour le chauffage et bois vif pour la rĂ©paration des ponts et des murailles de la ville, art. 39. Dans la juridiction de Fleurance les droits d'oubliĂ©s 2 et de censires 3 avec les tailles art. 10, ainsi que le droit de lods et ventes 4 sont au profit du roi. Ce dernier conserve au territoire de Saint-Urbary un droit d'agrier 5, de neuf gerbes, une art. 28. Les consuls maĂźtres des portes de la ville, sont chargĂ©s d'organiser le guet art. 7. â Ils tiennent du roi, Ă foi et hommage, la place et le pourtour de celle-ci, les padouencs 6 et " saillies » de la ville, ses fossĂ©s et un bois dit Bois de la Ville, situĂ© prĂšs de la forĂȘt du Ramier et d'une contenance d'environ 60 arpents art. 32. Les habitants de Fleurance sont exempts de corvĂ©es art. 41, du droit de fournage les trois fours existants ayant Ă©tĂ© dĂ©molis faute de bois pour les chauffer art. 15, des dĂźmes au profit du roi art. 27 ; â ils auront la facultĂ© de pĂȘcher dans toutes les riviĂšres de la contrĂ©e art. 40. Les Grands Jours. Dans la premiĂšre moitiĂ© du xvie siĂšcle, nous n'avons Ă signaler qu'un seul Ă©vĂ©nement intĂ©ressant notre citĂ© mais un 2 L'oublie, dans le droit feodal ancien. consistait dans l'obligation par les vassaux d offrir eu seigneur une sotte de pains ronds et plats, fait de pĂątisserie lĂ©gĂšre les oublies ; dans la suite de droit fut remplacĂ© par une somme d'argent. 3 La censire Ă©tait une redevance fixe due au seigneur qui avait donnĂ© un hĂ©ritage Ă cens et Ă rente. 4 Lods et rentes ces deux mots toujours accouplĂ©s, constituaient un droit unique assimilable aux droits de mutation de notre Ă©poque. Il Ă©tait du au seigneur qui autorisait l'aliĂ©nation d'un lief ou d'une censive. Suivant la coutume des diffĂ©rents lieux, cette redevance pouvait varier du cinquiĂšme au douziĂšme du prix de la vente. 5 L'agrĂ©er ou champart eaĂŻupi partus Ă©tait un droit perçu par le seigneur sur une part de fruits. 6 Les padouencs on dĂ©signe, de nos jours encore, sous ce nom, les dĂ©paissances communales de berges et enclaves de la riviĂšre. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 155 Ă©vĂ©nement d'importance dont le souvenir s'est perpĂ©tuĂ© durant trois siĂšcles dans la mĂ©moire de nos aĂŻeux. Il s'agit en effet, des assises du Parlement de Toulouse tenues Ă Fleurance, en 1542, et connues sous le nom de Grands Jours. De prime abord, il paraĂźt Ă©trange qu'une localitĂ© de minime importance, comme Fleurance, ait Ă©tĂ© choisie pour la tenue de ces grandes assises de justice. Dans le ressort du Parlement de Toulouse, on le sait, les Grands Jours se tinrent dans des villes importantes comme NĂźmes, Le Puy, BĂ©ziers, Montpellier. L'ordonnance royale du 22 juillet 1542, prescrivant ces assises, est motivĂ©e par la grande multitude et affiuĂšnce des causes » demeurĂ©es Ă expĂ©dier et aussi par le dĂ©sir de relever les justiciables des dĂ©pens, peines et travaux » en Ă©vitant Ă ces derniers des voyages et sĂ©jours onĂ©reux. 7 Cette ordonnance fixait Ă un mois et demi la durĂ©e des Grands Jours du 15 septembre Ă la fin d'octobre pour juger et vider les procĂšs des sĂ©nĂ©chaussĂ©es d'Armagnac et de Bigorre, prĂ©vĂŽtĂ©s et judicatures y ressortissant, des judicatures de Gaure, Comminges, Verdun, RiviĂšre, du comtĂ© de Foix, de la vicomte de Couserans et seigneurie d'Aspet, c'est-Ă -dire de toute la partie de la Gascogne qui Ă©tait dans le ressort du Parlement de Toulouse. On ne peut manquer d'observer que la plupart des judicatures convoquĂ©es Ă cette occasion Ă Fleurance, Ă©taient beaucoup plus rapprochĂ©es de Toulouse, siĂšge du ressort, que ne l 'Ă©tait le chef-lieu de Gaure. Et on est amenĂ© naturellement Ă rechercher les raisons qui ont pu justifier le choix de FleuĂźance. ' Nous en trouvons une explication dans les lettres donnĂ©es par le roi, Ă Lyon, sous la date du 29 aoĂ»t 1542. Par ces lettres, en effet, il est enjoint aux magistrats de ce mĂȘme Parlement de Toulouse de continuer Ă travailler toutes affaires 7 Lettres donnĂ©es Ă Messiguay le XXIIe jour de juillet 1042. Registres au Parlement de Toulouse â Ces lettres sont rapportĂ©es dans l'Histoire gĂ©nĂ©rale de Languedoc, t. xII, p. 527. 156 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. cessantes, Ă l'extinction des nouvelles erreurs qui s'Ă©taient glissĂ©es dans son ressort ». 8 D'autre part, le savant auteur de l'Histoire du Parlement de Toulouse nous assure que les magistrats prĂ©posĂ©s Ă siĂ©ger aux Grands Jours de Fleurance eurent surtout pour mission de rechercher et de chĂątier les partisans de la RĂ©forme ». Dans la ferme croyance de ces temps, abjurer la foi commune, c'Ă©tait renier la patrie elle-mĂȘme et se sĂ©parer de l'histoire nationale et des traditions sĂ©culaires du royaume. Les parlementaires vivaient avec cette pensĂ©e que ce serait trahir la France et s'attaquer Ă la couronne que de dĂ©serter la vieille cathĂ©drale des aĂŻeux pour le temple de la religion nouvelle. 9 Si donc, il est admis que, sous couleur de liquidation de procĂšs en cours, le but rĂ©el des grandes assises de Fleurance consistait principalement dans la rĂ©pression des idĂ©es nouvelles, il faut logiquement en conclure que la doctrine de Calvin avait dĂ©jĂ fait des adeptes dans notre contrĂ©e. Mais nous ne connaissons aucun document, aucun fait, qui puisse constituer une preuve Ă cet Ă©gard. Dans tous les cas, il est incontestable que non loin du pays de Gaure, en Agenais notamment, oĂč MĂ©lanchton 10 Ă©tait venu prĂȘcher la nouvelle doctrine en 1529 et 1530, certains consistoires faisaient preuve d'activitĂ© et de prosĂ©lytisme. La cour de NĂ©rac, au surplus, Ă©tait un foyer d'agitation calviniste GĂ©rard Ruffi, trĂ©sorier de la cathĂ©drale de Meaux, devenu plus tard abbĂ© de Clairac, puis Ă©vĂȘque d'Oloron sous le nom de Roussel, prĂȘchait en 1527 devant Marguerite de Navarre. 11 Calvin lui-mĂȘme, en 1534, vint se mettre sous la protection de Marguerite de Valois, trĂšs tolĂ©rante pour les rĂ©formĂ©s il se rĂ©fugia dans cette mĂȘme cour de NĂ©rac oĂč ThĂ©o8 ThĂ©o8 gĂ©nĂ©rale de Languedoc t. x. 9 DUBEDAT . Histoire du Parlement de Toulouse, tome 1er. 10 Philippe Scbwarzerd. dit MĂ©tanchton. originaire du duchĂ© de Bade rut un des disciples prĂ©fĂ©rĂ©s de Luther ; il devint Ă la mort de celui-ci le chef incontestĂ© des protestants d'Allemagne. Auteur de plus de 300 ouvrages, il s'efforça d'amener un accord entre toutes les fractions de la RĂ©forme et mĂȘme entre la RĂ©forme et le catholicisme. 11 G. Roussel, nĂ© aux environs d'Amiens, chapelain de Marguerite d'AngoulĂšme en 1526, se brouilla dĂ©finitivement avec Calvin lorsqu'il devint Ă©vĂȘque d'Oloron 1536. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 157 dore de BĂšze 12, fervent calviniste et le plus Ă©loquent de tous les disciples, vint le remplacer. 13 La proximitĂ© de ces divers foyers de calvinisme Ă cette Ă©poque, suffit-elle Ă expliquer le choix de Fleurance pour la tenue des Grands Jours ?... 14 Deux ans auparavant 1540 le parlement de Bordeaux avait tenu ses Grands Jours Ă Agen. Etait-ce dans le mĂȘme but ? Il se peut, car la royautĂ© s'inquiĂ©tait fort des progrĂšs de la RĂ©forme et l'Ă©dit de Fontainebleau, en 1540, avait enjoint Ă tous les baillis, sĂ©nĂ©chaux et procureurs du royaume, sous peine de privation de leurs offices, de rechercher et poursuivre les protestants et de les livrer au jugement des cours souveraines. Quoi qu'il en soit, le second prĂ©sident du Parlement de Toulouse, Me Durand de Sarta Ă©tait chargĂ© de prĂ©sider les Grands Jours de Fleurance. Il Ă©tait assistĂ© Ă cet effet de douze conseillers dont deux clercs ou en tenant lieu Pierre de Lagarde, Pierre de Saint-Martin, Jean Bousquet, François de Nupces, Simon Raynier, Bertrand de RessĂ©guier, François Bertrand, Jean Daffis, Jean de Teula, Odet Daries, Antoine de Malras et François de Lafont. Un avocat gĂ©nĂ©ral, les substituts du procureur gĂ©nĂ©ral, les greffiers civil et criminel et les huissiers habituellement attachĂ©s Ă la cour, accompagnaient ces magistrats. 15 Imagine-t-on le remue-mĂ©nage, l'afflux de population, le mouvement inusitĂ©, joint Ă l'attrait de la curiositĂ©, que dut provoquer Ă Feurance, en plein XVIe siĂšcle, l'arrivĂ©e et le sĂ©jour durant un mois et demi de cette cour de gens de robe ? 12 ThĂ©odorĂ© de BĂšze 1519-1605, un des chefs du parti calviniste, assista au Colloque de Poissy 1561. Il joua un rĂŽle important dans les tentatives de conciliation des Eglises de France. A la mort de Calvin il devint le chef de l'Eglise de GenĂšve 1564. 13 SAMAZEUILH Histoire de l'Agenais, du Condomois et du Bazadats, tome II. 14 Il est Ă regretter que l'histoire du Protestantisme dans les pays d'Armagnac n'ait pu jusqu'Ă prĂ©sent, tenter le chercheurs. Les origines, du protestantisme dans le Sud-Ouest restent obscures. Dans les diffĂ©rents ouvrages sur la matiĂšre, le Huguenots eu Bigorre Durier, les Huguenots en Comminges Lestrade, les Guerres de Religion. dans le Quercy CabiĂ©, les incursions ces religionnaires, relatĂ©es avec une nombreuse et intĂ©ressante documentation, se situent surtout Ă partir de la troisiĂšme pĂ©riode des guerres religieuses. 15 Lettres de Messiguay dĂ©jĂ citĂ©es. 158 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. En dehors des serviteurs attachĂ©s Ă la personne, il faut encore tenir compte de la foule innombrable des avocats, des plaideurs, des huissiers, des sergents et tous autres agents subalternes. Il est grand dommage que les dĂ©libĂ©rations communales de cette Ă©poque aient disparu de nos archives. 16 Elles auraient pu nous apprendre sans doute, dans quelles conditions ces hauts magistrats avaient Ă©tĂ© logĂ©s Ă Fleurance et l'accueil qu'ils avaient reçu de la part des consuls et de la population. Par contre, nous sommes renseignĂ©s sur les Ă©moluments perçus par les gens du Parlement durant la pĂ©riode des Grands Jours. 17 En dehors du traitement usuel, le prĂ©sident recevait 5 livres par jour d'indemnitĂ© et les conseillers, 3 livres 10 sols de mĂȘme que les gens du roi. Mais en quel immeuble de Fleurance fut tenue la session des Grands Jours ? Un de nos compatriotes, aujourd'hui disparu, a dĂ©crit tel qu'il l'avait vu dans sa prime jeunesse, le local dans lequel les magistrats du Parlement rendirent leurs sentences. 18 Ecoutons le narrateur Une grande porte Ă deux battants s'ouvrit et je pĂ©nĂ©trai dans une salle qui donnait froid et dont l'aspect me serra " le coeur. Elle Ă©tait absolument nue deux croisĂ©es trĂšs es pacĂ©es en rompaient seules les lignes ; le plafond Ă pou trelles divisĂ© par de grandes poutres Ă©tait fort Ă©levĂ© et " semblait avoir Ă©tĂ© peint ; la cheminĂ©e construite en briques " Ă©tait belle par ses proportions, et, d'ailleurs, sans dĂ©cora" tions d'aucune sorte ; sur le carrelage en dĂ©sordre, on voyait " çà et lĂ des fleurs de lys entaillĂ©es ; tout autour rĂ©gnait un lambris en bois de noyer de deux mĂštres de hauteur et entre " le lambris et le plafond la muraille toute nue me parais" sait avoir eu ou bien attendre encore des tapisseries. » Cette description Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e de quelques dĂ©tails sur 16 Les registres des dĂ©libĂ©ral ions communales conservĂ©es aux archives de Fleurance sous la cote BB ne commencent qu'Ă l'annĂ©e 1649, encore que les premiers registres aient Ă©tĂ© allĂ©gĂ©s de nombreux feuillets. 17 DubĂ©dat. ouvrage cite. Eng. Lapierre, conservateur des archives de l'ancien Parlement de Toulouse Le Parlement de Toulouse. 18 Revue de Gascogne 1878 Les Grands Jours Ă Fleurance, par Jules FRAYSSINET. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 159 la maison remarquable par son anciennetĂ© et par un certain air de simplicitĂ© et de grandeur. Construite en pans de bois, ajoute notre narrateur, elle avait traversĂ© des siĂšcles, et sa soliditĂ© Ă©tait encore Ă toute Ă©preuve ; elle avait un aspect " sĂ©vĂšre avec ses fenĂȘtres Ă croisillons rares et grandes et l'auvent de sa toiture trĂšs avancĂ©. » MalgrĂ© toute cette abondance de dĂ©tails il n'Ă©tait pas possible de retrouver l'immeuble dĂ©signĂ© pour la bonne raison qu'il avait disparu au siĂšcle dernier. L'antique maison historique des Grands Jours, profanĂ©e par la pioche des dĂ©molisseurs avait fait place, vers 1858, Ă une nouvelle construction en maçonnerie. Nous savons nĂ©anmoins qu'elle occupait l'emplacement de l'immeuble portant actuellement le n° 87 de la Castelnau. 19 PremiĂšres guerres civiles. MalgrĂ© les repressions que le pouvoir royal, champion du catholicisme, fit subir aux protestants, le nombre des religionnaires s'accroissait sans cesse. D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les premiers protestants furent des personnes cultivĂ©es, ayant, pour le moins une honnĂȘte aisance, ou une situation sociale solidement Ă©tablie. Ce furent surtout des magistrats judiciaires ou consulaires, des gens de robe et d'Ă©pĂ©e, des nobles, des avocats, des mĂ©decins. Mais peu Ă peu le peuple acceptant Ă son tour cette sorte de libertĂ© religieuse qu'il percevait dans la doctrine nouvelle, la transforma aussitĂŽt pour en faire une libertĂ© politique et sociale. Alors l'agitation prit son caractĂšre d'acuitĂ©. La religion fut le prĂ©texte, plutĂŽt que le motif, des guerres ou plus exactement des actes de barbarie qui caractĂ©risent le xvIe siĂšcle. Dans le Sud-Ouest, plus encore que partout ail-, 19 DĂ©sireux de connaĂźtre la maison des Grands Jours » nous avons interrogĂ©, il y a fort longtemps, M. Jules Frayssinet de Fleurance, retirĂ© a Beau. mont-de-Lomagne, auteur de la notice parue dans la Revue de Gascogne. TrĂšs aimablement, notre compatriote, nous fit savoir qu'il s'agissait de l'immeuble Morlan acquis par M. Latour vers le milieu du siĂšcle dernier. D'autre part, M. Martial Latour, fils de l'acquĂ©reur, a bien voulu nous confirmer l'exactitude des renseignements que nous avons recueillis, de son vivant. 160 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. leurs, la libertĂ© de penser ou la volontĂ© d'Ă©tablir une rĂ©forme, n'ont eu rien de commun avec les violences, les pillages, les meurtres, les incendies, les viols perpĂ©trĂ©s journellement avec une Ă©gale sauvagerie, par les deux partis en opposition. 20 A partir de la seconde moitiĂ© du xvIe siĂšcle seulement, les manifestations des religionnaires, des huguenots, comme on les appelait, se multipliĂšrent dans la contrĂ©e qui nous occupe. A Mauvezin, regardĂ© alors comme une nouvelle GenĂšve, il n'y avait pas encore un seul protestant en 1551 et l'Ă©tablissement, dans cette ville, du premier pasteur de la religion rĂ©formĂ©e date de 1555. 21 Presque aussitĂŽt des Ă©glises rĂ©formĂ©es s'Ă©rigĂšrent dans le pays. 22 A Lectoure se tenaient des rĂ©unions de plus de personnes venues de 60 villages environnants le nombre des religionnaires augmentant chaque jour finit par inquiĂ©ter les localitĂ©s voisines qui demeuraient rĂ©fractaires Ă la RĂ©forme. Fleurance et le comtĂ© de Gaure n'avaient point acceptĂ© les idĂ©es des novateurs. C'est du moins ce que semble dire l'historien de la Gascogne lorsqu'il assure que, de son temps, les Fleurantins firent des efforts pour rester Ă©galement Ă©loignĂ©s des protestants et des ligueurs. Nous verrons cependant que ces efforts furent insuffisants pour empĂȘcher les religionnaires de se rendre maĂźtres de Fleurance. Il est hors de doute qu'Ă un moment donnĂ©, les religionnaires de Lectoure envisagĂšrent d'envahir le comtĂ© de Gaure pour y semer la ruine et la dĂ©solation. A cette Ă©poque troublĂ©e, la violence la plus sauvage semblait ĂȘtre l'unique façon de faire des conversions. Biaise de Monluc, 29 toujours au service du roi, depuis son retour d'Italie, oĂč il s'Ă©tait couvert de gloire, fut averti des desseins des religionnaires lectourois. Sans hĂ©sitation, il 20 J. LESTRADE Les Huguenots en, Comminges, introduction. 21 J. PHILIP DE BARJEAU Le protestantisme dans la vicomtĂ© de Fezensaguet. 22 MONVEZUN Hist. de la Gascogne, tome V, p. 265. 23 Blaise de Lasseian-Mansencome, seigneur de Monluc, naquit aux environs de Saint-Puy, Ă . Sainte-Gemme ; page du duc de Lorraine, 11 entra dans la carriĂšre des armes Ă 17 ans, se fit remarquer durant les guerres d'Italie. Charles IX le nomma lieutenant gĂ©nĂ©ral en Guyenne et en 1574, il fut fait marĂ©chal des armĂ©es royales. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 161 Ă©crivit Ă MM. de Peyrecave et du Bosc, capitaines huguenots de Lectoure, qu'il allait organiser la dĂ©fense contre leurs bandes, non, sans au prĂ©alable prĂ©venir le roi de ce qui se passait " Nous avons entendu par quelques advertissemens qui nous ont estĂ© faitz, que vous autres de la nouvelle religion avĂšs dĂ©libĂ©rĂ© venir en la comtĂ© de Gaure et aux environs destruire nos temples et mettre tout en ruyne, comme faictes aux autres lieux, et pour ce que cecy nous pouroit estre reprochĂ© de Sa MajestĂ© et de ses ministres, si nous le vous endurions, de l'advis et conseil de tous les gentilshommes de ladite comte et de tous les consulats, je vous escris ceste prĂ©sente et vous prie de la part de tous que ne vous mettes Ă l'essay d'exĂ©cuter une telle entreprise sans avoir une commission du roy ou de ses ministres, car si vous le faictes, les tous ensemble, sommes dĂ©libĂ©rĂ©s de prendre les armes et de dĂ©fendre nos Ă©glises jusques Ă ce que sadite MajestĂ© nous aye mandĂ© son vouloir et intention ; et pour ne venir Ă ung si maulvois commencement de nous faire la guerre les uns aux autres, je vous prie de ne commencer de vostre cĂŽtĂ©, car du nostre personne ne cherche Ă vous faire desplaisir, n'en ayant charge du roy ne de personne, auquel j'envoyĂ© et ministres le doble de ceste lettre, affin que s'il en advient inconvĂ©nient qu'il ne soit point trouvĂ© que le mal viet de nous. » 24 Cette lettre Ă©crite en 1560 dut ĂȘtre suffisante pour calmer les ardeurs belliqueuses des Huguenots. Il ne paraĂźt pas, en effet, que ceux-ci aient tentĂ© de mettre leurs projets Ă exĂ©cution. Cependant l'Ă©dit de janvier 1562 autorisant l'exercice du culte dans les campagnes avait exhaltĂ© les passions des huguenots. PrĂ©alablement Ă l'Ă©dit les protestants s'Ă©taient rĂ©unis les dernier dimanche de juin et le dimanche suivant Ă Lectoure, pour cĂ©lĂ©brer la cĂšne publiquement et en armes. 24 Colelction manuscrite de Dupuy, volume 588. â Cette lettre qui ne se trouve pas dans les Commentaires de Monluc a Ă©tĂ© reproduite par M. D. de Thezan dans une Ă©tude sur Valence-sur-BaĂŻ'se parue dans la Revue de Gascogne, annĂ©e 1870. 11 162 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Ces assemblĂ©es dĂ©jĂ provocantes devinrent vite menaçantes. Monluc venait de recevoir commission du roi avec per mission de lever gens Ă pied et Ă cheval pour courir sus " aux uns et aux autres qui prendroient les armes. » Il n'accepta cette mission qu'Ă la condition d'agir de concert avec Burie 25, lieutenant du roi de Navarre en Guyenne, voulant que celui-ci eust sa part au gasteau » 26. Sur ces entrefaites, la ville de Lectoure, aprĂšs ĂȘtre passĂ©e au pouvoir du roi, Ă©tait retombĂ©e par surprise, au commencement d'avril 1562, aux mains des protestants. Plusieurs villes de Gascogne s'Ă©taient soulevĂ©es contre les catholiques les religionnaires plus remuants inquiĂ©taient fort les localitĂ©s avoisinantes qui leur demeuraient hostiles. Dans les premiers jours de mai de cette mĂȘme annĂ©e, Monluc craignant les entreprises des Lectourois avait placĂ© sa compagnie dans La Sauvetat. Mais les consuls d'Auch, joints au grand vicaire qui administrait le diocĂšse en l'absence de l'archevĂȘque, demandĂšrent des secours Ă Monluc. 27 Ils les priaient de venir en toute diligence audict Auch ou autrement que tous se mettoient en piĂšces les uns les autres. » 28 Avec sa compagnie, Monluc eut tĂŽt fait de ramener le calme dans Auch. Il renvoya ensuite ses soldats Ă La Sauvetat tandis qu'il se dirigeait sur d'autres points de la Gascogne oĂč les luttes se multipliaient avec une violence accrue. Prise de Fleurance. â Pendant que Monluc guerroyait aux environs de Moissac, il fut informĂ© que ceux qui es" toient dans Lectoure estoient sortis en campaigne, faisant une infinitĂ© de ravages sur les gentils-hommes et partout lĂ oĂč ils en pouvoient prendre. » 29 25 Charles de Coucys, sieur de Burie, Gemozac, Lonzay. Saint-Sulpice et autres lieux, I492-1565 avait Ă©tĂ© lieutenant Ă la compagnie de Barbezieux et gentilhomme de la chambre et de la maison du roi. Il demeura lieutenantgĂ©nĂ©ral en Guyenne de I543 Ă 1505. 26 Commentaires de Monluc, livre V. 27 Le cardinal Hippolyte d'EsIe Ă©tait archevĂȘque d'Auch mais nou rĂ©sidant. 28 Commentaires de Monluc. 29 Commentaires de Monluec. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 163 Vers la fin de juin 1562 en effet, les Religionnaires s'Ă©taient emparĂ©s, par escalade, de La Sauvetat et, un mois aprĂšs, ils entrĂšrent dans La Romieu oĂč ils massacrĂšrent tout le chapitre. Dans les premiers jours de septembre, ils Ă©taient les maĂźtres de Terraube, aprĂšs un combat violent dans lequel une quarantaine d'hommes de la garnison trouvĂšrent la mort, 30 Il est probable que cette incursion des Religionaires ne se termina pas sans que ceux-ci entrassent dans Fleurance. S'il faut ajouter foi Ă une tradition orale, plus de 1200 catholiques, dont la plupart s'Ă©taient rĂ©fugiĂ©s dans l'Ă©glise, auraient pĂ©ri sous les coups des assaillants ou au milieu des flammes des incendies allumĂ©s par les protestants. Il est toutefois hors de doute que l'Ă©glise reçut la visite des bandes huguenotes qui la dĂ©vastĂšrent. En effet, l'Ă©glise d'Auch aida les habitants Ă rĂ©parer les mutilations commises lors de ces Ă©vĂ©nements, notamment en faisant remettre en Ă©tat le baptistĂšre qui existait antĂ©rieurement. Les fonts baptismaux qu'on voit dans notre Ă©glise paroissiale, immense vase de pierre de forme octogonale, accusent le passage des Huguenots. On peut lire ces mots gravĂ©s dans la pierre " Vesana plbs hereticorum me destruxit et Ecclesia Auxitana me reparavit MDLXIII ». La tourbe insensĂ©e des hĂ©rĂ©tiques m'a dĂ©truit et l'Ă©glise d'Auch m'a de nouveau rĂ©parĂ© en 1564. Cette inscription suffirait Ă prouver le passage des Huguenots Ă Fleurance et les actes de vandalisme auxquels ils se livrĂšrent. Mais un autre document Ă©tablit d'une maniĂšre pĂ©remptoire que l'Ă©glise de Fleurance, comme celle de SaintHerbary, 31 avait, au moins en partie, Ă©tĂ© dĂ©vastĂ©e. far un acte du 20 juin 1595, Dominique Bastard, marchand, agissant en qualitĂ© de syndic des consuls de Fleurance et au nom des habitants, s'engageait Ă faire rĂ©parer les dĂ©gĂąts commis par les protestants dans les Ă©glises de Saint30 Saint30 de Monluc. â Histoire de Gascogne de Monlezun, t. V., page 284. 31 Saint-Herbary ou Saint-Urbary Saint-Hilaire, ancienne paroisse de Lagarde, annexe de Fleurance, Ă 5 kilomĂštres. 164 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Herbary et de Fleurance. Il lui Ă©tait allouĂ© pour ces rĂ©parations une somme de 148 Ă©cus 9 sols, somme arrĂȘtĂ©e Ă la suite de la visite faite par le commissaire expert spĂ©cialement dĂ©lĂ©guĂ© Ă cet effet. Le montant de ces rĂ©parations devait ĂȘtre pris sur l'archevĂȘque d'Auch, pour 115 Ă©cus, 15 sols ; sur le chapitre Sainte-Marie, pour 23 Ă©cus, 36 sols, 3 deniers ; sur le recteur de Fleurance, pour 9 Ă©cus, 1 sols, 9 deniers. 32 Le couvent des Augustins, le seul existant Ă Fleurante Ă cette Ă©poque, fut Ă©galement saccagĂ© et les titres de cet Ă©tablissement disparurent dans les flammes ou restĂšrent ensevelis sous les dĂ©combres 33 Le Manuscrit de l'Ă©glise de Fleurance, ne laisse aucun doute sur l'incursion des Religionnaires. C'est du moins ce que rapporte le Dr E. Desponts, dans son Ă©tude sur les Anciens hĂŽpitaux de Fleurance, comme le tenant de son frĂšre, l'abbĂ© Desponts, qui avait collaborĂ© Ă la rĂ©daction de ce manuscrit. 34 L'expĂ©dition des protestants contre Fleurance est encore confirmĂ©e par une dĂ©libĂ©ration consulaire d'Auch M. de La Mothe-Rouge 35 envoyĂ© Ă Auch par Monluc, expose aux consuls assemblĂ©s qu'il y avait lieu de faire bonne garde afin de n'estre aussi surprins des seditieulx » comme l'ont Ă©tĂ© plusieurs autres villes, Fleurance, Aubiet, etc.. 36 32 Acte retenu par Me Arquery, notaire royal Ă . Auch. Cotte piĂšce a Ă©tĂ© reproduite par M. de la Hitte il Documents inĂ©dits sur les troubles du xvIe siĂšcle en Gascogne Rente de Gascogne, 1884. 33 BibliothĂšque communale d'Auch Manuscrits de Daignari du Sendat, vol 72, p. 896. 34 Le Manuscrit de l'Eglise de Fleurance. plusieurs fois citĂ© dans ses travaux, par l'abbĂ© Lagleyze qui en possĂ©dait divers extraits, dont nous avons une copie, est et demeure introuvable. Les doyens de Fleurance qui se sont succĂšde depuis quarante ans, nous ont dĂ©clarĂ© ne pas connaĂźtre ce prĂ©cieux document. Faut-il donc le considĂ©rer comme irrĂ©mĂ©diablement perdu ? Bien mieux, le 25 avril 1844, l'abbĂ© Desponts. vicaire de Fleurance faisait hommage au conseil municipal d'un ouvrage manuscrit dont il Ă©tait l'auteur, intitulĂ© Histoire de Fleurance et de son Ă©glise. Cet ouvrage Ă©tait, sans doute, rĂ©digĂ© d'aprĂšs les documents de la paroisse. Ce second manuscrit a Ă©galement disparu. Nous ne l'avons jamais vu dans les archives communales, non plus que nos prĂ©dĂ©cesseurs qui cependant avaient eu soin, pour en Ă©viter la dispersion de faire relier en volume les papiers et documents d'archives. 35 M. de La Mothe-Bouge, fidĂšle compagnon de Monluc pendant la premiĂšre guerre civile, Ă©tait avec lui Ă Toulouse, Ă Bordeaux, devant Lectoure. en 1562. Archives historiques de la Gironde, t. 36 Archives municipales d'Auch, DĂ©libĂ©ration consulaire du 22 dĂ©cembre 1562, BB, 5, f° 159, v°. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 165 Les protestants rĂ©ussirent-ils Ă se maintenir Ă Fleurance ? Ce n'est pas probable. Ils durent en ĂȘtre chassĂ©s sur-le-champ. Peut-ĂȘtre Ă©vacuĂšrent-ils la place aprĂšs y avoir accompli leurs mĂ©faits. Toujours est-il qu'une enquĂȘte faite en 1595 Archives de l'archevĂȘchĂ© Ă©tablit nettement que Fleurance, avec Auch et Marciac, furent les seules villes du diocĂšse qui surent se garder des hĂ©rĂ©tiques durant les troubles du seiziĂšme siĂšcle. 37 Nous sommes fondĂ©s Ă admettre que les protestants Ă©vacuĂšrent Fleurance Ă la nouvelle de l'arrivĂ©e des troupes que Monluc envoyait vers Lectoure. Deux compagnies de gens de pieds et 30 salades 38 de la compagnie de Monluc Ă la tĂȘte desquelles se trouvait le capitaine Peyrot, 39 arrivĂšrent en effet Ă Fleurance le 15 septembre 1562. Peyrot apprenant que les protestants lectourois avaient pris le chemin de Saint-Puy pour aller rejoindre,les 600 huguenots de BĂ©arn, conduits par le capitaine de Mesmes, 40 ordonna Ă Baratnau 41 qui se trouvait Ă Fleurance avec sa compagnie d'aller se placer entre Lectoure et Terraube ces deux localitĂ©s Ă©taient alors au pouvoir des Religionnaires. A l'appel de Peyrot, qui batailla autour de Terraube, Monluc vint assiĂ©ger Lectoure et aprĂšs diverses escarmouches, les assiĂ©gĂ©s demandĂšrent Ă capituler, 21 septembre 1562. Cette capitulation mit un terme aux dĂ©sordres dans la contrĂ©e et le combat de Vergt, en Dordogne, consacrant la victoire des armĂ©es royales sous les ordres de Monluc, amena pour quelque temps le calme dans toute la Gascogne. Cette annĂ©e 1562, une des plus lamentables de notre his37 his37 Notice sur Fleurance. 38 A partir du xvIe siĂšcle, la salade dĂ©signait Ă la fois le casque d'acier et l'homme qui le portait. 39 Pierre Bertrand de Monluc, surnommĂ© le capitaine Peyrot, second fils de Blaise de Monluc et d'Antoinette Ysalguier., 40 Jehan de Mesmes, de Mont-de-Marsan, avait Ă©tĂ© mis en mars 1562, Ă la tĂȘte des protestants rĂ©fugiĂ©s en BĂ©arn et en Bigorre qui se proposaient d'aller Ă GenĂšve. Il fut arrĂȘtĂ© et entonnĂ© Ă Condom, en 1565. 41 Jean de Monlezun, sieur de Baratnau et. de Montestruc, avait, reçu en 1562 une commission pour lever 500 hommes de pied. Il Ă©tait marĂ©chal et gouverneur d'Armagnac en 1570. 166 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. toire, ouvrait clans la France entiĂšre l'Ăšre attristante des guerres civiles qui se succĂ©dĂšrent jusqu'en 1589, avec des alternatives de paix armĂ©e. En prĂ©tendant imposer sa foi Ă l'adversaire chaque parti, avec un acharnement fĂ©roce, ne fit qu'entasser massacres sur massacres. On eut dit tous les fous de France » a pu Ă©crire Michelet et un autre historien a pu constater que jamais le royaume n'a prĂ©sentĂ© un spectacle aussi horrible, mĂȘme pendant la guerre de Cent Ans, oĂč le mal n'a pas Ă©tĂ© Ă ce point gĂ©nĂ©ral. » 42 A suivre 42 BATIFFOL Le siĂšcle de la Renaissance. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 167 LES DERNIERS JOURS DE L'EMPIRE, A AUCH et les Visites de Son Altesse Royale, le duc de Bourgogne PAR M. AUBAS La guerre entre la France et l'Europe coalisĂ©e contre nous, tourne mal. En dĂ©pit des victoires de Lutzen, de Bautzen et de Dresde, nos soldats battent en retraite. Les ennemis sont tous les jours plus nombreux; la confiance dans le succĂšs final de nos armes va s'affaiblissant ; le dĂ©couragement gagne nos campagnes. Le PrĂ©fet du Gers, dans sa lettre du 2 dĂ©cembre 1813 aux Maires des communes, essaie de rassurer ses administrĂ©s, de relever leur moral et d'attĂ©nuer la fĂącheuse impression, produite un peu partout par la levĂ©e de hommes. Il exalte leur patriotisme, montre la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre le sol national et fait un tableau navrant de l'invasion menaçante. .... Sans parler, ici, de l'opprobe d'obĂ©ir au farouche Ă©tran ger, songez bien que ce ne sont pas des vivres, de simples impositions que l'ennemi vous demanderait, ce sont d'im placables vengeances qu'il voudrait exercer; ce sont de longues humiliations dont il voudrait Ă©teindre le souvenir " dans l'incendie de nos villes, dans la destruction de nos mo numents, dans le ravage de nos campagnes; il ne pillerait pas seulement pour profiter mais pour nuire ; il ne requerrait pas inĂ©galement des hommes, des chevaux, des denrĂ©es, mais il Ă©gorgerait jusqu'aux femmes et aux enfants ; il brĂ» lerait tout ce qu'il ne pourrait emporter. Qui donc, parmi vous, refuserait de concourir, par tous les moyens, Ă repous ser la guerre et ses horreurs hors de nos frontiĂšres 1. 1 Journal du Gers. Archives dĂ©partementales. 168 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. Le 6 janvier 1814, le commissaire extraordinaire de l'Empereur, le comte Caffarelli, lance de Toulouse une proclamation pour mettre la population en garde contre les promesses trompeuses des souverains Ă©trangers et pousse le cri de Français ! Aux armes ! » Les alliĂ©s franchissent partout nos frontiĂšres avec des paroles de paix, mais leurs premiers actes les dĂ©mentent; ils rĂ©vĂšlent l'esprit de vengeance et la fureur. Le flĂ©au des rĂ©quisitions a Ă©puisĂ© le pays; des bandes sauvages, Ă©trangĂšres Ă tout sentiment humain, se dispersent dans nos campagnes, maltraitent les enfants, insultent les femmes. Le nouveau prĂ©fet, M. BessiĂšres, exhorta les hommes valides Ă dĂ©fendre leurs foyers menacĂ©s; les nouvelles et retentissantes victoires de l'Empereur, provoquent un vif enthousiasme dans tout le dĂ©partement et font renaĂźtre l'espoir de la dĂ©livrance. En apprenant ces succĂšs, le maire de Mirande ordonne de sonner les cloches en signe de rĂ©jouissance. TrompĂ©s par ces sonneries, les paysans des environs croient que quelque parti ennemi menace la ville et que le tocsin les appelle aux armes. Ils se saisissent Ă la hĂąte de piques, de lances, de fourches, de fusils de chasse et courent au secours de leur cheflieu de canton. DĂ©trompĂ©s, ils prennent part Ă la joie gĂ©nĂ©rale et aux rĂ©jouissances qui durĂšrent toute la nuit 2. Mais l'ennemi poursuit toujours sa marche victorieuse; notre dĂ©partement est sĂ©rieusement menacĂ©. Le PrĂ©fet donne aux maires et Ă la population des instructions prĂ©cises, ordonne de faire arrĂȘter et conduire Ă Auch les militaires isolĂ©s, voyageant sans feuille de route, ainsi que ceux qui feignant les alarmes, rĂ©pandent dans les communes l'agitation, l'Ă©pouvante et provoquent la dĂ©sobĂ©issance aux ordres de l'administration. Des combats violents sont livrĂ©s dans les Basses-PyrĂ©nĂ©es, 2 Journal du Cers. Archives dĂ©partementales, DEUXIEME TRIMESTRE 1930. 169 sur les rives de l'Adour et de nombreux blessĂ©s sont dirigĂ©s vers les villes voisines restĂ©es libres. Une ambulance a Ă©tĂ© Ă©tablie sur la place de la Mairie d'Auch. Elle fonctionne admirablement et c'est un spectacle Ă©mouvant que celui qu'offrent jour et nuit, les dames et les jeunes filles de la ville, prodiguant les soins les plus affectueux Ă nos vaillants soldats. Les sacrifices coĂ»tent peu quand il s'agit de secourir ceux qui ont versĂ© leur sang pour la dĂ©fense du pays. Toutes les maisons sont ouvertes aux blessĂ©s; tous rivalisent de zĂšle et de dĂ©sintĂ©ressement. On pourrait citer les noms de beaucoup de femmes qui sacrifiĂšrent tout Ă ce service pĂ©nible et de tous les instants ; nous relĂšverons seulement celui de Mademoiselle Barciet qui les surpassa toutes et mourut victime de tant de dĂ©vouement et d'abnĂ©gation. La rĂ©sistance aux progrĂšs incessants de l'ennemi est vaincue. Le 2 avril, le SĂ©nat nomme une commission de cinq membres chargĂ©e du gouvernement provisoire et le 3 avril, aprĂšs l'Ă©chec de la mission du duc de Vicence prĂšs des souverains Ă©trangers, dĂ©crĂšte que NapolĂ©on Bonaparte est dĂ©chu du trĂŽne et que le droit d'hĂ©rĂ©ditĂ© est aboli dans sa famille. Le lendemain, les marĂ©chaux consultĂ©s par l'Empereur, lui conseillent d'abdiquer. AbandonnĂ©s de tous, il renonce Ă la lutte. Il abdique le 6 avril. Ainsi le duel Ă mort que l'Angleterre avait provoquĂ© Ă©tait fini l'Anglais avait vaincu. Les troupes anglaises et portugaises entrĂšrent dans la ville d'Auch sans combat. Le conseil municipal se rĂ©unit le 22 mars. Le Maire et les adjoints dĂ©clarĂšrent qu'ils avaient donnĂ© leur dĂ©mission depuis le moment oĂč les troupes Ă©trangĂšres s'Ă©taient rendu maĂźtresses de la ville. Ils ne revinrent sur leur dĂ©cision que sur les instantes priĂšres de l'assemblĂ©e. Ils vĂ©curent d'ailleurs en trĂšs bonne intelligence avec les chefs des armĂ©es ennemies. PrivĂ© des journaux de Paris, Auch ignorait l'abdication de 170 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET ARCHĂOLOGIQUE DU GERS. l'Empereur et le retour des Bourbons. Un voyageur, venant de Toulouse, apporta le dĂ©cret du SĂ©nat et fit le rĂ©cit des Ă©vĂ©nements qui avaient suivi. AussitĂŽt l'imprimerie est assiĂ©gĂ©e, les feuilles sont arrachĂ©es des mains des ouvriers et publiĂ©es dans toute la ville. Les habitants et les officiers anglais arborent la cocarde blanche et se livrent Ă une grande joie. Le soir du 15 avril, le Maire d'Auch, accompagnĂ© du conseil municipal, des officiers anglais et d'un dĂ©tachement de la garde municipale, se prĂ©sente sur la place de la Mairie. La foule l'acclame ; le drapeau blanc est hissĂ© au faĂźte de l'HĂŽtel-deVille. Le Maire pousse le cri de Vive le roy ! » et la foule rĂ©pond par ceux de Vive Louis XVIII ! Vive lord Wellington ! Vivent les Anglais ! Vivent les souverains Ă©trangers ! » Les mĂȘmes acclamations retentissent sous la voĂ»te du porche de la cathĂ©drale et les manifestants accompagnent la municipalitĂ© jusqu'Ă la porte de la Mairie. Le dimanche suivant, un Te Deum est solennellement chantĂ© Ă l'Ă©glise Sainte-Marie; vainqueurs et vaincus se prodiguent des tĂ©moignages d'affection. M. Lagrange, pro-vicaire gĂ©nĂ©ral, termine la cĂ©rĂ©monie par un discours fort apprĂ©ciĂ© sur les bienfaits de la paix. Le 17 avril 1814, le Maire d'Auch, M. Thore, qui avait fidĂšleemnt servi l'Empereur et prĂȘtĂ© serment de fidĂ©litĂ© et dĂ©vouement fait voter par son conseil municipal une adresse au gouvernement provisoire de laquelle nous dĂ©tachons les deux phrases Quel Français pourrait se refuser Ă sanctionner de coeur les actes qui, en assurant le retour du souverain lĂ©gitime, nous offrent la garantie d'un bonheur permanent ». Les Membres du Conseil Municipal de la ville d'Auch hĂątent, par leurs voeux, le moment fortunĂ© oĂč, remontĂ© sur le trĂŽne de ses pĂšres, Louis-Stanislas-Xavier, roi de France DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 171 recevra le serment de fidĂ©litĂ©, d'obĂ©issance et de dĂ©vouement de ses fidĂšles sujets ». 3 Dans la sĂ©ance du 24 mai, le mĂȘme maire s'Ă©crie Le retour d'un descendant du Grand Henri au trĂŽne de ses pĂšres est une de ces circonstances qui fesant succĂ©der en France, Ă vingt-deux ans de calamitĂ©s, la perspective de la paix et du bonheur, doit ĂȘtre aussi celle d'offrir Ă sa majestĂ© l'expression de notre amour et de notre respect ». PremiĂšre visite Ă Auch de Son Altesse Royale le duc de Borgogne. Le 25 avril 1814, le Maire de Jegun est officiellement informĂ© que S. A. R. le duc de Bourgogne, venant de Bordeaux, traversera le territoire de sa commune dans la matinĂ©e du 26. Il donne aussitĂŽt l'ordre d'Ă©lever un arc de triomphe sur la route d'Auch au point oĂč le prince royal doit changer de relais. GrĂące au dĂ©vouement de tous, un monument simple et imposant, se dresse bientĂŽt Ă l'endroit dĂ©signĂ©. Il se compose de colonnes reliĂ©es par trois arceaux en forme de portique au milieu desquels flotte le drapeau blanc, encadrĂ© de fleurs de lis sur fond d'azur. Le lendemain matin, le PrĂ©fet du Gers, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, les conseillers de prĂ©fecture, le Maire d'Auch et ses adjoints, arrivent vers dix heures. Le maire et l'adjoint de Jegun, le coneil municipal, le curĂ©-doyen, le curĂ© de LĂ©zian suivis d'une foule immense sont dĂ©jĂ lĂ , La route est couverte de fleurs et de verdure. A onze heures, une sonnerie de cloches et des vivats nourris annoncent l'arrivĂ©e de S. A. R. Le Maire de Jegun, Ă la tĂȘte d'un long cortĂšge s'avance vers le Prince, lui souhaite la bienvenue, dĂ©crit l'enthousiasme des populations en apprenant le rĂ©tablissement des Bourbons sur le trĂŽne de France et le supplie de dĂ©poser aux pieds de Sa MajestĂ© l'expression du respect et de l'amour de tous pour le Souverain lĂ©gitime », 3 Pages 328 et 329. D. 7. Archives municipales d'Auch. 172 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Le duc de Bourgogne repartit au milieu des vivats et des acclamations. Le lendemain matin, 27 avril, la ville d'Auch reçut Ă son tour Son Altesse royale, le duc de Bourgogne et donna Ă ce prince les tĂ©moignages les plus Ă©clatants de son amour et de son attachement Ă la famille royale. M. Sentex, qui remplaçait le PrĂ©fet absent, le harangua longuement, l'assura du dĂ©vouement et du respect de toutes les populations du dĂ©partement et termina en ces termes son discours vivement applaudi Puisse votre auguste Epouse, Monseigneur, goĂ»ter de douces consolations dans une heureuse postĂ©ritĂ©. » Puissiez-vous, de concert, retracer les vertus de Blanche et de saint Louis, faire longtemps jaillir du trĂŽne, les prin cipes sacrĂ©s de la religion et de la moralitĂ© publique, seuls garants du repos et de la prospĂ©ritĂ© des Nations. » La garde nationale d'Auch Ă©tait rassemblĂ©e Ă la PorteNeuve; les troupes anglaises et portugaises Ă©taient Ă©galement sous les armes. Le Prince se rendit ensuite Ă la cathĂ©drale. Il fut reçu par l'Ă©vĂȘque d'Agen et le clergĂ© du diocĂšse. Il entra au milieu des cris de Vive le Roi ! Vive le duc de Bourgogne ! Vive les Bourbons ! » La vaste nef contenait Ă grand'peine la foule nombreuse accourue de fort loin. Il fut ensuite reçu Ă l'hĂŽtel de la PrĂ©fecture par M. le Maire d'Auch qui prĂ©senta les fonctionnaires de la ville et du dĂ©partement, et lui donna l'assurance qu'ils Ă©taient tous animĂ©s d'un profond sentiment de respect et de fidĂ©litĂ© pour leur souverain lĂ©gitime. DeuxiĂšme visite de Son Altesse Royale le duc de Bourgogne Ă Auch. Trois mois s'Ă©taient Ă©coulĂ©s depuis le passage de Monseigneur le duc de Bourgogne Ă Auch. La population auscitaine manifesta un si vif dĂ©sir de revoir le Prince dans sa ville que celui-ci voulut bien lui accorder une seconde visite. Elle eut DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 173 lieu le 24 juillet 1814. La rĂ©ception fut plus brillante, plus enthousiaste encore que la 1re. Le duc revenait de Bayonne oĂč il Ă©tait allĂ© visiter la ville et le port. Instruite de l'heure de son arrivĂ©e, la population, presque tout entiĂšre se porta Ă sa rencontre et, avec la garnison d'Auch, composĂ©e des 15e et 29e rĂ©giments de chasseurs Ă cheval, la garde urbaine, qui avait repris ce jour-lĂ son service depuis longtemps interrompu et une garde d'honneur formaient une double haie de civils et de militaires tous Ă©galement dĂ©vouĂ©s au nouveau gouvernement. Le Prince arrive Ă trois heures de l'aprĂšs-midi. Il est accueilli aux cris de Vive le roi ! Vive le duc d'AngoulĂȘme ! Les mĂȘmes acclamations l'accompagnent jusqu'au coeur de la ville oĂč il entre au son des cloches mĂȘlĂ© au bruit du canon. Aux portes du carrosse se tiennent Ă cheval M. le lieutenant-gĂ©nĂ©ral Doumerc et M. le MarĂ©chal-de-camp Barbeau. Les autoritĂ©s communales et dĂ©partementale suivent dans les autres voitures. Dans le parcours des rues d'Etigny et Dessoles, Son Altesse paraĂźt remarqur avec plaisir les ingĂ©nieuses dĂ©corations des maisons particuliĂšres. Des guirlandes de feuillage et de fleurs traversent la voie publique en tous sens formant de vrais berceaux de verdure ornĂ©s de couronnes, de devises et d'inscriptions. Sur la place royale se dresse un arc de triomphe, aux formes monumentales, imposant dans sa simplicitĂ©, portant au-dessus de l'entablement ces mots A l'heureux retour; nos voeus sont accomplis ». Le Conseil Municipal, dans sa sĂ©ance du 22 juillet 1814, avait sollicitĂ© l'autorisation de donner le nom d'AngoulĂȘme Ă la rue qui unit la place royale Ă la place de la CathĂ©drale. Il avait obtenu satisfaction et des plaques portant ces mots en lettres d'or Rue du duc d'AngoulĂȘme » Ă©taient fixĂ©es aux quatre extrĂ©mitĂ©s de la voie. L'illustre visiteur gagne l'HĂŽtel de la PrĂ©fecture, prĂ©parĂ© pour le recevoir dignement. Les autoritĂ©s civiles et militaires de la ville, les reprĂ©sentants de toutes les administrations, 174 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS. la noblesse, les chevaliers de l'Ordre de Saint-Louis, de la LĂ©gion d'Honneur, les officiers en retraite et de simples particuliers sont successivement reçus par Son Altesse Royale. Elle rĂ©pondit Ă tous les discours avec une bontĂ©, une grĂące exquises et retint Ă sa table, les gĂ©nĂ©raux Doumerc, Barbeau, les colonels du 15e et du 29e, le sous-prĂ©fet, le maire d'Auch, MM. Sentex, l'abbĂ© Lagrange, de MousquĂšres, commandant de la garde urbaine, de Vic, de Soupets, de Laclaverie aĂźnĂ© et de Cugnac. Le soir, il reçut plusieurs dames de la ville; il les accueillit avec cette courtoisie, cette distinction qui semblent l'apanage des descendants de Louis XIV. A neuf heures du soir, le duc d'AngoulĂȘme descendit sur la terrasse entourĂ© d'un cercle nombreux de privilĂ©giĂ©s admis Ă venir lui prĂ©senter leurs hommages. Il parut s'intĂ©resser au feu d'artifice tirĂ© en son honneur et aux accents de la musique de la garde urbaine qui fit entendre les deux morceaux de circonstance Vive Henri IV » et OĂč peut-on ĂȘtre mieux qu'au sein de la famille ». Tout concourut Ă donner Ă cette fĂȘte un Ă©clat exceptionnel. La soirĂ©e Ă©tait superbe; la brillante illumination rĂ©pandait au milieu de la nuit une vive clartĂ© dont tout le monde goĂ»tait la douceur et le charme. Le peuple manifesta son contentement par des feux de joie, allumĂ©s dans les divers quartiers de la ville et par des danses qui ne cessĂšrent qu'au matin. Le lendemain, 25 juillet, le Prince se rendit Ă la CathĂ©drale. Il y fut reçu par M. l'abbĂ© Lagrange, prit place sous le dais portĂ© par quatre chanoines et entendit la messe. En sortant de l'Ă©glise, il monta Ă cheval, passa la revue des 15e et 29e rĂ©giments de chasseurs qu'il fĂ©licita de leur bonne tenue. La voiture s'avança Ă ce moment et le duc de Bourgogne prit la route de Toulouse au milieu des vivats d'une foule nombreuse accourue de fort loin. DEUXIĂME TRIMESTRE 1930. 175 Le parcours d'Auch Ă Toulouse fut une suite de manifestations enthousiastes. Des arcs de triomphe se dressaient Ă l'entrĂ©e de tous les villages et les populations, venues de tous cĂŽtĂ©s, formaient une double haie, saluaient le Prince de leurs acclamations et de dĂ©charges de mousqueteries. Les habitants de Gimont se distinguĂšrent entre tous. Les maisons de la Grand'Rue, jusqu'aux plus humbles, Ă©taient pavoisĂ©es de fleurs, de verdure et les fenĂȘtres ornĂ©es de nombreux drapeaux blancs. A' suivre CHRONIQUE. SEANCE DU 3 AVRIL 1930. PRESIDENCE DE M. DE SARDAC, PRESIDENT. Sont prĂ©sents MM. BrĂ©gail, CadĂ©ot, le chanoine de Castelbajac, l'abbĂ© DaugĂ©, Hugon, Lahille et de Sardac. M. le PrĂ©sident rappelle Ă l'assemblĂ©e qu'elle a renvoyĂ© Ă la rĂ©union d'avril la dĂ©cision Ă prendre sur le projet d'excursion proposĂ© par M. le Chanoine de Castelbajac. AprĂšs un examen trĂšs attentif de la proposition et une Ă©tude sĂ©rieuse des divers, itinĂ©raires, les membres prĂ©sents dĂ©cident que la date du voyage sera dĂ©finitivement arrĂȘtĂ©e dans la prochaine sĂ©ance. M. Aubas s'Ă©tait plaint Ă maintes reprises du retard apportĂ© Ă la publication du Bulletin dont on lui avait confiĂ© la prĂ©paration. Ses rĂ©clamations n'ayant pas trouvĂ© l'Ă©cho qu'il espĂ©rait, il donna dĂ©mission de secrĂ©taire. Dans une lettre Ă M. le PrĂ©sident, M. Cocharaux, imprimeur, reconnaĂźt le bien fondĂ© des plaintes de M. Aubas ; il expose les causes multiples et imprĂ©vues qui ont causĂ© les retards successifs dans la publication des trois derniers bulletins. Il exprime ses regrets, s'engage Ă faire diligence et Ă regagner, dans l'annĂ©e 1930, les cinq mois de retard. M. Lahille, trĂ©sorier, expose ensuite que. le prix de vingt francs la page demandĂ© par M. Cocharaux pour l'impression du bulletin lui paraĂźt exagĂ©rĂ©. L'Ă©tat actuel des finances et de la SociĂ©tĂ© ne lui permet pas, malgrĂ© le. relĂšvement de la cotisation, de consentir a payer une somme supĂ©rieure Ă dix-huit francs. Il demande Ă M. Cocharaux d'accepter ce dernier prix. Celui-ci y consent et s'engage Ă fournir gratuitement les enveloppes des bulletins et les adresses. M. CADĂOT, poursuivant son Ă©tude sur la commune de Fleurance, expose avec des dĂ©tails trĂšs intĂ©ressants, les troubles religieux et politiques qui couvrirent le pays de ruines et de deuils. 176 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS. M. LAHILLE donne lecture du travail de M. BaquĂ© sur la vie privĂ©e au xvIe siĂšcle, Ă Vic-Fezensac. M. BaquĂ© souligne l'originalitĂ© du costume, le pittoresque de la rue et la simplicitĂ© de l'ameublement. Il dresse le tableau des nombreux mĂ©tiers et des multiples occupations des habitants, peint l'animation de la ville les jours de marchĂ©, fait revivre les vieilles coutumes des paysans et des bourgeois Ă cette Ă©poque dĂ©jĂ lointaine. L'ordre du jour Ă©tant Ă©puisĂ©, la sĂ©ance est levĂ©e Ă quatre heures. SĂANCE DU 5 JUIN 1930. PRESIDENCE DE M. DE SARDAC, PRESIDENT. Etaient prĂ©sents MM. BrĂ©gail, Chauvelet, Lahille, Monlaur, Nassans, Richon et de Sardac. Sont admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique 1° M. MAURENS Henri, nĂ©gociant Ă Fleurance, prĂ©sentĂ© par MM. NoĂ«l CadĂ©ot et de Sardac ; 2° M. l'abbĂ© ARGAGNON, curĂ© de Labastide-SavĂšs, par Samatan, prĂ©sentĂ© par MM. l'abbĂ© Dambielle et Monlaur ; 3° Mlle TROULA, 3, rue de la Monnaie, Ă Condom, prĂ©sentĂ©e par MM. Cocharaux et Lahille. M. BRĂGAIL donne lecture de son Ă©tude La rĂ©volution dans le dĂ©partement du Gers ; La fuite du roi, dit M. BrĂ©gail, ne fut connue Ă Auch que le 25 juin. Elle causa une trĂšs vive Ă©motion au sein du Directoire. Celui-ci fit publier une proclamation aux habitants du Gers pour les rassurer et leur imposer une confiance qu'il n'avait pas lui-mĂȘme. La nouvelle de l'arrestation du roi Ă Varennes provoqua partout une grande joie et rĂ©tablit la confiance. L'administration est transformĂ©e. Un grand conflit Ă©clate entre les nouveaux agents et les anciens qui refusent de rendre compte de leur gestion. Les tribunaux n'Ă©tant pas encore organisĂ©s, l'affaire n'eut pas de suite. Les biens du clergĂ©, mis Ă la disposition de l'Etat, furent vendus Ă de riches bourgeois qui Ă©difiĂšrent de scandaleuses fortunes, mais ne profitĂšrent guĂšre, au peuple. Seule la vente des monastĂšres et des communautĂ©s religieuses produisirent des sommes importantes. Les rĂ©coltes sont trĂšs mauvaises ; le Directoire dĂ©partemental fait de louables efforts pour nourrir les populations, s'impose de nombreux sacrifices et pendant que le peuple souffre, l'Espagnol menace notre frontiĂšre, affole les provinces du sud-ouest. Les Ă©lections a l'AssemblĂ©e LĂ©gislative confient le pouvoir Ă des hommes sages et modĂ©rĂ©s sauf Maribon-Montaut, ancien mousquetaire et Ichon, ancien supĂ©rieur des prĂȘtres de la CongrĂ©gation de l'Oratoire de Condom qui, tous les deux, prennent rang parmi les plus violents Montagnards ». La sĂ©ance est levĂ©e Ă 3 h. et demie. Le GĂ©rant COCHARAUX. SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS La SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS, fondĂ©e en 1891, reconnue par arrĂȘtĂ© du 29 mai 1894, a pour bat l'Ă©tude des monuments, de l'art et de l'histoire dans l'ancienne province de Gascogne et plus particuliĂšrement dans les pays qui ont formĂ© le dĂ©partement du Gers. Elle se propose de publier des ouvrages ou documents originaux relatifs Ă cette histoire. Les demandes d'admission sont adressĂ©es an PRĂSIDENT, et, aprĂšs l'avis conforme du Bureau, elles sont prĂ©sentĂ©es par lui Ă la sĂ©ance ordinaire suivante. Le montant de la cotisation est fixĂ© Ă la somme de DOUZE francs. Pour l'Ă©tranger, frais de poste en sus, soit 4 francs. Adresser tout ce qui regarde la rĂ©daction et l'envoi du Bulletin, les rĂ©clamations relatives Ă l'omission ou au retard des livraisons Ă M. AUBAS, secrĂ©taire-archiviste de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique, 8, rue Voltaire, Ă Auch. Tout ce qui regarde l'administration paiements, demandes d'anciennes livraisons, etc., doit ĂȘtre adressĂ© Ă M. LAHILLE, trĂ©sorier, 1, place Puits-deMothe, Auch. Pour les tirages Ă part des communications, s'adresser Ă M. COCHABAUX, imprimeur, rue de Lorraine, Auch. Il sera rendu compte, sauf les convenances, de tout ouvrage dont il aura Ă©tĂ© envoyĂ© un exemplaire. ChĂšques postaux C/C 4975 Les membres de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique ont tout intĂ©rĂȘt et sont priĂ©s d'adresser le montant de leur cotisation au trĂ©sorier en se servant du chĂšque postal. ModĂšle d'adresse TOULOUSE C/C 4975. M. LAHILLE, TrĂ©sorier de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers, 1, place Puits-de-Mothe, Ă Auch. Le coĂ»t du mandat est de 0 fr. 25, quelle que soit la somme envoyĂ©e. Les bureaux de poste et facteurs-receveurs leur dĂ©livreront gratuitement les formules de mandats-cartes spĂ©ciales au service des chĂšques postaux. Il suffira d'y inscrire le montant de la somme envoyĂ©e avec le numĂ©ro et l'adresse ci-dessus. AUCH. â IMPRIMERIE COCHARAUX, RUE DE LOBBAINE. BULLETIN DE LA DU GERS XXXIme ANNĂE. â 3me Trimestre 1930 et 4me AUCH IMPRIMERIE BREVETĂE F. COCHARAUX 18, RUE DE LORRAINE, 18 1930 TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 177 COMMUNICATIONS. LES CHANSONS POPULAIRES Des PyrĂ©nĂ©es Française PAR M. JEAN POUEIGH Suite Pastourelles diverses ADIU, BIELLE E BILHĂRES ADIEU, BIELLE ET BILHĂRES Au coigt de Marie Blangue, bis Las planes deu Benou, Que la doun doun dĂšne, Las planes deu Benou, Que la doun doun dou. Au soun de la tecouĂšre U arbre cargat de flous. Que j'a bĂšre pastoure Qui-n goarde lous moutous. 12 178 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS Ere s'ei adroumide A l'oumbre deu bruchou. Quoand ere s'en desbelhe, Perguts n'a tous moutous. Ailas ! de jou, praubete, Ailas ! moun darrĂš jour ! Si m'en bau ta moun pĂšre, PrĂ©nera lou bastou; Si m'en bau ta ma mĂšre, Mourira de doulou; Si m'en bau ta moun frĂšre, Passara l'arraujou . M'irĂši au bĂšt bouscatge, Ce um hĂšn lous auserous; BeberĂši Ă l'aiguete, Coum hĂšn lous pesquitous. » Oy ! lous baquĂšs de Bielle Que soun bous coumpagnous. Que la s'an anlhebade Taus bousquets deu Benou. Quoand ere j'ei entrade Blanguc n'ei coum lou sou; Quoand ere s'tĂ© debens la bigne, NĂšgre coum u carbou. Adiu, Bielle e BilhĂšres, bis Las planes deu Benou, Que la doun doun dĂšne, Las planes deu Benou, Que la doun doun dou. Y pecherĂši l'erbĂšte, Coum hĂšn lous agnerous; [VallĂ©e d'Ossau] Trad. â Au col de Marie-Blanche, â Les plaines du BĂ©nou, â Que la don don daine, â Les plaines du BĂ©nou, â Que la don don don. **H Au sommet de la hauteur â Est un arbre chargĂ© de fleurs. i.** Il y a belle bergĂšre â Qui garde ses moutons. * Elle s'est endormie â A l'ombre du buisson. ,** Quand elle se rĂ©veille, â Perdus sont les moutons. / HĂ©las ! de moi, pauvrette, â HĂ©las ! mon dernier jour est arrivĂ©. ^ Si je vais trouver mon pĂšre, â Il prendra le bĂąton; **H Si je vais trouver ma mĂšre, â Elle mourra de douleur; *** Si je vais trouver mon frĂšre, â Il passera sa rage sur moi. /* Je m'en irai au bocage, â Comme font les petits oiseaux; *'* Je brouterai de l'herbe, â Comme font les petits agneaux; ..** je boirai de l'eau claire, â Comme font ies petits poissons. » ** Mais les vachers de Bielle â Sont de lions compagnons. *** Ils lont enlevĂ©e â Vers les bosquets du BĂ©nou. J\t Quand elle y est entrĂ©e, â Blanche elle est comme le soleil; *** Quand elle en est sortie, â Noire comme un charbon. *** Adieu, Bielle et BilhĂšres â Les plaines du BĂ©nou, â Que la don don daine, â Les plaines du BĂ©nou, â Que la don don don. Chant fort rĂ©pandu en Ossau, oĂč sont situĂ©s les villages de Bielle et de BilhĂšres. Bielle est l'ancienne capitale de la vallĂ©e, assise au pied du mont BĂ©nou. BilhĂšres s'accroche au-dessus, Ă mi-chemm des pĂąturages, â les plaines du BĂ©nou. Tout en haut, le col de Marie-Blanche sert de passage entre les vallĂ©es d'Ossau et d'Aspe. Le dĂ©but de la chanson varie suivant les localitĂ©s. A Bielle et Ă BilhĂšres il n'est pas question de Au coigt de Marie Blanguc ». Ce premier vers est remplacĂ© par " Adiu Bielle e BilhĂšres » Ă Bielle, et par Adiu, adiu, BilhĂšres », Ă BilhĂšres. La poĂ©sie s'arrĂȘte souvent aprĂšs la douziĂšme strophe. Comme aussi, une autre version remplace les 13e, 14e, 15e et 16e versets par les deux suivants M'en harĂši bourrassetes Dab hoelhes d'aberou. M'en harĂši esplinguetes Dab bĂšt broc d'aragnou. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 179 Trad. â Je me ferai des langes â Avec des feuilles de jeune sapin. Je me ferai des Ă©pingles â Avec un joli bout des Ă©pines de prunellier. La mĂ©lodie, que j'ai notĂ©e en rythme ternaire, se chante aussi et Ă BilhĂšres notamment sur un rythme binaire. Mais ce caractĂšre dĂ©cidĂ© en dĂ©nature le sentiment pastoral, que le lent balancement des trois parties du temps conserve tel que les montagnards le cadencent. Une seconde version mĂ©lodique existe, qui me fut dictĂ©e Ă BilhĂšres encore; elle est Ă deux-quatre, et toute diffĂ©rente de ligne; moins intĂ©ressante musicalement que la premiĂšre et assurĂ©ment plus rĂ©cente, cette mĂ©lodie ne mĂ©ritait point d'ĂȘtre publiĂ©e ici. On la trouvera insĂ©rĂ©e dans les Reclams de Biarn e Gascougne Avril 1923, p. 116, auxquels je l'ai communiquĂ©e. LA BERGĂRE AUX CHAMPS N'y a rien d'aussi charmant Que la bergĂšre aux champs; Quand elle voit la pluie, DĂ©sire le beau temps, Afin que la bergĂšre Puisse passer son temps. 180 SOCIETE D' HISTOIRE ET D ARCHEOLOGIE DU GERS Son aimant va la voir, Le matin et le soir, En lui disant " La belle ! La belle, Ă©veillez-vous ! Les montagnes sont claires, Le soleil est partout. » Quand la bergĂšre entend La voix de son aimant, EU' met sa robe verte, Son joli cotillon, S'en va ouvrir la porte A son aimant mignon. Berger, mon doux berger, OĂč irons-nous garder ? â LĂ -haut, sur la montagne, Joli vallon il y a Nous garderons ensemble, Parlera qui voudra. â Berger, mon doux berger, Qu'aurons-nous pour dĂźner ? â Un plat de bĂ©cassines, Un autre de perdrix, Afin que la bergĂšre Eusse plus d'appĂ©tit. â Berger, mon doux berger, Qu'aurons-nous pour souper ? â Un plat de pommes vertes, Un autre de gĂąteaux, Et du bon vin d'Espagne Que j'ai dans mon manteau. â Berger, mon doux berger, OĂč irons-nous coucher ? â LĂ -bas, dans cette plaine, Un vieux chĂąteau il y a Nous coucherons ensemble, Parlera qui voudra. â Berger, mon doux berger, J'entends quelqu'un marcher; Peut-ĂȘtre c'est mon pĂšre, Qui vient pour nous chercher. Embrassons-nous, dit-elle, Et laissons-le passer. » [Foix, Couserans] Var. â 5. Et moi pauvre bergĂšre, â 6. Comment passer mon temps. â 11. Les moutons sont en plaine, â 26. Et de quoi vivrons-nous ? â 27. Nous vivrons d'alouettes, â 28. De perdrix, de gĂąteaux, â 44. ... crier; â 47. Couchons-nous sur l'herbette. Pastourelle charmante, pour le moins, autant que la pastoure elle-mĂȘme. Populaire entre toutes, de la Gascogne au Languedoc, et dans la France entiĂšre. Parmi les trĂšs nombreuses variantes pyrĂ©nĂ©ennes, l'une d'elles prĂ©cipite le rythme du majeur et le ponctue d'allĂšgres E roun loun loun. â E roun lan lai. Mais combien le grave mineur de notre seconde mĂ©lodie a plus de caractĂšre et Ă©voque mieux la bergĂšre en montagne ! TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 181 LA BERGERE E LOU BIGNE LA BERGĂRE ET LE VIGNERON Quoand lou bignĂš s'en ba Ă la bigne, bis A la bigne per trabalha. bis BĂšre bergĂšre l'y biĂ© bĂ©dĂ© BignĂš, sount bous lous abrignous ? â BergĂšre, entrat dehĂ©ns la bigne, Bejats si-n y a de boste goust. » Quoand Ăšre 'stĂ© dehens la bigne, Nou n'y trouba nat au sou goust. BergĂšre, entrat dens la cabane, Aquiu n'aurat au boste goust. » Quoand ere estĂ© dens la cabane, Que n'y trouba u au sou goust. Las auts bergĂšres que l'an criden BergĂšre, oun as lous tous moutous ? â Que-us Ăši lĂ -bach, 'n aceres prades, Que-us me goarden lous auts pastous. â BergĂšre, nou-t hides aus ĂŽmis, Sustout aus qui soun jougadous. 182 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS De mati joguen las doubletes, De part de brĂšspe lous doublous. E puch, aprĂšs, quoand se retiren, CĂšrquen de brut Ă lurs maisous; Gahen la barre de la porte, Trucs e patacs sus Mariou. Si Ăšren aqueres las proumessĂšs Qui m'abĂšs dit en han l'amou LabĂ©ts qu'Ăšren mouchouĂšrs de sede; Are, qu'ei lates d'aberou. â LabĂ©ts, tu qu'Ăšres ma mestresse bis Are, nou-n soi, jou, serbidou. » bis [VallĂ©e d'Ossau] Trad. â Quand le vigneron s'en va Ă la vigne, â A la vigne pour travailler. *** Belle bergĂšre l'y vient voir â Vigneron, sont-ils bons les brugnons ? *** âBergĂšre, entrez dans ma vigne, â Voyez s'il y en a Ă votre goĂ»t. » *** Quand elle fut entrĂ©e dans lavigne, â Elle n'en trouva pas un Ă son goĂ»t..*** BergĂšre, entrez dans la cabane, â LĂ , il y en aura Ă votre goĂ»t. » Quand elle fut entrĂ©e dans la cabane, â Elle en trouva un Ă son goĂ»t. *** Les autres bergĂšres lui crient â BergĂšre, oĂč as-tu tes moutons ? ** â Je les ai lĂ -bas, dans ces prairies, â Me les gardent les autres bergers. * â BergĂšre, ne te fiĂ© pas aux hommes, â Surtout Ă ceux qui sont joueurs. *** Le matin ils jouent les doubles, â L'aprĂšs-midi les doublons. *** Et aprĂšs quand ils se retirent, â Ils cherchent querelle Ă leur maisonnĂ©e ; *** Ils saisissent la barre de la porte, â Coups redoublĂ©s sur Marion. ** Si c'Ă©taient lĂ les promesses â Que tu m'avais faites en faisant l'amour *** Alors c'Ă©taient les mouchoirs de soie, â A prĂ©sent, ce sont gaules de jeune sapin. ** â Alors, tu Ă©tais ma maĂźtresse â A prĂ©sent, je ne suis pas, moi, ton serviteur.» TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 183 LA BERGĂRE ET LE CAVALIER Chanson d'une aimablo bergĂšro Qui est lĂ dans ces vallons, Gardant ses blancs moutons Le long d'un bois, sur la fougĂšro, 'Il a su bien attraper Un jeune chivalier. La bergĂšre est au pĂąturageo, Lorsque vient Ă passer Ce joli chivalier. Il aperçoit son beau visageo, Et voyant ses beaux yeux N'en devient amoureux. Le chivalier mit pied Ă terro Et, sans point d'embarras, Estaquo soun chival A un piquet de la barriĂšro, Croyant de caresser Cette raro beautĂ©. La pastouro ruseyo et fino, S'est mise Ă crier Mes moutons sont au blĂ© ! J'entends lĂ -bas quelqu'un qui crido Attendez-moi ici ! Je m'en vais revenir. » La bĂšlo, passant par darriĂšro, Dret au chival est allĂ©e, Dessus elle y est mountĂ©e; Harditoment gagno la plaino, Frappo del esperoun Coum' un gaillard dragoun. ArrĂȘte, belle, je t'en prio, RĂȘte-toi un moument, Si tu as le cor vaillant; Sur mon cheval, dans ma vanso, Moun or et moup argent N'est enfermĂ© dedans. 184 SOCIETE D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS â Gardez mes moutons Ă ma plaço, Vous sirez bon berger, Mon pĂšre est bon fermier Vous donnera pa et froumageo, Le leit de ses berbis Pourra vous rafraĂźchir. â Ah ! que les fill' ont de maliço, Dit l'chivalier plourant J'ai perdu cinq cents francs Mon beau chival et ma variso; Maudit soit-y l'amour Qui m'a jouguĂ© ce tour. » [Foix, Couserans] D'origine française, cette forme de L'Occasion manquĂ©e a dĂ» donner naissance Ă la version romane placĂ©e ci-aprĂšs, sous le titre, qui lui est propre, de La Perdits. Mais la pastoure pyrĂ©nĂ©enne se borne Ă bafouer son galant d'occasion; tandis que notre franciote » bergĂšre lui dĂ©robe son argent â tout comme nous le verrons faire Ă la jeune Isabeau. LA BERGERE ET LE CHASSEUR DU ROI A l'Ăąge de quinze ans, mon pĂšre me marie; bis M'envoie-t-aux champs pour les moutons garder Moi qui Ă©tais trop jeunette, je m'en suis allĂ©e. A l'ombre d'un grand bois, je me suis endormie. Vient Ă passer un beau chasseur du Roi; Il me dit La bergĂšre, n'avez-vous point froid ? Bell', si vous avez froid, vous n'avez qu'Ă le dire. J'ai mon manteau, je vous en couvrirai; Mon joli coeur en gage, je vous l'offrirai. â De votr' manteau, ni d'vous, guĂšre ne m'en soucie... Quoique j'en sois, jeun' fille Ă marier, J'ai mon honneur encore, je veux le garder. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 185 â Pour qui le gardez-vous, bergerette ma mie ? â Je l'veux garder pour mon» mignon berger; Au son de la musette, m'apprend Ă danser. â Belle, de ton mignon, n' faut pas que tu t'y fies S'est engagĂ© au service du Roi; Je suis son capitaine, je peux le savoir. â Mon pĂšre dans Paris n'a connaissance amie, bis Le Roi Bourbon est si brave garçon Reviendra de la guerre, mon amant mignon. » [Couserans, Gascogne, Languedoc] Var. â 1. A l'Ăąg' de quatorze ans... â 2. Il m'a donnĂ© en gage un bouton dorĂ©, â 3. Je suis fille honnĂȘte, je veux le garde. â Et moi, jeune bergĂšre, m'faut toujours marcher. â 4. ...buisson, la belle s'est endormie. â 6. Qui demanda La belle, si vous avez froid ? â RĂ©veillez-vous la belle, n'auriez-vous pas froid ? â 7. Si vous avez froid, nous ferons couverture â 8. Avec mon manteau gris et ma capote aussi â 9. Mon petit coeur en gage, s'il vous fait plaisir. â 10. De votre gentil coeur, je vous en remercie . â 11. Y a pas trois jours que j'en suis mariĂ©e; â 12. L'anneau de ma main blanche, je veux le garder. â 13. Belle, de ton honneur, que veux-tu donc en faire ? â 14. Je l'veux garder pour mon mignon berger, â 16. Qui joue de la musette et qui me fait danser. â 16. De ton mignon berger, ne fais pas tant la fiĂšre. â 18. ...depuis hier au soir. â 19. Qu'il se soit engagĂ©, ce n'est point impossible â 20. Je l'vois descendre, lĂ -haut dans ces vallons â 21. Eh bien ! monsieur, bonsoir, nous partons. â Reviendra de la guerre, nous nous mariederons. LA BERGĂRE ET LE FILS DU ROI Entre Paris et Besançon, Il y avait une bergĂšre, Qui gardait ses blancs moutons Le long de la riviĂšre. Un jour, le loup sortant du bois Avecque sa bouche ouverte, La plus belle de son troupeau La belle en fit la perte. 186 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS La belle s'y est mise Ă pleurer Sainte Vierge Marie ! Celui qui m'rendra ma brebis Il sera mon amie. » Le fils du Roi n'entend cela, Il met la main Ă son Ă©pĂ©e; S'en va faire un tour au bois, La brebis a trouvĂ©e. Tenez, belle, votre brebis, Remettez-la avec les autres; J'vous ai fait un grand plaisir, Vous m'en ferez un autre. â Eh ! oui, Monsieur, avez raison; Pour vous payer de vos peines Mon pĂšr' tondra les moutons, Il vous donnera la laine. â Je ne suis pas marchand drapier, Ni revendeur de laine; Permettez-moi un doux baiser Pour soulager mes peines. â Attendez donc vingt et un ans, Je sera fille gentille, Nous parl'rons de fair' la cour Sur l'herbette fleurie. » [Foix, Gascogne, Languedoc] Var. â I. ...Saint-Denis, â 3. ... brebis. L'une des plus anciennes pastourelles de la lyrique française. On en trouve traces dĂšs le treiziĂšme siĂšcle. Certains auteurs la connaissent sous le titre de La Brebis sauvĂ©e du loup. La chanson Mon pĂšre avait cinq cents moutons, classĂ©e quelques pages plus loin, traite mĂȘme sujet et prĂ©sente un texte en partie semblable Ă celui-ci. LA BERGĂRE E LOU PASTOUREL LA BERGĂRE ET LE PASTOUREAU Abal, dins la pradeto, A tout le tour d'un roc, CĂšrqui mas amouretos, Las trobi pas enloc. Si tant las Ăši cercados, Troubadetos las Ăši, A naut, sus la mountagno, Que garda sous agnĂšls. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 187 Diu de bounjoun, bergĂširo ! Benets bous sĂšire aci, Sus la berdo fougĂširo, Manjaren l'esperti. » Tout coupant la panoto, Quel brigand trahidou, Sus ma blanco gauteto, M'a raubat un poutou. Praqui ben Ă passa Un chibaliĂš ou dous Atal, atal, bergĂširo, Fai bous baisa's pastous ? â Perque atal le baisi, Perque atal me plai; Le pastourĂšr m'agrado, Le boli acountenta. â Se qu'ende iĂšu, bergĂširo, Ne boulguios faire atal, Te croumparai 'no raubo E mai un debantal. â Moussu, nou bous counĂ©gui, Nou sĂ bi pas d'oun Ăšts; Croumpats bostros raubetos A las que couneguĂšts. » [Mirepoix, Sault] Var. â 1. Un joun, que s'y proumeno, â 2. Y a 'n pastre malhurous â 3. De cabano en cabano â 4. Ba cerca sas amours. â 6. ... a, â 8. ... lou bestia. â 9. En digues-tu... â11. Mas paraulos doucetos â 12. Fan creiche tous agnets. Trad. â LĂ -bas, dans la prairie, â Tout autour d'un rocher, â Je cherche mes amours âEt ne les trouve nulle part. *** Tant les ai cherchĂ©es, â Que trouvĂ©es les ai, â LĂ -haut sur la montagne, â Qui garde ses agneaux. *** Dieu de bonjour, bergĂšre ! â Venez vous asseoir ici â Sur la verte fougĂšre. â Nous mangerons le goĂ»ter. » *** Tout en coupant le pain, â Ce brigand traĂźtre, â Sur ma blanche joue, â M'a ravi un baiser. ** Par lĂ vient Ă passer â Un chevalier ou deux â Ainsi ainsi, bergĂšre, â Vous vous faites embrasser par les pasteurs ? *** â Parce qu'ainsi je l'embrasse, â Parce qu'ainsi me plaĂźt; â Le pastoureau me convient, â Je le veux contenter. ***â Si avec moi, bergĂšre, â Tu voulais faire ainsi, â Je t'achĂšterais une robe â Et aussi un tablier. *** â Monsieur, je ne vous connais pas, â Je ne sais pas d'oĂč vous ĂȘtes; â Achetez vos robes â A celles que vous connaissez. » Cette pastourelle n'est point localisĂ©e dans la rĂ©gion languedocienne de la chaĂźne oĂč je l'ai recueillie, Ă Montferrier, Ă MontsĂ©gur et Ă BĂ©lesta. La partie gasconne la chante Ă©galement, mais la bergĂšre y tĂ©moigne de moins de complaisance envers le pasteur et l'on n'y voit point dĂ©filer de cavaliers. Comminges et Couserans m'ont livrĂ© plusieurs piĂšces de cette forme-lĂ , dont CĂ©nac-Moncaut a publie une version, sous le titre Lou Pastou refusat. 188 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS LA BERGĂRE ET SON FRĂRE SIMON Un chevalier vient Ă cheval, Et il s'en va dans la prairie Bonjours, bergĂšre, bergerie. Combien gardez-vous de moutons ? Vous et moi nous les garcterons. â Je les garderai bien sans vous, Retirez-vous, amant volage, Voici la pluie, voici l'orage, Voici le temps qui va change, Je vous prie de vous retirer. â Belle, si tu voulais m'aimer, LĂ -haut, dedans une chambrette, j'ai une tant jolie boursette, Le diamant d'or que j'ai au doigt, Si tu m'aimais, seraient pour toi. » Quand la belle n'entend parler Du diamant d or, de la boursette, Par terre son bĂąton ell' jette Garde les moutons qui voudra, Avec mon amant je m'en vas ! » Quand ils fur'nt au milieu du bois, La belle s'est jetĂ©e par terre RelĂšve-toi, soeur malheureuse, RelĂšve-toi de l'abandon, Car je suis ton frĂšre Simon. â Puisque mon frĂšre vous Ă©tiez, Pourquoi m'avoir si tourmentĂ©e ? Ne dites rien Ă ma mĂšre, Ni Ă quelqu'un de mes parents, Car je passerais mal mon temps. [Foix, Couserans] â Mais nos parents n'en sauront rien, N'y aura que toi et moi, la belle. » La leçon ariĂ©geoise est incomplĂšte il y manque notamment les couplets du dĂ©but, oĂč le frĂšre de la bergĂšre, Simon, revenant aprĂšs sept ans d'absence, s'inquiĂšte de sa soeur et fait Ă leur mĂšre gageure de la dĂ©baucher. Mais telle quelle, le sens en est suffisamment complet. Et ceci prouve derechef que le peuple a tendance Ă ne retenir d'une chanson que les couplets essentiels. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 189 LA BERGĂRE ISABEAU Tout prĂšs du rivageo, Le long d'un ruisseau, Etant Ă l'ombrageo, La jeune Isabeau, Gardant son troupeau Dans le bois suletto, Son coeur y languit De voir son ami. M' suis approchĂ© d'Ăšlo, Je me suis assis, J'y ai dit " La bĂšlo, Votre bergerie M' fait venir ici, Sous ce bel feuillageo, Et ma compagnie S'il vous fait plaisir. » Me rĂ©pondit-elle Monsieur, pourquoi non ? Les amours sont belles En toute saison. L'ombrage est fort bon Sous ce bel feuillageo, Les amants y vont Chanter des chansons. » J'ai pris ma musetto, Mon petit bioulon, Assis sur l'herbetto, Chante une chanson. La jeune Isabeau, CharmĂ©e de l'entendre, Quitte ses sabots, Danse sous l'ormeau. La voyant si bĂšlo Et si dĂ©gagĂ©e, J'y ai dit La bĂšlo ? Voudriez-vous m'aimer ? â J'aime mon berger Qui est joli et sage, Et je l'aimerai Tant que je vivrai. â Ton berger, la bĂšlo, N'est qu'un paysan, Il est bien dommageo Qu'il soit ton aimant. Quitto ton troupeau, Ta fortune est faite De cinq mille francs Je t'en fais prĂ©sent." 190 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS La bergĂšro, fino, L'a pris cet argent, Faisant bonne bino A son courtisan. Dans le mĂȘme instant N'a pris sa houletto, S'en va dans les champs R'joindre son aimant. Petite fripouno, Rends-moi cet argent; C'est pas la maniĂšro Qu'on fait aux aimants. â Je m'en anirai Dedans mon villageo, Avec mon berger Je me marierai. » [Foix, Couserans] Var. â 4. BĂšlo l'Isabeau. â 9. Je m'approche... â 14. ...bert... â 21. Les amours sont bons. â 32. Sur le vert gazon. â 34. Les pieds dĂ©gagĂ©s. â 36. Voudrais-tu.... â 57. ..coquine. â 616. Avec cet argent. Assez rĂ©pandue en Toulousain, Foix, Couserans, Comminges, la chanson de la jeune et belle Isabeau est Ă©galement populaire dans les Alpes, le Vivarais et autres provinces. Elle narre Ă sa façon la traditionnelle aventure de la bergĂšre courtisĂ©e par un homme de qualitĂ© et le frustrant, non seulement de sa propre personne, mais encore de son argent Ă lui. Des diverses variantes mĂ©lodiques notĂ©es par moi, et toutes de mĂȘme type, j'ai choisi celle de la fuxĂ©enne vallĂ©e de La BarguillĂšre, en conservant au texte sa forme patoisĂ©e. BERGĂRO NANĂTO BERGĂRE NANETTE Ma maire m'a lougado Per garda lous moutous; bis Per garda lous moutous, BergĂšro Naneto, Per garda lous moutous, BergĂšro aNnoun. Jou n'en gardi pas gaire, N'ai pas que trento-dous. Les gĂ rdi pas souleto, M'ai lougat un pastou. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 191 A cado rebirado Me demando un poutou. Un poutou n'es pas gaire, Moussu, prenets-boun dous. Soun paire, Ă la finĂšstro, N'entend aquel discours Ac dirai Ă ta maire Que toutjoun fas l'amour. â Elo ja l'a prou faito, Aro n'es Ă moun tour. â Se fas atal, ma filho, Tastaras del bastoun; bis Tastaras del bastoun, BergĂšro Naneto, Tastaras del bastoun, BergĂšro Nanoun. » [Foix, Toulousain]. Trad. â Ma mĂšre m'a louĂ©e â Pour garder les moutons; â Pour garder les moutons â BergĂšre Nanette, â Pour garder les moutons, â BergĂšre Nanon. *** Je n'en garde pas beaucoup, â Je n'en ai que trente-deux. *** Je ne les garde pas seulette, â J'ai louĂ© un pasteur. *** A chaque rĂ©partie â il me demande un baiser. *** Un baiser n'est pas grand'chose, â Monsieur prenez-en deux. » *** Son pĂšre, de la fenĂȘtre, â Entend ce discours *** Je dirai Ă ta mĂšre â Que toujours tu fais l'amour. *** Elle l'a assez fait, â Maintenant c'est Ă mon tour. *** Si tu fais comme cela, ma fille, â Tu goĂ»teras du bĂąton; â Tu goĂ»teras du bĂąton, â BergĂšre Nanette, â Tu goĂ»teras du bĂąton, â BergĂšre Nanon. » Autre version Quoand n'Ăšri petitoto, GcardĂ bi lous aucous; bis GoardĂ bi lous aucous, BergĂšro Naneto, GoardĂ bi lous aucous, BergĂšro Nanou. Aro que-n soui granoto, M'en goĂ rdi lous moutous. Jou nou-n goardi pas gouaire, Nou n'Ăši que bint-e-dous. Tout dio que-us hĂši pĂšche A l'oumbro d'un bruchou. L'aut' sĂ©, quoand m'aplegĂ bi, TroubĂši lou joen pastou. 192 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D ARCHEOLOGIE DU GERS Hou ! bergĂšro Naneto, De qui soun lous moutous ? â Lous moutous soun deu meste, Ra pastouro de bous ». Arc nou-s goardi soulo, L'Ăši pres ta coumpagnou. A cado rebirado Que-m balho un poutou. Be-m dise Ă ta maire Que jou que-t hĂši l'amou. â Naneto qu'es trop joĂšno En ta parla d'amou. â Marnai, l'abets prou hĂšits, Adaro qu'ei Ă jou. L'Ăšrbo deu prat tant courto Dio e noeit crech Ă pous; E jou tabĂ©, ma maire, CrĂ©chi coum bĂšro flou; bis CrĂ©chi coum bĂšro flou, BergĂšro Naneto, CrĂ©chi coum bĂšro flou, BergĂšro Nanou. [VallĂ©s de Bethmale, Gascogne.] Var. â 31. Tau bĂšn'ras joĂšnos hilhos â 32. Au pĂš de lour amou. Trad. â Quand j'Ă©tais petiote, â je gardais les oisons; â Je gardais les oisons,â BergĂšre Nanette, â Je gardais les oisons, â BergĂšre Nanon. /* Maintenant que je suis grandette, â Je garde les moutons. Ăź* Je n'en garde pas beaucoup, â Je n'en ai que vingt-doux. *** Toute la journĂ©e je les fais paĂźtre â A l'ombre d'un buisson. /* L'autre soir, quand je me retirais, â Je rencontrai le jeune pasteur. *** Ho ! BergĂšre Nanette, â A qui sont les moutons ? *; Les moutons sont au maĂźtre, â La pastoure est Ă vous. » ..** Maintenant je ne les garde plus seule, â Je l'ai pris le jeune pasteur pour compagnon. ,>* A chaque rĂ©partie â Il me donne un baiser. ,*s Je vais dire Ă ta mĂšre â Une je t'ai fait l'amour. ** â Nanette, tu es trop jeune â Pour parler d'amour. j% Maman, vous l'avez assez fait, â Maintenant c'est Ă moi de le faire. ,*.s L'herbe du prĂ© tant courte â Jour et nuit croit rĂ©guliĂšrement selon le rythme du pouls ; *** Et moi aussi, ma mĂšre, â Je pousse comme une jolie fleur; â je pousse comme une jolie fleur, â BergĂšre Nanette, â Je pousse comme une jolie fieur, â BergĂšre Nanon. » L'aventure de la bergĂšre qui se laisse ou non embrasser par un berger de son choix ou par quelque cavalier passant, se retrouve diversement traitĂ©e en bien des leçons Voyez plus haut, La Bergeiro c lou Pastourel. Comment, devant la similitude, la divergence, l'interpolation des diffĂ©rents textes, dĂ©mĂȘler avec certitude ce qui appartient en propre Ă la poĂ©sie de telle chanson plutĂŽt qu'Ă telle autre ? La version de Foix se chante tout le long de la vallĂ©e de l'AriĂšge, dans le Toulousain et au-delĂ . La version de Bethmale â commune au Couserans, au Comminges, Ă la Bigorre â se retrouve Ă©galement identique en BĂ©arn, sauf que le pasteur de la bergĂšre Nanette s'y appelle Ninon, et que, çà et lĂ , la. premiĂšre strophe reste analogue Ă celle par quoidĂ©bute la fuxĂ©enne. L'air original semble ĂȘtre celui de Foix, d'une absolue nettetĂ© de ligne sur un rythme franc de montagnarde. Ce timbre, Ă©vocateur du nasillement de la musette, TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 193 a subi ailleurs maintes dĂ©formations. La seule variante intĂ©ressante est la mĂ©lodie que j'ai notĂ©e en Bethmale; dans cette vallĂ©e, notre chanson de danse a transformĂ© sa cadence et son caractĂšre pour devenir un chant contemplatif, d'expression adorable et de coloris pastoral. LA BERGĂRE SEULETTE Un jour, tout en me promenant Le long d'un petit bois charmant, J'ai entendu la voix d'une bergĂšre Qui chantait bien une chanson nouvelle. De si loin qu'elle m'aperçut, La bergĂšre ne chanta plus Chantez, chantez, mon aimable bergĂšre, Recommencez cette chanson nouvelle. â O mon aimant, ne puis, chanter, Car suis seulette dans ces prĂ©s, J'ai mon troupeau lĂ -bas, dans le bocage, Je crains le loup qu'il ne fasse ravage. 13 194 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â O ma bergĂšre, si tu veux, Nous le garderons tous les deux; Nous en irons lĂ -bas, dans le bocage, Nous y prendrions le plaisir Ă l'ombrage. â O vignerons, tailleurs du bois, Coupez la vigne du haut en bas; Ne coupez pas le sarment de la treille, Qui fait couler le vin dans la bouteille. â Et au plus bas nous la couperons, De ce bon vin nous en boirons; De ce bon vin qui brille dans le verre, Qui fait chanter la jeunesse sur terre. Buvons un coup, buvons-en deux, A la santĂ© des amoureux; A la santĂ© de ma chĂšre maĂźtresse, Sans oublier l'aimant qui la caresse. [Couserans, Foix]. Var. â 5. ... que j'ai entendue, â 7. ... aimable pastourelle, â 8. Finissez donc... â 10. ...boues; â 14. Nous nous marierons tous les deux; â Nous y trouverons des fontaines merveilles, â 16. Nous y prendrons des plaisirs sans pareilles. â 19. ...la branche... â 20. Qui nous maintient... â 24. ... Ă merveille. Les trois derniĂšres strophes n'ont aucun rapport avec les quatre qui les prĂ©cĂšdent. Cependant, interpolĂ© ou non, ce texte m'a Ă©tĂ© plusieurs fois dictĂ© de la sorte en pays ariĂ©geois. Disparate qui se reprĂ©sente ailleurs, puisque deux autres versions prĂ©cĂ©demment recueillies dans les Alpes et en VendĂ©e, offrent un assemblage analogue. Et cela donne Ă penser que la poĂ©sie de la chanson ne nous est point parvenue avec son sens complet. La mĂ©lodie a, tonalement, grand caractĂšre. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 195 LA COUFESSIOU LA CONFESSION Jou me coufĂšssi, PĂšro, Le cor plĂš de doulou, D'abĂ©, sus la fougiĂšro, Badinat ambĂ© Pierrou. Pertant, m'en disputĂšri, M'en dĂ©fendĂšri prou; Mes que pot la coulĂšro Countro 'n janti pastou ? â Tu n'as pecat, droulleto, Countro toun Salvadou ! Counvertis-te, pauroto, Abandouno Pierrou. Diu nous aimo en boun paire, Aimo la counverciou, Mes nous pardouno gaire Sense la countriciou. â Jou cresi pla, moun Paire, Que vous abets rasou; Mes iĂšu noun podi gaire Abandouna Pierrou. El Ă iĂšu toutjoun penso, L'aimi d'ambĂ© furou; Doublats la penitenso Mes laissats-mĂ© Pierrou. â Toun Pierrou n'es qu'un diable â Sigui l'abets pas bist N'es un pastou aimable E n'es pas l'Antecrist. Es en-lĂ que m'espĂšro, IĂšu m'en bau le trouba, Adissiats dounc moun PĂšro Tourni pus coufessa. » [Foix.] Var. â 4. Laissa fe lou Pierrou. â 8. ...poulit pastou ? â 9. Abets pecat, bergĂšro. â 11. Reuentis-t'en... â 19. MĂšs couci pourrio faire â 20. De n'aima pas Pierrou ? 196 SOCIETE D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS â 21. IĂšu la'imi ambĂ© counstenso, â 22. El m'aimi ambĂ© furou. â 26. PĂšro, qu'abets- bous dit ? â 29. Es al bosc... â 31. Tournarai pas pus, PĂšro, â 32. Jamai pus coufessa. Trad. â je me confesse, l'Ăšre, â Le coeur plein de douleur, â D'avoir, sur la fougĂšre, â BadinĂ© avec Pierre.. â Pourtant je me disputai, â Je me dĂ©fendis beaucoup; â Mais que peut la colĂšre â Contre un gentil berger ? *** Tu as pĂ©chĂ©, fillette, â Contre ton Sauveur ! â Convertis-toi, pauvrette, â Abandonne Pierre. â Dieu nous aime en bon pĂšre, â Il aime la conversion, â Mais il ne pardonne guĂšre â Sans la contrition. ** Je crois bien, mon PĂšre, â Que vous avez raison; â Mais moi je ne puis guĂšre â Abandonner Pierre. â Lui pense toujours Ă moi, â Je l'aime avec passion; â Doublez la pĂ©nitence, â Mais laissez-moi Pierre. *** Ton Pierre n'est qu'un diable ! â SĂ»rement vous ne l'avez pas vu; â C'est un berger aimable â Et il n'est pas l'Antechrist. â il est lĂ -bas qui m'attend, â Je m'en le retrouver. â Adieu donc, mon PĂšre, â Je ne reviendrai plus me confesser. » Populaire surtout dans les rĂ©gions languedociennes. La mĂ©lodie, inĂ©dite, est celle du Haut-Foix. Dans le Bas-Foix, le Toulousain, le Lauraguais, le CarcassĂšs, cette pastourelle, d'une forme spĂ©ciale et relativement peu ancienne, m'a Ă©tĂ© chantĂ©e sur un autre timbre de caractĂšre moins plein-air, mais de mĂȘme type et beaucoup plus rĂ©pandu que celui-ci. Soleville et Lambert l'ayant dĂ©jĂ publiĂ© â et ma version s'avĂ©rant identique Ă la leur â il devenait superflu d'en reproduire ici la notation. DEBAT LA HUĂLHE DE L'ALOUM SOUS LE FEUILLAGE DE L'ORMEAU Debat la huĂšlhe de l'aloum, Que j'abĂš ue pastourĂšle Qu'abĂ© la bouts d'ue damisĂšle.... [Gascogne]. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 197 Trad. â Sous le feuillage de l'ormeau, â Il y avait une bergĂšre â Qui avait la voix d'une demoiselle... Il m'a Ă©tĂ© impossible de retrouver la suite de la poĂ©sie dont M. l'abbĂ© Sarran â Loti Cascarot â ne m'a chantĂ© que ce tercet. Variante ou non de la leçon si rĂ©pandue de L'Occasion manquĂ©e, le thĂšme en doit avoir trait Ă quelque rencontre entre bergĂšre et cavalier aventure classique et nombreuse, au cours de laquelle la farouche pastoure dĂ©ploie avec succĂšs la ruse fĂ©minine pour sauvegarder sa vertu. A moins que ce ne soit une version de la chanson placĂ©e immĂ©diatement Ă la suite. La mĂ©lodie valait Ă soi seule d'ĂȘtre recueillie et tirĂ©e de l'oubli. On la dirait surgie du fond des siĂšcles mĂ©diĂ©vaux, dans toute l'admirable grandeur de son chant grĂ©gorien. Cette puretĂ©, le capulet de la pastourctte gasconne l'a jalousement conservĂ©e, intacte aussi. DELA LA RIBE DE LA MĂ DELA RIVE DE LA MER DelĂ la ribe de la mĂš, bis Cante la pastourĂšle, Tran la deran lan la, Cante la pastourĂšle. Ere cante tan bĂšlement Ressemble Ă la SerĂšne. Lou hilh deu RouĂš l'entĂ©n chantĂš, Deu lotgis de soun pĂšre. Qu'a demandat Ă souns laquais " Qui est cette DamisĂšle ? 198 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS âDamisĂšle que nou n'ei nou, Qu'en ei ue pastourĂšle. â O pastourĂšle, cante donne La cansou qui ei tan bĂšre ! Jou que't harĂš u bĂšt presĂ©nt, E darĂ© courdou de sĂ©de. â Courdou de sĂ©de nou-n boui pas, â U baisat de bous, pastoure. â Per u baisat, ni dus, ni trĂ©s, bis ChibalĂš, nou restes mĂ©s, Tran la deran lan la, ChibalĂš, nou rĂšstes mĂ©s. » [VallĂ©e d'Ossau.] Trad. â DelĂ la rive de la mer, â Chante la bergĂšre, â Tran la deran lan la, â Chante la bergĂšre. ** Elle chante si joliment â Quelle ressemble Ă la SirĂšne. Le fils du Roi l'entend chanter â Du logis de son pĂšre. ** Il a demandĂ© Ă ses laquais â Qui est cette Demoiselle ? *** â Ce n'est pas une demoiselle. â C'est une bergĂšre. ** O bergĂšre, chante donc â La chanson qui est si belle ! *** Je te ferai un beau prĂ©sent, â Un cordon de soie je te donnerai. *** Cordon de soie je ne veux pas. â Un baiser de vous, bergĂšre. *** Pour un baiser, ni deux, ni trois, â Chevalier, ne restez pas plus longtemps, â Tran la deran lan la, â Chevalier, ne restez pas plus longtemps. » EN ACERES MOUNTAGNES DANS CES MONTAGNES En aceres mountagnes DarrĂš lou bosc d'Assou Que j'a bĂšre pastoure Qui goarde lous moutous. Lou barou de Tresbiles 1 Que passe cassadou Diu bous aide ! pastoure Soi boste adouradou. â Nou adouret pas encoĂšre Barou au mens Ă jou. Moun pai nou n'a parcĂšle Ni oulhes ni moutous. â BĂšle nou-n boui parcĂšle Ni oulhes ni moutous Mes que-t boui hica daune MoulhĂš deu tou barou; Sept ans t'Ăši perseguide Per sĂšgues y bruchous. â Are adichat pastoures Las qui et au bosc d'Assou Que digats Ă moun pĂšre Que s'en sĂšrque u pastou Lou barou de Tresbiles Que se m'emporte Ă jou 1 La baronnic de Troisvilles se trouvait dans la Soule et en BarĂ©tous. Troisvilles est une commune des Basses-PyrĂ©nĂ©es, arrondissement de MaulĂ©on. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 199 DarrĂš lou bosc d'Assou ». En aceres mountagnes, Var. â 8... serbidou. [VallĂ©e d'Ossau.] Trad. â Dans ces montagnes, â DerriĂšre le bois d'Asson, /* Il y a belle pastoure â Qui garde les moutons. *** Le baron de Troisvilles â Passe en chassant \ Dieu vous aide ! BergĂšre, â Je suis votre adorateur. â** N'adorez pas encore, â Moi, du moins. *** Mon pĂšre n'a ni terre â Ni brebis ni moutons. *** Belle, je ne veux ni terre, â Ni brebis, ni moutons, *** Mais je veux te faire la maĂźtresse, â La femme de ton baron; ./* Je t'ai poursuivie durant sept ans â Par derriĂšre haies et buissons. *% Maintenant, adieu, pastoures, â Celles qui ĂȘtes au bois d'Asson, **» Et dites a mon pĂšre â Qu'il se cherche un berger. .** Le baron de Troisvilles â M' emporte avec lui, *** Dans ces montagnes, â DerriĂšre le bois d'Asson. » Contrairement Ă tant d'autres bergĂšres Ă©conduisant et bafouant le galant de bonne condition, la pastoure bĂ©arnaise finit par Ă©couter son baron de soupirant et elle accepte l'invitation au voyage ». Mais, comme nombre de poĂ©sies particuliĂšres au BĂ©arn, celle-ci porte l'empreinte du terroir elle localise la classique rencontre dans les lieux mĂȘmes oĂč la tradition nous l'a transmise. Asson se situe en effet, prĂšs de Nay, et non loin de la vallĂ©e d'Ossau. L'air de cette pastourĂšte est le mĂȘme que celui de la chanson Mountagnes soun mountagnes, qu'on trouvera ci-aprĂšs avec la mĂ©lodie notĂ©e. IL Y A AU MOINS CINQ OU SIX ANS Il y a au moins cinq ou six ans Que je n'ai pas vu mon aimant. Il s'en est engagĂ© Au service du Roi 200 SOCIETE D 'HISTOIRE ET D 'ARCHEOLOGIE DU GERS Ne pensant plus Ă moi. Je suis au plus grand dĂ©sespoir De ne pas le savoir Quand pourrai le revoir. » Au bout de sept ans tout au plus Son cher aimant est revenu. Droit au logis s'en va Sa mĂšre il y trouva Ses amours demanda. La mĂšre rĂ©pond Ă l'instant Ma fille est dans le champ Qui rĂȘve Ă son aimant. » SitĂŽt l'aimant, sans plus tarder, S'en va chercher ses amours demandĂ©s La trouva sous l'ormeau Qui gardait son troupeau En tournant son fuseau. Y a dit Adieu, mon tendre coeur, Donne-moi tes faveurs , Je suis ton serviteur. â Pour mes faveurs, ah ! que nenni Mon serviteur est loin d'ici. Il s'en est engagĂ© Au service du Roi, Ne pensant plus Ă moi. Je suis au plus grand dĂ©sespoir De ne pas le savoir Quand pourrai le voir. â Mais, la bell', depuis ce temps-lĂ , Tu ne me reconnais donc pas ? Voici le diamant Que je pris en partant, Je t' l'apporte Ă l'instant, Amandonne donc tes brebis Les restant de ta vie, Pour suivre ton ami. â Vous portez le diamant au doigt C'est lĂ que je vous reconnois. Vous Ă©tiez en partant Comme un grand paysan, Il y a bien changement Vous voilĂ maint'nant retournĂ©, Bien peignĂ©, bien frisĂ©, Comme un bon grenadier ! » [Couserans, Foix, Languedoc] Var. â 3. Il s'Ă©tait... â 6. Mon coeur est au dĂ©sespoir â 7. De ne jamais savoir â 8. Quand pourrais-je le voir. â 11. Au logis il s'en va. â 12. La belle n'y est pas. â A sa mĂšr' la demanda. â 16. Seriez-vous son aimant ? â Sans plus tenir d'autres discours, â 18. L'aimant va chercher ses amours. â 22. Adieu ma mie, mon petit coeur. â 41. Puisque tu portes mon diamant, â C'est oui donc vrai que tu es mon aimant. â 43. Tiens, Nicolas,â 44. Je te donne mon bras. â 45. Sors-moi de l'embarras â 46. J'abandonne donc mes brebis, â 47. Le restant de ma vie, â Pour suivre mon ami. L'une des rares chansons populaires oĂč le soldat, revenant au pays, est un amant et non point un Ă©poux qui rentre dans ses foyers. Les aventures de ce dernier ont fourni la matiĂšre de plusieurs leçons qu'on trouvera classĂ©es plus loin, au Chapitre IX, parmi les rĂ©cits et narrations dramatiques. La mĂ©lodie de la prĂ©sente pastourelle miroite et se balance au rythme calme d'une agreste limpiditĂ©. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 201 IL Y A SIX MOIS QUE C'ĂTAIT LE PRINTEMPS Il y a six mois que c'Ă©tait le printemps, J'Ă©tais assis' sur l'herbette naissante; J'ai mon troupeau ma famille bĂȘlante, J'ai commencĂ© mon devoir Ă quinze ans On dit partout que je suis innocente. J'ignorais tout, jusqu'au nom de l'amour; Rien ne troublait mon troupeau, ma chaumiĂšre, J'allais au bois, je restais la derniĂšre, En m'amusant je filais tout le jour Je ne craignais que les loups et ma mĂšre. Par un beau jour vint Ă passer Colin Que fais-tu lĂ , mon aimable bergĂšre ? â Je suis ici, dans ce bois solitaire; Tire-moi donc de ce mauvais chemin. â Donne le bras confie-toi Ă ton frĂšre. » Au lieu du bras je lui donne la main, Lui promettant les amours les plus tendres; De l'amitiĂ© je ne puis me dĂ©fendre, J'aurais voulu allonger le chemin Du doux plaisir que j'avais Ă l'entendre. Adieu, la bell', je te quitte Ă l'instant, C'est pour aller voir une autre bergĂšre; Elle est lĂ -haut, sur la verte fougĂšre, Qui dit tout bas Viendra-t-il, mon aimant, Qu'ai-je donc fait qui puisse lui dĂ©plaire ? 202 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Ingrat berger, vois-tu pas ma douleur ? Adieu, l'ingrat, puisque tu m'abandonnes, Ne suis-je pas fraĂźche comme la rose ? Ton souvenir est gravĂ© dans mon coeur... » Plus de cent fois ell' rĂ©pĂšte la chose. [Couserans, Eoix]. Var. â 26. ...tu vas donc me quitter ? Bergerie dix-huitiĂšme siĂšcle, dont l'Ain, les Alpes, le Poitou, ont dĂ©jĂ livrĂ© plusieurs versions. Notre mĂ©lodie, identique en Foix et Couserans, diffĂšre totalement de cells prĂ©cĂ©dmment notĂ©es dans les autres rĂ©gions. JAMES. JAMES SERE BERGRRE JAMAIS, JAMAIS JE NE SERAI BERGĂRE JamĂšs, jamĂšs serĂ© bergĂšre, bis. Ni las berbits nou goardarĂš. bis. Car jou non sĂš coume se goarden Ni coume s'an Ă pasturĂš. Si jou. lĂ -bach Ă la ribĂšre, Dab lous chibaus bĂ u t'abĂ©urĂš. Dab lous chibaus bĂ u t'abĂ©urĂš, Si jou, lĂ -bach Ă la ribĂšre, Quoand jou m'y pensi esta soulete, Moun bel ami au ras de mouĂš. Tant qu'a durat lou maridage, Lous agnĂšrous s'en soun alĂš, Enta las bordes de moun pĂšre, LĂ oun abĂšn accoustumĂš. Ailas ! Ă Diu de jou, praubĂšte ! A-noĂšit, batude jou-n serĂš, De moun pĂšre ou bien de ma mĂšre Ou de trĂšs frais qui jou e n'Ăš. â Ja m anram en sendourage Ta Nouste-Dame de PiĂ©tĂ©. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 203 Ja haram dise dues misses, A l'entertan de las dues mises, bis L'ue per bous, l'aute per mouĂš. La malici se-us passarĂš. bis [VallĂ©e d'Ossau.] Trad. â Jamais, jamais je ne serai bergĂšre, â Ni les brebis je ne garderai. *** Car je ne sais comment elles se gardent â Ni comment on leur donne Ă manger. *** Si moi, lĂ -bas Ă la riviĂšre, âJe vais faire abreuver les chevaux, * Quand je crois d'y ĂȘtre seulette, â Mon bel ami est Ă mon cĂŽtĂ©. *** Tant qu'a durĂ© le mariage, â Les' agneaux s'en sont allĂ©s, ** Vers les mĂ©tairies de mon pĂšre, â LĂ oĂč ils avaient accoutumĂ© d'aller. HĂ©las ! Dieu de moi, pauvrette ! â Ce soir, battue je serai *** Par mon pĂšre ou par ma mĂšre â Ou par les trois frĂšres que j'ai. *** Nous irons en pĂšlerinage â A Notre-Dame de PitiĂ©. *** Nous ferons dire deux messes, L'une pour vous, l'autre pour moi. * Durant qu'on dira les deux messes, â Leur colĂšre passera. En Ossau, passe-carrĂšre et branle, cette pastourelle a Ă©tĂ© adoptĂ©e comme chanson de travail par les faucheurs du pays de SĂ©rou. On trouvera la version ariĂ©geoise de la vallĂ©e de l'Arize et son admirable mĂ©lodie parmi les Cansous dalhaires du chapitre suivant. L'AUTRE JOUR, DANS LA PLAINE L'autre jour dans la plaine, En gardant mon troupeau, j'ai contemplĂ© mes peines Tout le long du ruisseau; L'on y trouve de l'ombrage Et lui me conduisait J'entre dans le bocage, 204 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Mon berger me suivait. Je ne vois plus Clitandre Amour, dis-moi pourquoi Il ne vient plus m'attendre, Il s'Ă©loigne de moi ? Pour lui j'Ă©tais si bonne, J'Ă©tais sur le gazon; Ingrat, tu m'abandonnes Sans aucune raison. La jolie tourterelle, Qui chante dans le bois, Oh ! quelle est trĂšs fidĂšle, EU' rĂ©pĂšte ma voix ! Il m'appelait ma mie, le lui disais mon coeur; Nous goĂ»tions de la vie Le plus parfait bonheur. [Couserans.] LA SOULE BERGEROTE LA SEULE BERGERETTE La soule bergerote Qui jou bouloui aima, Au loc de m'escouta, La couquinote, S'arrit Ă tout moument De moun tourment. " Quin bos que jou t'aimi ? Qu'es lou darrĂš biengut; Si jou abi la bertut De-t ha refounde, DilhĂšu biĂ©rĂ© lou tems Que-ns aimarĂšm. » [BĂ©arn.] Var. â 1. Ue pastourclete â 3. La fripounĂ©te. Trad. â La seule bergerette â Oue je voulais aimer. â Au lieu de m'Ă©couter, â La coquillette, â Se rit Ă tout moment â De mon tourment. /* Comment veux-tu que je t'aime ? â Tu es le dernier venu; â Si j'avais la vertu â De te faire refondre, â Peut-ĂȘtre viendrait le temps â Que nous nous aimerions. » ou peutĂȘtre, alors, nous aimerions-nous. L'une des mĂ©lodies dont l'expression tendre et mĂ©lancolique caractĂ©rise le mieux l'air du terroir bĂ©arnais. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 205 MALUROUSE BITE QUE L'A DE PASTOU PĂNIBLE EXISTENCE QUE CELLE DU PASTEUR Malurouse bite que la de pastou, E mei maladite si-n ei aimadou ! Qu'en aimabei ue dens lou mĂš cledat, Que la-n Ăši perdude, Diu ! lou machant hat ! Pastoure cruelle, perque m'as deichat ? Digues, infidĂšle, s'as miĂšlhe troubat, E s imoun aulhade nou bau pas autant Coum la de qui trobes dab l'aute galant ? â Jou qu'en soulete hens lou bernata Nou sabi praubete, quin me retira; Qu'Ăši cridat boylĂšre ! dab tain de splendou, Que n'Ăši trigat goaire de bĂšde u pastou. â Tourne-m doun las joies qui jou t'abi dat, En goardan las aulhes au ras dou cledat, Las aberagnetes e lous esquilhots Qui jou t'en cracĂ bi sou nas cious esclops ». [VallĂ©e d'Azun, BĂ©arn.] Trad. â PĂ©nible existence que celle du pasteur, â Et plus triste encore s'il est amoureux ! â Moi, j'en aimais une dans mon bercail, â Et je l'ai perdue, Dieu ! Quel triste sort ! *** Cruelle bergĂšre, pourquoi m'as-tu quittĂ© ? â Dis, infidĂšle, si tu as trouvĂ© mieux, â Et si mon troupeau ne vaut pas autant â Que celui que tu trouves avec l'autre galant ? *** â Moi j'Ă©tais seulette dans l'aulnaie â Je ne savais, pauvrette, comment en sortir; â J'ai criĂ© Ă l'aide ! avec tant de force, 206 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Que n'ai tardĂ© guĂšre Ă voir un berger. * â Rends-moi donc les bijoux que je t'ai donnĂ©s â En gardant les brebis dans le parc, â Les noisettes et les noix â Que je cassais entre mes sabots. » Pastourelle oĂč se dĂ©cĂšle l'influence de d'Espourrins. Elle n'est donc populaire qu'Ă demi, et ne remonte guĂšre qu'Ă la seconde moitiĂ© du dix-huitiĂšme siĂšcle. MON PĂRE AVAIT CINQ CENTS MOUTONS Mon pĂšre avait cinq cents moutons Dont j'Ă©tais la bergĂšre. Dont j'Ă©tais la bergĂšre Dondaine, dondaine, dondon, Dont j'Ă©tais la bergĂšre Don. Le premier jour que j' les gardai, Le loup m'en a pris quinze. Un chevalier vient Ă passer, Ramena la quinzaine. Eh ! donc ! que me donnerez-vous, La belle, pour ma peine ? â Beau chevalier, d'nos blancs mouNous partag'rons la laine. [tons â Je ne suis pas marchand de drap, Ni revendeur de laine. J'aimerais mieux un doux baiser, La belle pour ma peine. â Beau chevalier, j'ai mon berger, Il en aura l'Ă©trenne. Mon pĂšre fait le taffetas, bis Ma mĂšre, la dentelle. Ma mĂšre la dentelle, Dondaine, dondaine, dondon, Ma mĂšre la dentelle, Don. [Poix, Gascogne, Languedoc] Var. â 1. ...six cents moutons. â 2. Moi j'en suis... J'en Ă©tais... â 10. Me les rend tous les quinze. â 13. Beau chevalier, qui ĂȘtes si beau, â Quand nous ton- TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 207 drons nos blancs moutons, â 14. Vous aurez de la laine. â 15. De la laine je n'en veux pas, â 16. Je veux ton coeur en gage. â 17. â Mon coeur en gag', vous n' l'aurez pas â 18. Jusqu'Ă mon mariage. L'une des pastourelles françaises les plus rĂ©pandues, et sous cette forme mĂ©lodique immuable. Sa poĂ©sie, en raison des similitudes qu'elle prĂ©sente avec celle de La BergĂšre et le Fils du Roi, classĂ©e plus haut, semble n'ĂȘtre qu'une variante â moins vieille sans doute mais tout aussi populaire, sinon davantage â de cette chansons-lĂ , dont l'anciennetĂ© est incontestable. MOUN PĂRE M'A PROUMĂS U DOU MON PĂRE M'A PROMIS UN DON Moun pĂšre m'a proumes u dou bis Que-m boulĂš dau marit barou. Mas bĂšres amouretes, Tant boulĂ©ri parla dab bous, Mes que nou pouts. [VallĂ©e d'Ossau.] Trad. â Mon pĂšre m'a promis un don â Il voulait me donner un mari baroa â Mes belles amours, â Je voudrais tant parler avec vous, â Mais je ne le puis. La poĂ©sie complĂšte de ce chant a Ă©tĂ© placĂ©e sous l'air de branle, portant mĂȘme titre, qui se trouve notĂ© plus haut, dans le deuxiĂšme chapitre. Seul, le refrain diffĂšre et a pris ici le tour galant que rĂ©clame un passe-carrĂšre. La musique a pareillement transformĂ© son expression. Ainsi, de la mĂȘme chanson, le BĂ©arnais sait faire Ă son grĂ© une danse, une aubade, une pastourelle. Clle-ci aurait aussi bien pu ĂȘtre classĂ©e parmi les amoureux rĂ©veillĂ©s. Mais, en raison de son texte pastoral, il a paru prĂ©fĂ©rable de ranger cette version mĂ©lodique, chantĂ©e par un pasteur ossalois, dans la catĂ©gorie des cantes aulhĂšres. 208 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS MOUNTAGN ES SOUNT MOUNTAGNES MONTAGNES SONT MONTAGNES Mountagnes sount mountagnes, Mountagnes de Suzou; Que j'a bĂšre pastoure Qui brilhe coum lou sou. Ere n'Ă©i saludade Per dus aulhĂšs biarnĂ©s, Y, mĂȘme, courtisade Per NouguĂšs de CaudĂ©rĂ©s. TrabĂšrse las mountagnes, SĂšgui soun aimadou; Que lĂšche lous de case En gran desoulaciou. Diran que l'an panade; Aco n'Ă©i qu'u abus. Mes jou m'en soi anade. Que nou-m bederats plus. Suou gazou que la pause A l'oumpre deu genĂš, Que-u ne hĂš la proumesse De la quita jamĂš; La pastoure estounade D'entĂ©ne lou pastou, Que-u dit toute rusade Si-b trufarĂšts de jou ? » [VallĂ©e d'Ossau.] l'ar. â 1. Dm ! d'acĂ©res mountagnes, â 4. Qui-n goarde lous moutous. â- 15. Adichat, lous de case, â 16. Bous auts... â 17. Si-n gĂ use,... â 23. Que-u respoun, la rusade. Trad. â Montagnes sont montagnes, â Montagnes de Suzou ; â Il y a belle bergĂšre â Qui brille comme le soleil. â Elle est saluĂ©e â Par deux bergers bĂ©arnais â Et, mĂȘme, courtisĂ©e â Par NouguĂšs de Cauterets. ** Elle traverse les monta- TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 209 gnes, â Suit son amoureux ; â Elle laisse ceux de la maison sa famille â En grande dĂ©solation. â Ils diront qu'on l'a ravie; â Cela n'est qu'une erreur. â Mais moi je m'en suis allĂ©e. â Adieu, vous ne me verrez plus. J^ Sur le gazon l'amoureux la pose â A l'ombre du genĂ©vrier â Il lui fait la promesses â De ne la quitter jamais; â La bergĂšre Ă©tonnĂ©e â D'entendre le berger, â Lui dit toute maligne â Vous moqueriez-vous de moi ? » La version que m'a chantĂ©e le vieux Jean Lacrouts, de Bescat, donne SĂ©zou. Mais Suzou, qui figure dans un autre texte pareillement ossalois, prend une signification plus localisĂ©e du fait que le col de Pombie, situĂ© dans le voisinage immĂ©diat du Pic du Midi d'Ossau, se dĂ©nomme aussi col de Suzon. A moins â et c'est l'opinion de l'abbĂ© Laborde â qu'il s'agisse plutĂŽt de montagnes qui sont sous le soleil, autrement dit au sud; dans ce cas, il faudrait Ă©crire sus-sous de sub sole. . L'OURO DE LA PASTOURO L'HEURE DE LA BERGERE Tout en rebenĂ©n de la guerro, Jou rencountri uno pastourĂšlo, Qu'Ăšro bĂšlo coumo le soulelh. James s'a bist res de parelh. De tant bĂšlo que l'an bejĂšri, AlprĂšps d'elo jou m'assietĂšri, En li dirĂ©n Diu de bounjoun, BĂšlo, noun farios pas l'amou ? â Moussu, bous que pourtats l'espado, Mai l'espado carabinado, Bourduro blanco, plumo al capĂšl, N'abĂšts pas l'aire d'un pastouret. â E bous tabĂ©, pastoureleto, Pourtats cofo pla plissadeto, E bostis bĂšlis coutilhous Soun pas per garda les moutous. 14 210 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS AnĂ©n, anĂ©n, pastoureleto, AnĂ©n, anĂ©n-nous Ă l'oumbreto, A l'oumbreto d'un aibre round, N'en parlarĂ©n d'en fa l'amou. â Ja m'en poudets teni 'scusado, Que ma maire m'en a cridado; Moussu, tournats douma maiti, Troubarets la pastouro aci. » Le galant n'a cap manquai l'ouro, L'ouro qu'abio dit la pastouro, Mes quand ne fec al mĂšmo loc, N'a cap bist la pastouro en-loc. Ah ! se jamĂ©s tournabo l'ouro, L'ouro que tenio la pastouro, Quand sa mai mĂȘmo passario, La pastouro ja 'mbrassario ! » La pastouro n'Ăšro en finĂšstro, Penchenabo sa blanco tĂšsto. Sa blanco tĂšsto soun bel pĂ©i rous, Se trufan de soun amourous. [Foix.] Var. â 1. LĂ -bas, le loung de la ribiĂšro. â 2. Y a uno tant bĂšlo bergĂšro â 3. Qu'Ăšro poulido coumo le jour. â 4. Les pastourels li fan l'amour. â 8. Per bous jou me mori d'amour. â 9. D'un pastourel n'abets pas mino â 10. Al coustat pourtats carabino â 11. E ganso blanco al capel. â 14. N'abets pas l'aire d'une bergĂšro; â 15. Bostro coufuro de broca... dentello â 16. Aco bous demoro fort pla. â 19. ...sapigno, â 20. Mignouno, la mou r boun fario. â 32. Milo poutous jou li fario. Trad. â Tout en revenant de la guerre, â Je rencontre une bergĂšre, â Qui Ă©tait belle comme le soleil, â Jamais ne s'est vu rien de pareil, ÂŁ* De tant belle que je la vis, â AuprĂšs d'elle je m'assis, â En lui disant Dieu de bonjour, â Belle, ne feriez-vous pas l'amour ? *** Monsieur, vous qui portez l'Ă©pĂ©e, â MĂȘme l'Ă©pĂ©e carabinĂ©e, â Bordure blanche, plume au chapeau, â Vous n'avez pas l'air d'un berger. v*. El vous non plus, bergerette, â Vous portez coiffe bien plissĂ©e, â Et vos jolis cotillons â Ne sont pas pour garder les moutous. *** Allons, allons, bergerette, â Allons, allons-nous-en Ă l'ombrette, â A l'ombrette d'un arbre rond, â Nous parlerons de faire l' amour. *%, â De cela vous pouvez m'en tenir excusĂ©e, â Car ma mĂšre m'a appelĂ©e; â Monsieur, revenez demain matin, â Vous trouverez la bergĂšre ici. » i** Le galant n'a pas manquĂ© l'heure, â L'heure qu'avait dit la bergĂšre, â Mais quand il fut au mĂȘme endroit, â il n'a vu la bergĂšre nulle part. ,f% Ah ! si jamais revenait l'heure, â L'heure oĂč je tenais la bergĂšre, -â Quand sa mĂšre elle-mĂȘme passerait, â La bergĂšre j'embrasserais ! » *** La bergĂšre Ă©tait Ă la fenĂȘtre, â Elle peignait sa blanche tĂȘte, - Sa blanche tĂȘte, sa belle chevelure rousse, â Se moquant de son amoureux. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 211 Autre forme de L'Occasion manquĂ©e. Rare en Gascogne, elle est surtout populaire dans toute l'AnĂšge et les rĂ©gions limitrophes de Languedoc et de Catalogne. Les timbres catalans et languedociens ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s comme trop peu significatifs. La mĂ©lodie notĂ©e accuse le pur type montagnard dans toute sa rudesse fuxĂ©enne. LO PASTORET LE PASTOUREAU Jo m'en llevo de mati, De matinet Ă punta d'auba; Agafo mon sarronet, M'en vaig dret Ă la montanya. Valdria mes soleta dormir, Que d'un pastor ser la namorada; Valdria mes soleta dormir, Qu'un pastoret s'enamori de mi ! Quand Ă la montanya so, Vaig venir ma mamorada; Me la vaig venir plorant, Tot lo meu cor s'abruxava. Me l'gafo per un bras I la fico Ă la barraca; Quand Ă la barraca so, Vaig venir los meus contrĂ ris. Pastoret, bon pastoret, Ahont tens la namorada ? â La tinch aqui, aprop de mi, Ben tapada ab la samarra. â Pastoret, bon pastoret, Tens lo llop en la ramada; De las ovellas que hi tens La meitat son degolladas. â Valdament ho fossen tots, No deixare la barraca. » Ai ! canço, qui treta t'ha ? Ai ! canço, qui t'ha dictada ? â M'ha dictat un pastoret Que n'es un fill de la plana; N'es de la plana d'en bas, Aigua fresca y regalada. 212 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Valdria mes soleta dormir, Valdria mes soleta dormir, Que d'un pastor ser la namorada; Qu'un pastoret s'enamori de mi ! [Andorre, Catalogne, Cerdagne] Trad. â Je me lĂšve de bon matin, â De bon matm Ă pointe d'aube; â Je prends ma cape, â M'en vais droit Ă la montagne. â Mieux vaudrait dormir seulette, â PlutĂŽt que d'ĂȘtre l'amante d'un pasteur; â Mieux vaudrait dormir seulette, â PlutĂŽt qu'un pastoureau ne s'Ă©namoure de moi ! *** Quand j'arrive Ă la montagne, â Je vois venir mon amante; â Je la vois venir pleurant, â Tout mon coeur se brise. â.** Je la prends par un bras â Et la fais entrer dans la cabane; â Quand je suis Ă la cabane, â Je vois venir mes parents. /s Pastoureau, bon pastoureau, â OĂč est ton amante ? â Elle est lĂ , prĂšs de moi, â Bien troussĂ©e dans ma mante. *** â Pastoureau, bon Pastoureau, â Tu as le loup dans le troupeau; â Des brebis que tu gardes â La moitiĂ© sont Ă©gorgĂ©es. ./,â Lors mĂȘme qu'elles le seraient toutes, â Je n'abandonnerais pas la cabane. » AĂŻe ! Chanson, qui t'a composĂ©e ? â Chanson, qui t'as dictĂ©e ? *** L'a dictĂ©e un pastoureau.â Qui est fils de la plaine; â Il est le fils de la plaine d'en bas. â Eau fraĂźche et dĂ©lectable. *** Mieux vaudrait dormir seulette, â PlutĂŽt que d'ĂȘtre l'amante d'un pasteur â Mieux vaudrait dormir seulette,â PlutĂŽt qu'un pastoureau ne s'Ă©namoure de moi ! LO PASTORET DE MOLLA LE PASTOUREAU DE MOLLA A la vila de MollĂ Un pastoret n'hi habia, Qu'en guardant el bestiĂ , TĂŽt sovint lo malehia. Ajudau, ajudau, Verge Maria de Queralt ! TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 213 Sa estimada anĂ Ă ciutat De serventa en casa rica; Sa estimada l'ha deixat I l'anyora i la somica. Sempre vora'I bestia El pastoret se delia I resolguĂ© abandonĂą La montanya i la familia. Quand va esse Ă la ciutat, S'en va anĂą Ă la casa rica A trobĂą, tĂŽt encisat, A la seva dolça amiga. Al preguntar, decidit, Per la seva jove aimia, Li respon el seu marit Que alli ella no hi vivia. Ajudau, ajudau, Verge Maria de Queralt ! [Catalogne.] Trad. â En la ville de Molla â Il Ă©tait un pastoureau, â Qui tout en paissant le bĂ©tail, â TrĂšs souvent le maudissait. â A l'aide, Ă l'aide, â Vierge-Marie de Queralt ! *** Sa bonne amie s'en est allĂ©e Ă la citĂ© â Servir en riche maison ; â Sa bonne amie l'a laissĂ©. â Et l'agnelle et l'Ăąnesse. *** De toujours voir son bĂ©tail â Le pastoureau se languit â Et rĂ©solut d'abandonner â La montagne et la famille. *** Quand il arrive Ă la citĂ©, â S'en va vers la riche maison â Pour retrouver, tout Ă©mu, â S'a douce amie. *** A sa demande, faite d'un air dĂ©cidĂ©, â Pour s'informer de la sienne jeune amie, â Lui rĂ©pond le mari le maĂźtre de la maison â Que dĂ©jĂ elle ne demeure plus lĂ . â A l'aide, Ă l'aide, â Vierge Marie de Queralt ! PASTOURELETO, HO ! BIRGERETTE, HO Que fas aci touto souleto ? Ho ! Pastoureleto, Ho ! Pastourelo, 214 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Que fas aci touto souleto ? â IĂšu ne gardi mai belounetos, Ho ! O chibaliĂš, IĂšu ne gardi mai belouneto. â Bouldriots pas uno coumpagneto ? â IĂšu m'aimi mes resta souleto. â Nous assietarĂ©n sus l'erbeto ? â Nani, l'erbeto ei bagnadeto. â Be n'espandirion la capeto. â Ne l'abets pas bous croumpadeto. â IĂšu te'n dounario une espado. â IĂšu noun soun pas filho d'armado. â Be la dounarios Ă toun paire. â Nani, moun paire es un lauraire. â Be la dounarios Ă toun fraire. â Nani, moun fraire es un dalhaire. â Be la dounarios Ă ta maire. â Nani, ma maire es fialaire. â Mes qui t'en a ta pla 'nsegnado ? â Ja n'es moun paire ande ma maire. â Ja ! lei bouldrio sabĂ© brullĂ dis. â Ja ! ne fousquessos, bous, la flambo. â Ja ! te bouldrio sabĂ© negado, Ho ! Pastoureleto, Ho ! Pastourelo, Ja ! te bouldrio sabĂ© negado. â Ja ! fousquessos, bous, le gourg d'aigo, Ho ! O chibaliĂš, Ja fousquessos, bous, le gourg d'aigo. » [Foix.] Var. â 8. ...es trop fresqueto. â 10. La capeto n'es trop estreto. â 16. ... fauchaire. â 22 la palho. Trad. â Que fais-tu ici toute seulette ? Ho ! â Bergerette, Ho ! â BergĂšre, â Que fais-tu ici toute seulette ? â Je garde mes belles petites brebis, Ho ! â O chevalier, â Je garde mes belles petites brebis. *** â Voudrais-tu pas une compagnie ? â Je prĂ©fĂšre rester seulette. ** â Nous nous assiĂ©rons sur l'herbette ? â Nenni, l'herbette est mouillĂ©e. *** â Eh ! Nous Ă©tendrions la cape. â Ce n'est pas vous qui l'avez achetĂ©e. *** â Je te donnerai une Ă©pĂ©e. â Je ne suis pas fille d'ar- TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 215 mĂ©e. *** â Eh bien ! tu la donneras Ă ton pĂšre. â Nenni, mon pĂšre est laboureur. â Eh ! bien, tu la donneras Ă ton frĂšre. â Nenni, mon frĂšre est faucheur. *** â Eh ! bien, tu la donneras Ă ta mĂšre. â Nenni, ma mĂšre est fileuse. *** â Mais qui t'a si bien enseignĂ©e ? â C'est mon pĂšre avec ma mĂšre. * â Ah ! je les voudrais savoir noyĂ©s, Ho ! â Bergerette, Ho ! â BergĂšre, â Ah ! je te voudrais savoir noyĂ©e, â Ah ! que vous fussiez la mare d'eau, Ho ! â O chevalier, â Ah ! que vous fussiez la mare d'eau. C'est lĂ un dĂ©bat amoureux dans le genre de ceux que nous avons dĂ©jĂ vus. En d'autres rĂ©gions mĂ©ridionales, la bergerette qui garde ici ses belles petites brebis prend le nom de Jane d'AimĂ© allant quĂ©rir de l'eau Ă la fontaine, et le chevalier devient le fils du Roi. La mĂ©lodie a bien le caractĂšre de plein air montagnard des chants dialoguĂ©s â boilĂšres et cantes de bouts, chansons de voix â dont pasteur et pastoure se renvoient de loin les rĂ©pliques. Le cri de Ho ! Ă©nergiquement poussĂ© Ă la fin de certains vers en sonoritĂ© prolongĂ©e, est caractĂ©ristique de ces appels destinĂ©s Ă franchir une grande distance et Ă parvenir, malgrĂ© l'Ă©loignement, jusqu'Ă l'interlocuteur invisible. LA PASTOURO A LOUGA LA BERGĂRE A LOUER Bos-te louga, gentio pastoureleto, Bos-te louga per moun troupel garda ? â ObĂ©, moussu, me lougarĂši, Bostre troupel, moussu, jou gardarĂši. â Quant bos gagna, gentio pastoureleto, Quant bos gagna per moun troupel garda ? â Dus esclops nous, un debantal, E cinq escuts per semmano me cal. 216 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Trop bos gagna, gentio pastoureleto, Trop bos gagna per moun troupel garda Unis esclops, un debantal, E tres escuts, n'es tout ço que te cal. â Ta boun marcat ne soni pastoureleto, Ta boun marcat gardi pas lou bestia; A loc d'escuts lou mieu pastou. » Per centenats me balho de poutous. » En certains endroits, cette derniĂšre strophe est remplacĂ©e par la suivante â Que te cal mai, gentio pastoureleto, Que te cal mai, jou te le dounarĂši ? â Un pastourel que sio Fidel. E que m'ajude Ă garda lou troupel. » [Foix, Couserans] Trad. â Veux-tu te louer, gentille bergerette. â Veux-tu te louer pour mon troupeau garder ? â Oui certes, monsieur, je me louerai, â Votre troupeau, monsieur, je garderai. *** â Combien veux-tu gagner, gentille bergerette, â Combien veux-tu gagner pour mon troupeau garder ? â Deux paires de sabots neufs, un tablier, â Et cinq Ă©cus par semaine il me faut. *% â Tu veux trop gagner, gentille bergerette, â Tu veux trop gagner pour mon troupeau garder; â Une seule paire de sabots, un tablier, â Et trois Ă©cus, ce'st lĂ tout ce qu'il te faut. *** â A si bon marchĂ© je ne suis pas bergerette, â A si bon marchĂ© je ne garde pas le bĂ©tail; â Au lieu d'Ă©cus mon doux berger â Par centaines me donne des baisers. » â Que te faut-il de plus, gentille bergerette, â Que te faut-il de plus, je te le donnerai ? â Un berger qui soit fidĂšle â Et qui m'aide Ă garder le troupeou ». Autre version TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 217 Variante mĂ©lodique Bos-te louga, beroje pastourete, Bos-te louga ta goarda lou bestia ? â ObĂ©, moussu, jou-m lougarĂši, Boste bestia jou goardarĂši. â Quoant bos gagna, beroje pastourete, Quoant bos gagna per goarda moun bestia ? â Tres pas d'esclops, u debantau E dets escuts, moussu, que-m eau. â Trop bos gagna, beroje pastourete, Trop bos gagna per goarda lou bestia. â Dus pas d'esclops, u debantau E cinq escuts labets me cau. â Que-t derĂši pa, beroje pastourete, Que-t derĂši pa, ta' que-us goardias de pla. â Si Ăši pas, moussu, jou' mingerĂši, E la mesture decherĂši. â Que-t derĂši bi, beroje pastourete, Que-t derĂši bi, tant que sies aci. â Si Ăši bi, moussu, ta bebe u cop Jou-b quitterĂši l'u pa d'esclops. » Quoand ere este, bouĂšre peu bert bouscatge, Nouste moussu biste l'y ba trouba Eh ! dounc, moussu, que bienat ha ? Jou goardi pla boste bestia. 218 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Quin te ba pla, beroje pastourete, Be-t ba donne pla moun beroi debantau ! â Dechat aco, nou-m hasiat mau, Nou-m farfouilhet lou debantau. » Quoand lou moussu l'abou prou farfouilhade, Que-u demanda si lou co hase mau â Si-b y tournat, moussu, gn'aut cop, Jou-b fouterĂši u cop d'esclop ! » [BĂ©arn, Bigorre] Var. â 7. Cinq escloupets, cinq debantaus. â 8. E cinq escuts per semmane que-m eau. â 11. Dus escloupets, u debantau, â 12. E tres escuts per semmane que-t dau. Trad. â Veux-tu te louer, jolie bergerette, â Veux-tu te louer pour garder le bĂ©tail ? â Oui, certes, monsieur, je me louerai, â Votre bĂ©tail je garderai. *** â Combien veux-tu gagner, jolie bergerette, â Combien veux-tu gagner pour garder mon bĂ©tail ? â Trois paires de sabots, un tablier â Et dix Ă©cus, monsieur, voilĂ ce qu' il me faut. % â Tu veux trop gagner, jolie bergerette, â Tu veux trop gagner pour garder le bĂ©tail. â Deux paires de sabots, un tablier â Et trois Ă©cus alors il me faut. *** â Je te donnerai du pain, jolie bergerette, â Je te donnerai du pain, afin que tu les gardes bien les bĂȘtes. â Si j'ai du pain, monsieur, j'en mangerai, â Et la mĂȘture je laisserai. /* â Je te donnerai du vin, gentille bergerette, â Je te donnerai du vin tant que tu seras ici Ă mon service. â Si j'ai du vin, monsieur, pour boire un coup â Je vous abandonnerai une paire de sabots. » *** Quand elle Ă©tait pastoure dans le vert bocage, â Notre monsieur vite l'y va trouver â Eh ! donc, monsieur, que venez-vous faire ? â Je garde bien votre bĂ©tail. *** â Qu'il te va bien, jolie bergerette, â Comme il te va donc bien mon joli tablier ! â Laissez cela, ne me faites pas de mal, â Ne farfouillez pas mon tablier. » /* Quand le monsieur l'eut bien farfouillĂ©c, â Il lui demanda si le coeur lui faisait mal â Si vous y revenez, monsieur, une autre fois, â Je vous f... un coup de sabot ! » On sait, par le Livre de raison de Burdos », que cinq Ă©cus, une paire de sabots, un tablier, constituaient autrefois les gages â soutude â de la servante â gouje â en BĂ©arn. Fort rĂ©pandue en Languedoc et en Gascogne, La Pastoure Ă Louga se retrouve presque partout identique Ă la forme de la premiĂšre leçon. La bĂ©arnaise offre du texte une broderie qu'il Ă©tait intĂ©ressant de publier, malgrĂ© sa gaillardise le tablier de la bergĂšre, en effet, est un accessoire important des pastourelles oĂč la ruse n'entre point en action pour Ă©carter un sĂ©ducteur trop entreprenant. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 219 LA PASTOURO RUSADO LA BERGĂRE RUSĂE Un joun, dins lou bouscĂ tge, Me passejan tout soul, Dessul gazoun, Un joun, dins lou bouscĂ tge, Me passejan tout soul, Besi lusi 'n mainĂ tge, Un joun, dins lou bouscĂ tge, Besi lusi 'n mainĂątge, Al trabĂšs d'un restoul. Gn'in douni la guignado Per beire se bendrio Ou que fario, Gn'in douni la guignado Per beire se bendrio; Elo s'es aprouchado, La pastouro rusado, Elo s'es aprouchado, E m'a dit que boulio. Gentio pastoureleto, Boun bouldrio dire un mot Sus un fagot, Gentio pastoureleto, Boun bouldrio dire un mot, Sietado sus l'erbeto, Gentio pastoureleto, Sietado sus l'erbeto Descargats lou fagot. â Lou fagot que jou porti N'es un pauc espignous E dangerous, Lou fagot que jou porti N'es un pauc espignous; Moussu, jou boun exorti, Del fagot que jou porti, Moussu, jou boun exorti, Prenets gardo as brounchouns. » 220 SOCIETE D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS Li n'ai jougat un aire Que m'a calgut cessa Sens pus tarda, Li n'ai jougat un aire Que m'a calgut cessa Crento que lous segaires, Tant que jougabo l'aire, Crento que lous segaires Benguessoun Ă passa. La pastouro rusado M'a dit Deichats-m'esta, M'en cal ana ». La pastouro rusado M'a dit Deichats-m'esta, Moussu, l'ouro es passado, Ma maire m'a sounado, Moussu, l'ouro es passado, Ajudats-m'Ă carga. » Dels tems que li adjudĂ bi A carga lou fagot, Coum un palot, Del tems que li adjudĂ bi A carga lou fagot, As brounchous m'espignĂ bi, Del tems que li adjudabi As brounchous m'espignĂ bi, Sens gausa dire un mot. [Foix.] Trad. â Un jour, dans le bocage, â Me promenant tout seul, â Sur le gazon,â Un jour, dans le bocage, â Me promenant tout seul, â Je vois briller une jeune fille, â Un jour, dans le bocage, â Je vois briller une jeune fille â Au travers d'un froment. /* Je lui lance une oeillade â Pour voir si elle viendrait â Ou ce qu'elle ferait, â Je lui lance une oeillade â Pour voir si elle viendrait; â Elle s'est approchĂ©e, â La pastoure rusĂ©e, â Elle s'est approchĂ©e â Et m'a demandĂ© ce que je voulais. /* Gentille bergerette, â Je voudrais vous dire un mot â Sur un fagot, â Gentille bergerette, â Je voudrais vous dire un mot, â Assise sur l'herbette, â Gentille bergerette, â Assise sur l'herbette â DĂ©chargez votre fagot. /* â Le fagot que je porte â Est un peu Ă©pineux â Et dangereux, â Le fagot que je porte â Est un peu Ă©pineux; â Monsieur, je vous conseille, â Du fagot que je porte, â Monsieur, je vous conseille â De prendre garde aux Ă©pines.» *** Je lui ai jouĂ© un air â Qu'il m'a fallu cesser â Sans plus tarder, â Je lui ai jouĂ© un air â Qu'il m'a fallu cesser â Sans plus tarder, â Je lui ai jouĂ© un air â Qu'il m'a fallu cesser â De crainte que les moissonneurs, â Tant que je jouais l'air, â De crainte que les moissonneurs â Ne vinssent Ă passer. *** La bergĂšre rusĂ©e m'a dit » Laissez-moi en repos, â Il faut que je m'en aille ». â La bergĂšre rusĂ©e â M'a dit Laissez-moi en repos, â Monsieur, l'heure est passĂ©e, â Ma mĂšre m'a appelĂ©e, â Monsieur, l'heure est passĂ©e, â- Aidez-moi Ă charger mon fagot. » *** Pendant que je lui aidais â A charger le fagot, â Comme un maladroit, â Pendant que je lui aidais â A charger le fagot, â Aux Ă©pines je me piquais, â Pendant que je lui aidais â Aux Ă©pines je me piquais, â Sans oser dire un mot. Chanson du dix-huitiĂšme siĂšcle, Ă©videmment, restĂ©e trĂšs populaire dans tout le Languedoc. Favre, Lambert, Soleville, en ont publiĂ© des versions languedociennes et une quercynoise ; les manuscrits de la BibliothĂšque Nationale renferment d'elle une autre version provenant Ă©galement du Quercy. J'ai, pour ma part, bien des fois recueilli La Pastouro rusado dans les pays TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 221 fuxĂ©ens et languedociens, ce qui me permet de donner un texte plus complet. En effet, si la leçon est partout la mĂȘme, les strophes 5 et 6 y figurent rarement. La mĂ©lodie ne prĂ©sente, d'une rĂ©gion Ă la suivante, que des variantes insignifiantes. Elle a Ă©tĂ© notĂ©e dans La ClĂ© du Caveau, oĂč elle s'inscrit sous le n° 587, avec cette indication Air languedocien Un jour dans le bocage ». LA PERDITS LA PERDRIX Era bergĂšro s'en ba al bosc, bis Goarda sa moutounado, Ladera la la lai, Goardo sa moutounado. Un chibaliĂš benc Ă passa Que la s'en regardauo. E qu'en regardats-bous, moussu ? - Regardi ta gouelhado. â Nou regardats pas tant, moussu, Jou que soui maridado; Maridado damb un pastou, Qu'en goĂ rdi sa gouelhado. Estacats dounc boste chibau A 'ra pu hauto branco. Estenets doun boste mantĂšu Sus la fresco rousado. » E be la prenc Ă bĂšt brassat, Sul mantĂšu l'a coulcado. Moussu, ja-m poudets escusa, Ja'n serĂši lĂšu tournado Mous moutounets bau ramassa, Lous bau da 'ra rebirado. Abach, abach, mous moutounets, Sourtits de 'ra rousado ! » Quoand ero hiĂšc un bĂšt tros louegn, Det galant se chantauo Era perdits, quoand la tenguios, Que l'auĂšssos plumado ! 222 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Aro nou la plumaras pas, N'a pres era boulado. â Ount s'es anado apausa ? â At castĂšt de soun pĂšro. â E qu'es anado li counta ? â Li pourta 'ra noubĂšro De ço qui l'Ăšro arribat bis Et loung de 'ra ribĂšro, Ladera la la lai, Et loung de 'ra ribĂšro. » Couserans, Comminges, Bigorre, BĂ©arn, Foix.] Var. â 1. Ouoand la bergĂšre s'en ba tau cam... â La bergaireto al bosc s'en ba... Era hilheto d'un berge â 2. Ll bosc s'en es anado, â Tirariron lan lai. â 15. Se despoulho de soun mantĂšu, â 16. Dessus l'y a assietado... La coulco sus l'erbeto. â 19. Dichats-m ana bira's moutous. â 24. Per bous aus soui saubado. â 26. ...trufabo. â 27. Quoand abĂšs la perdits pou pĂš, â 28. Perque nou la tenĂšbes ? â 31. Que s'ei anade repausa â 33. Digus nou'sab qu'y anado hĂš. â 36. Al bord... Trad. â La bergĂšre s'en va au bois â Garder son troupeau de moutons, â Ladera la la lai, â Garder son troupeau de moutons. *** Un cavalier vient Ă passer â Qui la regardait. *** Et que regardez-vous, monsieur ? â Je regarde ton troupeau. *** â Ne regardez pas tant, monsieur, â Car je suis mariĂ©e; *** MariĂ©e avec un pasteur, â De qui je garde le troupeau. *** Attachez donc votre cheval â A la plus haute branche. *** Etendez donc votre manteau â Sur la fraĂźche rosĂ©e. » *** Mais il la prend Ă pleins bras, â Sur le manteau l'a couchĂ©e. *** Monsieur, vous pouvez m'en excuser, â Je serai bientĂŽt revenue * Mes petits moutons je vais rĂ©unir, â Je vais les faire tourner. ** LĂ -bas, lĂ -bas, mes petits moutons, â Eloignez-vous de la rosĂ©e ! » *** Quand elle fut parvenue Ă une assez grande distance, â Du galant elle se moquait ** La perdrix, quand tu la tenais, â Que tu l'eusses plumĂ©e ! * Maintenant tu ne la plumeras point, â Elle a pris sa volĂ©e. *** â OĂč est-elle allĂ©e se poser â Au chĂąteau de son pĂšre. *** Et qu'estelle allĂ©e lui raconter â Lui porter la nouvelle *** De ce qui lui Ă©tait arrivĂ©. â Le long de la riviĂšre, â Ladera la la lai, â Le long de la riviĂšre. » Les pastoures du Castillonnais â vallĂ©es de la Ballongue, de Bethmale, de Biros â terminent souvent la chanson par le couplet suivant Quoand et sourelh es couchadĂ©, 'Ras bergĂšros embarron, Ladera la la lai, 'Ras bergĂšros embarron. [Couserans, Comminges.] Var. â 1. Quoand et angelus a sounatch. Trad â Quand le soleil est couchĂ© ou Quand l'angĂ©lus a sonnĂ© ,â Les bergĂšres enferment font rentrer leurs bĂȘtes, â Ladera la la lai, â Les bergĂšres enferment. Le thĂšme de l'Occasion manquĂ©e est l'un des plus vieux qu'aient mis en action les anciennes pastourelles. Depuis les temps reculĂ©s du moyen-Ăąge, la leçon a Ă©tĂ© traitĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, brodĂ©e de maintes façons. On en trouve des versions similaires, bien que diffĂ©rentes, dans la France entiĂšre, au-delĂ de ses frontiĂšres, en PiĂ©mont, en Catalogne, en Espagne, et par-delĂ les mers, au Canada. Partout il y est question de la perdrix ou de la caille, et, plus rarement, de la poule ou de l'alouette, qu'il fallait plumer pendant qu'on la tenait. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 223 La chanson La Perdits est restĂ©e extrĂȘmement populaire dans le Couserans, le Comminges et la Bigorre. Si l'air le plus rĂ©pandu s'y dĂ©roule en mineur â c'est la mĂ©lodie notĂ©e ci-dessus, on l'entend quelquefois en majeur, dans la Ballongue et aux confins orientaux du pays de Foix â c'est-Ă -dire aux extrĂ©mitĂ©s du dĂ©partement de l'AriĂšge dans le sens de sa largeur. Ailleurs aussi, Ă BalaguĂšres du Castillonnais, notamment, elle dĂ©bute en majeur pour s'incliner aussitĂŽt vers le mineur prĂ©fĂ©rĂ©. La mĂ©lodie bigourdane de la variante placĂ©e Ă la suite, prouve bien que le mineur est le mode qui convient le mieux et gĂ©nĂ©ralement Ă ce chant. En effet, par son rytme balancĂ© et son contour limitĂ©, ladite notation reproduit Ă peu prĂšs exactement la prĂ©cĂ©dente. Foix, Couserans, Comminges, Bigorre, BĂ©arn chantent donc les mĂȘmes paroles de La perdits sur le mĂȘme timbre, lequel s'affirme ainsi doublement caractĂ©ristique par la grandeur triste de son accent, et par sa popularitĂ© Ă©tendue Ă presque toute la chaĂźne. Toutefois, le BĂ©arn et ses immĂ©diates approches bigorraises ont en outre modifiĂ© la poĂ©sie originale de la maniĂšre que voici. Variante E de las lanes de BourdĂšu bis Que y a tant bĂšre aulhĂšre, Ridera la Ion la, Que y a tant bĂšre aulhĂšre. U moussuret biengouc Ă passa, Loung tems l'a regardade. Que regardats-bous, moussuret ? Jou qu'en soi maridade, Dab u berge deu nouste endret, Loung tems m'a courtisade. Estacats boste chibalet, Estacats-Iou Ă da'cet lire. Estenets boste mantelet Sus la fresque arrousade. Jou m'en bau bira lous moutous BallĂšu serĂši tournade. L'arrebirade dade e-us Ăši, L'Adour que la n'Ăši passade, 224 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS De bint ou trente cabaliĂšs, De touts m'en soi trufade. Atau harĂši de bous, moussu, E d'aquĂ©ste encountrade. Que boulets pluma la perdits. bis Mes que s'en ei boulade, Ridera la lon la, Mes que s'en ei boulade. » [BĂ©arn, Bigorre] Trad. â Dans Sur les landes de Bordeaux â Il y a tant belle bergĂšre, â Ridera la lon la, â Il y a tant belle bergĂšre. * Un petit monsieur vint Ă passer, â Longtemps l'a regardĂ©e. Que regardez-vous, petit monsieur ? â Moi je suis mariĂ©e, * Avec un berger de notre village, â Qui longtemps m'a courtisĂ©e. * Attachez votre cheval, â Attachez-le Ă la tige de ce lis. *** Etendez votre manteau â Sur la fraĂźche rosĂ©e. Je m' en vais retourner les moutons; â BientĂŽt je serai de retour. ** La retournĂ©e » je leur ai donnĂ©e, â Et l'Adour j'ai passĂ©. ** De vingt ou trente cavaliers, â De tous je me suis moquĂ©e. *** Ainsi ferai-je de vous, monsieur, â Et de cette rencontre. *'* Vous vouliez plumer la perdrix, â Mais elle s'est envolĂ©e, â Ridera la Ion la, â Mais elle s'est envolĂ©e. » Autre mĂ©lodie BĂšre pastoure rencountrĂš, Tran lan laderai, A l'oumbre de la rose. [VallĂ©e d'Ossau.] Trad. â Belle bergĂšre rencontrai, â Tran la laderĂ©, â A l'ombre de la rose. La poĂ©sie complĂšte de ce chant a Ă©tĂ© placĂ©e sous l'air du branle BĂšre pastoure rencountrĂš, notĂ© plus haut, dans le deuxiĂšme chapitre. Elle est fort approchante du texte qu'on vient de lire. La mĂ©lodie ne ressemble ni Ă celle de la chanson de danse ni au timbre vĂ©ritable de La Perdits, tel que Couserans et Bigorre nous ont permis de le prĂ©ciser. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 225 Autre version Pastoreta, bon jorn, bon jorn ! Fa bo guardar soleta, y amor ! Fa bo guardar soleta. â Ay ! soleta no hi guardi, no ! M'hi han llogat un pastre. Y l' pastre que m'hi han llogat Fa fer la revivalla. » Cade revivalla quen don, Si l'acotxa per terra. Ay ! galant jove, dixau me anar ! Lo meu pare me crida. » Quand me van ser fora del bosci, La bella Ă riurer s'posa. Ay ! de que vos rieu, amor ? De que vos rieu, la bella ? â Jo me rivio del falcĂ Quand la perdiu tenia; Quand la tenia pel pit blanch, Quand no s'en rejuhia. Ay ! pastoreta, tornam al bosch, Cent escuts vos daria. â Ay ! ni per cent ni per dos cents Al bosch no tornaria PerquĂ©, si tornavan al bosch, Vos me deshonrariau, y amor ! Vos me deshonrariau. » [Roussillon.] Trad. â Bergerette, bonjour, bonjour ! â Il fait bon garder seulette, et amour ! â Il fait bon garder seulette. *** â Ah ! je ne garde pas seulette, non ! â On a ici engagĂ© un pĂątre. *** Et le pĂątre qu'on a engagĂ©, â Fait faire la retournĂ©e ». *** A chaque retournĂ©e qu'il donne, â Il la couche par terre. *** Ah ! galant jeune homme, laissez-moi aller ! â Mon pĂšre m'appelle. » *** Quand ils furent hors du bois, â La belle se met Ă rire. *** Et de quoi riez-vous, mon amour ? â De quoi riez-vous, la belle ? & Moi je riais du faucon â Quand il tenait la perdrix; *** Quand il la tenait par sa poitrine blanche, â Quand il n'en jouissait pas. *** â Ah ! bergerette, retournons au bois, â Cent Ă©cus je vous donnerais. /* â Ah ! ni pour cent ni pour deux cents â Au bois je ne retournerais *** Parce que, si nous retournions au bois, â Vous me dĂ©shonoreriez, et amour ! â Vous me dĂ©shonoreriez. » Le texte de la version roussillonnaise s'Ă©loigne des deux autres et se rapproche davantage des leçons françaises, dont on trouvera plusieurs piĂšces parmi les chansons narratives du neuviĂšme chapitre. Le timbre aussi en diffĂšre. 15 226 SOCIETE D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS QUAND IĂU N'ERI PETIT GARĂOUN QUAND J'ĂTAIS JEUNE GARĂON Quand iĂšu n'Ăšri petit garçoun Ande moun pĂšro, Me fasion garda lei moutous And tres bergĂširos. Cado birado qu'iĂšu fasio, Be lai besabi; La pus jouino de toutoi trĂ©s Toujoun plourabo. Quan iĂšu bĂ©jĂšri tant de plours, IĂšu m'en anĂšri, A l'oumbreto d'un castelhet Que m'asoumbrĂšri; Si m'arrinqui moun flajoule, E le sounĂšri; Lai damo que y Ăšroun dedins Ne sourtisquĂšroun. Souno, souno, pastourelhet, Petit boun drolle ! Si iĂšu toun flajoulet abio, Le sounarosi. â Si bous, moun flajoulet boulets, MadoumaisĂšlo, Un baisat bous n'en coustara, De la pus bĂšlo. â Baisat auras, pastourelhet, De ma chambriĂšro. â Nou, boldrio-bĂ© poi mai de bous, MadoumaisĂšlo. â Jamais ni comte ni baroun M'an tant charmado Coumo l'janti pastourelhet, La matinado. » [Mirepoix, Couserans.] Trad. â Quand j'Ă©tais jeune garçon â Avec mon pĂšre, â On me faisait garder les moutons â Avec trois bergĂšres. *** A chaque fois que je les ramenais, â Je leur faisais un baiser. â La plus jeune des trois â Pleurait toujours. *** Quand je vis tant de larmes, â Je m'en allai. â A l'ombre d'un chĂątelet â Je me mis Ă l'abri. *** Je dĂ©tachai mon flageoletâ Et j'en jouai; â Les dames qui Ă©taient dans le chĂąteau â En sortirent. ,?;, joue, joue, pastoureau, â Bon petit garçon. â Si j'avais ton flageolet, â J'en jouerais. *%. Si vous voulez mon flageolet, â Mademoiselle, â Un baiser il en coĂ»tera â De la plus belle. *** â Tu auras un baiser, pastoureau â De ma chambriĂšre. â Non, je ne le veux que de vous, â Mademoiselle. *** â Jamais comte ni baron â Ne m'ont tant charmĂ©e â Comme le gentil pastoureau â Cette matinĂ©e. » Lambert en a publiĂ© une version langudocienne, de texte identique, mais dont la mĂ©lodie diffĂšre absolument de celle-ci. Les deux airs s'Ă©loignent du caractĂšre TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 227 contemplatif que revĂȘtent d'ordinaire â et plus spĂ©cialement en Gascogne â les chansons de bergers. Leur rythme les dĂ©signerait plutĂŽt comme propres Ă la danse. QUAND LA BERGĂRE S'EN VA-T-AUX CHAMPS Quand la bergĂšre s'en va-t-aux champs, Filant sa quenouillette, Et tout en gardant ses jolis moutons blancs Qui pĂąturent sur l' herbette. Un chevalier vient Ă passer, Lui dit Bonjour, la belle ! A qui sont-ils donc ces jolis moutons blancs Qui pĂąturent sur l'herbette ? â Oh ! Monsieur, ce ne sont pas des moutons; Ce sont des brebinettes Qui connaissent tant les plaisirs de l'amour, Comme la bergerette. » Le chevalier descend de cheval; L'a prise et l'embrasse, En lui disant Charmante JeanĂ©ton, Donne-moi ton coeur en gage. â Oh ! Monsieur, vous avez grand tort, Grand tort et grand dommage, Car vous m'avez encore rien donnĂ© Pour avoir mon coeur en gage. » Le chevalier ĂŽte ses gants blancs; Six cents louis il lui donne, En lui disant Charmante JeanĂ©ton, Souviens-toi de ma personne. » La bergĂšre s'en va en chantant; S'en va trouver sa mĂšre, En lui disant Six cents louis, Que je viens de trouver sur l'herbette fleurie. 228 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Oh ! ma fille, tu en as menti, Car je vois que tes yeux me trompent; Je comprends Ă vos yeux Que c'est l'amour qui vous engage. â Ma mĂšre, que ferons-nous de cet argent ? â De cet argent, ma fille, Nous en ferons de jolis cotillons, Couleur de la brebinette. » [Foix.] Autre leçon Quand la berger' s'en va-t-aux champs Tout en filant, La quenouillette Ă son cĂŽtĂ©. Fuseau d'argent. Son bel amant s'en va-t-aprĂšs, Tout en disant N'allons-nous pas nous marier, Belle, il est temps TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 229 â Mon cher amant, vous me suivez A pas Ă pas; Retirez-vous, ça m'y dĂ©plaĂźt, J' n' vous aime pas. â Belle, que vous ai-je donc fait ? Dites-le moi, Si maintenant vous ne m'aimez, Raison pourquoi. â Je t'ai vu battre l'aut' matin, Tant rudement, Que j'en sortis dans mon jardin, Tout tristement N'avais-tu pas l'Ă©pĂ©e en main ? Vilain amant ! Le diamant d'or que tu as au doigt, Il est Ă moi. â Tenez, la belle, votre anneau, S'il est Ă vous; Je m'en soucie de votre anneau Comme de vous. â Malheureus' fill' que j'ai Ă©tĂ©, D'avoir parlĂ© ! J'avais un amant qui m'aimait, M' dĂ©laissĂ©e ! Ah ! s'il y avait quelqu'un ici, De ses amis, Pour aller dire Ă mon amant De revenir. â De revenir, ce n'est plus temps bis D' s'en repentir; Tu m'avais donnĂ© mon congĂ©, Moi, je l'ai pris. » [Couserans, Foix]. Var. â 23. L'anneau... â 31. Et je n'avais qu'un seul amant. Chanson plutĂŽt rare. JĂ©rĂŽme Bujeaud en a publiĂ© une version, analogue quant Ă la poĂ©sie, recueillie par lui dans l'Ouest. Je ne l'ai rencontrĂ©e, sur les routes pyrĂ©nĂ©ennes, qu'en pays d'AriĂšge, et par deux fois seulement. La mĂ©lodie castillonnaise vallonne sa ligne et ouate son atmosphĂšre de rĂȘverie imprĂ©cise; la variante fuxĂ©enne lui oppose la fermetĂ© de ses contours pareils Ă des horizons nettement dĂ©coupĂ©s. QUAND LOU PASTOU S'EN BA AMOUDA QUAND LE BERGER SE MET EN TRAIN Quand lou pastou s'en ba amouda, bis Que crido la pastouro, lan la, 230 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS La la la la la ra la la, Que crido la pastouro. Ount anirĂšm, Rouseto, garda La nostro moutounado ? â Abal, abal, al founs del prat, N'ya de tant belo erbeto. â AnĂšm-nous dounc, Rouseto, garda, Uno petit' oureto. » Quand sounguĂšren al founs del prat, L'erbeto n'ei moulhado. Lou pastourel quito soun mantel Per n'y fa 'ssieta Rouseto. Aici, Rouseto, t'en cal assieta, JougarĂšm uno partideto. » A forço de lai tant jouga, La neit lei n'a surpreso. Que dirai iĂšu al miĂšu papa, De n'y Ăšstre tant restado ? â Tu n'y en diras al tiĂšu papa Que lou loup lai trebabo. Que sens un pastourĂšl noubĂšl, bis Lou loup lai te manjabo, lan la, La la la la la ra la la, Lou loup lai te manjabo. » [Languedoc, Gascogne.] Var. â 9. ... passa. Trad. â Quand le berger se met en train, â 11 appelle la bergĂšre, lan la, â La la la la la ra la la. â Il appelle la bergĂšre. *** OĂč irons-nous, Rosette, garder â Notre troupeau de moutons ? s?i, â LĂ -bas, lĂ -bas, au fond du prĂ©, â Il y a de la si jolie herbette. *** â Allons-nous-en donc, Rosette, garder â Pendant une petite heure. ». ** Quand ils furent au fond du prĂ©, â L'herbette est mouillĂ©e. â.** Le berger quitte son manteau â Pour y faire asseoir Rosette. *** Ici, Rosette, il faut t'asseoir, â Nous jouerons une petite partie. » â A force d'en tant jouer, â La nuit vous les a surpris. * Que dirais-je Ă mon pĂšre, â D'y ĂȘtre si longtemps restĂ©e ? ÂŁ* â Tu diras Ă ton pĂšre â Que le loup visitait les moutons. *** Que sans un nouveau berger, â Le loup te les mangeait, lan, la â La la la la la ra la la, â Le loup te les mangeait. » On sait ce qu'il faut penser de la durĂ©e d'une petito oureto ». Lorsque nos mon- TROISIEME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 231 tagnards affirment que, d'un point Ă un autre, il n'y a pas plus d'une toute petite heure de chemin », la prudence commande de compter sur le double de temps et mĂȘme davantage. SI COUNECHĂT MA BERGĂRO SI VOUS CONNAISSIEZ MA BERGĂRE Si counĂ©chĂšt ma bergĂšro bis Qu'ei bĂšro coum lou lugra, OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, Qu'ei bĂšro coum lou lugra, OuĂšro, ouĂšro-la ! OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, OuĂšro, duĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro-la ! La ! Ere b'en ei auta blangue Que la nĂšu deu Hougara. Sa talho n'ei courto e fino Certes, pouirei l'empougna. De souns ouelhs l'amou que-s lhĂšbo, bis Sus soun co nou-s bou pausa, OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, Sus soun co nou-s bou pausa, 232 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS OuĂšro, ouĂšro-la ! OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro, OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, ouĂšro ouĂšro, ouĂšro-la ! La ! [Comminges, Bigorre, BĂ©arn.] Var. â 3. GoĂšre.... â 12. Las amous aus oelhs se lhebent, â 13. Sus soun co nou-s pot pausa. Trad. â Si vous connaissiez ma bergĂšre ! â Elle est belle comme l'Ă©toile, â Regardez, regardez, â Elle est belle comme l'Ă©toile, â Regardez, regardez-lĂ ! ** Elle est aussi blanche â Que la neige du Hougara. *** Sa taille est courte et fine â Certes, je pourrais la prendre entre mes doigts. ** De ses yeux, l'amour prend sa volĂ©e, â Sur son coeur il ne veut pas se reposer, â Regardez, regardez, regardez, â Sur son coeur il ne veut pas se reposer, â Regardez, regardez-la ! Cette pastourelle, d'un tour prĂ©cieux et qui sent le lettrĂ©, a Ă©tĂ© faussement attribuĂ©e au poĂšte bĂ©arnais Cyprien d'Espourrins. Vignancour la donne, Ă la table des matiĂšres de sa brochure Causons bĂ©arnaises de Despourri e autes, comme Ă©tant de d'Espourrins, sans cependant faire suivre le texte mĂȘme de la signature, ainsi qu'il procĂšde pour toutes les autres chansons publiĂ©es par lui; Lamazou la fait figurer parmi ses Cinquante chants pyrĂ©nĂ©ens, avec cette mention Pastorale bĂ©arnaise de Despourrins » n° 10 du recueil. Par contre, les deux Ă©ditions de RivarĂšs portent comme indication Auteur inconnu »; et la prĂ©face de la deuxiĂšme ajoute que ce chant paraĂźt ĂȘtre venu en BĂ©arn de la vallĂ©e de Campan ». Le certain c'est que nous n'en connaissons pas l'auteur. Outre qu'elle semble plutĂŽt originaire de la Bigorre ou du Comminges que du BĂ©arn, le rimailleur qui la façonna y ajoutĂ© un refrain OuĂšro, ouĂšro, ouĂšro, â OuĂšro, ouĂšro-la ! dans le goĂ»t des onomatopĂ©es que la chanson populaire affectionne. Or, les poĂ©sies de d'Espourrins, et de ses imitateurs, s'abstiennent d'introduire dans leurs strophes des rĂ©pĂ©titions, qui Ă©maillent si typiquement nombre de productions anonymes. Ma version renferme un verset de plus â le troisiĂšme â que celles antĂ©rieurement recueillies. L'air, de coupe invariable, m'a Ă©tĂ© dictĂ© par le tragĂ©dien Romuald JoubĂ©, lequel tient ce chant de son grand-pĂšre maternel, aragonais de naissance Ă©tabli dans le Val d'Aran, et depuis longtemps dĂ©cĂ©dĂ©. Il est Ă prĂ©sumer que la chanson ne comportait pas primitivement autant de ouĂšro, ouĂšro. La sorte de tyrolienne qui ponctue chaque couplet a dĂ» ĂȘtre ajoutĂ©e par la suite. Force nous est, cependant, de la noter telle que les montagnards se la transmettent. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 233 SI M'AURET BIST MOUN AIMABLE BERGĂRE N'AURIEZ-VOUS PAS VU MON AIMABLE BERGĂRE Si m'auret bist moun aimable bergĂšre, Aquere arrose, aquere bĂšre flou ? Ere qui-n a tant douce la machĂšre, Be l'an cerquei Ă d'Ăšre, ere be-m cĂšrqu'a jou. Quauque pastou que la-m ba abĂ© raubade ! Praubin de jou, t'oun tirarĂši dounc jou ?? Qu'ani bedĂ© si s'en serĂ© tournade De l'oun de l'aute se prengoum tant de plasĂ©. Qu'Ăši tant cercat, Ă la fin l'Ăši troubade, Que s'oumprejabe debat bĂšt arboulet, Y lous ausets disĂšn en lur lengĂ tge Moun Diu ! b'en soun urous aquet pa d'aimadous ! » [VallĂ©e d'Aspe.] Trad. â N'auriez-vous pas vu mon aimable bergĂšre, â Cette rose, cette belle fleur ? â Elle qui a la joue si veloutĂ©e ? â Moi je la cherche et, sans doute, me cherche-t-elle aussi. *** Quelque pasteur me l'aura peut-ĂȘtre enlevĂ©e ? â InfortunĂ© ! De quel cĂŽtĂ© diriger mes recherches ? â Je vais aller voir si elle ne serait pas revenue â Aux lieux oĂč, l'autre soir, nous nous sommes tant plus. *** J'ai tant 234 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS cherchĂ© qu'Ă la fin je l'ai trouvĂ©e, - Qui s'ombrageait sous un joli petit arbre, â Et les oiseaux disaient en leur langage â Dieu ! que ces deux amants sont heureux ! » SUS LAS LANES D'AULOUROU SUR LES LANDES D'OLORON Sus las lanes d'Aulourou, bis RencountrĂši ue bergĂšre, DoundĂšne, SietadĂ©te sus lou gazou, Doundou. SietadĂ©te sus lou gazou, Quoate cops la-n embrassĂšri, SĂ©nse jamĂšs cambia de sou. SĂ©nse jamĂšs cambia de sou. Quoand arribĂ m tau cinquiĂšme, La hĂšre e-m dits sa rasou. La hĂšre e-m dits sa rasou Quoand passaras tau bilĂ tge, Rentraras dens ma maisou. Rentraras dens ma maisou. Troubaras la taule preste. De pĂą, de bi e jambou, De pĂą, de bi e jambou, E de quaques coĂ©ches d'auque, De quauque ale de pijou. De quauque ale de pijou. AprĂšs coucharam Ă -masse, Coubertis de mouletou. Coubertis de mouletou. bis Be sera la bĂšre bite, DoundĂšne, Tant qu'en durara lou sou, Doundou. [BĂ©arn, Gascogne.] Trad. â Sur les landes d'Oloron â Je rencontrai une bergĂšre, â Dondaine, â Assise sur le gazon, â Doudon. ,** Quatre fois je l'embrassai, â Sans jamais changer de façon. *! Quand j'arrivai au cinquiĂšme baiser, â La belle me dit sa raison. *% Lorsque lu passeras au village, â Tu rentreras dans ma maison. â?* Tu trouveras la table prĂ©parĂ©e, â Du pain, du vin et du jambon. ;f"';I Avec quelques TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 235 cuisses d' oie et quelques ailes de pigeon. *** AprĂšs nous coucherons ensemble â Couverts de molleton. & Couverts de molleton, â Ce sera la belle vie, â Dondaine, â Tant qu'en durera le soleil les jours, â Dondon. Avant le dernier couplet, s'intercalent deux strophes trop licencieuses pour pouvoir ĂȘtre reproduites ici. UNO GENTIO PASTOURO UNE GENTILLE BERGĂRE Uno gentio pastouro, Tout aqueste maiti, Sietado sus l'erbeto, Tout prĂšs de soun amie, Elo l'a dit Ount bas ? Galant, tu m'abandounos, Qu'ouro tu tournaras ? Be-n sirĂ© dĂ©je ouro Que fousquesses tournat; A-n qualqu'autro pastouro Toun cor bi ei dounat ? Digoi-me la bertat. Si jamai n'as agudo Cap d'infidelitat ? â Sotto, impertinento, Sa dits soun paire atal, Toujoun fai la badino Quoand es al pastoural M'as perdudis moutous; Les pagaras, pastouro, Tu, ou toun amourous. â De bous me n'jauti gaire, Ni mai bostris moutous N'aimi mai moun fringaire Que l'Ă imi mai que tout; Jou l'Ă imi mai qu'Ă bous, A bous, Ă bostroi bordos, Toustis bostris moutous. Aqui abets lai fedos, Las gardo qui bourdra ! Soun lasso dĂšstre pastro, Me boli marida; Me boli marida Ambe le miu dansaire Que me ben demanda. [Mirepoix.] Trad. â Une gentille bergĂšre, â Tout ce matin, â Assise sur l'herbe, â AuprĂšs de son ami, â Lui a dit OĂč vas-tu ? â Galant, tu m'abandonnes, â Quand 236 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS reviendras-tu ? *** AssurĂ©ment il serait dĂ©jĂ temps â Que tu fusses revenu; â A quelque autre bergĂšre â As-tu donnĂ© ton coeur ? â Dis-moi la vĂ©ritĂ©, â Si jamais tu as eu â Aucune infidĂ©litĂ© ? *** Sotte, impertinente, â Ainsi s'exprime son pĂšre, â Toujours tu fais la folĂątre â Quand tu es au pĂąturage â Tu m'as perdu des moutons; â Tu me les paieras, bergĂšre, â Toi, ou ton amoureux. *** De vous je ne me soucie guĂšre, â Et pas davantage de vos moutons â Jaime mieux mon galant â Que j'aime plus que tout; â Je l'aime plus que je ne vous aime, â Vous, vos fermes, â Tous vos moutons. ;S*K LĂ vous avez les brebis, â Les garde qui voudra ! â Je suis lasse d'ĂȘtre bergĂšre, â Je veux me marier; â Je veux me marier â Avec mon danseur â Qui vient me demander. UNE JEUNE BERGERE Une jeune bergĂšre Chante dans le bois; bis Toujours elle chante. Toujours et toujours. Si tu es belle, Ce n'est pas le jour. bis RĂ©unissons ensemble Ton coeur et le mien; Toujours on y pense, Toujours et toujours. â Pas tant de badinage Devant mon Ă©poux; Tout lui fait ombrage, Toujours et toujours. â Fanchon, ma belle femme, Verse-moi du vin; Toujours Ă plein verre, Toujours et toujours. Si tu es belle, Ce n'est pas le jour. bis [Couserans.] Par un hasard exceptionnel, cette chanson ne m'a Ă©tĂ© dictĂ©e qu'une seule fois â a Cescau, dans le Castillonnais. D'oĂč impossibilitĂ© de rĂ©tablir un texte apparemment incomplet et qui, tel quel, dĂ©pourvu de toute signification, chante l'amour et le vin confusĂ©ment aprĂšs un dĂ©but nettement pastoral. Mais la mĂ©lodie a grand caractĂšre, dans sa seconde partie surtout, par l'altĂ©ration â mi naturel â de la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale de sol mineur. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 237 Pastourelles dialoguĂ©es. ADIEU, LA BELLE MARGOTON Adieu, la belle Margoton, Je viens te voir dans ce vallon; Je viens voir une bergĂšre Que mon coeur a tant aimĂ©, Une petite brunette Que mon coeur a dĂ©sirĂ©. N'ai pas moun esprit tant aprĂ©s â Moussu, nou parli pas francĂ©s, Nou soun qu'uno simplo bergĂšro, Nou soun pas elebado mes; Me fariots mete en coulĂšro, S'aici demourariots mes. â Tu ne comprends pas le françois, Ni mĂȘme moi ton gros patois; Mais je saurai bien t'apprendre Tout ce qu'il y a de plus beau Et bien heureuse te rendre, Heureuse dans mon chĂąteau. â Que fario de mous moutous, Se jou m'en anabo am bous ? Papa sirio Ă la misĂšro, Tout li bendrio Ă manca Lous moutous e la bergĂšro, Se consentio Ă m'en ana. â Ton pĂšre en serait charmĂ© Si tu venais Ă m'aimer Je lui ferais sa fortune, Il aurait un coeur aimant; Prends-moi donc, charmante brune, Prends-moi donc pour ton amant. â Moussu, se n'Ăšro pas tant joun, Me fariots mes de pou qu'un loup. Lou loup, am touto sa furio, Nou prendrio qu'un soul moutou; Bous, am bostro ruso fino, Me raubiriots moun aunou. â Adieu, la belle Margoton, Je te quitte dans ce vallon; Je te quitte, fille sage, 238 SOCIETE D' HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS Garde bien ta puretĂ© Si quelqu'un te cherche outrage, Ce sera pour ta beautĂ©. » [Foix, Languedoc] Var. â 4. ... Jeannetou, ... charmante Loui son. â 3. Je te vois charmante fille, â 4. Veux-tu me donner ton coeur ? â 5. Prends-moi donc, brune gentille,â 6. Prendsmoi pour ton serviteur. â 7. Jou ne coumpreni pas bostĂ© francĂšs. â 34. Non raubirio que tous moutous. Trad. â Monsieur, je ne parle pas français, â N'a point mon esprit tant appris â Je ne suis qu'une simple bergĂšre, â Je ne suis pas de condition Ă©levĂ©e; â Vous me feriez mettre en colĂšre, â Si vous restiez ici plus longtemps. *** â Que ferais-je de mes moutons, â Si je m'en allais avec vous ? â Papa serait rĂ©duit Ă la misĂšre, â Tout lui manquerait Ă la fois â Les moutons et la bergĂšre, â Si je consentais Ă vous suivre. *** â Monsieur, s'il faisait moins jour, â Vous me feriez plus de peur qu'un loup, â Le loup, avec toute sa furie, â Ne prendrait qu'un seul mouton; â Tandis que vous, avec votre ruse fine, â Me raviriez mon onneur. » BELLE BERGĂRE, SUR LE CHAMP Belle bergĂšre, sur le champ, Toute seulette en t'amusant, Tu gardes tes blancs moutons, Sur l'herbette, Ma brunette, Tu gardes tes blancs moutons, Sur l'herbette du gazon. â Moussu, que bous fa 'co and bous Qu'en fassio pĂšche mous moutous ? Se bous n'anats pas lĂšu d'aici, Douni l'ordre De bous mordre, Se bous n'anats pas lĂšu d'aici, Bous farĂš mordre per moun chin ! TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 239 â Belle bergĂšre, si tu veux, Nous nous marierons tous deux Tu seras dans mon palais Bien contente, Bien riante, Mes servantes, mes valets Seront tous Ă tes souhaits. â Moussu, n'ai pas accoustumat D'Ăšsse gardado en tout coustat. Aimi mes moun pastourĂšl, Ain sa capo Ou sens sa capo, Que noun pas bostre castĂšl, Quand sirio cent cops mes bĂšl ! â Ma bergĂšre, veux-tu venir ? Nous irons nous rĂ©joui. Tu mettras de beaux habits, Les dentelles Les plus belles, Et de beaux chapeaux garnis, Pour paraĂźtre Ă mes amis. â Moussu, se nou bous tirats d'aici, M'anats fourça de parti. Se benio moun amourous, Li'n fario Milo embrassados; Li'n fario milo poutous, E mĂ©mo al despieit de bous. â Je te parle poliment, Tu me rĂ©ponds brusquement. Tu m'avais dĂ©jĂ blessĂ©, Ma bergĂšre Trop sĂ©vĂšre, Tu m'avais dĂ©jĂ blessĂ©, Et sans l'avoir mĂ©ritĂ©. â Quin jou bous aurio blessat ? Nou n'ai pas jamĂšs tirĂąt ! N'ai pas ni fusil, ni ploumb, Ni fusado, Ni grenado ! Cal que siots un bel fripoun De m' parla de la faiçoun ! â â Adieu, la belle, je m'en vais, Puisque je n'peux rien gagner. Garde tes fidĂšl's appas, Ma bergĂšre En colĂšre, Car si tu n' les gardes pas, Tu seras dans l'embarras. » [Foix, Gascogne, Languedoc] Var. â 10. Filats dounc bostc cami, â 11. Marquisot, â 12. Tros de pĂ©got ! â 14. Bau enguicha lou labri ! â 20. Et tu auras toujours auprĂšs â 21. Des servantes, des valets. â 22. Jou, moussu, que na'imi pas â 25. Autour de jou tant d'embarras. 52 ... poudro. Trad. â Monsieur, qu'est-ce que cela peut vous faire â Que je fasse paĂźtre mes moutons ? â Si vous ne partez pas vite d'ici, â Je donne l'ordre â De vous mordre, â Si vous ne partez pas vite d'ici, â Je vous ferai mordre par mon chien. *** â Monsieur, je n'ai pas accoutumĂ© â D'avoir des gardes au cĂŽtĂ©. â J'aime mieux mon pastoureau, â Avec sa cape ou sans sa cape, â Que non pas votre chĂąteau, â Lors mĂȘme qu'il serait cent fois plus beau. *** â Monsieur, si vous ne quittez pas ces lieux, â Vous allez me forcer Ă partir. â Si mon amoureux venait, â Je lui ferais â Mille embrassades; â Je lui ferais mille baisers, â Et cela pour vous causer du dĂ©pit. *** â Comment vous aurais-je blessĂ© ? â Je n'ai pas du tout tirĂ© ! â Je n'ai ni fusil, ni plomb, â Ni fusĂ©e, â Ni grenade ! â Il faut que vous soyez un beau fripon â pour me parler de cette façon ! » ExtrĂȘmement populaire dans toutes les PyrĂ©nĂ©es. 240 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS BERGĂRE, MON COEUR BergĂšre, mon coeur, quoique tu sois belle, Moi je ne crois pas que tu sois rebelle; Je t'en prie, accorde-moi De m'asseoir auprĂšs de toi. â Moussu, que sabets qu'aquestes praderies Soun pas accoustumats as bostes filateries; Tirats en dabant boste cami, Dechats-me Ă jou soulete aci. â BergĂšre, mon coeur, quoique tu sois sage, Moi je ne crois pas que tu sois sauvage; Tiens, voilĂ , pour ton prĂ©sent, Cette main pleine d'argent. â Moussu, que sabets que lou qui pren s'engĂ tge, Jou ne m'entĂ©ni Ă tout boste lengĂ tge; Adichat, e gran mercĂšs, CoumprĂ©ni pas boste francĂ©s. â Mon français est plus beau que tout ton langage Il n'est pas aussi sot, ni aussi siauvage; Adieu donc, bergĂšre, mon coeur, J'en serai ton serviteur. â Quoand bous serats lou me, jou serĂši pas la boste, Nou crei pas qu'at boulerĂ©n ni Ă caise ni Ă boste; Qu'at boullions ou que nou, Bous nou-b truferat de jou ! » [BĂ©arn, Bigorre] TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 241 Var. â I. Veux-tu venir ce jour, charmante bergĂšre, â 2. En gardant ton troupeau dessus la fougĂšre ? â 3. Je te prie, accorde-moi, â 4. Si je puis aller avec toi. â 5. Moussu, nous n'abem pas d'autes praderies,â 6. Nou-ns accoustuma'n pas de taus coumpagnies; â 7. E filat boste cami, â 8. Car bous b'eslanguiret aci. â 10. Tiens, je ne crois pas que ceci t'engage. â 13. Moussu, ne crediat pas que su tant saubatge. â 17. BergĂšre, le français n'est pas si sauvage, â 18. Il est bien plus joli que votre langage. â 19. ... mon petit coeur, â 20. A toi toujours ton serviteur. â 21. Moussu, si bouts Ăšts lou me, jou nou soui la boste. Trad. â Monsieur, vous savez que ces prairies â Ne sont pas habituĂ©es Ă entendre vos flatteries; â Passez votre chemin, â Liassez-moi seulette ici. *** â Monsieur, vous savez que celui qui prend s'engage, â Je n'entends point tout votre langage; â Adieu et grand merci, â Je ne comprends pas votre français. ** â Quand vous seriez le mien galant, je ne serais pas la vĂŽtre mie, â Je ne crois pas qu'y consentiraient ni mes parents ni les vĂŽtres ;â Qu'ils le veuillent ou non, â Vous ne vous moquerez pas de moi ! » BONJOUR, BELLE BERGĂRE 16 242 SOCIETE D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS Bonjour, belle bergĂšre, Que fais-tu dans ces champs ? Tu endures la pluie, Le froid, le mauvais temps. Je suis ici, bergĂšre, ExprĂšs, dans ces beaux lieux, Pour te sortir de peine, BergĂšre, si tu veux. â Je ne suis pas en peine, En peine ni tourment, De garder dans la plaine Mes petits moutons blancs; Car si le temps m'ennuie, Je m'en vais hors du champ Garder mes brebinettes, Mes petits agneaux blancs. â Prends-moi, belle bergĂšre, Prends-moi pour ton berger; Nous irons Ă l'ombrage, LĂ -bas, dedans ce bois, Et si le loup s'approche Vers ton petit troupeau, Je marcherai bien vite DĂ©fendre tes agneaux. â Monsieur le gentilhomme, Vous vous moquez de moi; Toutes ces gentillesses Sont pas faites pour moi. Cherchez des demoiselles De votre qualitĂ©i Et laissez les bergĂšres Qui sont pour les bergers. â Crois-moi, belle bergĂšre, Profite de l'honneur, L'Ă©tat de gentilhomme Peut faire ton bonheur. Entre dans mon carrosse, Et quitte ton troupeau, Tu seras demoiselle, Dans mon joli chĂąteau. â Monsieur, tout's vos richesses, Ni carrosse, ni chĂąteau, Ne me font aucune envie De quitter mon troupeau, Car les oiseaux sauvages Sont cent fois plus hardis Que les oiseaux des cages, Surtout s'ils se voient pris. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 243 â Adieu, belle bergĂšre, Je te quitte en ces lieux; L'endroit oĂč je te laisse, Je ne le verrai plus. Tu es une fille sage, Une fille d'honneur; Je ne suis qu'un volage, Un simple voyageur. » [Couserans, Foix]. Var. â 3. Tu souffrisses. La premiĂšre de ces deux mĂ©lodies est remarquable par l'ampleur de son caractĂšre nostalgique et par le lointain de sa tonalitĂ© imprĂ©cise. Autre version Bon dia, Alieno, Aqui vinch per dirvos Que lo meu cor suspira Per vos crema d'amor; Vostre fortuna es feta Si vos veniu ab mi Vos serĂ©u boniqueta, Sereu precioseta, Si jo no penso mentir. â Al anarmen de assi Ne estich dĂ©terminada; Qu'en tnch l'amori donada A un mes prop vehi Jo no so pas senyora Per viurer en ciutat, So simplement pastora; Lo meu pastor m'adora D'una gran amistat. â Jamai del teu pastor Seras tant estimada Ni tant ben regalada Com no seras de jo Tu seras ben vestida De domas y ducas, Llgaida de manillas; D'un princep seras digne Infante jo costat. Creu lo que jo te dich, Boniqueta pastora; Montras que trobas l'hora Me pendras per amich De res no tendras ansia Jo te farĂ© servir. Tu tindras sens subtancia Doblas en abundancia Sols parlias ab mi. â Totas vostras rahons No las escolto gaire; Son com lo vent en l'aire, Bolan com los coloms L'amor de la nobleza, Ben vist la pobre gent, Jamai se ha vist fineza, No mes que per enveja, Cambiant com lo vent. â Al anarmen d'assi, Boniqueta pastora, Mistres que trobas l'hora Me pendras per amich Tu taras diferencia De mi Ă un pastor; Obran ab gran silencio, Sufrirme ab patiencia, Per trobar la millor. â Sortiu-me de devant, Vostre diseurs m'enfada ! N estich tota llaçada, Per mi sou massa gran Aneusan en bon hora A mi no m-'enganyau. L'esatt d'una pastora Vas mes que ser senyora, Y aixis nom tormentau. 244 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Puix que m'en tinch d'anar, Te demano de gracia PermetĂ©m que t'abrassia, Y antes de deixar . Jamai mes de la vida Me hayia trobat ! Que vols que jo te diga ?... Tu m'acabas la vida Sino en tens pietat. » Per nom sen diu Joan Aquest petit poeta Que la canço ha treta; Anant tot passejant, Poch Ă poch s'acostaba En un petit bosch d'amor, Entengui que parlaba Un senyor que probava Lo cor de Alieno. [Roussillon.] Trad. â Bonjour, AliĂ©nor, â Je. viens ici pour vous dire â Que mon coeur soupire â Et brĂ»le d'amour pour vous; â Votre fortune est faite â Si vous voulez venir avec moi â Vous serez ma charmante, â Vous serez ma trĂšs prĂ©cieuse, â Je vous en fais le serment. *** â A m'en aller d'ici â Je ne suis point dĂ©cidĂ©e; â J'ai donnĂ© mon amour â A mon premier voisin â Je ne suis pas une dame â Pour vivre Ă la ville, â Je suis simplement bergĂšre; â Mon berger m'adore â D'un grand amour. *** â Jamais de ton berger â Tu ne seras tant aimĂ©e â Ni comblĂ©e â Comme tu le seras par moi â Tu seras magnifiquement vĂȘtue â De damas et de ducas », â Recouverte de mantilles; â Tu seras digne d'un prince â Infante Ă mon cĂŽtĂ©. *** Crois ce que je te dis, â Mignonne pastoure; â Lorsque viendra l'heure â Tu me prendras pour amant â Tu ne manqueras de rien, â Je te ferai servir, â Ne doute pas que tu auras â Des doublons avec abondance â Si tu veux ĂȘtre Ă moi seul. *** â Tout ce que vous me dites â Je ne le crois guĂšre, â C'est comme le vent dans l'espace â Cela vole comme les pigeons â L'amour d'un noble, â La pauvre gent le sait, â Ce n'est que de la ruse â Ou bien simple dĂ©sir, â Il change comme le vent. *** â Quand je serai parti, â Mignonne pastoure, â Quand viendra ton heure â Tu me prendras pour amant â Tu feras la diffĂ©rence â Entre un berger et moi; â Pour moi, dans le silence â Souffrant avec patience, â J'attendrai le bon moment. *** â Allez-vous-en ! â Votre discours me trouble ! â J'en suis toute interdite, â Pour moi c'est grande nouvelle, â Votre annonce de mon heure » â Ne saurait m'induire en erreur. â L'Ă©tat d'une pastoure est mieux que celui d'une infante, â Ici personne ne me tourmente. *** â Puisque tu me dis de me'n aller, â Je te demande nn grĂące â De me permettre de t'embrasser â Avant de partir â Jamais de ma vie â Je ne m'Ă©tais vu ainsi ! â Que veux-tu que je te dise ? â Tu achĂšves ma vie â Sans avoir pitiĂ©. » *** Il a pour nom Jean â Ce petit poĂšte â Qui a fait la chanson; â En allant promener, â Peu Ă peu il approcha â D'un petit bois d'amour â Et il entendit parler â Un seigneur qui mettait Ă l'Ă©preuve â Le coeur d'AliĂ©nor. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 245 DIS-MOI, NANON Dis-moi, Nanon, le nom de ton village ? â Apprenets-le, moussu, que le saurets. â Dis-moi, Nanon, qui est dans ce vert bocage ? â Y aura un fat, moussu, quand y sirets. â NĂ ni, moussu, crĂ©gni pas le sourelh. â Entrons, Nanons, dedans ce vert bocage. â Je voudrais bien avoir ton coeur en gage. â N'Ăši un berge, jour le gĂ rdi per el. â De ton berger le bonheur est extrĂȘme. â Dichats ll'esta, se crets pas malurous. â Je t'aimerais encor plus qu'il ne t'aime. â Et jou, moussu, que l'aimi mes qu'Ă bous. â Je n'aime pas les belles demoiselles. â Ni jou, moussu, les fadots courtisans. â Je prĂ©fĂšre les simples pastourelles. â E jou, moussu, les goujats de paysans. â Le bon paysan doit travailler la terre. â E bous, moussu, fasets que passeja. â Viens avec moi, ainsi tu pourras faire. â Jou boli pas, moussu, flandrineja. â Je n'aime pas ta soupe de bergĂšre. â Ni jou, moussil, toutis bostris poulets. â J'aime mieux une soupe plus lĂ©gĂšre. â E jou, moussu, un toupi de caulets. 246 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS â Qui t'a appris Ă rĂ©pondre, bergĂšre ? â E bous, moussu, ount abets estudiat ? â C'est au chĂąteau de mon trĂšs noble pĂšre. â E jou, moussu, en gardant le bestiat. â Pourquoi, la belle, es-tu si rigoureuse ? â E bous, moussu, perqu'Ăšts tant amourous ? â Je veux, Nanon, un jour te rendre heureuse. â E jou, moussu, que me trufi de bous. â Coeur de rocher, inhumaine tigresse ! â Brabe moussu, brico m'estounarets. â Jusqu'au tombeau ta cruautĂ© me blesse. â S'aco bous plai, moussu, donne mourisquets ! â Meurs donc, mon coeur, la bergĂšre l'ordonne. â NĂ ni, moussu, que y a tems per mouri. â Je sens la mort qui vient et me tortionne. â Nou y a pas mal que n'se posque gari. » Vivez amants, vivez dans l'espĂ©rance On ne prend point la ville dans un jour; On vient Ă bout par la persĂ©vĂ©rance Du coeur le plus Ă©loignĂ© de l'amour. [Foix, Gascogne, Languedoc.] Var. â 4. U gros lourdĂą... l'aura bel porc... â 5. Veux-tu venir, Nanon, sous cet ombrage ? â 8. Qn'Ăši un berge qui n'a pas soun parelh. â 9. Heureux berger, son... â 16. ...lou hilh d'u bon paysa. â 20. pendardeja. â 21 Je n'aime pas toutes ces bonnes chĂšres. â 24. ...u bou plat... â 25. Qui t'a appris Ă me si bien rĂ©pondre ? â Que te sert-il d'ĂȘtre tant... â 31. Si je le suis, c'est pour... â 34. ...digat ço qui boulhats. â E donne, moussu, mouriats be quoand boulhats. â 37. ... ta Sylvie te... â 38. Attendets, moussu, ... â 39. Je sens dĂ©jĂ la mort qui me dĂ©sole â 43. Mais on prend bien... â 44. Les coeurs les plus Ă©loignĂ©s... Trad. â Apprenez-le, monsieur, vous le saurez. â Il y aura un sot, monsieur, quand vous y serez. *** â Nenni, monsieur, je ne crains pas le soleil. â J'ai un berger, je le garde pour lui. â *** â Laissez-le en repos, il ne se croit pas malheureux. â Et moi, monsieur, je l'aime plus que je ne vous aimerais. *** â Ni moi, monsieur, les fats courtisans. â Et moi, monsieur, les garçons des paysans. *** â Et vous, monsieur, ne faites que vous promener. â Je ne veux pas, monsieur, paresser. *** â Ni moi, monsieur, tous vos poulets. â Et moi, monsieur, un toupin de choux. *** â Et vous, monsieur, oĂč avez-vous Ă©tudiĂ© ? â Et moi, monsieur, en gardant le bĂ©tail. *** â Et vous, monsieur, pourquoi ĂȘtes-vous tant amoureux ? â Et moi, monsieur, je me moque de vous. *** â Mon bon monsieur, vous ne parviendrez pas Ă m'Ă©blouir. â Si cela vous plaĂźt, monsieur, mourez donc ! *** Nenni, monsieur, il y a temps pour mourir ! â Il n'y a point de mal qui ne se puisse guĂ©rir. La pastourelle dialoguĂ©c de la sorte entre la bergĂšre et un soupirant de qualitĂ©, est universellement rĂ©pandue de la MĂ©diterranĂ©e Ă l'OcĂ©an. La leçon reste partout TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 247 la mĂȘme, si les variantes en sont multiples. D'ailleurs, ce genre ne date point des XVIIe et XVIIIe siĂšcles, comme la forme poĂ©tique pourrait le donner Ă penser c'est lĂ , au contraire, l'un des plus probants exemples des revĂȘtements successifs que subit tout texte populaire, parallĂšlement aux transformations de la langue mĂȘme. Vers le premier tiers du XIIe siĂšcle, la pastourelle existait dĂ©jĂ dans le Midi de la France. Les plus anciens troubadours la cultivĂšrent prĂ©cieusement. Et voici, tĂ©moignage du temps, un archaĂŻque verset qu'on peut rapprocher du couplet similaire qui se retrouve, analogue sinon identique, dans plusieurs de nos poĂ©sies De ces chansons ainsi dialoguĂ©es, les plus connues sont Belle bergĂšre, sur le champ et Dis-moi, Nanon, le non de ton village. Notons encore que la bergĂšre rĂ©pond toujours en dialecte d'oc Ă son interlocuteur qui lui parle en français. La leçon de Bonjour, belle bergĂšre fait seule exception le texte de la premiĂšre version est tout entier en français ; celui de la seconde en catalan. Toute pastourelle, quelle qu'elle soit, peut-ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un chant de travail des pasteurs et pastoures conduisant ou paissant le bĂ©tail. Mais, sans compter toutes les pastourĂštes ou bergĂšres ressortissant par leur sujet Ă des catĂ©gories diffĂ©rentes et que nĂ©anmoins chantent les bergers, le nombre des chansons qui leur sont propres doit ĂȘtre complĂ©tĂ© par celles qui ont Ă©tĂ©, bien que traitant spĂ©cialement de leurs moeurs, classĂ©es dans d'autres chapitres que celui-ci. Les chansons d'amour, notamment, en renferment quelques-unes de hautement reprĂ©sentatives du genre pastoral. Parmi les piĂšces Ă©cartĂ©es de ce recueil, on retiendra les titres suivants La Filho del Pastou; BergĂšre, vous n'ĂȘtes pas sage; LĂ -bas dans la prairie et Le Petit Panier blanc â conformes aux versions antĂ©rieurement recueillies dans les Alpes; Si j'Ă©tais hirondelle ; Tout le long de la RiviĂšre variante de L'Occasion manquĂ©e ; La BergĂšre et le Chasseur; Adieu, bergerette; Bonjour bergĂšre; Il y avait une bergĂšre â ces quatre derniĂšres brodant la trame chansonniĂšre de la BergĂšre et le Monsieur ou de La BergĂšre et le Gentilhomme. A suivre. 248 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS LE GERS PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. BRĂGAIL. Suite PĂ©riode de la LĂ©gislative. I. â Travaux du Directoire et du Conseil gĂ©nĂ©ral. Organisation intĂ©rieure du dĂ©partement. â Durant le dernier trimestre de l'annĂ©e 1791 le directoire du Gers s'occupe de parfaire l'organisation de ses services administratifs et de fixer le traitement de ses employĂ©s sĂ©ance du 1er octobre 1791. Le dĂ©partement reste divisĂ© en six districts Auch, Lectoure, Condom, Mirande, et l'Isle-Jourdain mais le nombre des cantons et des communes a notablement variĂ© depuis l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente 53 cantons au lieu de 45 ; 712 communes au lieu de 952. La superficie totale du dĂ©partement est de 418 lieues carrĂ©es ; il compte 310 784 habitants, parmi lesquels citoyens actifs et 518 Ă©lecteurs. Le principal des contributions fonciĂšre et mobiliĂšre s'Ă©lĂšve Ă 3 millions livres environ, non compris les sous additionnels " perçus par les districts et par les communes pour subvenir Ă leurs dĂ©penses particuliĂšres 122. DĂšs le mois de mars, le directoire s'est installĂ© avec tous ses bureaux au palais archiĂ©piscopal dans lequel sont Ă©galement transfĂ©rĂ©s tous les services administratifs et judiciaires, la gendarmerie et la maison d'arrĂȘt. La salle des sĂ©ances du conseil gĂ©nĂ©ral est ornĂ©e des portraits de Louis XVI, de La Fayette et de Bailly. L'Ă©vĂȘque constitutionnel et son sĂ©minaire occupent les locaux de l'ancien collĂšge lycĂ©e actuel et le collĂšge est transfĂ©rĂ© au sĂ©minaire de la rue de l'Oratoire. SĂ©ance du 28 octobre 1791. Dans sa sĂ©ance du 5 octobre 1791 le directoire arrĂȘte que la nouvelle constitution sera solennellement proclamĂ©e le di122 di122 Contitutionnel du Gers, N° 1 du 14 juillet 1792. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 249 manche 23 octobre par les officiers municipaux dans toutes les communes du dĂ©partement. Des rĂ©jouissances publiques auront lieu le mĂȘme jour. Des Ă©lections ont lieu pour nommer les administrateurs des districts. Le directoire annule celles du district de l'IsleJourdain parce qu'elles n'ont pas Ă©tĂ© conformes Ă la loi. 4 octobre 1791. Les conseils de district sont convoquĂ©s pour le 15 novembre 1791 et le conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement pour le 1er dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e. La session du conseil gĂ©nĂ©ral dure un mois ; dĂšs les premiers jours il est procĂ©dĂ© Ă l'Ă©lection du directoire qui se trouve ainsi composĂ© Moysset, prĂ©sident, Deguilhem, Lantrac, Paris-Lasplaigne et Ratbie, membres. Le 4 dĂ©cembre, Ă dix heures du matin, une dĂ©lĂ©gation du conseil gĂ©nĂ©ral assiste Ă une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e Ă Auch par la " SociĂ©tĂ© des Amis de la Constitution » pour rendre des honneurs publics Ă la mĂ©moire de Mirabeau. Le buste du cĂ©lĂšbre tribun est promenĂ© dans toute la ville suivi d'un long cortĂšge oĂč prennent rang tous les corps constituĂ©s, la sociĂ©tĂ© populaire, et de nombreux citoyens et citoyennes. Le buste est ensuite transportĂ© dans une salle de l'HĂŽtel de Ville oĂč il reste exposĂ© aux regards du public. Au cours de sa longue session le conseil gĂ©nĂ©ral Ă©tudie les matiĂšres que la loi soumet Ă ses dĂ©libĂ©rations traitement des ecclĂ©siastiques, recouvrement des impositions, maintien de lĂ tranquillitĂ© publique, confection des rĂŽles des contributions, travaux publics, ateliers de charitĂ©, dĂ©pĂŽts de mendicitĂ©, bien nationaux, subsistances, etc. Un citoyen d'Auch, Alexandre Ladrix, dĂ©pose sur le bureau un projet destinĂ© Ă rendre le Gers navigable. Au sujet des impositions, un administrateur dĂ©plore l'aveuglement et l'inconsĂ©quence des contribuables qui, enflammĂ©s d'amour pour la patrie nĂ©gligent de s'acquitter envers elle de la dette la plus sacrĂ©e. » SĂ©ance du 11 dĂ©cembre 1791. Et cependant le conseil gĂ©nĂ©ral manque de ressources pour satisfaire aux besoins de l'administration dĂ©partementale. A la date du 10 dĂ©cembre 1791 il dĂ©cide l'envoi d'une adresse Ă l'assemblĂ©e 250 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS nationale pour lui demander une part des fonds destinĂ©s Ă venir en aide aux dĂ©partements dont les recettes sont insuffisantes. Les assignats et la monnaie. â Le dĂ©faut de petite monnaie provoque une gĂȘne considĂ©rable, le papier monnaie créé par la Constituante ne comportant que des billets de 1000 et 500 livres. On en fait bien ensuite de 60 livres puis, plus tard encore de 5 livres, mais cela ne suffit pas. Lorsque les cours des assignats devient forcĂ©, le numĂ©raire se faisant de plus en plus rare, les opĂ©rations commerciales deviennent trĂšs difficiles ; faute de monnaie divisionnaire les objets de minime valeur ne peuvent ĂȘtre acquis. Pour remĂ©dier Ă ce regrettable Ă©tat de choses le directoire du Gers prescrit aux districts de faire descendre les cloches des Ă©glises une par Ă©glise et de les faire transporter Ă l'hĂŽtel de la Monnaie, Ă Pau. Or, Ă la fin de l'annĂ©e 1791, le directeur de cet Ă©tablissement n'a pas encore livrĂ© en Ă©change une seule piĂšce de monnaie ; en prĂ©sence de ce manquement le conseil gĂ©nĂ©ral dĂ©cide qu'on Ă©crira Ă l'AssemblĂ©e Nationale pour lui exposer le besoin urgent de petite monnaie et la prier de donner des ordres pressants Ă Souton, directeur de la Monnaie, Ă Pau 21 dĂ©cembre 1791. Le besoin de numĂ©raire est d'autant plus grand que le public s'habitue difficilement Ă user des assignats qui d'ailleurs perdent chaque jour de leur valeur nominale. Le 8 fĂ©vrier 1792, le directoire arrĂȘte que les assignats ont cours de monnaie et que tous ouvriers, industriels et commerçants sont tenus de les accepter en payement. Plus tard, nous verrons apparaĂźtre les bons de confiance » ou " billets de confiance » destinĂ©s Ă supplĂ©er au manque de petite monnaie. Dans toute la France il se crĂ©e des caisses dites de confiance, c'est-Ă -dire des comptoirs municipaux ou particuliers qui Ă©mettent des petits billets mais ces coupures Ă©tant locales n'ont de valeur qu'au lieu d'Ă©mission. Leur Ă©change provoque parfois des agiotages scandaleux, aussi l'AssemblĂ©e Nationale interviendra pour interdire l'usage TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 251 de ces valeurs locales et elle fera Ă©tablir des assignats de 50 sous, 15 sous, 10 sous et 2 sous. Les subsistances. â Comme dans tous les autres dĂ©partements mĂ©ridionaux la rĂ©colte en grains, a Ă©tĂ© dĂ©ficitaire en 1791, aussi importe-t-il de remĂ©dier d'urgence Ă une situation susceptible d'amener des troubles graves, la faim Ă©tant souvent une mauvaise conseillĂšre. AussitĂŽt aprĂšs la moisson le directoire a fait opĂ©rer un recensement gĂ©nĂ©ral de tous les grains, recensement qui a donnĂ© en substance les rĂ©sultats suivants District de l'Isle-Jourdain. â La rĂ©colte quoique trĂšs modique permet d'atteindre la rĂ©colte de 1792. District de â Il s'en faut d'un mois que les provisions puissent mener Ă la rĂ©colte prochaine. District de Condom. â La rĂ©colte est infĂ©rieure d'un tiers Ă la normale ; elle ne peut assurer la consommation que jusqu'en septembre. District de Mirande. â La rĂ©colte atteint Ă peine la moitiĂ© du produit d'une annĂ©e moyenne. District de Nogaro. â Les grains rĂ©coltĂ©s ne peuvent assurer la subsistance de la population que pour trois mois environ. District d'Auch. â La rĂ©colte n'offre que la moitiĂ© de la production d'une annĂ©e ordinaire. Au mois d'aoĂ»t lorsque le recensement est terminĂ©, le directoire rend compte Ă l'AssemblĂ©e Nationale et au roi d'une situation d'autant plus critique qu'elle est commune aux dĂ©partements circonvoisins. Mais les besoins Ă©tant trĂšs pressants, dĂšs le mois de septembre, il dĂ©cide, sous sa propre responsabilitĂ©, de constituer un approvisionnement de sacs de grains et de prendre rĂ©solument dans les caisses publiques les fonds nĂ©cessaires Ă cet achat. Des commissaires se sont dĂ©jĂ mis en route pour acheter ces sacs de grains SOCIETE D HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS lorsque le ministre de l'IntĂ©rieur, par lettre du 6 octobre 1791, annonce qu'un dĂ©cret de l'AssemblĂ©e Nationale du 18 septembre a mis Ă sa disposition une somme de 12 millions pour ĂȘtre prĂȘtĂ©s aux dĂ©partements ayant besoin d'ĂȘtre secourus. Et le ministre ajoute que les achats de grains faits isolĂ©ment par les dĂ©partements prĂ©sentent des inconvĂ©nients et qu'il est prĂ©fĂ©rable de faire des achats de grains en masse et de les distribuer entre les dĂ©partements proportionnellement Ă leurs besoins ». Le 9 dĂ©cembre 1791 le directoire suspend ses achats particuliers et dĂ©cide de constituer Ă Auch des stocks importants de grains avec le concours de l'Etat et au moyen des fonds prĂȘtĂ©s par lui. En consĂ©quence le 21 du mĂȘme mois, il prescrit Ă toutes les municipalitĂ©s de recevoir des particuliers les demandes de grains. Les intĂ©ressĂ©s doivent s'engager Ă payer comptant le tiers du prix de la quantitĂ© demandĂ©e, les deux autres tiers Ă©tant payables dans le courant de septembre 1792. Au vu de l'Ă©tat gĂ©nĂ©ral des demandes, le directoire doit rĂ©partir l'approvisionnement en grains entre les divers districts et proportionnellement Ă leurs besoins respectifs ; les districts Ă leur tour feront la rĂ©partition entre les communes de leur ressort et enfin les municipalitĂ©s distribueront le grain entre les particuliers soumissionnaires au prorata de leurs demandes. De plus le directoire rappelle Ă tous ses administrĂ©s les dispositions des lois relatives Ă la libre circulation des grains et Ă la protection du commerce. Malheureusement son zĂšle et sa prĂ©voyance n'empĂȘcheront pas la disette des grains de se faire vivement sentir et de faire naĂźtre un sourd mĂ©contentement Le 27 juillet 1792 les officiers municipaux d'Auch viennent lui dĂ©clarer que la commune n'est approvisionnĂ©e ni de farine, ni de blĂ©. Autorisation leur est accordĂ©e d'opĂ©rer des recherches chez les citoyens suspects d'avoir accaparĂ© des grains. Ces recherches ne produisent pas de rĂ©sultats ; la ville n'ayant plus de subsistances que pour deux jours on est obligĂ© d'en aller acheter Ă Toulouse. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 253 Organisation judiciaire. â Simplement Ă©bauchĂ©e en 1790 l'organisation de la justice se poursuit au cours de l'annĂ©e 1791 Au dĂ©but de 1792 toutes les justices de paix fonctionnent et des tribunaux de district sont installĂ©s dans les villes suivantes Auch, Condom, Lectoure, Plaisance et Mirande. Toutefois le tribunal criminel reste encore Ă crĂ©er. Aux termes de la loi il aurait dĂ» entrer en activitĂ© dĂšs le 1er janvier 1792, mais diverses circonstances ne l'ont pas permis. Un arrĂȘtĂ© du directoire fixe au 3 fĂ©vrier la date de son installation dĂ©finitive. SĂ©ance du 11 janvier 1792. Son siĂšge est Ă l'ancien palais du sĂ©nĂ©chal. On n'ignore pas que ce tribunal comprend trois juges indĂ©pendamment du prĂ©sident et que ces trois magistrats sont fournis chaque trimestre Ă tour de rĂŽle par les tribunaux de district. Par un second arrĂȘtĂ© le directoire donne les instructions nĂ©cessaires pour l'Ă©tablissement de la liste des jurĂ©s de jugements 10 fĂ©vrier 1792 ; de plus il fixe l'indemnitĂ© Ă accorder aux tĂ©moins en raison de la distance qui sĂ©pare leur domicile du siĂšge du tribunal criminel, soit 20 sous par lieue 12 fĂ©vrier 1792. Le nombre toujours plus considĂ©rable de dĂ©tenus, oblige le directoire Ă s'occuper des prisons DĂ©jĂ dĂšs le mois de mars 1792 elles ne suffisent plus Ă recevoir les nombreux prisonniers qu'on y amĂšne. A Auch, on ne dispose que des prisons du ci-devant sĂ©nĂ©chal lesquelles sont absolument insuffisantes. Les infortunĂ©s prisonniers y sont entassĂ©s les uns sur les autres dans des locaux Ă©troits, humides, sombres et mal aĂ©rĂ©s. L'air qu'on y respire est si infect que les commissaires chargĂ©s de la surveillance de ces prisons redoutent d'y entrer lors de leurs visites. Le directoire cherche un remĂšde Ă cette situation dĂ©plorable. A la date du 25 mars 1792, il dĂ©cide que le dĂ©pĂŽt de mendicitĂ© ou maison de force servira de lieu de rĂ©clusion pour les condamnĂ©s de la police correctionnelle 123. Mais de nombreuses Ă©vasions dĂ©montrent bientĂŽt que cet immeuble ne peut ĂȘtre utilisĂ© comme maison de dĂ©tention. Il est dĂ©saffectĂ© par le directoire qui dĂ©cide 123 Le dĂ©pĂŽt de mendieiĂ© Ă©tait Ă©tabli sur la rive gauche du Gers, sur l'emplacement occupĂ© par la partie sud de la caserne Espagne, 254 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS d'installer provisoirement une nouvelle prison dans la partie du palais Ă©piscopal dĂ©signĂ©e sous le nom de vieux chĂąteau » et situĂ© au sud de la tour des Archives sur l'emplacement actuel de la place Salinis et en bordure de la balustrade de l'escalier monumental. L'Ă©vĂȘque Barthe proteste car il voudrait installer le sĂ©minaire dans cette partie de son palais mais le directoire passe outre sĂ©ances des 25 mars, 16 et 17 avril, 21 juin 1792. Le citoyen BĂ©guĂ©, ingĂ©nieur du dĂ©partement, entreprend sans dĂ©lai les travaux d'appropriation et il fait acheter Ă Toulouse les fers destinĂ©s Ă la construction des grilles. Si nous en croyons le Journal Constitutionnel du Gers » N° du 21 juillet 1792, la nouvelle prison installĂ©e Ă l'Ă©vĂȘchĂ© reste encore insuffisante Dans un siĂšcle, Ă©crit-il, oĂč le mot humanitĂ© est sur toutes les lĂšvres, on voit dans la ville d'Auch des fonctionnaires publics occuper des logements somptueux qui paraissent plus propres Ă servir d'asile Ă la mollesse et Ă la sensualitĂ© des sybarites qu'aux dignes Ă©lus du peuple. Allusion Ă l'habitation de l'Ă©vĂȘque Barthe. Non loin de ce sĂ©jour de dĂ©lices et de voluptĂ©, l'on voit aussi des cachots souterrains, infects, malsains, sĂ©jour de tĂ©nĂšbres et de douleurs, oĂč sous des traits dĂ©figurĂ©s, environnĂ©s d'un air qui ne se renouvelle jamais, rongĂ©s vivants des mĂȘmes insectes qui dĂ©vorent les cadavres, des hommes, nos semblables, gĂ©missent entassĂ©s les uns sur les autres dans un espace trĂšs resserrĂ©. Soixante-trois prisonniers de l'un et de l'autre sexe sont amoncelĂ©s dans un local qui n'a pas neuf cannes carrĂ©es de surface. Parmi ces malheureux, il n'en est pas un seul que la loi menace de perdre la vie et tous cependant peuvent trouver la mort dans ces foyers de corruption et de mĂ©phitisme.... O douleur ! il existe des innocents au milieu de ces infortunĂ©s ! » L'instruction publique. â En matiĂšre d'organisation de l'enseignement public, l'AssemblĂ©e LĂ©gislative comme la Constituante n'avait fait que prĂ©parer des rapports et des projets de dĂ©crets sans les discuter ni les voter. Aussi pen- TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 255 dant les annĂ©es 1791 et 1792 il n'y eut d'autre changement que la dĂ©sorganisation de quelques Ă©coles de l'ancien rĂ©gime, lesquelles Ă©taient dirigĂ©es en gĂ©nĂ©ral par des ecclĂ©siastiques. L'Ă©tat de la lĂ©gislation scolaire ne rĂ©pondait plus aux nĂ©cessitĂ©s du moment et des difficultĂ©s se produisaient chaque jour tantĂŽt dans une Ă©cole, tantĂŽt dans une autre. Certaines municipalitĂ©s exigeaient que les religieux qui donnaient l'enseignement se soumissent Ă la loi du serment ; comme la plupart d'entre eux s'y refusaient l'Ă©cole se fermait et ne se rouvrait plus faute de maĂźtres. A Auch les ecclĂ©siastiques employĂ©s au collĂšge refusĂšrent d'une maniĂšre catĂ©gorique le serment civique exigĂ© des instituteurs et des professeurs par le dĂ©cret du 27 novembre 1790 et par la loi du 17 avril 1791. Dans l'impossibilitĂ© de pourvoir Ă leur remplacement les administrateurs furent obligĂ©s de cĂ©der en gĂ©missant » et de tolĂ©rer que des prĂȘtres non assermentĂ©s continuent Ă donner provisoirement l'Ă©ducation aux Ă©lĂšves du collĂšge. Cependant, l'un des professeurs, l'abbĂ© Bonassies, ayant donnĂ© sa dĂ©misssion pour ouvrir un Ă©tablissement particulier, crut pouvoir refuser le serment civique sous prĂ©texte qu'il n'Ă©tait plus fonctionnaire et qu'il ne tiendrait ses Ă©lĂšves que de la confiance des familles. Le procureur-gĂ©nĂ©ralsyndic rĂ©futa cette prĂ©tention et le conseil gĂ©nĂ©ral arrĂȘta " que tous, rĂ©pĂ©titeurs, maĂźtres de pension, instituteurs de l'un et de l'autre sexe, quelle que soit leur dĂ©nomination, qui voudront avoir plus de quatre Ă©lĂšves, seront obligĂ©s de se faire autoriser par la municipalitĂ© du lieu et, en cas d'autorisation, de prĂȘter le serment civique prescrit par la loi. » 21 dĂ©cembre 1791. D'un autre cĂŽtĂ© beaucoup de pĂšres de famille invoquaient le droit exclusif de diriger Ă leur grĂ© l'Ă©ducation de leurs enfants et des les confier Ă des maĂźtres non assermentĂ©s si telle Ă©tait leur volontĂ©. Pour faire disparaĂźtre ces incertitudes et ces fluctuations de l'opinion, il Ă©tait urgent de faire cesser le silence de la loi et d'Ă©tablir un systĂšme gĂ©nĂ©ral d'Ă©ducation. 255 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS II. â La Politique. Les partis. â A la fin de l'annĂ©e 1791 tous les dirigeants du mouvement rĂ©volutionnaire paraissent sincĂšrement attachĂ©s Ă la constitution monarchique qui a Ă©tĂ© proclamĂ©e dans le dĂ©partement de la maniĂšre que l'on sait. Aucun d'eux ne laisse encore percer ses tendances rĂ©publicaines ; par contre il en est beaucoup qui dĂ©sireraient le raffermissement de l'autoritĂ© royale. L'attitude hĂ©sitante des administrateurs du Gers se manifeste en particulier dans la sĂ©ance du conseil gĂ©nĂ©ral du 19 dĂ©cembre 1791. On n'ignore pas. qu'Ă la date du 29 novembre prĂ©cĂ©dent, l'AssemblĂ©e LĂ©gislative a dĂ©crĂ©tĂ© que les ecclĂ©siastiques ayant refusĂ© d'adhĂ©rer Ă la constitution civile du clergĂ© seront tenus de prĂȘter dans la huitaine le serment de fidĂ©litĂ© Ă la nation, Ă la loi et au roi sous peine d'ĂȘtre privĂ©s de leurs pensions et considĂ©rĂ©s comme suspects. Or, le roi, encouragĂ© par le directoire du dĂ©partement de Paris a refusĂ© de sanctionner le dĂ©cret. En prĂ©sence de ces Ă©vĂ©nements un membre du conseil gĂ©nĂ©ral du Gers demande Ă l'AssemblĂ©e dĂ©partementale qu'il soit dĂ©libĂ©rĂ© sur l'Ă©trange dĂ©marche des administrateurs parisiens et qu'une adresse soit envoyĂ©e Ă l'AssemblĂ©e Nationale pour lui exprimer les sentiments qu'elle jugera convenables dans ces conjonctures » Le conseil gĂ©nĂ©ral prononce l'ajournement de cette motion dĂ©licate », lit-on dans le procĂšs-verbal Vers le milieu de l'annĂ©e 1792 et notamment aprĂšs la fameuse journĂ©e du 10 aoĂ»t trois partis se constituent peu Ă peu au sein du conseil gĂ©nĂ©ral Certains administrateurs tels que Saint-Pierre, Dutoya, Pugens, Dareix, Batbie, entendent l'ester inĂ©branlablement attachĂ©s Ă la constitution monarchique ; ils reprĂ©sentent l'Ă©lĂ©ment modĂ©rĂ© ; d'autres qui se qualifient de patriotes ne prennent point souci d'observer la constitution et sont partisans des mesures rĂ©volutionnaires ; ils sont les plus nombreux ; Ă leur tĂȘte se trouvent des hommes intelligents, Ă©nergiques, rĂ©solus tels que Lantrac, Barbeau-Dubarran, Gros, Dieulouhec, Deguilhem. Un autre groupe est constituĂ© par des hommes hĂ©sitants, timorĂ©s ou TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 257 qui pencheraient volontiers du cĂŽtĂ© de la contre-rĂ©volution ; ils flottent apeurĂ©s entre les deux partis prĂ©cĂ©dents. Quelques-uns d'entre eux comme DastĂ©, Benquet et Despeaux dĂ©missionneront ; d'autres, comme Lahitte, iront rejoindre les Ă©migrĂ©s. La presse. â Sous le titre de Journal constitutionnel du dĂ©partement du Gers » le 14 juillet 1792, paraĂźt le premier organe politique qui ait existĂ© dans le Gers. Il paraĂźt deux fois par semaine et s'imprime Ă Auch chez le citoyen Lacaze. Comme son nom l'indique ce journal est avant tout le dĂ©fenseur de la constitution L'instant oĂč nous prenons la plume, Ă©crit le rĂ©dacteur dans son premier numĂ©ro, est environnĂ© de troubles et de danger. Les ennemis du dehors menacent notre libertĂ© ; les factieux du dedans veulent dĂ©chirer la France et l'unique point oĂč ils se rĂ©unissent tous c'est la ruine de la constitution. Oui, la ruine de la constitution, car, la changer c'est la dĂ©truire ; en retrancher ou y ajouter quelque chose c'est la violer. La chute d'une seule pierre de cette voĂ»te qui soutient l'Etat, opĂšre l'Ă©branlement de toutes les autres et prĂ©sage l'Ă©croulement de l'Ă©difice ». Ce mĂȘme jour du 14 juillet 1792 la fĂȘte de la fĂ©dĂ©ration est brillamment cĂ©lĂ©brĂ©e Ă Auch oĂč sont accourus de toutes les communes du dĂ©partement gardes nationaux ; l'Ă©vĂȘque constitutionnel Barthe y, cĂ©lĂšbre la messe et une rosiĂšre, dotĂ©e par le dĂ©partement est Ă©pousĂ©e sur l'autel de la patrie. Le Journal constitutionnel » proteste Ă©nergiquement contre le caractĂšre religieux donnĂ© Ă cette fĂȘte Pourquoi, dit-il, faire intervenir dans une solennitĂ© civique le ministre d'une religion quelconque ? N'est-ce pas faire revivre les privilĂšges proscrits par la constitution puisque tous les cultes Ă©tant Ă©gaux Ă ses yeux on ne peut favoriser l'un sans exclure les autres ». Ces libres critiques dĂ©plurent aux administrateurs du dĂ©partement qui, pour la plupart, subissent l'influence de l'un d'eux l'Ă©vĂȘque Barthe ; aussi par leur ordre un numĂ©ro du 17 258 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS journal est brĂ»lĂ© publiquement 8 aoĂ»t 1792, puis, Ă partir du douziĂšme numĂ©ro, il est contraint de cesser de paraĂźtre. IncinĂ©ration de titres de noblesse. â Par application des lois en vigueur, dans sa sĂ©ance du 3 aoĂ»t 1792, le conseil gĂ©nĂ©ral dĂ©cida que le lendemain 4 aoĂ»t serait solennellement cĂ©lĂ©brĂ©e la fĂȘte du brĂ»lement des titres probatifs de noblesse, des cĂŽtes de dĂźmes ainsi que des parchemins relatifs aux droits seigneuriaux et aux corporations supprimĂ©es ». Cette fĂȘte eut lieu Ă Auch vers six heures du soir sur la place de la LibertĂ©. Les volontaires nationaux, la gendarmerie et un escadron du 5e rĂ©giment de cavalerie formĂšrent un vaste carrĂ© Ă l'intĂ©rieur duquel virent se ranger le conseil gĂ©nĂ©ral, les administrateurs du district, la municipalitĂ©, le tribunal du district et le tribunal criminel. Des documents en nombre considĂ©rable furent apportĂ©s au pied de l'arbre de la LibertĂ© et on en fit un immense bĂ»cher auquel on mit le feu. Lorsque les tourbillons de flammes emportaient dans les airs quelques lambeaux de papier non consumĂ©s, des sentinelles avaient ordre de poursuivre de la pointe de la baĂŻonnette ces dĂ©serteurs d'un nouveau genre pour les ramener au foyer commun. A l'occasion de cet autodafĂ© le conseil gĂ©nĂ©ral arrĂȘta que les armoiries peintes ou sculptĂ©es des Ă©difices publics seraient grattĂ©es ou barbouillĂ©es en telle sorte que ces signes de supĂ©rioritĂ© d'un homme sur un autre homme soient enlevĂ©s sans nuire Ă la beautĂ© des Ă©difices ». SĂ©ance du 4 aoĂ»t 1792. A Auch, les commissaires dĂ©signĂ©s pour procĂ©der au triage des papiers dans les dĂ©pĂŽts publics, dĂ©clarĂšrent qu'ils avaient trouvĂ© un arrĂȘt rendu en 1518 par le parlement de Toulouse, condamnant six habitants de la citĂ© d'Auch Ă ĂȘtre fouettĂ©s jusqu'Ă effusion de sang pour avoir manquĂ© de respect au cardinal François de Clermont, alors archevĂȘque dans cette ville. Cet Ă©vĂ©nement Ă©tait d'ailleurs commĂ©morĂ© par une inscription gravĂ©e sur une pierre du palais archiĂ©piscopal situĂ©e au-dessus de la porte du concierge. Sur la rĂ©quisition du procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic le conseil gĂ©nĂ©ral ordonna que l'inscription serait dĂ©truite. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 259 JournĂ©e du 10 aoĂ»t 1792. â Le 14 aoĂ»t, on connaĂźt Ă Auch les Ă©vĂ©nements qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la dĂ©chĂ©ance du roi. Le dĂ©cret de l'AssemblĂ©e Nationale, convoquant une Convention et dĂ©clarant traĂźtre Ă la patrie celui qui abandonnerait son poste ou ses fonctions, a Ă©tĂ© apportĂ© par un courrier extraordinaire. Les rĂ©volutionnaires gersois, loin de dĂ©savouer le 10 aoĂ»t adhĂ©rĂšrent avec enthousiasme Ă l'acte si grave qui venait de s'accomplir. Le 15 avril, le directoire fit cĂ©lĂ©brer une fĂȘte en l'honneur de la suspension du roi et de la proclamation des actes du corps lĂ©gislatif. Huit jours aprĂšs il fait cĂ©lĂ©brer une cĂ©rĂ©monie funĂšbre Ă la mĂ©moire des insurgĂ©s parisiens, marseillais et brestois morts pour la patrie dans la journĂ©e du 10 aoĂ»t ». Enfin les portraits de Louis XVI, de La Fayette et de Bailly sont enlevĂ©s, par ordre du directoire, de la salle des sĂ©ances du conseil gĂ©nĂ©ral ; de plus, des ordres sont donnĂ©s pour faire gratter l'effigie du roi sur la pierre du cachot de la Bastille, envoyĂ©e par Palloy au dĂ©partement dans le courant de dĂ©cembre 1790. SĂ©ance du 24 aoĂ»t 1792. ImpopularitĂ© de La Fayette. â Le gĂ©nĂ©ral La Fayette ayant qualifiĂ© les Jacobins de factieux, les sections de Paris invitĂšrent brutalement l'AssemblĂ©e lĂ©gislative Ă le dĂ©crĂ©ter d'accusation. La sociĂ©tĂ© populaire d'Auch se solidarisant avec les sections de Paris, demandait, elle aussi, le dĂ©cret d'accusation contre La Fayette. A cette Ă©poque le club auscitain devenu trĂšs actif avait affiliĂ© la plupart des autres clubs du dĂ©partement et dirigeait l'opinion. AprĂšs le 10 aoĂ»t, il avait changĂ© de dĂ©nomination les Amis de la Constitution » Ă©taient devenus la SociĂ©tĂ© des Amis de la LibertĂ© et de l'EgalitĂ© ». En dĂ©pit de la pression des sociĂ©tĂ©s populaires, dans sa sĂ©ance du 8 aoĂ»t l'AssemblĂ©e lĂ©gislative refusa le dĂ©cret d'accusation contre La Fayette par 406 voix contre 224 et les dĂ©putĂ©s du Gers se rangĂšrent tous parmi les 406 opposants. Leur vote provoqua contre eux une violente irritation. A la date du 24 aoĂ»t, la sociĂ©tĂ© populaire dĂ©cida de leur Ă©crire pour les sommer de s'expliquer Messieurs, leur dit-elle, livrons Ă la honte et Ă la flĂ©trissure de l'opinion publique, les 260 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D ARCHĂOLOGIE DU GERS lĂąches qui, aprĂšs avoir rotĂ© pour La Fayette ont dĂ©sertĂ© la sĂ©ance du 10 aoĂ»t, dont on leur avait peut-ĂȘtre annoncĂ© le danger... » Etes-vous de ceux-lĂ , ajoute-t-elle en substance ? Avant de vous condamner, la sociĂ©tĂ© a rĂ©solu de vous entendre ; elle voudrait pouvoir vous rendre justice et sauver le dĂ©partement du Gers de l'humiliation de vous compter parmi les dĂ©putĂ©s qui ont votĂ© pour La Fayette et qui n'ont pas assistĂ© Ă la sĂ©ance du 10 aoĂ»t oĂč l'on devait agiter l'intĂ©ressante question de la dĂ©chĂ©ance du roi, sĂ©ance qui, n'en doutons pas, sera, retracĂ©e en traits de flamme dans les fastes de notre rĂ©volution.. » Nous connaissons la rĂ©ponse du dĂ©putĂ© Barris Ă la sociĂ©tĂ© populaire ; elle est datĂ©e du 8 septembre 1792 " Oui, Messieurs, Ă©crit-il, je n'ai pas votĂ© pour le dĂ©cret d'accusation proposĂ© contre La Fayette... On proposait contre lui un dĂ©cret d'accusation, et, sans amendement, il fallait l'adopter ou le rejeter. Or, un dĂ©cret d'accusation devait le conduire devant les tribunaux; il devait le soumettre aux formes rigoureuses d'une instruction dont le rĂ©sultat devait ĂȘtre un jugement, c'est-Ă -dire l'application d'une loi prĂ©existante au dĂ©lit qui aurait servi de base Ă l'accusation... J'ai mĂ»rement rĂ©flĂ©chi toutes les inculpations prĂ©sentĂ©es contre ce gĂ©nĂ©ral, j'ai rappelĂ© toutes les lois et je n'ai vu aucun fait prouvĂ© auquel la haute cour nationale put jamais appliquer une peine prononcĂ©e par notre code pĂ©nal. Je le jure, messieurs, ce n'est pas un individu que j'ai voulu conserver, c'est la saintetĂ© des principes que j'ai voulu conserver.... " Je passe Ă la journĂ©e du 10... Non, messieurs, vous n'avez pas pu croire, vous n'avez mĂȘme pas pu soupçonner qu'un de vos reprĂ©sentants, un de vos compatriotes, fut tout Ă la fois un lĂąche, un traĂźtre, un parjure. Messieurs, je suis arrivĂ© le premier' au lieu des sĂ©ances de l'assemblĂ©e nationale dans la nuit du 9 au 10 les portes n'en Ă©taient pas encore ouvertes, j'ai couru chez mes collĂšgues, j'en ai l'assemblĂ© plusieurs. A quatre heures du matin, tout Ă©tait tranquille, je suis revenu chez moi. Deux heures aprĂšs la gĂ©nĂ©rale a battu ; je suis rentrĂ© dans l'assemblĂ©e nationale et j'y ai demeurĂ© jusqu'Ă TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 261 une heure de la nuit du 10 au 11. J'ai vu tous les dangers, je les ai tous partagĂ©s ; j'ai coopĂ©rĂ© Ă tout ce qu'a fait l'assemblĂ©e... Lorsque le combat a Ă©tĂ© engagĂ© avec le pouvoir exĂ©cutif, lorsqu'il a fallu vaincre ou ĂȘtre esclave, pour lors, messieurs, j'ai su comme les autres ĂȘtre impĂ©tueux et violent. Etranger Ă tous les partis, ennemi de toutes les factions je n'ai cherchĂ© que l'intĂ©rĂȘt du peuple. » Sources et Bibliographie. Archives du Gers. â ProvĂšs-verbaux des sĂ©ances du Conseil gĂ©nĂ©ral. L. 114. Id. . â Journal constitutionnel du Gers. G. BRĂOAIL. â La presse pĂ©riodique dans le Gers pendant la RĂ©volution. â Auch, 1922. â Imprimerie Cocharaux. III. â L'Agitation contre-rĂ©volutionnaire. Troubles religieux. â Se fondant sur la DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen » la lĂ©gislative, par son dĂ©cret de tolĂ©rance du 7 mai 1791, autorise les prĂȘtres non assermentĂ©s Ă dire la messe dans une Ă©glise paroissiale ». Ils peuvent encore cĂ©lĂ©brer le culte dans les Ă©glises appartenant Ă des sociĂ©tĂ©s particuliĂšres Ă la condition qu'une inscription sera apposĂ©e Ă l'entrĂ©e pour en indiquer l'affectation. Dans les principales villes du dĂ©partement, les prĂȘtres rĂ©fractaires n'usent guĂšre de la permission d'officier dans les Ă©glises paroissiales ; ils prĂ©fĂšrent de beaucoup officier dans des Ă©difices spĂ©ciaux. Mais, dans les nombreux bourgs et villages du Gers oĂč il n'existe qu'une seule Ă©glise, le prĂȘtre rĂ©fractaire et le prĂȘtre constitutionnel y cĂ©lĂšbrent la messe tour Ă tour et s'y trouvent en contact. Plus de paix possible, le conflit est fatal. Les querelles violentes se multiplient et font prĂ©sager la guerre civile. Les paroisses les plus calmes sont celles qui restent sans curĂ©s. A Estang, le curĂ© rĂ©fractaire et son vicaire Lacomme cherchent Ă soulever la population contre le prĂȘtre constitutionnel Olivier Baylin et des scĂšnes scandaleuses se. produisent entre eux au sein du temple. MĂȘme antagonisme Ă Biran entre le curĂ© constitutionnel et l'ancien vicaire. DĂ©semparĂ©s en prĂ©sence de leurs affirmations contradictoires, 262 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS les citoyens de cette commune imaginent de les faire discuter publiquement, or, les deux ecclĂ©siastiques ne parviennent pas Ă se convaincre et les querelles continuent plus Ăąpres que jamais. Au cours du premier trimestre de l'annĂ©e 1792 l'agitation redouble de violence. Les administrateurs du district de l'Isle-Jourdain dĂ©noncent l'attitude du prĂȘtre Daries ex-curĂ© de Saint-Georges et celle de son vicaire ; l'un et l'autre ont dĂ©clarĂ© publiquement, Ă maintes reprises qu'ils ne veulent reconnaĂźtre aucun dĂ©cret de l'assemblĂ©e nationale ». Par suite de leur action politique et religieuse leur commune devient un centre d'agitation contre-rĂ©volutionnaire. Tous les dimanches, Griffolet ex-curĂ© de Sarrant et ses trois anciens vicaires viennent cĂ©lĂ©brer la messe accompagnĂ©s processionnellement par une foule de fidĂšles. Les rassemblements sont si considĂ©rables que le conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement craignant des dĂ©sordres ordonne au juge de paix de Cologne de surveiller Ă©troitement l'ex-curĂ© de Saint-Georges et son vicaire. Au besoin il devra s'assurer de leur personne conformĂ©ment Ă la loi du 29 septembre 1791. Enfin le conseil gĂ©nĂ©ral dĂ©cide que le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic invitera les prĂȘtres non assermentĂ©s de Sarrant Ă s'abstenir, dans l'intĂ©rĂȘt de l'ordre public, de se faire suivre d'une nombreuse compagnie lorsqu'ils vont cĂ©lĂ©brer le culte dans la commune de Saint-Georges. SĂ©ance du 27 janvier 1792. A Mont-d'Astarac la population est tellement excitĂ©e contre les prĂȘtres constitutionnels que Desplax, curĂ© de cette paroisse est victime d'une tentative d'assassinat. Le 20 janvier 1792, Ă huit heures et demie du matin, comme il se rend de Mont-d'Astarac Ă Manent pour y exercer ses fonctions pastorales, il tombe dans une embuscade formĂ©e d'une vingtaine de personnes masquĂ©es et dĂ©guisĂ©es, dont deux sont armĂ©es do fusils. Un coup de feu le blesse et le jette Ă terre ; aussitĂŽt ses agresseurs l'entourent et lui font subir toutes espĂšces de mauvais traitements ». Ses cris dĂ©sespĂ©rĂ©s attirent plusieurs personnes et les auteurs de l'attentat prennent la fuite. L'affaire est portĂ©e devant le tribunal criminel qui les TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 263 condamne Ă mort par contumace Ă l'exception d'un seul 124. Le 11 fĂ©vrier 1792, Gauran, procureur-syndic du district de Lectoure, et Lagrange, maire de cette ville, se rendirent Ă Auch et, dĂ©clarĂšrent au directoire que leur ville Ă©tait en proie Ă tous les maux ; que la discorde suscitĂ©e par les prĂȘtres insermentĂ©s pouvait se produire ; que ces ministres d'un Dieu de paix oubliant tous les principes, foulant aux pieds toutes les lois semblaient ne consacrer leur existence qu'Ă diviser les citoyens et Ă mettre aux prises le pĂšre avec le fils, le frĂšre avrec la soeur, l'Ă©poux avec l'Ă©pouse ; qu'en se parant du prĂ©terte des opinions religieuses ils n'avaient d'autre but que de parvenir Ă soulever tous les esprits contre la constitution ; que le peuple enfin las d'un tourment aussi cruel risquerait de se porter Ă des partis qu'il importe de dĂ©tourner ; que c'est pour prĂ©venir de pareils malheurs que le district de Lectoure et la municipalitĂ© conjurent le dĂ©partement de prendre dans sa sagesse les moyens les plus actifs de rendre Ă cette ville le calme heureux dont elle jouissait avant ces moments de crise oĂč des tĂȘtes fanatiques ont exĂ©cutĂ© le plan affreux de jeter le trouble clans le royaume ». Le procureur-syndic du district de Lectoure avait bien dĂ©noncĂ© les agissements des prĂȘtres insermentĂ©s au juge de paix, mais Ă sa grande surprise celui-ci se dĂ©clara incompĂ©tent. Le directoire dĂ©libĂ©ra longuement sur les faits dont il Ă©tait saisi. Il les jugea susceptibles de provoquer une crise dangereuse qu'une bonne administration avait pour devoir de prĂ©venir Non contants, dit-il, de tenir Ă des idĂ©es qu'on ne leur reprochera pas tant qu'elles ne troubleront pas l'ordre public, les prĂȘtres insermentĂ©s veulent exercer sur les consciences une gĂȘne tyranique et substituer l'empire de leur opinion Ă celui de la loi mĂȘme ». Il fut arrĂȘtĂ© que l'insouciance du juge de paix de Lectoure serait dĂ©noncĂ©e au prĂ©sident du tribunal criminel. L'ex-curĂ© de Lectoure et ses deux vicaires devraient s'Ă©loigner Ă plus de quatre lieues de cette ville et seraient placĂ©s sous la surveillance de la municipalitĂ© de leur nouvelle rĂ©sidence. Le directoire espĂ©rait que cette 124 Voir le Journal Constitutionnel du dĂ©partement du Gers » page 11. 264 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS mesure serait efficace et qu'en Ă©loignant les prĂȘtres non assermentĂ©s " du foyer dont ils faisaient partir des Ă©tincelles de division on Ă©viterait une explosion gĂ©nĂ©rale ». Quelqu'un proposa d'Ă©tendre les dispositions de cet arrĂȘtĂ© Ă tous les ecclĂ©siastiques non assermentĂ©s, mais le directoire hĂ©sita, soucieux qu'il Ă©tait de respecter la libertĂ© individuelle. Pour' dĂ©libĂ©rer sur cette question il demanda aux administrateurs du district d'Auch et Ă la municipalitĂ© de cette ville, de se joindre Ă lui. Dans cette importante rĂ©union il fut Ă©tabli que les rĂ©fractaires intrigaient et semaient la discorde dans les villes et les campagnes sous prĂ©texte de jouir de cette mĂȘme libertĂ© d'opinions religieuses dont jadis on les avait vus les plus ardents dĂ©tracteurs et qu'ils n'Ă©taient guĂšre qualifiĂ©s pour invoquer attendu qu'ils avaient refusĂ© de souscrire au pacte constitutionnel ». Certains administrateurs dĂ©clarĂšrent qu'il Ă©tait notoire que des prĂȘtres non assermentĂ©s baptisaient et mariaient clandestinement et que par suite ils privaient d'Ă©tat civil toute une catĂ©gorie de citoyens crime atroce » et dont ils s'Ă©taient assurĂ© l'impunitĂ© parce qu'ils savaient le couvrir d'un voile mystĂ©rieux, impĂ©nĂ©trable aux regards de la justice ». D'autres firent observer que les fonctionnaires ecclĂ©siastiques non assermentĂ©s, du sĂ©minaire et du collĂšge, avaient entraĂźnĂ© dans leur parti une jeunesse trop crĂ©dule et trop faible pour pouvoir leur rĂ©sister et que c'Ă©tait Ă eux qu'il falfait imputer " la dĂ©sertion presque totale du collĂšge et le ride effrayant du sĂ©minaire ». Enfin le directoire considĂ©ra que des excĂšs avaient Ă©tĂ© commis contre les prĂȘtres constitutionnels et qu'il Ă©tait du devoir de l'administration de les protĂ©ger et de faire cesser au plus tĂŽt une agitation dangereuse qui tendait Ă se gĂ©nĂ©raliser sur tout le territoire du dĂ©partement. Pour tous ces motifs le directoire arrĂȘta que la mesure prise contre les prĂȘtres insermentĂ©s de Lectoure serait Ă©tendue Ă tous ceux du dĂ©partement. En consĂ©quence tous les cidevant curĂ©s, vicaires et autres fonctionnaires ecclĂ©siastiques TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 265 ayant refusĂ© de prĂȘter le serment civique devaient, dans le dĂ©lai de quatre jours s'Ă©loigner Ă plus de quatre lieues de leur ancienne paroisse. SĂ©ance du 11 fĂ©vrier 1792 Mais le directoire pusillanime et flottant ne veilla pas Ă la stricte exĂ©cution de son arrĂȘtĂ© qui resta, dans bien des communes Ă l'Ă©tat de lettre morte. Les dĂ©lits qui en avaient provoquĂ© la rĂ©daction se renouvelĂšrent comme prĂ©cĂ©demment, ainsi la municipalitĂ© de Justian dĂ©nonça au directoire l'ex-curĂ© de cette paroisse, lequel dĂ©clamait non seulement dans ses propos particuliers, mais encore en chaire et publiquement entre la constitution de façon Ă alarmer les consciences et Ă troubler la paix dans les familles. » SĂ©ance du 25 mars 1792. Dans cette crise des consciences religieuses l'esprit public dĂ©semparĂ© s'Ă©nervait d'une maniĂšre trĂšs dangereuse pour l'ordre public. Ainsi dans l'est du dĂ©partement, des patriotes surexcitĂ©s, au nombre de six mille environ, avaient conçu le projet de se porter le dimanche 20 mai 1792 sur l'Isle-Jourdain et de dĂ©truire l'oratoire des non conformistes. Un dĂ©tachement du cinquiĂšme rĂ©giment de cavalerie se trouvait dĂ©jĂ , dans cette ville pour maintenir la tranquillitĂ©. Or, Ă la date du 18 mai, le chef de ce dĂ©tachement demanda du renfort Ă son colonel en prĂ©vision des Ă©vĂ©nements annoncĂ©s. De son cĂŽtĂ©, la municipalitĂ© de l'Isle-Jourdain sollicitait du directoire l'autorisation de fermer l'Ă©glise dont il s'agit. Celui-ci hĂ©sita un moment devant les responsabilitĂ©s Ă prendre. AppelĂ© Ă donner son avis, le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic Barbeau - Dubarran lui-mĂȘme, laissa percer ses' craintes. On dĂ©cida de chasser de l'Isle-Jourdain deux prĂȘtres insermentĂ©s mais, lorsque le directoire du district voulut faire exĂ©cuter cet arrĂȘtĂ©, le peuple se souleva. Les administrateurs du district qui avaient failli ĂȘtre victimes de la fureur populaire menacĂšrent de dĂ©missionner si le directoire ne les autorisait pas Ă rassembler Ă l'Isle-Jourdain 200 gardes nationaux pris dans les cantons du district. Le directoire leur rĂ©pondit que si c'Ă©tait nĂ©cessaire il enverrait dans cette ville une des cinq compagnies de volontaires nationaux en quartier Ă Lectoure. SĂ©ance du 23 juillet 1792. Lorsque, en juillet 1792, le conseil gĂ©nĂ©ral du Gers fut 266 SOCIĂTĂ D'HISTOIHE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS convoquĂ© en exĂ©cution de la loi du 8 du mĂȘme mois dĂ©clarant la, patrie eu danger et qu'il se dĂ©clara permanent une des premiĂšres questions qui s'imposĂšrent Ă son examen fut celle des rĂ©fractaires. Ses membres, venus des divers points du dĂ©partement apportaient Ă ce sujet des renseignements susceptibles d'alarmer le conseil. Aussi dĂšs les premiĂšres sĂ©ances fut-il demandĂ© une vigoureuse et sĂ©vĂšre rĂ©pression des " menĂ©es fanatiques " de ces prĂȘtres. Un membre de l'assemblĂ©e dĂ©clara qu'Ă Auch, lors de l'Ă©lection des officiers municipaux, il avait vu des eclĂ©siastiques prĂȘter sans hĂ©sitation le serment civique contraire Ă leurs principes, dans le seul but de coopĂ©rer Ă cette Ă©lection et de nommer des reprĂ©sentants de leur choix, Un autre dĂ©clara que les rĂ©fractaires rĂ©pandaient dans les campagnes une bulle du pape collationnĂ©e par Mgr La Tour du Pin Montauban et qui frappait d'excommunication les prĂȘtres assermentĂ©s. Il est inadmissible ajoutait-il, " qu'on paye des pensions Ă de telles gens tandis que de brares militaires se trounent privĂ©s de la leur, eux qui prodiguent leur fortune et leur sang pour la patrie ». Un autre administrateur observa qu'on voulait imposer aux prĂȘtres non assermentĂ©s l'obligation de se rĂ©unir au chef-lieu du dĂ©partement et que cette mesure Ă©tait inconciliable avec la suppression de leur pension, suppression qui avait fait l'objet d'un dĂ©cret, auquel le roi avait refusĂ© sa sanction. La discussion sur les rĂ©fractaires se poursuivit du 20 juillet au 4 aoĂ»t 1792, mettant aux prises les Ă©lĂ©ments modĂ©rĂ©s et les Ă©lĂ©ments avancĂ©s du conseil gĂ©nĂ©ral. Ces derniers l'emportĂšrent. Les orateurs de la minoritĂ© Pugens, Dutoya, Batbie, Saint-Pierre, Dareix tout en dĂ©plorant les " maux du fanatisme ", Ă©taient opposĂ©s Ă toutes les mesures de rĂ©pression proposĂ©es contre les rĂ©fractaires rĂ©duction de la pension, rĂ©union au chef-lieu, du dĂ©partement sous la surveillance des autoritĂ©s, etc.. parce qu'elles Ă©taient contraires Ă la constitution. Les Jacobins de l'assemblĂ©e dĂ©partementale Ă©taient partisans de mesures rĂ©pressives trĂšs sĂ©vĂšres et. ils ne diffĂ©raient d'avis que sur le choix des moyens 125. 125 et Juournal constutitionnel du Gers " des 1 et 8 aoĂ»t 1792 â pp. 20 et 30. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 267 Cette longue discussion se termina le 5 aoĂ»t 1792 par le vote d'un arrĂȘtĂ© » aux termes duquel les prĂȘtres non assermentĂ©s devaient se rendre Ă Auch poure y rĂ©sider sous la surveillance des autoritĂ©s Ă moins qu'ils n'obtinssent de la. municipalitĂ© de leur commune un certificat attestant une conduite paisible ». Leur pension Ă tous Ă©tait rĂ©duite Ă 500 livres. Un instant il fut question de pourvoir au remplacement des prĂȘtres qui, aprĂšs avoir prĂȘtĂ© le serment civique, affectaient de ne pas reconnaĂźtre l'Ă©vĂȘque du dĂ©partement mais on ajourna cette mesure parce qu'on la jugea impolitique » 7 aoĂ»t 1792. Quant aux rĂ©guliers, l'arrĂȘtĂ© prescrivait la rĂ©union au monastĂšre de Saint-Mont de tous ceux qui avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© rassemblĂ©s dans les monastĂšres de Condom et de Nogaro en vertu des arrĂȘtĂ©s du directoire datĂ©s du 16 juin et du 3 juillet 1791. Or, le 11 aoĂ»t 1792, le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic donna connaissance au conseil gĂ©nĂ©ral d'un dĂ©cret de l'assemblĂ©e lĂ©gislative duquel il rĂ©sultait que les monastĂšres de Condom, de Nogaro, de Saint-Mont devaient ĂȘtre mis en vente comme toutes les autres propriĂ©tĂ©s nationales. Par suite on dut surseoir Ă l'exĂ©cution des articles 17 et 18 de l'arrĂȘtĂ© du 5 aoĂ»t et les religieux dont il s'agit durent continuer, jusqu'Ă nouvel ordre, de rĂ©sider Ă Condom et Ă Nogaro. Une Ă©meute Ă Auch. â En janvier 1792, la question religieuse avait provoquĂ© Ă Auch une vĂ©ritable Ă©meute les prĂȘtres non assermentĂ©s de cette ville avaient Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă cĂ©lĂ©brer leurs offices dans trois chapelles qui leur Ă©taient exclusivement rĂ©servĂ©es chapelle des carmĂ©lites, chapelle des ursulines du Chemin-droit et chapelle des ursulines de Camarade. Les fidĂšles y affluaient tandis que les Ă©glises paroissiales oĂč officiaient les constitutionnels restaient presque vides. En prĂ©sence de cet Ă©tat de choses la municipalitĂ© jacobine ordonna aux religieuses de fermer leurs chapelles au public. Le directoire du dĂ©partement, en majoritĂ© modĂ©rĂ©, s'Ă©mut de cette dĂ©cision qui s'Ă©cartait, disait-il, des principes de cette tolĂ©rance religieuse tant recommandĂ©e par la constitution ». De leur cĂŽtĂ© les catholiques restĂ©s fidĂšles Ă l'ancienne Ă©glise 268 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS se rassemblĂšrent en foule devant les portes des chapelles conventuelles, manifestĂšrent tumultueusement contre les officiers municipaux et rĂ©clamĂšrent impĂ©rieusement l'ouverture des portes. Les religieuses affolĂ©es ne savaient quel parti prendre et gĂ©missaient de se trouver exposĂ©es Ă dĂ©sobĂ©ir Ă la municipalitĂ© ou Ă essuyer la fureur du peuple ». Inquiet de cette violente agitation, le directoire fit une dĂ©marche pressante auprĂšs de la municipalitĂ© pour la dĂ©terminer Ă rapporter son arrĂȘtĂ© de fermeture des chapelles. Comme elle rĂ©sistait, le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic en autorisa la rĂ©ouverture sous sa responsabilitĂ© personnelle. La municipalitĂ© vexĂ©e donna sa dĂ©mission. Alors une partie de la population se souleva. Six cents citoyens se rendirent Ă l'HĂŽtel de Ville et protestĂšrent avec furie contre le directoire qu'ils accusaient d'avoir forcĂ© la municipalitĂ© Ă dĂ©missionner. Ensuite les manifestants se rendirent en dĂ©sordre Ă l'ancien hĂŽtel de l'Intendance oĂč rĂ©sidait le directoire, forcĂšrent les portes en vocifĂ©rant et envahirent la salle des delibĂ©rations elle-mĂȘme » BientĂŽt, lit-on dans le procĂšs-verbal de la sĂ©ance 29 janvier 1792, la barre a Ă©tĂ© franchie et la salle a Ă©tĂ© remplie de citoyens aux regards farouches et aux gestes menaçants. Le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic est montĂ© sur le bureau pour haranguer cette tourbe ; le bruit empĂȘchait qu'il ne fut entendu et lorsque le tumulte diminuait ce n'Ă©tait que pour l'interrompre brutalement. M. Paris est un peu parvenu Ă se faire entendre quoique frĂ©quemment interrompu par des reproches violents contre le dĂ©partement ; ils Ă©taient pris non de l'ouverture des trois Ă©glises de religieuses, mais de la misĂšre, de la famine Ă laquelle le directoire ne remĂ©diait pas. M. Paris expliquait comment le directoire avait osĂ©, pour soulager le peuple, acheter des approvisionnements avec les fonds du trĂ©sor national ; mais dans le moment il s'est Ă©tabli une confusion et un mouvement extraordinaire dans la foule. " La nuit tombait ; le concierge voulait allumer les flambeaux ; il a eu peine Ă se dĂ©barrasser de ceux qui l'en voulaient empĂȘcher ; il y est parvenu ; l'on a voulu renverser le TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 269 bureau sur lequel ils Ă©taient posĂ©s. Cependant la foule se portait vers M. Lafitan. M. le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic qui a vu les jours de son collĂšgue menacĂ©s, l'a repoussĂ©e d'abord avec fermetĂ©, et, en requĂ©rant force Ă la loi elle a Ă©tĂ© mĂ©prisĂ©e. Il s'est vu rĂ©duit Ă employer les priĂšres, les larmes ; il s'est attachĂ© au corps de M. Lafitan, il a rĂ©clamĂ© le respect dĂ» au magistrat. M. le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic a reçu des coups ; des bras vigoureux l'ont serrĂ© pour l'empĂȘcher de parler. Il n'Ă©tait pas un membre du district qui ne voulut secourir M. Lafitan et pas un d'eux qui ne fut outragĂ©, qui ne reçut des coups ou qu'on ne retint avec violence. M. Lafitan a Ă©tĂ© enlevĂ© et M. le procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic est tombĂ© dans des Ă©vanouissements et des convulsions qui ont durĂ© jusqu'Ă 9 heures. Un des administrateurs du district d'Auch, M. Vidaillan Ă©tait allĂ© au conseil gĂ©nĂ©ral de la commune instruire la municipalitĂ© de ce qui se passait et l'inviter Ă essayer le pouvoir de la loi sur le peuple mutinĂ© qui souillait de sang le sanctuaire de l'administration. La municipalitĂ© avait rĂ©pondu qu'elle avait donnĂ© sa dĂ©mission et M. Vidaillan avait inutilement renouvelĂ© ses instances. M. Vidaillan sortait lorsque M. Soubiran, procureur-syndic du district, s'est prĂ©cipitĂ©, disant que le peuple entraĂźnait M. Lafitan, le frappait et l'allait immoler ; que la municipalitĂ© n'Ă©tait pas remplacĂ©e, qu'elle existait et qu'il la requĂ©rait, au nom de la loi, d'aller prĂ©venir la consommation du crime ; qu'alors les officiers municipaux s'Ă©tant revĂȘtus de leurs Ă©charpes Ă©taient allĂ©s dĂ©gager M. Lafitan et l'avaient pris sous leur sauvegarde. M. Lafitan a dit que dans la foule qui l'emmenait, il a Ă©tĂ© frappĂ© du poing et du bĂąton, que, quoiqu'il voulut marcher, on l'avait traĂźnĂ© par les cheveux ; que, dans la salle mĂȘme des sĂ©ances, il avait Ă©tĂ© blessĂ© au front de la pointe d'une Ă©pĂ©e dont il avait dĂ©tournĂ© le coup en haussant la main. Il a dit que le peuple l'avait suivi Ă la maison commune oĂč les officiers municipaux l'avaient mis en sĂ»retĂ© ; qu'il leur avait inutilement demandĂ© d'abord Ă parler pour justifier le directoire et lui... Les administrateurs se sont demandĂ© ce qu'Ă©taient devenus MM. Batbie et Tarrible, leurs confrĂšres ; ils ont paru inquiets sur leur sort ; l'on a dit 270 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS qu'ils avaient Ă©tĂ© menacĂ©s et frappĂ©s ; qu'un des secrĂ©taires du dĂ©partement avait dĂ©robĂ© et menĂ© le premier dans sa maison et que le second aprĂšs avoit Ă©tĂ© menacĂ© par un enfant de douze ou treize ans d'un coup de couteau s'Ă©tait trouvĂ© entraĂźnĂ© par deux citoyens dans une maison voisine appartenant Ă un de ses parents auquel il l'avaient remis. » Ces violences avaient soulevĂ© dans toute la ville d'Auch une Ă©motion considĂ©rable. Le mĂȘme soir, Ă onze heures, le directoire se rĂ©unit chez M. Lafitan, principale victime de l'attentat, pour examiner la situation. AprĂšs avoir longuement dĂ©libĂ©rĂ© les administrateurs prirent l'arrĂȘtĂ© suivant Remplis d'horreur pour les Ă©vĂ©nements qui ont souillĂ© dans cette journĂ©e le sanctuaire de l'administration, mais dĂ©tournant nos regards des causes qui pourraient les avoir provoquĂ©s et croyant qu'il est de notre devoir de regarder la tempĂȘte comme si nous Ă©tions sur le rivage et comme si nous n'en Ă©tions pas battus ; rĂ©sistant au penchant qui nous porte individuellement Ă nous dĂ©mettre de nos places et, craignant de laisser les habitants de ce dĂ©partement, mĂȘme ceux de la ville d'Auch, sans intermĂ©diaire entre eux et le pouvoir exĂ©cutif, sans administrateurs, dans l'anarchie ; cherchant moins Ă mettre en sĂ»retĂ© nos jours qu'Ă rendre Ă l'administration le ressort et le lustre qu'elle vient de perdre et qu'elle ne saurait recouvrer dans une ville oĂč elle vient d'ĂȘtre insultĂ©e, avilie ; nous arrĂȘtons que par les mesures les plus promptes et les plus sĂ»res, nous nous transporterons dans la, ville de Mirande pour en faire provisoirement le lieu de nos sĂ©ances jusqu'Ă ce qu'il en soit autrement ordonnĂ© par l'AssemblĂ©e Nationale et le roi auxquels il sera envoyĂ© par courrier extraordinaire copie de ce procĂšs-verbal... que le dĂ©tachement du 5e rĂ©giment de cavalerie se transportera Ă Mirande pour y demeurer Ă la disposition du directoire. Le bataillon drr 7e rĂ©giment d'infanterie restera dans la ville d'Auch Ă la disposition de la municipalitĂ© Ă laquelle il est fait injonction de veiller sous sa responsabilitĂ© Ă ce qu'il ne soit attentĂ© ni aux archives, ni aux bureaux du dĂ©partement, ni aux greniers oĂč sont enfermĂ©s les approvisionnements ». Dans la nuit M. Lafitan quitta la ville. Le lendemain 30 TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 271 janvier, les officiers municipaux vinrent confĂ©rer avec les membres du district et les administrateurs du directoire Ă l'exception de MM. Lafitan, Tarrible. et Batbie. Le peuple vint en foule se masser dans les galeries qui lui Ă©taient rĂ©servĂ©es. Il encourageait de ses applaudissements le procureur de la commune et accueillait par des murmures ou de violentes protestations les paroles du procureur-gĂ©nĂ©ral-syndic Barbeau-Dubarran. Le procureur de la commune dĂ©clara que le calme pourrait ĂȘtre rĂ©tabli Ă Auch aux conditions suivantes 1° Subsistances abondantes procurĂ©es Ă la commune ; 2° Cours facile donnĂ© aux assignats ; 3° Organisation de la garde nationale ; 4° Mesures tendant Ă assurer la frĂ©quentation des foires et marchĂ©s ; 5° Maintien des ateliers de charitĂ© pendant toute la durĂ©e de l'hiver ; 6° Fermeture des Ă©glises non paroissiales ; 7° Envoi des cloches de ces Ă©glises Ă l'atelier de la monnaie ; 8° Inscription Ă l'Ă©tat civil des baptĂȘmes, mariages et dĂ©cĂšs cĂ©lĂ©brĂ©s dans les Ă©glises non paroissiales. Ces exigences caractĂ©risaient l'Ă©tat d'esprit de la population auscitaine dont le mĂ©contentement venait beaucoup plus de la mauvaise situation Ă©conomique que de la question religieuse pourtant bien irritante. Les membres du directoire, pensant qu'il Ă©tait sage de cĂ©der, promirent de donner satisfaction Ă la municipalitĂ© ; de plus considĂ©rant que la translation du directoire du dĂ©partement Ă Mirande pourrait exciter les habitants d'Auch et les porter Ă de nouvelles insurrections dont l'effet serait peut-ĂȘtre de s'entr-Ă©gorger eux-mĂȘmes, les administrateurs dĂ©cidĂšrent qu'ils continueraient Ă tenir leurs sĂ©ances dans la ville d'Auch sauf Ă l'AssemblĂ©e Nationale de dĂ©terminer Ă cet Ă©gard ce qu'elle jugerait convenable Ă la dignitĂ© de l'administration et Ă l'intĂ©rĂȘt des administrĂ©s. » AussitĂŽt aprĂšs la sĂ©ance, Barbeau-Dubarran outrĂ© des in- SOCIETE D' HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS jures et des violences dont il avait Ă©tĂ© l'objet au cours des deux journĂ©es, envoya sa dĂ©mission. Cependant, le 31 janvier, une dĂ©lĂ©gation Ă©tant allĂ©e le chercher, il consentit Ă reprendre ses fonctions en mĂȘme temps que ses collĂšgues dont le retour fut cĂ©lĂ©brĂ© par des embrassements rĂ©itĂ©rĂ©s ». A la date du 2 fĂ©vrier, les membres du directoire reçurent une adresse de la garde nationale de Vic-Fezensac qui s'Ă©tait Ă©mue des derniers Ă©vĂ©nements et qui leur offrait ses bras, son sang, sa vie mĂȘme pour qu'ils soient maintenus au poste glorieux que la confiance publique leur a donnĂ© ». A suivre. . Bibliographie du chapitre prĂ©cĂ©dent. Archives dĂ©partementales. Serie L Numeros114, 125, 137, 264. Idem. SĂ©rie Q. Paul PARFOURU. - Nomenclature des Ă©difiees religieux et civils du Gers, vendus connue biens nationaux Annuaire du Gers des annĂ©es 1888, 89, 90. Archives dĂ©partemetales du Gers . ProcĂšs-verbaux des sĂ©ances du conseil gĂ©nĂ©ral. L. 11 4. Archives dĂ©partementales du Gers. Registre des dĂ©libĂ©rations du directoire. L. 126. Archives dĂ©partementales du Gers. BibliothĂ©que. - Compte rendu des administrateurs au Conseil gĂ©nĂ©ral en dĂ©cembre 1791. B. 79. Archives dĂ©partementales du Gers. BibliothĂ©que. - ProcĂšs-verbal de la session du Conseil gĂ©nĂ©ral en dĂ©cembre 1791. B. 78. J. CARDERE. - Notes sur l'instruction publique Ă Condom pendant la RĂ©volution. â Revue de Gascogne. Tome XXXVII, page 309. J. GARDERE. - Le CollĂšge de Condom. - Revue de Gascogne Tomes XXXVI. XXXVI et XXXIX G. BREGALL. â L'instruction primaire dans le Gers pendant la pĂ©riode, rĂ©volutionnaire. â Auch. 1899. lmp, Capin. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 273 LES DERNIERS JOURS DE L'EMPIRE, A AUCH ef les Visites de Son altesse Royale, le duc d'AngoulĂȘme * Suite et fin PAR M. AUBAS. TroisiĂšme visite du duc d'AngoulĂȘme Ă Auch. On lit, dans le numĂ©ro du 5 dĂ©cembre 1815 du journal du Gers Il paraĂźt que Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'AngoulĂȘme arrivera dans notre ville le mardi 12 de ce mois et daignera nous accorder toute la journĂ©e du 13. Il vient porter sur toutes les parties de l'Administration ce coup d'oeil vivifiant qui rĂ©prime les abus, stimule la nĂ©gli gence, encourage les bons efforts, rĂ©compense, au-delĂ de toute mesure, les succĂšs obtenus. » Le numĂ©ro suivant apporta une rectification de date. Le Prince retarderait sa visite d'un jour et celui du 15 dĂ©cembre annonça que le voyage Ă©tait diffĂ©rĂ©; Son Altesse aurait Ă©tĂ© subitement atteinte d'une forte fluxion. Les esprits Ă©taient inquiets. Une dĂ©putation municipale devait aller prendre des nouvelles du malade Ă Bayonne. En terminant, le journal faisait appel Ă l'union de tous. Pourquoi cet appel ? Tout n'allait donc pas pour le mieux ? Non. Les fautes du roi ou de ses conseillers ont fait de nombreux mĂ©contents et la sympathie, que le duc d'AngoulĂȘme avait plusieurs fois tĂ©moignĂ©e Ă la ville d'Auch semblait bien diminuĂ©e 1° Par l'adresse du Conseil municipal Ă l'Empereur Ă son retour de l'Ăźle d'Elbe; 2° Par l'affaire du drapeau tricolore qui eut un grand * Une erreur d'impression, que le lecteur aura corrigĂ©e lui-mĂȘme, s'est glissĂ©e dans la premiĂšre partie de cette Ă©tude lire duc d'AngoulĂȘme au lieu de duc de Bourgogne. 18 214 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS retentissement dans la contrĂ©e et qui dĂ©voilait les vrais sentiments du peuple, trop souvent Ă©touffĂ©s par des manifestations officielles et commandĂ©es. Nous estimons que ces incidents mĂ©ritent d'ĂȘtre connus. Adresse municipale. â L'exilĂ© de l'Ăźle d'Elbe dĂ©barquait au golfe de Juan le Ier mars 1815 et st dirigeait vers Paris. Le 14 mars, le Conseil municipal d'Auch rĂ©digeait cette adresse au roi Louis XVIII Au premier bruit de l'attentat inouĂŻ de cet usurpateur, de ce tyran, sous le joug odieux et sanglant duquel la France a gĂ©mi trop longtemps, vos fidĂšles sujets de la ville d'Auch s'empressent de renouveler aux pieds de votre MajestĂ©, le serment de l'amour, du respect, de la soumission et du dĂ© vouement sans bornes dont ils sont profondĂ©ment pĂ©nĂ©trĂ©s pour votre personne sacrĂ©e. Ils sont prĂȘts, Sire, Ă verser avec transport, jusqu'Ă la derniĂšre goutte de leur sang. Le sentiment de bonheur qu'ils Ă©prouvent depuis que la Providence leur a rendu les descendants de saint Louis et d'Henri IV et qu'ils voient assis sur le trĂŽne, avec toutes les vertus, Louis le DĂ©sirĂ©, leur idole et l'admiration de toute l'Europe, vous est un garant assurĂ©, Sire, qu'aucun sacrifice ne peut nous coĂ»ter. Tels sont, Sire, les sentiments dont nous venons vous faire hommage et dont tout Français doit s'enorgueillir. Puissiez-vous, Sire, les accueillir avec autant de bontĂ© que nous avons de plaisir Ă les offrir Ă Votre MajestĂ© » 4. Mais l'Usurpateur, comme le Conseil le nomme, est remontĂ© sur le trĂŽne et voici l'adresse que ces mĂȘmes conseillers envoient le 17 avril 1815 au nouveau souverain Sire, Notre reconnaissance, autant que nos devoirs nous pres4 pres4 adresse parut sans doute compromettante sous le gouvernement des Cent Jours. Elle fut arrachĂ©e du registre des ProcĂšs-verbaux du Conseil municipal et retranscrite le 10 novembre 1815, aprĂšs la chute de l'Empereur. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 275 sent de venir dĂ©poser au pied du trĂŽne, le tribut de nos res pects et de notre dĂ©vouement. Ce tut Ă Votre MajestĂ© que la France dut de parvenir au plus haut degrĂ© de gloire qu'il ait Ă©tĂ© donnĂ© Ă une nation d'atteindre. C'est Ă Votre MajestĂ© qu'elle devra aujourd'hui une constitution qui doit assurer Ă jamais la libertĂ©, son bonheur et sa prospĂ©ritĂ©. Trop heureux, Sire, si par le concours de nos efforts et de notre dĂ©vouement, nous pouvons nous rendre dignes de ce grand dessein ». Cette dĂ©libĂ©ration, fidĂšlement rapportĂ©e Ă la Cour par la police surprit et mĂ©contenta le Prince. Affaire du drapeau tricolore. â NapolĂ©on fuyait vers Sainte-HĂ©lĂšne. Le lieutenant-gĂ©nĂ©ral, gouverneur de la 10e division militaire ordonna Ă tous les Maires d'arborer le drapeau blanc sur les Ă©difices publics et les clochers des Ă©glises. Le maire d'Auch, M. Sentex, se conforma aux ordres reçus et provoqua la manifestation anti-royaliste qu'il expose minutieusement dans le procĂšs-verbal ci-dessous dont il donna lecture au cours de la sĂ©ance du 19 juillet 1815 imposĂ©e par le PrĂ©fet 5 Le dix-huit du mois de juillet de Fan 1815, nous maire de la ville d'Auch, dĂ©clarons que sur la convocation de M. le PrĂ©fet, nous nous sommes rendu Ă la prĂ©fecture sur les dix heures du matin de ce jour oĂč nous avons trouvĂ© les princi paux fonctionnaires rĂ©unis; que lĂ Ă©tant, M. le PrĂ©fet nous a donnĂ© lecture d'un ordre du jour de M. le GĂ©nĂ©ral DĂ©caer, gouverneur de la 10e division militaire, d'une lettre de M. le baron de Vitrolles, Ministre d'Etat, ainsi que d'une procla mation de M. le Sous-PrĂ©fet. Ces trois piĂšces ayant pour objet d'annoncer le retour du Roi et de faire reconnaĂźtre son autoritĂ©, qu'Ă la suite de cette lecture M. le PrĂ©fet a invitĂ© M. Fenasse, Vicaire-gĂ©nĂ©ral prĂ©sent, Ă faire chanter solen5 solen5 des sĂ©ances du Conseil municipal L. 7, page 364-367, Archives municipales. 276 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS nellement un Te Deum dans l'ancienne Ă©glise cathĂ©drale, Ă une heure de l'aprĂšs-midi de ce jour, et que ce magistrat a dĂ©clarĂ© vouloir y assister avec tous les fonctionnaires mili taires, civils et judiciaires qu'il a invitĂ©s Ă cet effet. DĂ©clarons nous, susdit maire, que nous rendant de notre domicile Ă la mairie et de cette derniĂšre Ă la prĂ©fecture pour aller de lĂ Ă l'Ă©glise, nous avons Ă©tĂ© assailli par des vocifĂ©ra tions sĂ©ditieuses et injurieuses Ă la dynastie royale, lesquelles nous Ă©toient prononcĂ©es principaliement par des soldats que nous avons jugĂ© appartenir au 79e rĂ©giment d'infanterie de ligne, par des chasseurs des pyrĂ©nĂ©es et des gardes natio naux, et quelques-unes de ces clameurs par d'autres hommes qui nous sont inconnus et qui portoient des habits de la classe ouvriĂšre du peuple. DĂ©clarons encore que pendant la marche du cortĂšge, du rant la cĂ©rĂ©monie religieuse et pendant le reste de la journĂ©e, des cris du mĂȘme genre que ceux, prĂ©citĂ©s ont Ă©tĂ© entendus sur plusieurs points de la ville et que la police n'a pas cru devoir tenter de les rĂ©primer, la garde nationale n'Ă©tant point alors en mesure de faire respecter l'autoritĂ©; Que cependant, nous, Maire, aprĂšs avoir ordonnĂ© la publi cation dans la ville, des piĂšces proclamĂ©es le matin par M. le PrĂ©fet, nous nous sommes rendu Ă l'HĂŽtel de la Mairie pour y faire arborer le drapeau blanc et supprimer le dra peau tricolore, nous croyant assurĂ© d'y pouvoir procĂ©der sans crainte d'opposition quelconque, ayant reçu quelques mo ments auparavant de MM. les officiers de la garnison rĂ©unis en prĂ©sence de M. le PrĂ©fet et le M. le GĂ©nĂ©ral la promesse qu'ils emploieroient toute leur influence sur les soldats pour empĂȘcher de leur part toute opposition, trouble ou scandale; que lĂ Ă©tant, nous avons fait appeller le charpentier de la maison commune que nous avons chargĂ© d'abord de dĂ©ta cher de l'horloge oĂč il Ă©tait fixĂ© le drapeau tricolore; mais pendant l'exĂ©cution de cet ordre, des soldats du 79e rĂ©giment TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 277 de ligne qui gardoient le poste de la mairie, sont sortis armĂ©s, du corps de garde, ont ajustĂ© le charpentier et menacĂ© de tirer sur lui, s'il ne relevoit le drapeau qu'il avoit dĂ©jĂ dĂ©ta chĂ©; que j'ai fait aussitĂŽt retirer cet ouvrier que j'ai enfermĂ© dans mon cabinet pour le soustraire Ă la fureur des soldats; mais Ă l'instant six hommes armĂ©s de leur fusil et bayonnette en avant sont montĂ©s jusqu'Ă nous, en demandant le passage de l'horloge pour y replacer le drapeau tricolore. Nous avons rĂ©sistĂ© avec force Ă leur audace, et leur avons intimĂ© l'ordre de rentrer dans leur corps de garde. AprĂšs avoir appelĂ© le chef du poste, nous lui avons adressĂ© de vifs reproches sur la violation du lieu de nos sĂ©ances oĂč nulle troupe armĂ©e ne devoit pĂ©nĂ©trer sans une autorisation formelle de nous, Maire ou un autre supĂ©rieur. Cet officier nous a assurĂ© qu'il avoit fait tous ses efforts pour arrĂȘter les soldats dans leur dessein, de quoi nous avons Ă©tĂ© persuadĂ© d'aprĂšs les vives oppositions que nous l'avions vu faire, peu d'instants au paravant aux menaces prĂ©citĂ©es de tirer sur le charpentier. En ce moment des soldats ont remontĂ© l'escalier plus dĂ©ter minĂ©s que auparavant, mais aussi tĂŽt l'officier s'est opposĂ© vivement Ă leur marche sans pouvoir rĂ©ussir; ils sont de nouveau parvenus jusques Ă nous, et se sont retirĂ©s sur nos ordres prononcĂ©s avec toute la vigueur dont nous Ă©tions capable. Cependant nous avons fait alors prĂ©venir M. le GĂ© nĂ©ral et M. le PrĂ©fet en les invitant Ă calmer par leur prĂ© sence la rĂ©volte des militaires, appuyĂ©e dĂ©jĂ par des clameurs de quelques sĂ©ditieux rĂ©unis sur la place ; mais Ă peine notre Commissionaire Ă©toit sorti, qu'une troupe armĂ©e venue des cazernes s'est prĂ©sentĂ©e pour soutenir les rĂ©voltĂ©s; en effet, des soldats du poste au nombre de dix Ă douze sont montĂ©s une troisiĂšme fois plus dĂ©terminĂ©s que jamais Ă replacer le drapeau tricolore. Nos ordres et nos reprĂ©sentations ont Ă©tĂ©, cette fois, sans effet ; la porte de l'horloge a Ă©tĂ© forcĂ©e, et les soldats aprĂšs avoir replacĂ© le drapeau tricolore sont redescendus, nous assurant que lĂ se borneroit tout leur 278 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS dessein. Sur ce, M. le PrĂ©fet et M. le GĂ©nĂ©ral sont arrivĂ©s accompagnĂ©s de M. le Commandant de la place. La troupe s'est rĂ©unie clans le vestibule oĂč elle a Ă©tĂ© haranguĂ©e inuti lement et ces fonctionnaires ayant jugĂ© impossible, pour le moment, de descendre le drapeau sans compromettre la sĂ»retĂ© publique, nous avons dĂ©clarĂ© publiquement que nous abandonnions l'HĂŽtel de la Mairie oĂč nous n'Ă©tions pas libre d'exercer nos fonctions. Nous avons fait appeller M. Laborde notre adjoint pour nous supplĂ©er dans tout ce qui, du ressort de nos fonctions, doit ĂȘtre exercĂ© dans l'HĂŽtel de la Mairie, prĂ©sumant bien que notre prĂ©sence dans ces lieux occupĂ©s par les militaires pourroit exciter encore et qu'ils se calme roient en ne voyant plus celui qui s'Ă©toit fortement opposĂ©, quoique sans succĂšs, Ă leur rĂ©voltant excĂšs. Nous avons dressĂ© le prĂ©sent procĂšs-verbal pour ĂȘtre remis Ă M. le PrĂ©fet du dĂ©partement. A Auch, dans notre domicile les jour, mois et an susdits ». SignĂ© Sentex, maire. L'assemblĂ©e, composĂ©e du Conseil municipal et des fonctionnaires de la ville, convaincue que seule l'opposition de certains corps de la garnison a empĂȘchĂ© la manifestation que la population et les autoritĂ©s avaient rĂ©solu de faire pour montrer leur attachement au Roi, dĂ©cide 1° Que M. le GĂ©nĂ©ral commandant du dĂ©partement sera invitĂ© Ă s'assurer des dispositions des officiers et des soldats; 2° Qu'il sera priĂ© de donner aux autoritĂ©s civiles, l'assurance positive, signĂ©e du chef de corps et des officiers, que le drapeau blanc pourra ĂȘtre arborĂ© sur les Ă©difices publics, sans crainte d'opposition de leur part. M. le GĂ©nĂ©ral commandant rĂ©pond le lendemain, 20 juillet, qu'il a rĂ©uni MM. les officiers et reçu leur parole d'honneur, comme eux-mĂȘmes l'ont reçue de leurs subordonnĂ©s, que l'arboration » du drapeau blanc ne sera nullement troublĂ©e par les militaires, tous pĂ©nĂ©trĂ©s des bienfaits de la Restauration, TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 279 mais que officiers et soldats tiennent Ă faire observer que l'opposition n'Ă©tait pas exclusivement faite par des militaires, qu'un grand nombre de personnes de la ville y avaient pris part. Le PrĂ©fet convoque en son HĂŽtel, Ă trois heures moins un quart, tous les fonctionnaires et chefs de services et Ă©crit Ă M. le Maire Nous partirons en corps pour nous rendre sur la place de l'HĂŽtel de Ville et ce sera en notre prĂ©sence que s'arbo rera le drapeau blanc et sur la CathĂ©drale et sur la Mairie. Il convient, Monsieur le Maire, que vous preniez Ă cet Ă©gard, toutes les dispositions convenables qu'Ă notre arri vĂ©e devant la Mairie, on tire le canon; qu'aprĂšs cette salve, on arbore simultanĂ©ment le drapeau blanc Ă l'HĂŽtel-de-Ville et Ă la CathĂ©drale et qu'aussitĂŽt, on tire une seconde salve. Pour que l'ordre public soit maintenu et que la cĂ©rĂ©monie se fasse avec calme, il faut que vous fassiez mettre sous les armes le plus de gardes nationales possibles, qu'elle fasse des patrouilles avant et aprĂšs la cĂ©rĂ©monie pour? disperser les attroupements. De mon cĂŽtĂ© j'Ă©cris Ă M. le Capitaine de gendarmerie pour qu'il mette sous les armes toute sa troupe, qu'il garde les avenues des deux places pour que le public n'y fasse pas foule auprĂšs des autoritĂ©s et qu'on puisse arrĂȘter sur le » champ ceux qui voudraient s'y introduire pour commettre du trouble. Je crois convenable aussi que vous fassiez inviter les habi tans Ă illuminer leur maison dans la soirĂ©e. J'ai lieu d'espĂ©rer, Monsieur le Maire, qu'Ă l'aide de toutes ces prĂ©cautions nous pourrons remplir nos voeux et ceux des habitans. » Les dispositions arrĂȘtĂ©es furent exĂ©cutĂ©es le lendemain, 2r juillet, Ă trois heures de l'aprĂšs-midi aux acclamations des personnes rĂ©unies et sans aucun trouble ni empĂȘchement. Le 280 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS soir, la ville fut illuminĂ©e et les habitants purent librement visier les divers quartiers. Force resta Ă la loi, mais cet incident dut vivement dĂ©plaire Ă l'autoritĂ© supĂ©rieure; la mĂ©disance, la calomnie trouvĂšrent une oreille complaisante prĂšs des pouvoirs publics. La municipalitĂ© fit les plus louables efforts pour effacer le souvenir de ces fĂącheux Ă©vĂ©nements Le 25 juillet, rĂ©uni extraordinairement Ă la demande du Maire, le chevalier de Vie, autorisĂ© par le Comte de Luscan, Commissaire de Sa MajestĂ© dans le dĂ©partement, le Conseil municipal vota une adresse au Roi et dĂ©signa une dĂ©putation Ă Monseigneur le duc d'AngoulĂȘme composĂ©e de MM. Chevalier de Vie, maire, Belloc aĂźnĂ©, Lagauzy. Sentex fils, Laclaverie et RouilhĂ©. Ces protestations de fidĂ©litĂ©, de dĂ©vouement Ă la famille royale ne paraissaient pas suffisantes; le conseil municipal tenta d'obtenir du Prince, la promesse d'une troisiĂšme visite Ă Auch, mais il trouva Ă la cour, une vive rĂ©sistance. Au mois de dĂ©cembre suivant, le duc d'AngoulĂȘme Ă©tait en inspection Ă Rayonne. Le Conseil municipal profita de cette heureuse circonstance pour supplier Son Altesse Royale de passer Ă Auch Ă son retour Ă Paris. Il se rĂ©unit le 10 dĂ©cembre en sĂ©ance extraordinaire et l'un de ses membres le procĂšs-verbal ne le nomme pas fit en termes dithyrambiques le panĂ©gyrique du duc d'AngoulĂȘme et de la famille royale Nous touchons au bonheur de revoir, pour la 3e fois en nos murs Monseigneur le duc d'AngoulĂȘme, ce digne fils de France, si Ă©minemment recommandable Ă la vĂ©nĂ©ration et Ă la reconnaissance du peuple, ce Prince, hĂ©ritier de saint Louis et semblable au Roi par son Ă©difiante piĂ©tĂ©, descendant d'Henri TV et vaillant comme lui, juste et bon comme le Roi Martyr et Louis le DĂ©sirĂ© ce digne successeur d'une race auguste que le ciel, dans sa prĂ©dilection, nous accorda pour faire de la France, le plus heureux pays de l'Univers... » TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 281 Il met le Prince en garde contre la calomnie qui a Ă©veillĂ©, dans l'esprit de son Altesse royale, des doutes sur le dĂ©vouement et l'affection des Auscitains pour les rois lĂ©gitimes. Il fait un long rĂ©cit des Ă©vĂ©nements qui se sont succĂ©dĂ©s Ă Auch depuis un an, montre les efforts dĂ©ployĂ©s pour rĂ©sister Ă la pression de l'Empire, et expose la courageuse contenance de la municipalitĂ© devant quelques Ă©trangers et une garnison rĂ©voltĂ©e. Le Conseil dĂ©clare solennellement qu'il fait siennes les paroles de l'orateur, que la ville d'Auch professe et professera toujours les principes d'une fidĂ©litĂ© inviolable et sacrĂ©e Ă l'au guste Race rĂ©gnante et seule lĂ©gitime des Rourbons; elle engage son honneur, la vie et la fortune de chacun des habi tants au maintien de ces mĂȘmes principes. Elle abjure, comme Ă elle Ă©trangers, tous ceux qui ne professent pas ces principes et qui ont voulu appeller sur ses habitans la dĂ©fa veur du Prince notre LibĂ©rateur ». Le Conseil municipal arrĂȘte que la prĂ©sente dĂ©claration, ainsi que l'exposĂ© qui la prĂ©cĂšde seront mis sous les yeux de son Altesse Royale, Monseigneur le duc d'AngoulĂȘme. Il charge une dĂ©lĂ©gation d'aller la lui remettre Ă Bayonne, de le supplier trĂšs humblement de vouloir bien assurer Notre Ron Roi que Sa MjestĂ© n'a pas de ville dans son royaume qui lui soit plus fidelle ni plus dĂ©vouĂ©e Ă son service que la ville d'Auch ». Sur la proposition de M. Sentetz, adjoint au maire d'Auch, aprĂšs des considĂ©rants nombreux sur l'union de la royautĂ© et de la religion, le Conseil prend l'arrĂȘtĂ© suivant 1° Il sera Ă©rigĂ©, dans l'Ă©glise de Sainte-Marie d'Auch, un autel sous l'invocation de la Sainte Vierge et de saint Louis, Roi, protecteur de la monarchie française. 2° Le corps municipal se rendra tous les ans en cĂ©rĂ©monie, le jour de saint Louis au pied de l'autel du Saint pour y entendre une messe d'actions de grĂąces de la Restauration 282 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS et pour demander au ciel la perpĂ©tuitĂ© de la Race lĂ©gitime sur le trĂŽne de France. AprĂšs la messe, il sera chantĂ© un Te Deum et dit les priĂšres d'usage pour le roi. 3° L'autel sera construit du produit d'une souscription ouverte par le Conseil et au concours de laquelle seront appe lĂ©s les citoyens de la ville. Il sera placĂ© dans la chapelle autrefois rĂ©servĂ©e pour le passage du cloĂźtre. 4° Une inscription, tracĂ©e au-dessus du retable, rappellera le voeu de la ville et la circonstance de sa prĂ©sentation Ă Son Altesse Royale, Monseigneur le duc d'AngoulĂȘme. 5° La premiĂšre pierre de ce monument sera solennelle ment posĂ©e pendant le sĂ©iour de Monseigneur Ă Auch. Son Altesse Royale sera trĂšs humblement suppliĂ©e de sceler de sa main cette premiĂšre pierre ». Devant toutes ces protestations d'amour et de dĂ©vouement, le Prince aurait eu mauvaise grĂące Ă refuser la visite que le Conseil municipal d'Auch sollicitait si humblement, et avec tant d'insistance. Il viendra le 18 dĂ©cembre 1815. Il y fut reçu avec le cĂ©rĂ©monial accoutumĂ©. Les volontaires royaux, armĂ©s et partis au mois d'avril pour la dĂ©fense du Prince, se partagĂšrent par escouades l'honneur de l'escorter sur toute sa route. La compagnie d'Ă©lite de la garde nationale prit, Ă l'entrĂ©e de la ville, la tĂȘte d'un trĂšs long cortĂšge. La LĂ©gion du Gers formait la haie sur son passage et c'est ainsi que le duc d'AngoulĂȘme traversa lentement la ville, richement pavoisĂ©e, au milieu des acclamations de la foule. Le PrĂ©fet le reçut Ă la porte de l'HĂŽtel de la PrĂ©fecture et lui exprima le bonheur qu'Ă©prouvait toute la population Ă le recevoir pour la troisiĂšme fois. Une pluie violente, soufflant en tempĂȘte, empĂȘcha la belle illumination prĂ©parĂ©e, mais elle ne retint pas chez elle la foule qui se pressa pendant des heures aux alentours du Palais de TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 283 la PrĂ©fecture, oĂč les musiciens de la ville faisaient entendre les morceaux de circonstance. Le lendemain, le Prince se rendit Ă pied Ă l'Ă©glise SainteMarie. Il entendit la messe, scella la premiĂšre pierre de l'autel votif offert par le Conseil municipal de la ville d'Auch. Le Maire, M. le chevalier de Vie, lui remit la dĂ©libĂ©ration du Corps municipal, lui prĂ©senta les principaux fonctionnaires et les notabilitĂ©s dĂ©partementales. AprĂšs la cĂ©rĂ©monie, le Prince voulut, dans une promenade dans les rues de la ville, prendre contact avec toute la population. Il monta Ă cheval, accompagnĂ© du prĂ©fet, du vicomte Dubouzet et visita en dĂ©tail les principaux quartiers auscitains. Le soir, dans une brillante rĂ©union Ă la PrĂ©fecture, le Prince se fit prĂ©senter quelques dames de la ville. Il eut, pour chacune d'elles, un mot gracieux, plein de bontĂ© et de bienveillance. Il reprit le lendemain la route de Rayonne, heureux et Ă©mu, dit-il au Maire, de l'accueil touchant qu'il avait reçu. 284 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Un Mirandais complice du marquis de Maubreuil, Henry d'Asies 1778-1840 PAR M. JEAN BARADA. Tout le monde connaĂźt, sinon dans tous ses dĂ©tails, du moins dans ce qu'elle prĂ©sente d'essentiel, l'affaire Maubreuil 1 ce coup de force qui retentira dans l'Histoire 2 »; on sait qu'au mois d'avril 1814, aprĂšs l'Abdication de Fontainebleau, cet aventurier, parti pour aller assassiner l'Empereur, se contenta, faute de mieux, d'arrĂȘter sur un grand chemin la reine, de Westphalie et de la dĂ©pouiller en un tournemain des quatre millions de bijoux et des francs de numĂ©raire qu'elle portait dans ses voitures. Or. le complice, l'alter ego de Maubreuil en cette circonstance, n'Ă©tait autre qu'un gascon entreprenant, tout Ă fait dĂ©nuĂ© de scrupule; ce personnage est peu connu et j'avertis tout de suite le lecteur qu'il n'est pas du tout sympathique. Louis-Bernard-Henry d'Asies, que les documents de l'Ă©poque appellent aussi Dasies, naquit Ă Mirande Gers le 8 novembre 1776 3. Il Ă©tait le second fils de noble Jean-BaptisteJoseph d'Asies 4, Ă©cuyer, baron de Barbazan, seigneur d'Estampures, FrĂ©chĂšde, Monmoulous, Maraston, Marsas et autres lieux, conseiller du Roi en l'Ă©lection d'Astarac, et de 1 On trouvera d'intĂ©ressants dĂ©tails sur Marie-Armand de Guerry de Maubreuil 1784-1869 dans les MĂ©moires du chancelier l'asquier, les Souvenirs du marquis de SemallĂ©, les MĂ©moires du baron de Vitrolles et surtout dans l'ouvrage de F. Masson L'Affaire Maubreuil, 1 vol. Paris. Oltendorf, 1907. 2 F. Masson L'Affaire Maubreuil, dĂ©jĂ citĂ©, p. 187. 3 Etat-civil de la ville de Mirande. Naissances. 4 Et non de Pierre Dasics comme le dit V. Masson qui, d'ailleurs, fait naĂźtre Henry d'Asies Ă Marmande. ont. L'Affaire. Maubreuil, pp. 146, 147. Voir sur Pierre Dasies, son grand-pĂšre ; BrĂ©mond. Nobiliaire Toulousain. Toulouse, Bonnal et Gibrac, 1863, I, pp. 56, 63. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 285 Dame Antoinette-Françoise-Elisabeth du Faur de Reaumont, du lieu dit Reaumont-en-LĂ©zadois, qu'il avait Ă©pousĂ© en 1772. Le grand-pĂšre d'LIenry d'Asies, noble Pierre d'Asies, Ă©cuyer, baron de Rarbazan, seigneur d'Estampures, FrĂ©chĂšde et Monmoulous avait Ă©tĂ© capitoul de Toulouse. Fort recherchĂ©e par les gentilshommes du Languedoc, cette charge, qu'il avait exercĂ©e en 1709 et en 1772, lui confĂ©rait la noblesse, mais, Ă l'en croire, elle lui venait de bien plus loin, car il se rĂ©clamait, d'une maniĂšre peut-ĂȘtre un peu hasardeuse, d'un certain chevalier d'Asies, tuĂ© en 1500 pendant les guerres d'Italie et enterrĂ© au Campo-Santo de Pise; sur son tombeau, paraĂźt-il, se lisaient les armes de la famille d'azur Ă la bande d'argent, accostĂ©e de deux Ă©toiles d'or; les d'Asies faisaient aussi Ă©tat d'un sieur Dauchy qui fit monstre d'une compagnie de trois cents arquebusiers, au camp prĂšs de Chivas en PiĂ©mont, le 27 avril 1536 » et avec un peu plus de vraisemblance de Claude Dassie, capitaine de cent hommes de guerre Ă pied, arquebusiers morionnĂ©s, tous Français, qui passa revue avec sa troupe le 22 novembre 1,575 en la ville de BĂ©ziers » et de Pierre d'Azye, sieur de La Ville qui Ă©tait en 1647, marĂ©chaldes-logis dans la compagnie du sieur de Raradat, capitaine au rĂ©giment de la Reine; cette compagnie de chevau-lĂ©gers n'Ă©tait composĂ©e que de gentilshommes. Quant Ă la famille du Faur elle se disait de trĂšs ancienne lignĂ©e. Une des piĂšces d'archives que j'ai pu consulter sur elle fait mention de lettres-patentes donnĂ©es par Louis XI Ă Moulins-lez-Tours le 18 mars 1466, par lesquelles il accorde Ă Jehan de Coaraze l'un des autheurs de la famille du Faur de BĂ©rat de Beaumont » et peut-ĂȘtre le mĂȘme que l'on voit figurer parmi les compagnons d'armes de Jeanne d'Arc, certains privilĂšges et exemptions pour la terre de BĂ©rat 5. 5 Toutes les piĂšces que je cite sont conservĂ©es dans les riches archives de la maison d'Antras Dossiers concernant les familles d'Asies, du Faur de BĂ©rat de Beaumont, d'Asies du Faur, Vandomois, etc. et m'ont Ă©tĂ© communiquĂ©es par M. le comte d'Antras. Qu'il veuille bien trouver ici mes remerciements. 285 SOCIETE 1 HISTOIRE ET 1 ARCHEOLOGIE DU GERS Quoi qu'il en soit de ces prĂ©tentions, il n'en est pas moins certain que la famille d'Asies brillait parmi les plus en vue de Mirande Ă la fin du XVIIIe siĂšcle et qu'elle allait de pair avec tout ce que l'Astarac comptait Ă cette Ă©poque de noble et de distinguĂ©. A l'exception d'une consultation mĂ©dicale dont il fut l'objet qui constate sa prĂ©sence en 1786 Ă l'Ă©cole de SorĂšze 6 oĂč lui et son frĂšre poursuivaient leur Ă©ducation, en attendant leur admission dans le rĂ©giment de Lorraine-Dragons oĂč servaient dĂ©jĂ leurs oncles Du Faur de fiĂ©rat, je n'ai pu trouver rien de certain sur les jeunes annĂ©es d'Henry d'Asies, mais il est Ă prĂ©sumer qu'il commença de bonne heure Ă mener joyeuse vie. On s'amusait en effet beaucoup Ă Mirande dans ce tempslĂ . RĂ©unions mondaines, bals, comĂ©dies de sociĂ©tĂ©, gros jeu surtout allaient leur train. La prĂ©sence des jeunes officiers qui venaient passer leurs semestres dans leurs familles et qui rapportaient de leur rĂ©giment des habitudes de dissipation, ajoutaient aux dangers que faisaient courir aux jeunes gens les loisirs d'une petite ville. Le pĂšre d'Henry d'Asies mourut en l'an 111, le laissant ainsi affranchi de toute contrainte car sa mĂšre qui le gĂątait outrageusement et qui l'aima toujours d'une tendresse aveugle n'eut jamais le courage de s'opposer Ă ses Ă©carts de conduite. En 1807, dans le dĂ©sir probable de se soustraire Ă la conscription, il quitta Mirande pour courir le monde,, nanti de sommes considĂ©rables qu'il avait su arracher Ă l'incurable faiblesse de sa mĂšre. Il se rendit d'abord Ă Toulouse oĂč il faillit 6 A la fin du XVIIIe siĂšcle, beaucoup de familles gasconnes distinguĂ©es envoyaient leurs fils dans cotte cĂ©lĂšbre Ă©cole dont le prieur, Dom Raymond Despaulx Ă©tait nĂ© Ă MiĂ©lan Gers le 11 septembre 1726. L'Empereur, qui le tenait en haute estime, le nomma inspecteur de l'Instruction publique en l'an X. Devenu inspecteur gĂ©nĂ©ral de l'UniversitĂ© au dĂ©but de la Restauration, il mourut Ă Paris le 13 octobre 1818, dans sa quatre-vingt-treiziĂšme annĂ©e. On peut consulter sur lui un excellent article de M. Cyp. Lacave La Plagne Barris, paru dans la Revue de Gascogne, XLI, pp. 225 Ă 234. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 287 Ă©chouer dĂšs sa sortie du port; un de ses crĂ©anciers, en effet, ayant voulu rĂ©clamer son paiement, se vit gratifier par Henry d'Asies d'un coup d'Ă©pĂ©e ce qui manqua, dit-il, le faire Ă©crouer dans la prison du SĂ©nĂ©chal 7. Chose Ă©trange et qui reste pour nous inexpliquĂ©e une lettre Ă lui adressĂ©e nous permet de relever sa trace Ă Madrid le 1er avril 1809. Il est qualifiĂ© dans ce docuemnt de capitaine aux Chasseurs Ă pied de la Garde ImpĂ©riale; il est cependant certain qu'il n'a jamais servi dans les annĂ©es impĂ©riales les recherches les plus exactes dans les archives administratives de la Guerre le prouvent. Une note de police nous dira ce qu'il advint Ă partir de cette Ă©poque. Cette piĂšce datĂ©e du 12 mai 1814, par laquelle le sousprĂ©fet de Mirande rĂ©pond Ă une demande de renseignements du prĂ©fet du Gers, fut transmise au Commissaire provisoire de la Police gĂ©nĂ©rale aprĂšs l'audacieux coup de main effectuĂ© contre S. M. la Reine de Westphalie 8. Vous m'avĂ©s demandĂ© des renseignements sur une famille Dasies qu'on croit appartenir Ă la ville de Mirande; voici tout ce que je puis vous dire sur cette famille. Elle habite Mirande, elle est composĂ©e de la mĂšre, qui est veuve, et de trois enfans, deux mĂąles et une demoiselle. La mĂšre qui appartient Ă une famille distinguĂ©e est infiniment respectable par ses qualitĂ©s personnelles. Son fils aynĂ© 9, mariĂ© depuis plusieurs annĂ©es, a toujours tenu une bonne conduite. Il est gĂ©nĂ©ralement estimĂ© de tous ceux qui le connaissent; il a constamment habitĂ© et habite encore le dĂ©partement. Le fils puynĂ©, nommĂ© Henry Dasies, ne ressemble pas Ă son frĂšre. RuinĂ© par le jeu, il a quittĂ© depuis plusieurs annĂ©es sa famille et son pays. Ne pouvant jouer Ă Mirande il se rendit d'abord Ă Toulouse. Il joua beaucoup, se brouilla avec la justice, subit une condamnation et fut dĂ©tenu pendant un an dans les prisons de cette ville. Rendu Ă la libertĂ©, il partit pour Paris, intrigua et obtint un employ clans une des administrations de l'armĂ©e française en Espagne. En effet, et sans qu'il soit possible de prĂ©ciser Ă quelle date, 7 Lettres d'Henry d'Asies au chevalier d'Antras. Toulouse le 11 mars 1807. 8 Archives dĂ©partementales du Gers. Police, 1814. 9 Jean-Joseph d'Asies nĂ© Ă Mirande le 18 mai 1775, mariĂ© Ă Eauze le 20 brumaire an VII, Ă Louise-Marie-Anne-Adrienne Laplaigne, mort au CastĂ©ra dans la maison de M. Daroles, hĂŽtelier » le 27 mars 1833. 288 SOCIĂTĂ D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS il fut employĂ© Ă cette Ă©poque par M. de Vanteaux 10 dans le service de la fourniture des Vivres-viandes Ă l'armĂ©e de Catalogne. On sait assez bien ce qu'Ă©tait cette administration. La plupart de ceux qui la composaient Ă©taient recrutĂ©s, au hasard des protections, parmi les aventuriers, les dĂ©voyĂ©s, les jeunes gens de famille qui fuyaient la conscription ou qui avaient mal tournĂ©, les fonctionnaires dont on avait bien voulu accepter la dĂ©mission et qui avaient frisĂ© les tribunaux. Tous essayaient de se garnir les mains et au lieu d'escroquer en France escroquaient Ă l'Ă©tranger. On comptait de plus dans la compagnie Venteaux bon nombre de royalistes et de mĂ©contents qui trouvaient lĂ un refuge assurĂ© contre les rigueurs de la Police impĂ©riale. Ce fut, dans cet Ă©trange milieu, qu'Henry d'Asies fit une connaissance qui devait le mener loin celle de Maubreuil qui, dans le mĂȘme temps, avait sous-traitĂ© avec Venteaux l'approvisionnement de Rarcelonne. DĂšs cette Ă©poque, Maubreuil prit sur Henry d'Asies un ascendant complet. Il quitta cette armĂ©e, continue la note du sous-prĂ©fet, repassa Ă Mirande oĂč il resta quelques jours et retourna Ă Paris oĂč il obtint encore de l'employ dans les armĂ©es du Nord. Depuis cette Ă©poque, il n'a plus reparu Ă Mirande. La vie de cet homme est un tissu de courses et d'aventures. C'est un vrai chevalier d'industrie. Avec peu d'esprit et de connaissances il passe nĂ©anmoins pour trĂšs adroit, rusĂ© et entreprenant... En 1814, nous retrouvons Henry d'Asies Ă Paris, toujours Ă©troitement liĂ© avec Maubreuil et proclamant bien haut qu'il le suivra partout ». Et, en effet, il est Ă ses cĂŽtĂ©s le jour de l'entrĂ©e des AlliĂ©es dans la capitale lorsque Maubreuil parcourt les rues traĂźnant au bout d'un ruban rouge la croix de la LĂ©gion d'Honneur attachĂ© Ă la queue de son cheval; avec lui 10 Psalmet Faulte de Vanteaux, nĂ© Ă Limoges. Page dans la Maison d'OrlĂ©ans. Sous-lieutenant dans Colonel GĂ©nĂ©ralâInfanterie. Immigra en 1791. Volontaire dans l'armĂ©e des Princes. Lieutenant, capitaine et chef d'escadron dans les Dragons le Bylandt au service de la Hollande. Combattis Ă Quiberon, Ă l'armĂ©e des Princes, Ă l'annĂ©e royale de Normandie oĂč il servait comme colonel Ă l'E. M. de FrottĂ©. Prit une part prĂ©pondĂ©rante aux Ă©vĂ©nements qui prĂ©cĂ©dĂšrent la premiĂšre Restauration. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 289 encore lorsque distribuant l'argent Ă pleines mains pour faire crier Ă la foule Vive le Roi ! Vivent les AlliĂ©s ! il entraĂźne sa bande vers la colonne de la Grande-ArmĂ©e, prĂ©tendant jeter bas la statue de l'Empereur; avec lui enfin, lors de l'attentat contre la reine de Westphalie. Ce serait ici le cas de donner dans le plus grand dĂ©tail le rĂ©cit de ce coup de main, auquel Henry d'Asies doit le meilleur de sa cĂ©lĂ©britĂ© si le rĂ©cit n'en avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait, de façon magistrale par F. Masson II. J'y renvoie donc le lecteur. Les prĂ©cisions qu'il donne sur Henry d'Asies sont des plus circonstanciĂ©es et des plus curieuses. Sa mauvaise rĂ©putation Ă©tait telle que lorsque la nouvelle de ce guet-apens parvint dans le Gers et que l'on en connut les auteurs, personne ne fut autrement surpris de le voir figurer parmi eux. De toutes les personnes qui le connaissent, termine le sous-prĂ©fet dans la note dĂ©jĂ citĂ©e, aucune ne sera surprise qu'il ait forfait Ă l'honneur, mais tout le monde rend justice au reste de la famille. Elle est incapable de faire le mal et d'approuver la conduite de cet enfant indigne d'elle. Il y a longtemps qu'il n'existe aucun rapport ni correspondance entre luy et ses parens. C'est donc en vain que l'on chercheroit, dans cette famille, aucun complice de la mauvaise conduite du sieur Henry d'Asies. Il faut lire dans l'ouvrage de E. Masson toutes les incroyables pĂ©ripĂ©ties de cette affaire que l'on s'obstinait Ă ne pas tirer au clair car l'on craignait, semble-t-il, de la part des inculpĂ©s certaines rĂ©vĂ©lations qui n'auraient pas Ă©tĂ© Ă l'honneur de Monsieur, frĂšre du Roi, et des personnalitĂ©s de son entourage. EmprisonnĂ© dĂšs le dĂ©but de l'inculpation dirigĂ©e contre lui, il fut relĂąchĂ© aux Cent-Jours. A cette Ă©poque, dit-il, dans une note trouvĂ©e dans ses papiers, il fut reçu avec bontĂ© par l'Empereur qui venait d'entrer, le 17 mars, Ă Auxerre et chargĂ© par lui d'une mission importante. Il ne s'explique pas sur les ordres qui lui furent transmis Ă cette occasion, prĂ©tend-t-il, par le major gĂ©nĂ©ral comte Bertrand. ApprĂ©hendĂ© de nouveau 11 Conf. L'Affaire Maubreuil, ouv. dĂ©jĂ , citĂ©, passim. 19 290 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Ă la seconde Restauration, d'Asies fut remis dĂ©finitivement en libertĂ© le 14 janvier 1816. Il s'empressa de franchir la frontiĂšre accompagnĂ© de sa maĂźtresse Henriette de Saint-Charles intrigante Ă©hontĂ©e », au dire de rapports de police. Bruxelles fut le premier sĂ©jour de ce digne couple. On y relĂšve sa prĂ©sence le 28 aoĂ»t. Un certain M. Combe, se faisant l'Ă©cho d'une information parue dans le journal Le Nain Jaune, prĂ©tendit reconnaĂźtre, dans Henry d'Asies et sa digne compagne, des agents de M. Decazes, ce qui amena une scĂšne violente entre eux et leur accusateur. Cette dispute, survenue au cafĂ© de l'AmitiĂ©, eut son Ă©pilogue devant le Tribunal de Bruxelles oĂč Henriette de Saint-Charles prĂ©senta elle-mĂȘme sa dĂ©fense 12. J'ignore quelle fut l'issue de ce dĂ©bat judiciaire, mais il est probable qu'il eut pour rĂ©sultat de forcer nos deux aventuriers Ă quitter la Relgique. En effet, on les retrouve peu aprĂšs en Angleterre oĂč s'agitait une singuliĂšre bande d'aigrefins, Ă©paves de l'Emigration, rebut de la RĂ©volution, dĂ©tritus de la police ImpĂ©riale, journalistes Ă vendre, pamphlĂ©taires Ă acheter, habitant Londres, on ne sait pourquoi, affairĂ©s Ă de louches besognes pour le compte d'on ne sait qui 13. D'Asies, bientĂŽt rejoint par Maubreuil, vivait lĂ dans ce bourbier. D'autres gascons, de semblable moralitĂ©, s'agitaient dans cette sociĂ©tĂ©; parmi eux, Reaumont-Rrivazac, cousin de Decazes, ci-devant directeur de police Ă l'armĂ©e de Catalogne, prĂ©sentement chef de la police du marquis d'Osmond, ambassadeur de France, et un certain Soubiran dont les singuliĂšres aventures ont fait l'objet d'une intĂ©ressante publication 14. Je n'ai pu savoir Ă la suite de quelles circonstances d'Asies se dĂ©cida Ă rentrer en France, mais Ă la fin de 1816 il est dĂ©tenu pour dettes dans la maison d'arrĂȘt de Toulouse cette ville ne lui est dĂ©cidĂ©ment pas fa12 fa12 fait et prononcĂ© par Mme Henriette de Saint-Charles au Tribunal le 15 novembre 1816. Imp. 4 p. p. s. 1. n. d. 13 Conf. L'Affaire Maubreuil, dĂ©jĂ citĂ©, pp. 296 et 303 et passim. 14 Louis Puech. Un Aventurier Gascon. Paul-Emile Soubiran, Lectourois 1770-1855. 1 vol. tirĂ© Ă . 300 exemp. Auch. Imprimerie Cocharaux, 1907. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 291 vorable et comme pour s'en Ă©vader il l'incendie, on le condamne Ă six mois de prison. En 1819, autre mĂ©saventure; Ă©tant Ă Lyon et sous le coup de graves inculpations, il est conduit Ă Paris, condamnĂ© sur appel Ă treize mois de prison par jugement du tribunal correctionnel le 23 fĂ©vrier 1820 et Ă©crouĂ© ensuite Ă la Force. On trouve quelque trace de cet Ă©vĂ©nement dans la correspondance des amis de sa famille. J ai reçu de Paris, Ă©crit de Grenoble l'un d'eux, le 18 dĂ©cembre 1819 15, une nouvelle Ă laquelle je ne crois pas. On assure que d'Asies a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour vol et assassinat 16 Ă Lyon et qu'on le conduit Ă Paris pour le juger voilĂ la preuve que ce n'est pas vrai 17. Dieu le veuille pour sa famille ! MalgrĂ© ce souhait charitable, le mĂȘme correspondant est bien obligĂ© de se rendre Ă l'Ă©vidence et quelques jours aprĂšs, le 6 fĂ©vrier 1820, il dit 18 Il n'est que trop vrai que d'Asies est sous les verrous. Dieu veuille pour sa famille qu'il ne soit pas condamnĂ© Ă une peine infamante. PrĂ©sente mes respects Ă sa maman et dis-lui combien je prends part Ă son affliction. En 1821, sa famille, sa mĂšre surtout, attend avec impatience sa sortie de prison. Madame d'Asies, Ă©crit un Mirandais le 9 juillet 1821 19, est ravie de sa nouvelle belle-fille 20 elle m'a fait son Ă©loge avec un enthou15 enthou15 d'H. de Vandomois, inspecteur des Douanes, avec sa mĂšre madame la comtesse de Vandomois, nĂ©e d'Antras. 16 Aujourd'hui, pour qu'il y ait assassinat, il faut mort d'homme; mais autrefois Ă©tait rĂ©putĂ© assassin quiconque attentait de propos dĂ©libĂ©rĂ© Ă la vie d'autrui. Il semble donc dans le cas de d'Asies qu'il n'y ait eu que commencement d'exĂ©cution, sans cela la peine de treize mois de prison Ă laquelle il fut condamnĂ© paraĂźtrait bien lĂ©gĂšre. Au reste, ces recherches dans les archives judiciaires de Lyon et de Paris apporteraient sans doute des prĂ©cisions Ă cet Ă©gard. 17 Il semble en effet que d'Asies aurait du ĂȘtre jugĂ© dans l'endroit mĂȘme oĂč il avait commis le dĂ©lit dont il Ă©tait prĂ©venu; mais probablement pour Ă©viter des incidents d'audience et des rĂ©vĂ©lations inopportunes, le gouvernement Ă©voqua son affaire Ă Paris. 18 Correspondance Vandomois, dĂ©jĂ citĂ©s. 19 Correspondance du chevalier d'Antras, inspecteur des Eaux et ForĂȘts, avec sa soeur, madame la comtesse de Vandomois. 20 Louise Laplaigne, Ă©pouse de Jean-Joseph d'Asies dont il a Ă©tĂ© question plus haut. 292 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS siasine qui ne m'a pas Ă©tonnĂ© lorsque tu sauras que Madame d'Asies, la plus jeune, a soustrait de son modique avoir une somme de deux cents francs pour la faire passer Ă Paris Ă son beau-frĂšre, qui ne peut sortir de prison qu'ayant cette somme. Je ne sais si le pauvre Henry les trompe, mais ce qu'il y a de bien certain c'est qu'il est impossible qu'il ait obtenu la place dont il annonce avoir la commission Ă sa sortie de prison. Sa destination serait pour une colonie française et le minimum de cet emploi serait un revenu de francs ! La pauvre Madame d'Asies est heureuse de penser que cela peut ĂȘtre. Cependant j'ai cru pouvoir lui dire que lors mĂȘme que le traitement de son fils ne serait pas aussi Ă©levĂ©, il sera toujours heureux pour lui et pour sa famille qu'il ait une place quelconque et surtout en AmĂ©rique, que les chances dans ce pays-lĂ pour faire fortune sont moins rares que sur le continent. VoilĂ la situation des esprits de la maison d'Asies... MalgrĂ© l'impatience avec laquelle il Ă©tait attendu Ă Mirande, Henry d'Asies ne se pressait pas de rejoindre son pays. Enfin, le 4 avril 1823, le Ministre directeur de la Police annonçait au prĂ©fet du Gers que le sieur Dasies, se disant commis-voyageur, avait obtenu le 25 mars dernier, un passeport pour Mirande, son pays natal ». AprĂšs lui avoir retracĂ© en quelques lignes ses exploits et mentionnĂ© sa participation dans l'affaire du vol de diamants de la ci-devant reine de Westphalie » il l'invitait Ă le faire surveiller avec le plus grand soin et Ă lui communiquer les observations auxquelles sa conduite aura donnĂ© lieu 21. Henry d'Asies ne fit que toucher terre Ă Mirande oĂč il arriva le 20 avril 1823. Il se disait employĂ© dans la compagnie Ouvrard, munitionnaire gĂ©nĂ©ral de l'armĂ©e qui allait opĂ©rer en Espagne. Le 21, le sous-prĂ©fet rendait compte au prĂ©fet du Gers que le Sieur Dasies Ă©tait parti la veille, Ă onze heures du soir, pour Rayonne, dans la diligence de Toulouse Ă Tarbes Il a remuĂ© ciel et terre pour se procurer ici six mille francs qui lui sont, dit-il, indispensables pour commencer sa fourniture !... Je doute fort que M. Ouvrard, le munitionnaire gĂ©nĂ©ral, connaisse le Sieur Dasies assez avantageusement pour lui confier le plus petit de ses intĂ©rĂȘts 22. Le prĂ©fet, en communiquant cette nouvelle au ministre de 21 Archives dĂ©partementales du Gers. Police. 1823. 22 Ibidem. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 293 l'IntĂ©rieur, directeur de la Police gĂ©nĂ©rale, lui assurait qu'Ă Rayonne comme Ă Mirande, Dasies serait Ă©troitement surveillĂ© 23. Je savais, Ă©crit le 25 avril 1823, le Mirandais ami de sa famille 24, le passage d'Henry d'Asies Ă Mirande. Je dĂ©sire pour lui qu'il fasse un retour sur lui-mĂȘme et que la place qu'il a, m'a-t-on dit, dans les Vivres de l'armĂ©e, lui fournisse les moyens de se crĂ©er un avenir. Ce sont lĂ lĂšs voeux que je forme pour ce bon diable, qui a bon coeur, mais dont la dĂ©licatesse est tout au moins douteuse. AprĂšs la campagne d'Espagne, Henry d'Asies reparut Ă Mirande. Il n'y revint pas seul; un enfant, qu'il prĂ©sentait partout comme son fils et celui d'Henriette de Saint-Charles l'accompagnait. Avec lui il s'installa en maĂźtre clans la maison de sa mĂšre d'oĂč il fut impossible dĂšs lors de le faire dĂ©guerpir. En 1824, il renvoya son fils Ă Madame de Saint-Charles demeurĂ©e Ă Rarcelonne pour gĂ©rer, disait-on, des intĂ©rĂȘts fort importants Henry d'Asies, dit un de ses correspondants de Toulouse, le 18 dĂ©cembre 1824 25, m'a effectivement fait passer deux cents francs pour payer le voyage du petit Saint-Charles. Nous attendons ce petit bonhomme tous les jours. Il couchera Ă la maison et s'y reposera deux fois vingtquatre heures s'il est fatiguĂ©. Je remplirai le dĂ©sir de madame d'Asies en vous disant franchement ce que j'en pense. Dans les premiers jours de janvier 1825, l'enfant arriva Ă Toulouse sous la sauvegarde d'un domestique Le petit Saint-Charles, note le mĂȘme correspondant le 4 janvier 1825 26, est parti pour Barcelone. Il a une ressemblance Ă©tonnante avec Henry; mĂȘme figure, mĂȘme volubilitĂ© dans le babil. Il est rare de voir un enfant de sept ans plus gentil. Malheureusement on s'aperçoit qu'il a Ă©tĂ© livrĂ© depuis le dĂ©part de sa mĂšre Ă des gens du commun; ses expressions s'en ressentent quelquefois. A partir de cette Ă©poque, il n'existe plus aucune trace de cet enfant dans les correspondances conservĂ©es dans les archives de la maison d'Antras, non plus que dans les papiers 23 Ibidem. 24 Correspondance du chevalier d'Antras avec sa femme. 25 Correspondance Vandomois, dĂ©jĂ citĂ©e. 28 Ibidem. 294 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS d'Henri d'Asies. Il n'est mĂȘme pas nommĂ© dans son testament, ce qui laisse Ă supposer qu'il dut mourir jeune. Venant de parents aussi aventureux, on peut penser que le dĂ©veloppement de sa carriĂšre eĂ»t Ă©tĂ© remarquable. Si les amis d'Henry d'Asies s'empressaient ainsi Ă le servir, ils ne conservaient sur lui aucune illusion Tu me rendrais bien service, Ă©crit le mĂȘme correspondant de Toulouse, le 10 juillet 1825 27, si tu pouvais adroitement dĂ©tourner Henry de venir ici. Je suis obligĂ© de lui faire des honnĂȘtetĂ©s et je lui en ferai toujours Ă cause de sa famille mais, entre nous soit dit, c'est une figure par trop prostituĂ©e dans ce pays-ci. Ne dis mot de cela Ă son neveu 28 pour qui Henry est un objet de vĂ©nĂ©ration. La famille d'Henry d'Asies en gĂ©nĂ©ral et son neveu en particulier ne tardĂšrent pas beaucoup Ă changer d'opinion sur son compte lorsqu'ils s'aperçurent de quelle maniĂšre il comptait en user avec eux. MalgrĂ© un faux dĂ©part qu'il avait esquissĂ© en 1826, son intention Ă©tant, disait-il, de s'embarquer pour l'Ăźle de Cuba 29, il paraissait dĂ©cidĂ© Ă ne plus quitter Mirande. InstallĂ© chez sa mĂšre, son premier soin avait Ă©tĂ© de faire main basse sur les papiers de famille les plus essentiels ». A toutes les rĂ©clamations qu'on lui adressait Ă ce sujet, il opposait les fins de non recevoir les plus bizarres. ForcĂ© dans ses derniers retranchements, il finit par dire que ces documents lui avaient Ă©tĂ© dĂ©robĂ©s et qu'un jour, se rendant Ă Auch, il s'Ă©tait trouvĂ© dans les bois de MazĂšres 30 face Ă face avec un personnage mystĂ©rieux qui avait Ă©talĂ© Ă ses yeux les papiers en question, offrant de les rendre moyennant la somme de trois mille francs. Lorsque son neveu demanda par Ă©crit un rendez27 rendez27 28 Joseph-Antoine d'Asies, fils de Jean-Joseph d'Asios et de demoiselle Laplaigne, nĂ© Ă Eauze le 5 fructidor an VII, marie le 26 septembre 1836 Ă Clermont-Ferrand Ă demoiselle Emma-Sophie de Raynaud de Monts. 29 Archives dĂ©partementales du Gers. Police. 1826. 30 Le chĂąteau de MazĂ©res Ă©tait avant la RĂ©volution la maison de campagne des an hevĂ©ques d'Auch. Vendu rĂ©volutionnairement, il passa dans les mains de divers acquĂ©reurs qui dĂ©truisirent peu Ă peu la magnifique forĂȘt dont le chĂąteau Ă©tait entourĂ©. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 295 vous pour verser la somme en Ă©change des papiers, une lettre anonyme l'avisa qu'on ne voulait avoir Ă faire qu'Ă Henry seul. Cette misĂ©rable intrigue prouvait, au dire d'un de ses amis que le pauvre Henry vivait toujours dans le monde des illusions ». Il n'Ă©tait cependant pas leur dupe au point de nĂ©gliger ses intĂ©rĂȘts et c'est ainsi que non content d'avoir pillĂ© sa famille pendant les cinquante-trois ans de son existence », il lui rĂ©clamait francs pour ses droits» lĂ©gitimaires agrĂ©mentĂ©s de francs d'intĂ©rĂȘts. Il entama, Ă ce sujet, un procĂšs qui dura longtemps Comment se fait-il, Ă©crivait de Paris Ă ce propos, un ami de sa famille 31, que le cĂ©lĂšbre Dasies dont la vie a Ă©tĂ© si agitĂ©e, puisse se conduire ainsi ? AprĂšs avoir dĂ©pensĂ© tant d'argent, il en demande encore ! J'espĂšre que vous parviendrez Ă faire entendre raison Ă ce cerveau brĂ»lĂ©. Il entendit si peu raison qu'il fut impossible de jamais obtenir de lui qu'il quittĂąt la maison de famille oĂč il s'Ă©tait implantĂ© en vertu de son adage favori Prenons d'abord et puis nous verrons ». Ce fut lĂ , rue Samatan, qu'il mourut le 16 janvier 1840 32, Ă l'Ăąge de soixante-quatre ans, dĂ©shĂ©ritant sa famille au profit d'un de ses amis, ce qui inspirait Ă un de ses proches 33 les rĂ©flexions suivantes J'ai appris la fin dĂ©plorable de ce malheureux Henry. Oui, certainement, on doit le plaindre et non le regretter et ce qu'il y a de plus terrible c'est qu'il soit, encore dans la tombe un mauvais gĂ©nie pour sa famille aprĂšs ne lui avoir fait Ă©prouver que du chagrin pendant sa vie. Cependant plutĂŽt que d'avoir des procĂšs, la famille d'Asies aurait pu prendre un arrangement avec M. DagĂ©, vu que l'hĂ©ritage d'Henry sera bientĂŽt absorbĂ© par ses crĂ©anciers qui tomberont dessus comme un aigle sur sa proie. Toutes ses caravanes ne l'avaient guĂšre enrichi, en effet. A sa mort, on trouva 18 francs dans sa poche et sa succession 31 Correspondance de Delcros, employĂ© au ministĂšre des Finances, avec madame la comtesse de Vandomois. Lettres du 7 juin 1837 et du 29 janvier 1838. 32 Etat-civil de la ville de Mirande. DĂ©cĂšs. 33 Correspondance d'Edmond-Henry d'Antras, sous-maĂźtre de manĂšge Ă l'Ă©cole de cavalerie de Saumur, avec sa tante madame la comtesse de Vandomois. 296 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS toute entiĂšre fut prisĂ©e 719 francs 80 centimes bien mince fortune pour un homme qui avait maniĂ© tant de millions ! Dans l'inventaire qui fut dressĂ© aprĂšs son dĂ©cĂšs, on peut relever quelques articles qui jettent un peu de jour sur ses occupations habituelles. On y trouva un tapis verd de sergette avec des numĂ©ros imprimĂ©s sur icelui pour servir Ă jouer le jeu de la roulette; deux tapis verd en soie destinĂ©s Ă des jeux; trois petits paquets de dĂ©z Ă jouer en os; huit racloirs sans manches pour le jeu ; six petites boules d'ivoire ; trenteneuf petits Ă©tuis de bois couleur noire servant Ă la loterie; deux petites caisses couvertes de maroquin verd Ă compartiments et un petit sac de soie verte pour le jeu; deux cornets de cuir pour le trictrac ». En plus de ce matĂ©riel de joueur, on inventoria deux objets de valeur minime un lorgnon Ă deux branches, un peu dorĂ© et une Ă©pingle en or, montĂ©e en petits diamants plats ou petits brillants figurant une rosette ou bouquet », que l'on estima 50 francs misĂ©rable joyau pour lui qui avait eu un moment en sa possession l'Ă©blouissant Ă©crin de la Reine de Westphalie ! Dans ses papiers, on mentionne treize piĂšces relatives Ă la comptabilitĂ© du dĂ©funt avec Ouvrard, munitionnaire en Espagne en 1823; un reçu de madame de Saint-Charles en faveur du dĂ©funt, datĂ© de Barcelone du 7 mai 1824, d'une somme de francs; une liasse de dix-neuf lettres de la dite dame au dĂ©funt ». A part cette correspondance qui, si elle avait Ă©tĂ© conservĂ©e, aurait peut-ĂȘtre permis d'Ă©claircir quelques points demeurĂ©s obscurs dans l'histoire de ce faux mĂ©nage, il n'y a rien lĂ de particuliĂšrement intĂ©ressant. Il paraĂźt certain qu'Henry d'Asies s'Ă©tait dĂ©fait depuis longtemps des papiers qui auraient risquĂ© de le compromettre. J'ai relevĂ© parmi les innombrables Ă©crits inspirĂ©s par l'affaire Maubreuil une production de sa plume M. Dasies Ă M. le comte de SemallĂ©, 17 pp. in-8° s. d.. De l'imprimerie de Mme Jeune homme, rue Hautefeuille, n° 20. Il existe aussi un TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 297 Placet au Roi, 14 pp. s. d. L. G. Michaud, Imprimeur du Roi, rue des Bons-Enfants, n° 34. 1814. Cette brochure signĂ©e par Dasies, fut, parait-il, rĂ©digĂ©e par son avocat et ami Me Couture 34. 34 Louis-Jean-Baptiste-Mathieu Couture, avocat, jurisconsulte et Ă©crivain. NĂ© Ă Amiens le 7 mars 1769. Il fut conseiller Ă la Cour Royale de Paris. Outre ses nombreux Plaidoyers et ses Consultations Juridiques, il a laissĂ© plusieurs Ă©crits; les principaux sont Plaidoyer pour Madame la marquise de Giac, demanderesse en sĂ©paration de corps contre Monsieur le marquis de Giac, dĂ©fendeur. in-8° Paris, 1832. Mon Portefeuille. RĂ©ponse Ă un ami d'enfance, avocat Ă Boston, in-8° Paris. Proux, 1840; ouvrage non mis dans le commerce. Souvenirs du Théùtre-Français, in-8°, 1841. Du SystĂšme Parlementaire en France, in-8°, 1844. Il mourut vers 1848. Lorsqu'il Ă©tait serrĂ© de trop prĂšs par les policiers ou par ses crĂ©anciers, Henry d'Asies se rĂ©fugiait chez Couture oĂč il n'Ă©tait connu que sous le nom de Monsieur Louis. 298 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS LA JUSTICE A SIMORRE AVANT 1789 PAR M. Louis SAINT-MARTIN Simorre Cimorra, Symorra Ă©tait au XIe siĂšcle la capitale de l'Astarac et, conformĂ©ment Ă l'usage fĂ©odal, le comte exerçait sur ses terres le droit de haute, moyenne et basse justice. Comment et pour quels motifs le comte d'Astarac n'Ă©tait-il pas le haut justicier Ă Simorre ? Il est certain que le comte Bernard et ses deux fils Sanche et Bernard tous prĂ©sents Ă la signature de l'acte de reconstitution de la ville aprĂšs l'incendie de 1141, n'Ă©levĂšrent aucune protestation au sujet de la justice dans la nouvelle citĂ©. L'AbbĂ© se rĂ©servait le droit de juger ou de faire juger les dĂ©lits par son intendant conformĂ©ment Ă ses lois et usages D. B. Preuves ». A ce moment les comtes d'Astarac Ă©taient les soutiens dĂ©vouĂ©s de l'AbbĂ©. Ils changeront d'attitude au siĂšcle suivant car la puissonce toujours grandissante du seigneur AbbĂ© finit par leur porte ombrage. Pour se conformer au mouvement du siĂšcle et surtout pour s'attacher les habitants, il pressentait la lutte contre les comtes d'Astarac, Bernard Ier d'AstĂ© de Astario AbbĂ© de Simorrre, leur accorda les lois et coutumes 1268. L'AbbĂ© dĂ©clare donner les coutumes et usages ou franchises en tant que seigneur direct et indĂ©pendant de la ville de Simorre ». Dans cet acte d'une importance capitale le comte d'Astarac ne figure que dans la formule rĂ©gnant Louis, roi de France, seigneur d'Amaneu, archevĂȘque d'Auch, et le seigneur Bernard Ă©tant comte d'Astarac ». La suzerainteĂ© du comte dans Simorre est fort amoindrie. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES. 1930 299 D'aprĂšs les coutumes et lois », l'AbbĂ© ou son bayle jugera les diffamateurs, les mĂ©disants, les assassins, les suborneurs, les voleurs, les adultĂšres, etc... Les divers articles Ă©numĂšrent les punitions ou amendes qui devront ĂȘtre infligĂ©es. Il existe Ă Simorre, au levant de la ville Ă une distance de 800 mĂštres environ, sur la route qui conduit Ă Sauveterre la cĂŽte de la Justice». En cet endroit, le seigneur AbbĂ© avait fait Ă©lever le gibet pour faire pendre les criminels. Bernard IV, comte d'Astarac commence la lutte contre l'AbbĂ© de Simorre Ă qui il disputait la haute justice et les droits seigneuriaux dans la ville de Simorre et quelques localitĂ©s voisines. L'AbbĂ© Bernard II de Saint-Estier rĂ©sista Ă ses prĂ©tentions. La guerre Ă©clata entre les deux rivaux et, comme les seigneurs fĂ©odaux de cette Ă©poque, le comte employa la violence et ravagea les terres dĂ©pendant de l'Abbaye. La querelle fut portĂ©e en 1284 devant le roi Philippe le Hardi qui donna raison Ă l'AbbĂ©. Bernard IV ne s'inclina nullement devant la sentence royale. Il reprit les armes contre l'AbbĂ© ; celui-ci fit intervenir l'ArchevĂȘque d'Auch qui excommunia le comte d'Astarac. Bernard pour toute rĂ©ponse s'empara du chĂąteau de LamaguĂšre, propriĂ©tĂ© personnelle de l'archevĂȘque. Bernard IV mourut en 291. Son fils Centulle II lui succĂ©da ; moins belliqueux que son pĂšre, il ne voulut pas continuer la lutte et signa un accord avec l'AbbĂ© Ă Gimont, le 29 novembre 1291. Pour assurer sa tranquillitĂ©, le 13 novembre 1297, Bernard de Saint Estier, offrit au roi Philippe le Bel le parĂ©age Ă Simorre ; il lui abandonna la moitiĂ© de la justice dans cette ville et quelques autres localitĂ©s Tachoires, Monties, une partie de Gaujan. Le comte d'Astarac protesta Ă©tant, disait-il le seul haut justicier dans tout son comtĂ©. Le roi dĂ©membra Simorre du comtĂ© d'Astarac ainsi que les autres localitĂ©s prĂ©citĂ©es et les incorpora Ă la Jugerie de RiviĂšre-Verdun. 300 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Philippe IV respectait ainsi les usages de la fĂ©odalitĂ© sur le droit de Justice, mais donnait raison Ă qui devenait son coseigneur. A partir de cette date, 1297, le roi nomma le juge royal de Simorre ; ce dernier portait d'ailleurs le titre de Conseiller du roi. L'AbbĂ© intervenait dans cette nomination Ă titre consultatif. En 1327, l'abbĂ© de Simorre fit casser' le titre de Raymond de Vignoles nommĂ© Juge royal de cette ville attendu que la nomination avait Ă©tĂ© faite Ă son insu D. Brugelles. Depuis François Ier, la vente des charges de judicature fut pratiquĂ©e au profit du trĂ©sor public. En 1601, Sully, sous les inspirations d'un financier nommĂ© Paulet, Ă©tablit un impĂŽt annuel sur les officiers de judicature. Il s'Ă©levait Ă 1/60 du prix de la charge. La paulette transforma en propriĂ©tĂ© de famille les fonctions de judicature. Quiconque avait payĂ© ce droit pouvait transmettre sa charge par hĂ©ritage ou par vente. Ainsi s'expliquent les nominations de pĂšre en fils des Daste, des d'EstĂšve, des Souville au siĂšge de Simorre. La paulette assurait une certaine indĂ©pendance aux magistrats, mais elle Ă©cartait des fonctions judicaires le mĂ©rite pauvre ». GrĂ©goire. Dictionnaire d'histoire. Jusque vers l'annĂ©e 1610, le juge royal se confondit avec le juge de l'AbbĂ©. Celui-ci exigeait simplement de la part du Juge le serment de fidĂ©litĂ©. Vers cette date, l'AbbĂ©, MichelVictor de Fabars, nomma juge de la TemporalitĂ© Nicolas de Cardonne. Bernard Daste, juge royal, se trouva lĂ©sĂ© dans ses intĂ©rĂȘts; il protesta contre cette nomination et l'affaire fut portĂ©e devant le Parlement de Toulouse. L'arrĂȘt fut rendu le 17 fĂ©vrier 1615 ; il maintenait le juge nommĂ© par l'AbbĂ© en l'exercice de la justice dans la ville de Simorre et ses dĂ©pendances concurremment avec le juge royal du lieu. Il a Ă©tĂ© jugĂ© par divers arrĂȘts, que le roy Ă©tant en partage avec un autre, le juge est créé alternativement et ainsi TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 301 fut jugĂ© le 16 fĂ©vrier 1615 au rapport de M. d'Assesat, entre Fabars abbĂ© commendataire de Simorre prenant le fait et cause pour Cardonne créé par lui juge aud. lieu contre Daspe Daste lieutenant du juge de RiviĂšre aud. lieu de Simorre. Le fait Ă©tait que les abbĂ©s de Simorre Ă©tant seuls seigneurs dud. lieu avaient pris le roy en parĂ©age et parce que les anciennes Ordonnances et ArrĂȘts, qui avait, comme j'ai dit, le Roy pour compagnon l'avait pour maĂźtre, il Ă©tait arrivĂ© que le juge Ă©tabli par le, Roy avait exercĂ© longtemps seul la justice au nom et de l'AbbĂ© sans que l'AbbĂ© y eut créé aucun juge, sinon depuis quelques annĂ©es que le dit Fabars y avait mis le dit Cardonne pour son juge, auquel s'Ă©tait opposĂ© le dit Daspe lieutenant aud. lieu du juge de RiviĂšre prĂ©tendant ĂȘtre juge pour tous deux, et disant que ce serait autrement lui ĂŽter la moitiĂ© de son office pour lequel il avait financĂ©, et que la plupart des autres lieutenants Ă©talent aussi seuls aux lieux oĂč le Roy n'avait que la moitiĂ© de la justice ; par consĂ©quent qu'on les priverait Ă tous de la moitiĂ© de l'exercice de leurs charges ; que l'abbĂ© se devait de contenter qu'il rendĂźt la justice au nom de tous deux offrant prĂȘter serment entre les mains de l'abbĂ©. Au contraire l'abbĂ© disait qu'Ă©tant seigneur par moitiĂ©, il pouvait avoir un juge, que cela demeurait dĂ©cidĂ© par l'Ordonnance du Roy Charles IX donnĂ© Ă OrlĂ©ans, art. 25 du RĂšglement de la Justice oĂč il est dit qu'aux lieux oĂč la justice est exercĂ©e en commun sous l'autoritĂ© du Roy sous le nom d'autres personnes, il n'y aura qu'un juge pour exercer l'entiĂšre justice, lequel y sera commis de trois ans en trois ans par le Roy ou le sujet ; le Roy donc veut que le juge puisse ĂȘtre Ă©tabli par le conseigneur, et par ces raisons, il fut jugĂ© que le sieur Daspe, qui avait Ă©tĂ© pourvu par le Roy, exercerait alternativement avec le dit Cardonne, scavoir Daspe la premiĂšre annĂ©e, Cardonne la seconde et ainsi consĂ©cutivement annĂ©e par annĂ©e, au nom de tous les seigneurs, et depuis il a Ă©tĂ© jugĂ© plusieurs fois conformĂ©ment Ă cela en diverses affaires, et mĂȘme dans la ville de BĂ©ziers entre le Roy ou son juge et le sieur Ă©vĂȘque du dit lieu, auquel la cour 302 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS permit d'avoir un juge Ă©tant juge par moitiĂ© comme aussi dans Auch Ă Monsieur l'archevĂȘque d'Auch » '. AprĂšs ce jugement, Bernard Daste, juge royal, refusa de prĂ©cer serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ©. Ce dernier le contraignit Ă se conformer Ă l'usage Ă©tabli ainsi d'ailleurs qu'Ă son fils et successeur François Daste quand celui-ci fut nommĂ©. De 1615 Ă 1789, Simorre eut 1 le juge royal dĂ©signĂ© par le roi ; 2° le juge de la TemporalitĂ© nommĂ© par l'AbbĂ©. Chacun d'eux rendait la justice pour une annĂ©e et alternativement. Cette complication devait ĂȘtre une gĂȘne pour les justiciables, la justice, Ă cette Ă©poque, allait si lentement. Pouvoirs et privilĂšges du JUgE Royal. A Simorre, le juge royal exerce toute la justice qui appartient au roi. Il s'occupe surtout des affaires civiles ; ceux qui n'acceptent pas ses dĂ©cisions peuvent aller en appel devant le Parlement de Toulouse. Pour les affaires criminelles, il doit s'entendre avec les consuls. Un arrĂȘt du Parlement du 20 mars 1640 casse pour incompĂ©tence une procĂ©dure criminelle faite par le juge de Simorre contre le nommĂ© Blaise Lassus, forgeron, et la sentence rendue par lui avec restitution des Ă©pices ». Le juge royal reçoit le serment de fidĂ©litĂ© des consuls Ă l'AbbĂ© et religieux, s'il est en exercice ; dans le cas contraire, c'est le juge de la TemporalitĂ©. Dans les cĂ©rĂ©monies civiles, c'est le juge royal qui occupe la place d'honneur ; d'ailleurs c'est le plus haut fonctionnaire du roi dans la ville de Simorre. AprĂšs le service funĂšbre fait Ă l'Ă©glise abbatiale pour honorer la mĂ©moire de Henri IV mai 1610 Bernard Daste, juge royal, prononça devant la foule assemblĂ©e sous la halle un discours fort Ă©loquent dans lequel il exalta les vertus de ce grand roi. Le juge royal prĂ©sidait les assemblĂ©es consulaires 1693 ; 1 DĂ©cisions notables sur diverses questions de droit jugĂ©es par plusieurs arrĂȘts du Parlement de Toulouse, recueillies par Messire Jean de Cambolas, 5e Ă©dition Toulouse, MDCCXLIV. livre IV, chapitre 11, p. 241. â CommuniquĂ© par M, Gustave de Carlalade. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 303 rĂ©partition des tailles, conduite des soldats de milice, louage d'une maison pour l'Ă©cole. Il perd cette prĂ©sidence lorsque Daste, sr de Talazac achĂšte le titre de Maire perpĂ©tuel de Simorre, conseiller du roy. A la procession annuelle de la commĂ©moration de la dĂ©livrance de la ville, la robe du Juge royal apparaĂźt immĂ©diatement aprĂšs la crosse de l'AbbĂ©. Dans l'exercice de ses fonctions, le juge Ă©tait assistĂ© 1° d'un procureur qui remplissait le mĂȘme office que nos procureurs d'aujourd'hui. Dans les registres paroissiaux, on relĂšve en 1642 le nom de Martial Ducor, lieutenant du roy, en 149, Martial Ducor, procureur du roy, en 1683, celui de M. Rey avec ce mĂȘme titre. Le juge royal siĂ©geait dans une maison appelĂ©e le Parquet, situĂ©e dans la rue Saint-CĂ©rax. On lit dans le cadastre de 1740. " MM. les Officiers de Justice de Simorre tiennent un parquet dit au parquet, confrontant levant et midy, rues publiques, couchant et septentrion le sieur Passama ». JuGeS Royaux. Les Chroniques de Dom Brugelles, les archives communales, les registres paroissiaux nous ont permis de retrouver le nom de quelques juges royaux de Simorre ; mais la liste est loin d'ĂȘtre complĂšte. 1297. V., juge royal prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© Auge de Montaut, aprĂšs la signature du parĂ©age. 1327. Pierre de..., prĂȘta serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© ; celui-ci avait fait casser le titre de Raymond de Vignoles nommĂ© Ă l'insu de l'abbĂ©, Gardon d'Orgueil. 1380. 27 novembre. Bernard Barnic, juge royal prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© Bertrand II de Roffiac. 1401. 29 dĂ©cembre. Jean de Pons GĂ©raud, prĂȘte serment Ă Bertrand II. 1405. 9 novembre. Pierre DĂ©jean, prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă Bertrand II. 1540. 10 avril. GĂ©raud de Brugelles, juge royal, prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© Octaviain de Galard. de Brassac. 304 SOCIETE D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS 1600. Bernard Daste ou d'Aste, juge royal. Il fut en procĂšs devant le Parlement avec l'abbĂ© Michel-Victor de Fabars. Celui-ci eut gain de cause et Bernard Daste fut obligĂ© de prĂȘter le serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© le 4 avril 1615. 1615. François d'Aste, fils du prĂ©cĂ©dent, fut lui aussi condamnĂ© Ă prĂȘter le serment lorsqu'il succĂ©da Ă son pĂšre au siĂšge de Simorre. 1625. Michel-Jean d'Aste figure comme tĂ©moin le 27 novembre 1638 au mariage de Pierre LamasĂšre avec Marie Ducor Jean Daste docteur et juge de la prĂ©sente ville ». R. P. 1650. Jean CĂ©rassy DestĂšve alias d'EstĂšve, juge royal, avait lui aussi refusĂ© le serment de fidĂ©litĂ©. L'abbĂ©, Jacques de Langlade le contraignit Ă se conformer Ă l'usage. DestĂšve avait Ă©pousĂ© damoyselle Annette de Pondensan. NommĂ© conseiller au PrĂ©sidial de la SĂ©nĂ©chaussĂ©e de Toulouse, il cĂ©da sa fonction de juge royal Ă son fils 1670. C'Ă©tait un grand propriĂ©taire-terrien et le registre des tailles de 1693 porte Monsieur Me Jean CĂ©racy DestĂšve, conseiller 102 1., 6 sols, 9 deniers ». 1670. Pol-Martial DestĂšve, prĂȘta serment de fidĂ©litĂ©, en 1670, Ă l'abbĂ© Jacques de Langlade. AprĂšs l'incendie du palais abbatial en 1673, Martial DestĂšve reçut dans sa maison le seigneur abbĂ© et lui offrit gĂ©nĂ©reusement l'hospitalitĂ©. Martial DestĂšve fut pendant de longues annĂ©es syndic de l'hĂŽpital Sainte-Catherine. Il fut remplacĂ© comme juge royal en 1725 et dĂ©cĂ©da le 31 mars 1732, Ă l'Ăąge de 82 ans. En 1706, il fut parrain de la grande cloche. En 1693, il Ă©tait imposĂ© dans le registre des tailles pour une somme de 274 1. 3 s. 3 d. 1725. 25 septembre. François de Souville juge royal conseiller du roy et son juge en chef » prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ©, Henry de Puget, et au chapitre. Il avait Ă©tĂ© juge ordinaire de la TemporalitĂ© de l'abbaye de Saramon. F. de Souville avait son domicile Ă Sarcos, petite localitĂ© du canton de Masseube. En sa qualitĂ© de juge royal, il avait prĂ©sidĂ© la rĂ©union consulaire qui reconnut nĂ©cessaire la rĂ©fection du livre terrier ou cadastre de Simorre 1736. 1744. Jean-Baptiste-François de Souville, nĂ© Ă Sarcos, fils TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 305 du prĂ©cĂ©dent, prĂȘta le serment de fidĂ©litĂ© Ă l'abbĂ© Louis-Jacques-François de Vocance et aux habitants de Simorre, le 23 octobre 1744, Il habitait Puymaurin Haute-Garonne. Dans les registres paroissiaux de cette commune on trouve 1750 Mariage de Jean-Baptiste-François de Souville, ancien capitoul, conseiller du roy et son juge en chef de la ville en chĂątellenie de Simorre, natif de Sarcos et de demoiselle Françoise Dupan, native de la paroisse de Samatan. En 1767, baptĂȘme de demoiselle Rose Scholastique Françoise, fille de " Souville, conseiller du roy, son juge dans la ville de Simorre,coseigneur de Lunax et capitoul actuel de la ville de Toulouse ». R. P. de Puymaurin. En 1786 le juge royal de Simorre se nommait Jean-Pierre Roger, avocat au Parlement, domiciliĂ© Ă l'Isle-en-Dodon. Il avait achetĂ© son titre Ă François de Souville. La date de sa nomination a Ă©chappĂ© Ă nos recherches. En 1789, il fut un des quatre dĂ©lĂ©guĂ©s du Tiers-Etat, envoyĂ©s Ă Murat par les Ă©lecteurs de l'Isle-en-Dodon, avec mission de dĂ©signer les reprĂ©sentants aux Etats gĂ©nĂ©raux pour le Comenge et le NĂ©bouzan. Il prit une part active aux discussions de l'assemblĂ©e des dĂ©lĂ©guĂ©s et ceux-ci l'envoyĂšrent siĂ©ger Ă Versailles comme dĂ©putĂ© du Tiers. Depuis l'annĂ©e 1725, les juges royaux de Simorre n'habitĂšrent plus cette ville. Ils se rendaient au siĂšge de leur juridiction dans les circonstances extraordinaires et les jours fixĂ©s pour interroger les parties, entendre les plaidoiries et prononcer les jugements. Souvent, ils se faisaient remplacer par un avocat de Simorre comme l'Ă©tablit le document suivant Le prĂ©sent livre de charges et de dĂ©charges de la CommunautĂ© de Simorre contenant vingt-cinq feuillets a Ă©tĂ© parafe par nous, MaĂźtre Pierre Dastugue avocat au Parlement en l'absence de M. le juge royal de Simorre, le 10e octobre 1781. Dastugue, adv. pour le juge absent ». 20 306 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Jean-Pierre Roger clĂŽt la liste des juges royaux de Simorre. Il ne fut pas remplacĂ© aprĂšs les Ă©lections de 1789, mais il ne siĂ©gea plus se consacrant Ă son mandat de reprĂ©sentant du peuple. D'ailleurs la Constituante modifia l'organisation judiciaire de la France. Simorre devint chef-lieu du canton de ce mĂȘme nom. Et les Ă©lecteurs rĂ©unis Ă Simorre le 4 janvier 1791, Ă©lurent comme juge de paix cantonal, un Simorrain, François-Paul Ducor, avocat au Parlement, maire de la ville. A suivre. TROISIĂME, ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 307 Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom PENDANT LA RĂVOLUTION PAR M. JOSEPH GARDĂRE. Suite. CXXXVII. â MIDAN Antoine. Midan Antoine est dit nĂ© Ă Destere ?, le 3 dĂ©cembre 1728 1120. Il Ă©tait religieux cordelier au couvent de Condom au moment de la RĂ©volution. Il remplissait en mĂȘme temps les fonctions d'aumĂŽnier Ă l'hĂŽpital de la CharitĂ© de PiĂ©tat depuis 1780 1121, et il avait fait le service de BĂ©raut en 1771 et 1772 1122. Il est du nombre des religieux qui aimĂšrent mieux continuer la vie commune que sortir de leurs couvents et nous trouvons sa signature au bas des RĂšglements dressĂ©s Ă cet effet par les Cordeliers de Condom le 10 aoĂ»t 1791 1123 ; leur couvent avait Ă©tĂ© dĂ©signĂ©, le 16 juin 1791, par le dĂ©partement pour ceux qui ne voulaient pas abandonner la vie religieuse. Il est encore au couvent de Condom le 9 mars 1792 il Ă©tait alors ĂągĂ© de 64 ans 1124. Il avait 31 ans de profession 1125. Il prĂȘta le serment du 14 aoĂ»t 1792 le 5 avril 1793, et comme il Ă©tait malade, l'administration municipale nomma des commissions pour aller recevoir son serment Ă son domicile 1126, ce qui ne dispensa pas d'ĂȘtre bientĂŽt reclus Ă Auch. Un arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 4 mai n'admit pas les raisons d'infirmitĂ©s qu'il voulut faire valoir afin d'Ă©viter la rĂ©clusion Ă Auch, conformĂ©ment Ă l'arrĂȘtĂ© du 24 mars prĂ©cĂ©dent qui ne prĂ©sentait aucune exception 1127. A peine arrivĂ© Ă Auch, il demanda encore qu'il lui fut permis de 1120 Registr. des pĂ©titions du canton de Condom, n° 385. Arch. de la sousprĂ©fecture. 1121 Archives hospitaliĂšres de Condom. 1122 Registres paroissiaux do BĂ©raut. 1123 Archives de la sous-prĂ©fecture de Condom. 1124 Reg. de dĂ©libĂ©r. municip., Condom. 1125 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 417. 1126 Regist. des dĂ©libĂ©r. municip. DĂ©libĂ©r. du 5 avril 1793. 1127 Reg. de pĂ©titions du district de Condom, n° 852. Arch. de la sous-prĂ©fecture. â La persĂ©cution contre le, clergĂ© du dĂ©partement du Gers, par l'abbĂ© LAMAZOUADE, Auch 1879, p. 108. â Il avait habitĂ© environ un an chez un menuisier de la ville qui lui avait louĂ© une chambre avec les dĂ©charges nĂ©cessaires moyennant 72 livres. Regist. des pĂ©titions du district, n° Arch. de la sous-prĂ©fecture. 308 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS reprendre son poste Ă Condom, attendu qu'il reconnaissait l'Ă©vĂȘque du dĂ©partement pour son supĂ©rieur et qu'il avait prĂȘtĂ© le serment lorsqu'on l'en avait requis, qu'il Ă©tait d'ailleurs accablĂ© d'infirmitĂ©s. Le directoire du dĂ©partement l'autorisa, le 22 mai, Ă demeurer provisoirement chez le citoyen Lamarque, vicaire Ă©piscopal, sous la responsabilitĂ© de ce dernier ; mais le district consultĂ©, fut d'avis, le 29 mai, qu'il n'y avait pas lieu d'accueillir sa demande, la loi qui dĂ©portait les ecclĂ©siastiques qui n'avaient pas prĂȘtĂ© le serment du 14 aoĂ»t 1792 n'admettant pas d'exception 1128. Il demanda plus tard, au mois de nivĂŽse An II, la main levĂ©e des scellĂ©s qui avaient Ă©tĂ© apposĂ©s sur ses meubles Ă Condom 1129. Le 5 florĂ©al il n'y avait pas encore eu de dĂ©cision Ă cet Ă©gard 1130, et il ne put probablement pas en jouir. Les meubles de Midan furent d'ailleurs vendus dans le courant de l'An III ou destinĂ©s aux hĂŽpitaux 1131. Toutefois Midan ne tarda pas Ă ĂȘtre mis en libertĂ©, soit en vertu d'un arrĂȘtĂ© du reprĂ©sentant du peuple Laurence de la fin de messidor An II probablement du 25 qui met en libertĂ© plusieurs prĂȘtres, dont Midan, sous la surveillance des municipalitĂ©s, soit en vertu de l'arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de SĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale du 10 vendĂ©miaire An III. Le 3 thermidor de cette derniĂšre annĂ©e, il fait Ă Condom la dĂ©claration d'exercice du culte en vertu de la loi du 11 prairial prĂ©cĂ©dent, et le 28 vendĂ©miaire An IV, il fait celle prescrite par la loi du 7 du mĂȘme mois 1132. Midan devait ĂȘtre arrĂȘtĂ© de nouveau en vertu de la loi du 3 brumaire An IV et conduit Ă la maison de rĂ©clusion Ă Auch. La lettre des administrateurs municipaux de Condom adressĂ©e aux administrafeurs du dĂ©partement, le 19 nivĂŽse An IV, nous apprend qu'il Ă©tait reclus Ă Auch comme prĂȘtre insermentĂ© 1133. Mis en libertĂ© aprĂšs la loi du 14 frimaire An V, il rentra Ă Condom oĂč il exerça secrĂštement le culte dans des maisons particuliĂšres non dĂ©clarĂ©es 1134. Toutefois, il prĂȘta le serment du 19 fructidor, le 29 du mĂȘme mois 1135. Il devait se trouver encore sous le coup de l'arrĂȘtĂ© du 21 brumaire An VIl portĂ© contre les prĂȘtres qui n'avaient pas prĂȘtĂ© le serment dans les dĂ©lais ; mais il put invoquer les exceptions portĂ©es dans 1128 Regist. de pĂ©titions du district, n° 879. Arch. de la sous-prĂ©fecture. â Id... Arch. dĂ©p. du Gers. L. 211, n° 241. 1129 Il Ă©tait reclus, Ă la maison de Camarade, en nivĂŽse An II. Arch. dĂ©p. du Gers. L. 211, n° 662. 1130 Regist. de petit ions du district, n° Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1131 Idem, nos â Regist. de recette des biens d'Ă©migrĂ©s. Arch. dĂ©p. Q. 273. â La vente produisit 600 livres. 1132 Regist. des dĂ©libĂ©r. municip. Condom. 1133 Arch. municip. Condom. 1134 Tableau relatif Ă l'exĂ©cution des lois du 7 vendĂ©miaire et du 22 germinal An IV, dressĂ© par les administrateurs municipaux de la commune de Condom le 4 thermidor An V. Arch. municip. 1135 Reg. de dĂ©libĂ©r. municip. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 309 l'arrĂȘtĂ© du 29 florĂ©al suivant. La municipalitĂ© dĂ©clara, le 24 prairial que la conduite du pĂ©titionnaire rĂ©duit depuis plusieurs annĂ©es Ă l'Ă©tat de caducitĂ© » Ă©tait paisible et ne paraissait offrir rien de dangereux pour la chose publique ». L'administration centrale du dĂ©partement put aussi le dispenser, par son arrĂȘtĂ© du 28 prairial, de se rendre Ă la maison de rĂ©clusion et l'autorisa Ă demeurer dans la commune de Condom sous la surveillance de la municipalitĂ© 1136. Le prĂ©fet du Gers Ă©crivit au sous-prĂ©fet de Condom, le 26 florĂ©al An IX, que Midan Antoine avait Ă©tĂ© rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s ; mais qu'il n'obtiendrait la remise de l'arrĂȘtĂ© de radiation que lorsqu'il aurait fait la promesse de fidĂ©litĂ© Ă la Constitution 1137. Le malheureux cordelier Midan devait mourir Ă Condom, le 23 prairial suivant, section LibertĂ©, Ă l'Ăąge de 76 ans 1138, CXXXVIII. â DE MOLIER Sulpice-Marie. Sulpice de Molier, nĂ© paroisse de Vicnau, juridiction de Condom, le 15 septembre 1744 de Messire Sulpice de Molier et de Dame Marie Derens 1139, entra dans la CongrĂ©gation de l'Oratoire. Il fut envoyĂ© en Espagne vers 1783 1140, mais il Ă©tait supĂ©rieur Ă Soissons en 1788, et il s'y trouvait encore en 1792 1141. Le 29 avril 1792, les Ă©lecteurs du district de Condom, le nommĂšrent curĂ© de Cannes ; mais le nouvel Ă©lu ne se montra pas disposĂ© Ă se conformer Ă l'article 2 de la loi du 8 janvier 1792, et la cure de Cannes fut encore dĂ©clarĂ©e vacante 1142. CXXXIV. â MOULIĂ Jean. MouliĂ© Jean, nĂ© Ă Condom le 16 septembre 1746, de Jean MouviĂ©, maĂźtre d'Ă©cole et d'Anne Cointaut 1143, Ă©tait hebdomadier du Chapitre de Condom depuis 1776 1144, au moment oĂč Ă©clata la RĂ©volution.. Il devait mourir au seuil de la terrible Ă©poque, le 6 juillet 1791 1145. 1136 Regist. de pĂ©titions du canton de Condom, n° 385. Arch. de la sousprĂ©fecture. 1137 Arch. municip. Condom. 1138 Etat civil de Condom. 1139 Regist. par. de Vicnau. â Il y a eu des d'Ayrenx au chĂąteau de Mothe, juridiction de Vicnau au XVIIIe siĂšcle. N. D. L. R. 1140 Regist. de comptabilitĂ© de l'ancien collĂšge de l'Oratoire de Condom. Archives municipales. 1141 Arch. municip. â ProcĂšs-verbal d'Ă©lection des curĂ©s du district de Condom du 29 avril 1792. Regist. de la sous-prĂ©fect. 1142 D'aprĂšs l'art. 2 de la loi du 8 janvier 1792, les curĂ©s nouveaux Ă©lus Ă©taient dĂ©sormais tenus de se l'aire installer dans la quinzaine du jour oĂč ils auraient reçu l'institution canonique. â Lettre du procureur-syndic du district de Condom du 7 octobre 1792. Reg. de la sous-prĂ©fect. .â Le sieur Vignes, prĂȘtre des Hautes-PyrĂ©nĂ©es, fut nommĂ© le 7 octobre suivant. 1143 Regist. par. de Saint-Pierre. 1144 Regist. de dĂ©libĂ©r. de MM. les hebdomadiers et prĂ©bendiers du Chapitre cathĂ©dral de Condom. 1145 Etat civil de Condom. 310 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS CXL. â OLIVIER JĂ©rĂŽme. Olivier JĂ©rĂŽme, religieux, cordelier, nĂ© Ă Massac ou Massas 1146, prĂ©fĂ©ra continuer la vie commune Ă l'Ă©poque de la RĂ©volution. Il choisit le couvent de Condom pour son lieu de rĂ©sidence et il s'y trouva le 9 mars 1792. Il avait alors 36 ans 1147. Il figure parmi les volontaires qui subirent le sort le 27 mars 1793 et furent dĂ©clarĂ©s soldats en vertu de la loi du 24 fĂ©vrier prĂ©cĂ©dent 1148. Mais il prĂȘcha, paraĂźt-il, l'insubordination dans la partie du recrutement » oĂč il se trouvait, et il ne tarda pas Ă ĂȘtre mis en Ă©tat d'arrestation, soit pour ce motif, soit pour n'avoir prĂȘtĂ© aucun des serments prescrits 26 dĂ©cembre 1790, 17 avril 1791, 15 aoĂ»t 1892, soit en vertu des arrĂȘts du dĂ©partement 24 et 30 mars 1793, et avoir ainsi encouru la peine de la dĂ©portation. A la sĂ©ance du Conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©partement, un membre observa que ce prĂȘtre demandait Ă faire son service militaire parce que la loi ne l'obligeait pas au serment et que lors de sa dĂ©signation les arrĂȘtĂ©s du dĂ©partement ne lui Ă©taient pas connus. Le Conseil gĂ©nĂ©ral considĂ©rant que dans les garnisons JĂ©rĂŽme Olivier sĂšmerait l'esprit d'insubordination parmi les troupes et celui de la dĂ©fection dans les camps », que son caractĂšre d'ecclĂ©siastique n'Ă©tait pas anĂ©anti par sa dĂ©signation comme soldat, dĂ©cida, le 3 juin 1793, qu'il serait conduit au directoire du district de Condom qui le ferait mener de brigade en brigade hors du territoire de la RĂ©publique dans l'un des Etats avec lesquels elle n'Ă©tait pas actuellement en guerre 1149. Il fut dĂ©portĂ© sur le Jeanty », en rade de l'Ăźle d'Aix 1150. Un arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, du 11 germinal An III, ordonna sa mise en libertĂ© immĂ©diate et la levĂ©e des scellĂ©s qui avaient Ă©tĂ© apposĂ©s sur ses biens. L'arrĂȘtĂ© le dĂ©signe comme " dĂ©tenu sur les diffĂ©rents vaisseaux en rade Ă Rochefort, ou dans les diffĂ©rentes maisons d'arrĂȘt du dĂ©partement 1151. Le 2 messidor An III, il est Ă Condom et il fait sa soumission d'exercice du culte en vertu de la loi du 2 prairial prĂ©cĂ©dent. De mĂȘme, le 28 vendĂ©miaire An IV, il fait la dĂ©claration contenue dans la loi du 7 vendĂ©miaire 1152. 1146 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 422. 1147 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. 1148 Arch. municip. Condom Regist. des soldais volontaires de la municipalitĂ© de Condom. 1149 Regist. des dĂ©libĂ©r. du Conseil gĂ©nĂ©ral du dĂ©part. â Arch. dĂ©p. du Gers. L. 115. 1150 Semaine Religieuse d'Auch, 2 janvier 1892. 1151 Arch. de la sons-prĂ©fecture de Condom. 1152 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 311 AprĂšs la loi du 3 brumaire An IV, qui ordonnait l'exĂ©cution dans les vingt-quatre heures et qui fit revivre les lois de 1792 et 1793 contre les prĂȘtres sujets Ă la dĂ©portation ou Ă la rĂ©clusion, la municipalitĂ© de Condom essaya en vain de le faire arrĂȘter 1153 ; ce religieux put se cacher et continuer Ă exercer le culte en secret. Nous trouvons son nom sur une liste de prĂȘtres insermentĂ©s ayant rĂ©sidĂ© Ă Condom, sujets Ă la dĂ©portation, envoyĂ©e Ă Auch par la municipalitĂ© le 19 nivĂŽse An IV, avec la mention on ignore oĂč il est 1154. Il figure Ă©galement sur la liste des prĂȘtres de la commune de Condom sujets Ă la dĂ©portation envoyĂ©e par les administrateurs municipaux Ă l'administration du dĂ©partement, le 4 pluviĂŽse An VIII 1155. Nous ignorons Ă quelle Ă©poque JĂ©rĂŽme Olivier quitta Condom, et nous n'avons pas d'autre renseignement sur ce religieux. CXLT. â PARENT Jean-Joseph. Parent Jean-Joseph, cordelier de Condom, se prĂ©sente au district le 12 fĂ©vrier 1793 et dĂ©clare qu'il Ă©tait sorti de la communautĂ© le 4 octobre dernier 1792 en vertu de la loi du 16 aoĂ»t prĂ©cĂ©dent et qu'il fixait son domicile Ă Oyen, lieu de sa naissance district d'Oloron Basses-PyrĂ©nĂ©es 1156. CXLII. â DON PALAZO ? GardĂšre ne fait que signaler Don Palazo, sans Ă©crire sa notice, soit qu'il ait jugĂ© inutile de le comprendre parmi les prĂȘtres et religieux de Condom, soit que les documents lui aient fait dĂ©faut.] â N. D. L. R. CXLIII. â PASSERIEU Joseph. Passerieu Joseph, nĂ© Ă Condom, paroisse de Saint-Pierre, le 19 fĂ©vrier 1746, de Joseph Passerieu, maĂźtre coutelier, et de Marie Leblond 1157, fut ordonnĂ© prĂȘtre Ă Auch, le 13 juin 1772, et est vicaire Ă Saint-Jacques de la Bouquerie de juin 1778 Ă la fin de fĂ©vrier 1783 1158. NommĂ© curĂ© de Cassaigne Ă la fin de 1787 ou au commencement de 1783 1159, il administra cette paroisse jusqu'au Concordat. L'Ă©vĂȘque Barthe lui accorda le pouvoir de biner, le 13 septembre 1792 pour la paroisse de Mansencomme, et le 31 juillet 1793 pour Flarambel 1160. Il fut Ă©lu, le 16 dĂ©cembre 1792, officier public de la commune de 1153 DĂ©libĂ©r. du 12 brumaire An IV. 1154 Arch. municip. Condom 1155 Idem. 1156 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 502. 1157 Regist. par. de Saint-Pierre. 1158 Regist. par. de Saint-Jacques-de-la-Bouquerie. 1159 Regist. par. de Cassaigne. 1160 Regist. Ă©piscopal de Barthe Arch. dĂ©p. du Gers. 312 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Cassagne chargĂ© de recevoir les dĂ©clarations de naissance, de mariage et de dĂ©cĂšs des citoyens jusqu'au mois de germinal An II 1161. Il est destituĂ© Ă cette Ă©poque, d'aprĂšs les renseignements de la SociĂ©tĂ© populaire, en vertu de l'arrĂȘtĂ© de Dartigoeyte du 19 nivĂŽse, sur l'Ă©puration des municipalitĂ©s 1162, pour avoir abandonnĂ© son poste le jour de la fĂȘte de la prise de Toulon » et pour s'ĂȘtre retirĂ© lorsqu'il s'agit de brĂ»ler les signes de la superstition » et avoir refusĂ© de signer la dĂ©libĂ©ration relative Ă l'envoi des vases sacrĂ©s et de l'argenterie de la ci-devant Ă©glise 1163. Joseph Passerieu prĂȘta les divers serments exigĂ©s par les lois rĂ©volutionnaires et nous le trouvons sur les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district de Condom de l'An III comme domiciliĂ© Ă Condom 1164. Il ne tarda pas Ă rentrer Ă Cassaigne. Le 15 frimaire An II , il s'Ă©tait rendu Ă la commune et avait dĂ©clarĂ© renoncer aux fonctions de son ministĂšre et avait remis ses lettres de prĂȘtrise, promettant en outre de vivre en sa maison en bon citoyen et en franc sans-culotte montagnard 1165. Il ne devait pas ĂȘtre compris dans les nominations faites par Mgr Jacoupy aprĂšs le Concordat. Il mourut Ă Condom, le. 24 mars 1812, Ă l'Ăąge de 66 ans 1166. CXLIV. PĂLAUQUE Jean. PĂ©lauque Jean, nĂ© Ă Condom, paroisse de Saint-Pierre, le 11 septembre 1732 de Jean PĂ©lauque, procureur au PrĂ©sidial, et de Jeanne Garric 1167, entra dans la CongrĂ©gation des PrĂȘtres de la Doctrine chrĂ©tienne. Il Ă©tait, au moment de la RĂ©volution, chapelain de la chapelle du Vignan desservie dans l'Ă©glise Saint-Jacques de la Bouquerie et de celles de Relengon et de DarquĂ© 1168. C'est en cette qualitĂ© de ci-devant chapelain qu'il demande une pension par lettre du 14 janvier 1791 datĂ©e de NĂ©rac 1169. Il Ă©tait aussi chapelain de la chapelle de Lartiguette, en FourcĂšs 1170. Vers la fin de 1792, il se retira chez son frĂšre au presbytĂšre de Vicnau oĂč il prĂȘta le serment du 14 aoĂ»t 1792, le 30 juin de l'annĂ©e sui1161 sui1161 civil de Cassaigne. 1162 Il fut remplacĂ© dans cette fonction par le citoyen Monteil, le 14 germinal An II Etat civil de Cassaigne. 1163 Arch. de la sous-prĂ©fecture procĂšs-verbal du commissaire dĂ©lĂ©guĂ© en vertu de l'arrĂȘtĂ© de Dartigoeyte. DĂ©libĂ©r. de la SociĂ©tĂ© populaire de Valence du 5 pluviĂŽse An II. 1164 Arch. municipales de Condom. 1165 Regist. de la commune de Cassaigne et Arch. de la Condom. 1166 Etat civil de Condom. 1167 Regist. par. de Saint-Pierre. 1168 Etat des domaines nationaux Arch. municp. 1169 Regist. de pĂ©titions du district, n° 136. 1170 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 504 TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 313 vante en prĂ©sence d'un dĂ©lĂ©guĂ© que la municipalitĂ© de Condom lui envoya, vu son Ă©tat de santĂ©. Le septidi de la deuxiĂšme dĂ©cade de frimaire, il Ă©crivait aux administrateurs du district qu'il s'Ă©tait abstenu de toute fonction ecclĂ©siastique depuis dix-huit mois, et qu'il promettait en son Ăąme et conscience de n'en exercer dĂ©sormais aucune par obĂ©issance Ă la loi 1171. Il devait prĂȘter le serment du 19 fructidor An V, le 28 du mĂȘme mois 1172. Le 1er nivĂŽse An II, il obtint un certificat de civisme, et le 27 vendĂ©miaire An IV, il fait la dĂ©claration contenue dans la loi du 7 du mĂȘme mois 1173. Nous le trouvons dans le Tableau des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district ou de la commune de Condom de l'An III, de l'An VI et de l'An IX, comme ci-devant Doctrinaire domicile Ă Condom 1174. Il figure dans celui des prĂȘtres et ecclĂ©siastiques dont l'administration municipale de Condom avait reçu les dĂ©clarations en exĂ©cution de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire An VI 1175, ledit Tableau envoyĂ© Ă Auch le 4 pluviĂŽse An VIII, et dans l'Etat des prĂȘtres constitutionnels domiciliĂ©s dans la commune de Condom, du 25 vendĂ©miaire An XI 1176. Dans ce dernier Ă©tat, il est dĂ©signĂ© comme infirme et n'exerçant pas de fonctions. Il existe, sur cet ecclĂ©siastique, une note sĂ©vĂšre qui le donne comme homme de parti et ayant l'air de se faire un jeu de la religion 1177. Il devait mourir Ă Condom, section de Saint-Michel, le 26 septembre 1808, Ă l'Ăąge de 76 ans 1178. CXLV. â PĂLAUQUE Pierre. PĂ©lauque Pierre, nĂ© Ă Condom, le 23 avril 1744, de Jean PĂ©lauque, procureur au PrĂ©sidial, et de Jeanne Garric 1179 fut de bonne heure chanoine au Chapitre collĂ©gial de Larromieu 1180. Il est vicaire Ă 1171 Arch. de la sous-prĂ©f. de Condom. 1172 Regist. des dĂ©libĂ©r. municipales. 1173 Idem. 1174 Arch. municip. de Condom. 1175 Arch. dĂ©part, du Gers. 1176 Arch. municipales de Condom. 1177 Note fournie Ă l'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen Ă l'Ă©poque du Concordat. 1178 Etat civil de Condom. 1179 Regist. de Saint-Pierre. 1180 Actes des 5 et 6 juillet 1775 ; minutes LacapĂšre, Ă©tude Pellisson. â Le 6 juillet 1775, il prend possession de la chapelle de Saint-Yves, desservie en l'Ă©glise Saint-Nicolas. 314 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS Vicnau en 1779 et 1780, et curĂ©, en 1780, de cette paroisse qu'il devait desservir jusqu'Ă sa mort 1181. Au mois de mars 1793, il demanda l'autorisation de prendre l'autel de l'Ă©glise des ci-devant PĂ©nitents bleus pour le placer Ă Vicnou. Nous pensons que c'est l'autel actuel ; mais nous pensons aussi que les paroissiens furent obligĂ©s de l'acheter aux enchĂšres 1182. Pierre PĂ©lauque, qui Ă©tait docteur en thĂ©ologie, reçut de l'Ă©vĂȘque Barthe le pouvoir de biner pour le service de Gensac, annexas de Sainte-Eulalie de Condom le 19 mai 1792. Il devait prĂȘter les serments du 26 octobre 1790, du 14 aoĂ»t 1792 et du 19 fructidor An V 1183. Il prĂȘta le premier dans l'Ă©glise de Vicnau, aprĂšs la messe, le 20 mars 1791 1184. Pierre PĂ©lauque desservit aussi Saint-Martin-de-Plieux depuis le 3 mai 1792 jusqu'en octobre 1793 ; et Lialores, depuis le 28 vendĂ©miaire jusqu'au 18 frimaire An II, en remplacement du citoyen Larroche, ci-devant curĂ© et commandant du 5e bataillon des volontaires du Gers 1185. Il obtint un certificat de civisme le 1er nivĂŽse An II. Le 25 prairial An III, il renouvelle sa soumission aux lois de la RĂ©publique et il dĂ©clare, en vertu de la loi du 11 du mĂȘme mois, qu'il se propose d'exercer le culte dans l'Ă©glise de Vicnau ; le 27 vendĂ©miaire An IV, il fait la dĂ©claration contenue dans la loi du 7 de ce mois 1186. Pierre PĂ©lauque figure comme curĂ© domiciliĂ© Ă Condom dans les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district et de la commune de l'An III, de l'An VI et de l'An IX 1187. Nous le trouvons encore dans le Tableau des prĂȘtres et ecclĂ©siastiques dont l'administration municipale avait reçu les dĂ©clarations en exĂ©cution de l'arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 21 brumaire An VI, le Tableau envoyĂ© Ă Auch le 4 pluviose An VIII 1188, et dans l'Etat des prĂȘtres constitutionnels domiciliĂ©s dans la commune de Condom du 25 vendĂ©miaire An XI 1189. NommĂ© curĂ© de Lialores, Vicnau et Cannes par Mgr Jacoupy, le 3 thermidor An XI, il fit sa soumission Ă l'Ă©vĂȘque, le 4 nivĂŽse An XII 1190. 1181 Regist. par. de Vicnau. 1182 Arch. dĂ©p. du tiers. L. 503. 1183 Il prĂȘta le serment du 14 aoĂ»t 1792 le 6 octobre suivant et celui du 19 fructidor An V, le 29 du mĂȘme mois Regist. des dĂ©libĂ©r. mun. de Condom. 1184 Regist. des dĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 1185 Regist. des pĂ©titions du district, nos 809, 866 et 1120. Arch. de la sousprĂ©fecture. 1186 DĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 1187 Arch. municip. de Condom. 1188 Arch. dĂ©p. du Gers. 1189 Arch. municipales de Condom. 1190 Tableau imprimĂ© de la circonscription des paroisses et de la nomination aux cures du dĂ©part, du Gers. Arch dĂ©partementales. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 315 Il Ă©tait encore desservant de Lialores lorsqu'il mourut dans son domicile Ă Vicnau, le 3 juin 1829 1191. CXLVI. â PĂLISSIER Jean-Joseph. PĂ©lissier Jean-Joseph, nĂ© le 19 mars 1735 Ă Vorey, diocĂšse du Puyen-Velay Haute-Loire, fut curĂ© de Larroque-sur-l'Osse et du Pomaro de 1773 Ă 1793 1192. Il devait prĂȘter les serments du 26 octobre 790, du 14 aoĂ»t 1792 et du 19 fructidor An V 1193. Il renonça Ă ses fonctions de prĂȘtre en l'An II et dĂ©posa ses lettres de prĂȘtrise au secrĂ©tariat du district 1194. Le 30 germinal de cette annĂ©e, il se maria avec la citoyenne Anne Tadieu, servante Ă Larroque 1195 dont il eut plusieurs enfants une fille, Julie, nĂ©e commune de Larressingle le 28 ventĂŽse An III ; un fils, Joseph-Isidore, nĂ© Ă Larroque-sur-l'Osse, qui fut horloger Ă Condom et dont la descendance existe encore ; une autre fille, Emilie, nĂ©e commune de Condom le 16 florĂ©al An X 1196. Il figure sur les Etats des pensionnaires ecclĂ©siastiques du district ou de la commune de Condom de l'An III, de l'An VI et de l'An IX. Il est disignĂ© sur les premiers comme domiciliĂ© Ă Larressingle, sur les deux derniers comme domiciliĂ© dans la commune de Condom 1197. Jean-Joseph PĂ©lissier devait mourir au Pomaro, commune de Condom, le 18 mai 1823 1198. CXLVII. â PELLISSON Charles-Joseph. Pellisson Charles-Joseph, fils de BarthĂ©lĂ©my Pellisson, maĂźtre chirurgien Ă Francescas et de Jeanne Dugarçon, est vicaire Ă SaintMichel de Condom d'octobre 1786 Ă fin 1787, et Ă Saint-Pierre de 1788 Ă 1791 1199, n figure jusqu'en aoĂ»t de cette annĂ©e sur les regis1191 regis1191 civil de Condom. 1192 Registres paroissiaux de Larroque-sur-l'Osse. 1193 Il prĂȘta ce dernier le 4e jour complĂ©mentaire An V. Arch. municip. Il avait prĂȘtĂ© celui du 14 aoĂ»t le 20 janvier 1793, Ă l'issue de la messe, devant la municipalitĂ© de Larroque-sur-l'Osse et dans le lieu de ses sĂ©ances. Arch. dĂ©partementales du Gers. L. 503. 1194 Regist. de pĂ©titions du district, n° 1124. Arch. de la sous-prĂ©fecture. â Dans cette pĂ©tition on voit que PĂ©lissier demande le paiement du double service fait au Pomaro depuis le 1er juillet. 1793 jusqu'au primidi de la 3e dĂ©cade de Brumaire An II. Un arrĂȘtĂ© du dĂ©partement du 20 brumaire suspendit le paiement pour les doubles services. 1195 Etat civil de Larroque. â PrĂ©cĂ©demment domciiliĂ© Ă Larroque-surl'Osse, il habitait alors, depuis trois mois, la commune de Larressingle. 1196 Etat civil de Larressingle et de Condom. 1197 Arch. municipales de Condom. 1198 Etat civil de Condom. 1199 Registr. par. de Saint-Michel et de Saint-Pierre. â Acte de mars 1790 minutes d'Esculap, Ă©tude Pellisson. â Registre de pĂ©titions du dictrict, n° 111 Arch. de la sous-prĂ©fecture de Condom. 316 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS trĂšs de paiement pour le culte dans le district de Condom 1200. Il signe prĂȘtre vicaire un acte de baptĂȘme Ă Francescas, le 4 octobre 1784. Le 4 septembre 1791, il est nommĂ© vicaire Ă©piscopal du Lot-etGaronne, et il signe sous ce titre, Ă partir du mois d'Octobre, les actes paroissiaux Ă Francescas ; il y ajoute celui de desservant la paroisse » en novembre et dĂ©cembre ; le 27 de ce dernier mois, on trouve les mots Ă©lu curĂ© aprĂšs sa signature au bas d'un acte paroissial ; il venait Ă©videmment d'ĂȘtre nommĂ© curĂ© par les Ă©lecteurs du district de NĂ©rac. NĂ©anmoins, dans le courant de 1792, jusqu'au mois d'aoĂ»t, il signe » vicaire Ă©piscopal desservant la paroisse », ou seulement vicaire Ă©piscopal », et Ă partir du 1er aoĂ»t 1792, il ne signe plus que curĂ© » de Francescas jusqu'en novembre, Ă©poque Ă laquelle les officiers municipaux clĂŽturent les registres 1201- Le 13 novembre 1792, il prĂȘtait serment comme vicaire cathĂ©dral » dans l'Ă©glise du collĂšge d'Agen, cathĂ©drale provisoire 1202. Nous le perdons de vue Ă cette Ă©poque ; mais peut-ĂȘtre revint-il Ă Condom, oĂč l'on nous assure qu'il fit partie de la SociĂ©tĂ© Montagnarde de cette ville 1203. Quoi qu'il en soit, il desservait Montagnav en l'An X, et c'est en cette qualitĂ© qu'il fait son adhĂ©sion au Concordat, par dĂ©claration datĂ©e de NĂ©rac lieu des sĂ©ances de la sous-prĂ©fecture », le 25 thermidor 1204. Il devait mourir Ă l'Ăąge de 52 ans Ă RĂ©aup Lot-et-Garonne, le 29 fructidor An XII. Son acte de dĂ©cĂšs le dĂ©signe comme cĂ©libataire ministre du culte catholique ». Peut-ĂȘtre desservait-il RĂ©aup 1205. CXLVIII. â PELLISSON Jean-Baptiste. Pellisson Jean-Baptiste, frĂšre du prĂ©cĂ©dent, nĂ© Ă Francescas, le 8 mai 1760 2106, prend possession, le 3 septembre 1785, n'Ă©tant que clerc tonsurĂ© et habitant Condom, de la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs desservie en l'Ă©glise Saint-BarthĂ©lĂ©my de Condom 1207. Il en fut le dernier chapelain. BientĂŽt vicaire Ă Bruch, il figure en cette qualitĂ© dans l'Etat des 1200 Arch. municip. de Coudons. 1201 Registres paroissiaux de Francescas. 1202 Arch. municip d'Agen et Arch. de l'Ă©vĂȘche d'Agen. 1203 Un membre de sa famille qui a eu naguĂšre entre les mains le Registre des dĂ©libĂ©rations de cette SociĂ©tĂ©, malheureusement disparu aujourd'hui, aurait vu la signature de l'abbĂ© Pellisson comme secrĂ©taire au bas des dĂ©libĂ©rations. Peut-ĂȘtre cette signature doit-elle ĂȘtre attribuĂ©e Ă son frĂšre. 1204 Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne, sĂ©rie V. 1205 Etat civil de RĂ©aup. 1206 Regist. parois. de Francescas. 1207 Minutes de Pugens, Ă©tude Pellisson. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 317 prĂȘtres insermentĂ©s dressĂ© le 22 mars 1791 par le district de NĂ©rac. Mais il ne devait pas rester longtemps insermentĂ©, car le 4 dĂ©cembre suivant, il est nommĂ© curĂ© de Bruch 1208. Il est vicaire Ă©piscopal Ă partir du 13 novembre 1792. Il figure dans un Etat de prĂȘtres, dressĂ© en 1794, comme ayant abdiquĂ© ses fonctions 1209 il dut les reprendre plus tard ; il est en effet dĂ©signĂ© comme prĂȘtre dans son acte de dĂ©cĂšs. Jean-Baptiste Pellisson mourut Ă Condom le 21 florĂ©al An X, Ă l'Ăąge de 42 ans 1210. La dĂ©claration de dĂ©cĂšs fut faite par son confrĂšre, le prĂȘtre constitutionnel Casimir Denux. CXLIX. â PERROUILH Jean-Baptiste. Perrouilh Jean-Baptiste, religieux profĂ©s de la communautĂ© des Cordeliers de la Grande Observance de Toulouse dĂ©clara aux administrateurs du district de cette ville qu'il se retirait Ă Condom dans la maison du mĂȘme ordre, en juillet 1791 1211. Le 5 aoĂ»t suivant, il prĂ©sentait sa dĂ©claration au district de Condom 1212. Il fut du nombre de ceux qui prĂ©fĂšrent continuer la vie religieuse lorsque les lois rĂ©volutionnaires prononcĂšrent la suppression des voeux monastiques. Le 10 aoĂ»t 1791, il signe les rĂšglements dresses par les Cordeliers assemblĂ©s pour garder la vie commune Ă , Condom 1213. Le 9 mars de l'annĂ©e suivante il se trouve encore au couvent de Condom. Il avait alors 55 ans 1214. Le P. Perrouilh figure sur la liste des prĂȘtres sujets Ă la dĂ©portation envoyĂ©e par les administrateurs de la commune de Condom Ă l'administration du dĂ©partement le 4 pluviĂŽse An VIII 1215. Il faut croire qu'il avait quittĂ© le sol de la RĂ©publique. Toutefois la tradition veut qu'il soit demeurĂ© cachĂ© Ă Condom pendant une partie de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. CXL. â PETIT-PAIN Pierre. RenĂ© Petit-Pain, nĂ© Ă Mans, le 23 mai 1749, d'abord prĂȘtre assermentĂ©, fut du nombre de ceux qui rĂ©tractĂšrent leur serment 1216. En l'An III, il habitait NĂ©rac. Le 25 thermidor de cette annĂ©e, il faisait devant la municipalitĂ© la dĂ©claration qu'il se proposait d'exercer dans l'Ă©tendue de la commune le ministĂšre d'un culte sous la dĂ©nomination de la religion catholique apostolique et romaine », 1208 Papiers du district de NĂ©rac. Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne. 1209 Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne. 1210 Etat civil de Condom. 1211 Certificat dĂ©livrĂ© le 29 juillet 17991 par les administrateurs du district de Toulouse ; mais c'est bien te mĂȘme jour qu'il avait du faire sa dĂ©claration. 1212 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 502 et 503. 1213 Arch. de la sous-prĂ©fect. de Condom. 1214 DĂ©libĂ©r. municip. de Condom. 1215 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 422. 1216 Arch. de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen. 318 SOCIĂTĂ D' HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS Le 27 vendĂ©miaire An IV, il fit devant la municipalitĂ© de la mĂȘme ville l'acte de soumission aux lois de la RĂ©publique prescrit par la loi du 7 vendĂ©miaire Je reconnais que l'universalitĂ© des citoyens est le peuple souverain, et je promets soumission aux lois de la RĂ©publique 1217. Mais il devait rĂ©tracter son serment dans l'Ă©glise de NĂ©rac en face le peuple assemblĂ©. » Sa rĂ©tractation fut prouvĂ©e aprĂšs enquĂȘte ordonnĂ©e par l'administration municipale qui le fit arrĂȘter et tranuire en prison Ă Agen pur la gendarmerie 1218. Il demeurait alors chez le citoyen BruslĂ©, cadet, menuisier, rue de la Pusoque. Le cinquiĂšme jour complĂ©mentaire An V, il prĂȘtait Ă Bruch le serment du 19 fructidor. Le 21 pluviĂŽse An VI, l'administration dĂ©partementale du Lot-etGaronne, ordonnait Ă l'administration municipale de NĂ©rac de procĂ©der Ă une enquĂȘte pour savoir si Petit-Pain avait rĂ©tractĂ© ainsi qu'il en Ă©tait accusĂ©, quelques-uns des serments qu'il avait dĂ» faire 1219. Le 25 germinal An VI, il renouvelait le serment du 19 fructidor Ă NĂ©rac 1220. AprĂšs la mort de Joseph de Larroche, il exerça le ministĂšre Ă Cannes, commune de Condom, Ă partir du 17 messidor An VIII 1221. Les premiers registres paroissiaux de Saint-Pierre nous le montrent bĂ©nissant un mariage le 2 juin 1801, ce qui donne Ă entendre qu'il exerça le ministĂšre jusqu'au rĂ©tablissement du culte 1122. Le 13 aoĂ»t 1802, il envoya de Villeneuve au sous-prĂ©fet de NĂ©rac son adhĂ©sion au Concordat 1223. Il ne fut pas compris dans les premiĂšres nominations faites Ă cette Ă©poque, probablement Ă cause des notes envoyĂ©es Ă l'Ă©vĂȘque d'Agen qui le reprĂ©sentent comme peu instruit et comprenant Ă peine l'idiome du pays. Il fut pourtant nommĂ©, le 18 mars 1805, curĂ© Ă Fourques, oĂč il mourut le 14 octobre 1809 1224. CXLI. - PUGENS Louis. Pugens Louis, nĂ© Ă Condom, paroisse de Saint-Pierre, le 19 fĂ©vrier 1720, de Joseph Pugens, bourgeois, et de demoiselle Marie Rizon 1225, fut curĂ© de Grazimis de 1751 au 6 juin 1791, Ă©poque Ă la1217 la1217 municip. de Condom. 1218 Arch. de l'Ă©glise de Saint-Pierre de Condom. 1219 Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne. 1220 Arch. de l'Ă©vĂȘchĂ© d'Agen. 1221 DĂ©libĂ©r. municipales de NĂ©rac. 1222 Voir dĂ©libĂ©r. municip. de NĂ©rac du 23 germinal An II et mandat d'arrĂȘt Ă la suite. 1223 Arch. dĂ©p. du Lot-et-Garonne arrĂȘtĂ©s de l'administration. 1224 DĂ©libĂ©r. municip. de NĂ©rac. 1225 Regist. paroissiaux de Saint-Pierre. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 319 quelle les Ă©lecteurs du district de Condom le remplacĂšrent par le citoyen Broconat » 1226. Il fut malgrĂ© son Ăąge condamnĂ©, en 1793, Ă se rendre Ă la maison de rĂ©clusion d'Auch oĂč il devait mourir Ă la fin de ventĂŽse, ou au commencement de germinal An III 1227. Les meubles de Pugens furent confisquĂ©s et vendus 1228. La vente de ces meubles confisquĂ©s fut faite dans les premiers jours de thermidor An II. Elle produisit 1112 livres 13 sols 1229. Il figure sur une liste de prĂȘtres condamnĂ©s Ă ĂȘtre dĂ©portĂ©s sur les cĂŽtes d'Afrique, dressĂ©e l'An II 1230. Mais nous pensons que c'est exagĂ©rĂ© il Ă©tait simplement reclus et dĂ©tenu Ă la maison de Camarade, le 1er octobre 1793 1231. C'est de lĂ qu'il demandait des secours pour sa subsistance, conformĂ©ment Ă la lettre du ministre de l'IntĂ©rieur 1232. Et il figure avec SoubdĂšs dans la liste des prĂȘtres sexagĂ©naires ou infirmes qui sont restĂ©s dans la maison de rĂ©clusion 1233. Il fut accusĂ© par quatre habitants de Grazimis le 2 juillet 1791, devant les officiers municipaux de Condom ; ils dĂ©clarĂšrent qu'ils s'Ă©taient rendus au presbytĂšre de Grazimis que Pugens ci-devant curĂ© avait quittĂ© pour n'avoir pas voulu prĂȘter son serment, et d'oĂč il avait emportĂ© indument diffĂ©rents meubles, comme aussi des ornements d'Ă©glise, vases sacrĂ©s, etc.. Par dĂ©libĂ©ration du 7 juillet An II, le Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune nomma deux commissaires pour faire rechercher des papiers, titres appartenant Ă la paroisse et autres objets que des paroissiens de Grazimis prĂ©tendaient avoir Ă©tĂ© enlevĂ©s par lui 1234. Et le Conseil gĂ©nĂ©ral de la commune de Condom dĂ©libĂ©ra, le 13 octobre 1793, qu'il serait poursuivi en paiement de sommes dont il Ă©tait reliquataire envers certains citoyens de sa paroisse de Grazimis 1235. Le sous-prĂ©fet de Condom annonçait au maire de la ville, le 29 pluviĂŽse, An X, qu'il avait Ă©tĂ© rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s 1236, 1226 Regist. paroissiaux de Grazinis aux Arch. municip. â ProcĂšs-verbal de nomination aux cures du district de Condom des 5, 6 et 7 juin 1791. Arch. de la sous-prĂ©fecture. â Lettre des officiers municip. de Condom du 11 juillet 1793 aux administrateurs du district. 1227 Registres des pĂ©titions du district de Condom nos 1008, 1121, 1187 et 1419. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1228 Regist. des pĂ©titions du district 1464, 1481, 1498. Arch. de la sous-prĂ©f. 12299 Arch. dĂ©p. du Gers. Q. 273. â Voir le Registre des biens d'Ă©migrĂ©s et Regist. des pĂ©titions du district nos 1187, 1464, 1481 et 1498. 1230 La persĂ©cution contre le clergĂ© du dĂ©partement du Gers, par l'abbĂ© P. LAMAZOUADE. Paris. Auch, 1879, p. 107. 1231 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 2211, page 51 et verso. 1232 Ibid. 1233 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 422. 1234 Arch. dĂ©p. du Gers. L. 504. Regist. des dĂ©clarations concernant le mobilier des prĂȘtres reclus ou dĂ©portĂ©s. Arch. de la sous-prĂ©fecture. 1235 DĂ©libĂ©r. municip. Condom. 1236 Arch. municip. de Condom. A suivre. 320 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS BIBLIOGRAPHIE En Armagnac, aux temps romantiques par M. FERNAND LAUDET, de l'Institut Editions de la V raie France. â 92, rue Bonaparte, Paris 6e. AprĂšs une carriĂšre de quelques annĂ©es dans la diplomatie, suivie d'une incursion de courte durĂ©e dans la politique, notre distinguĂ© compatriote, M. Fernand Laudet, s'est consacrĂ© depuis longtemps aux Lettres. Sans compter la direction de la Revue hebdomadaire » qu'il conserva plusieurs annĂ©es, M. Laudet a publiĂ© successivement Ombre et LumiĂšre, La Vie qui passe, Souvenirs d'hier, Les Semeurs, Paris pendant la guerre, Quelques aspects de la France en guerre, Histoire populaire de JĂ©sus, L'enfant chĂ©rie du monde, L'Instituteur des Instituteurs Jean-Baptiste de La Salle, En Armagnac, il y a cent ans. Dans ce dernier ouvrage, M. Fernand Laudet, a contĂ© la vie de son arriĂšre-grand-pĂšre Dominique, un gascon audacieux, originaire de Mirande qui, vers sa trentiĂšme annĂ©e, en 1793, partit aux Antilles pour chercher fortune et qui, aprĂšs un quart de siĂšcle, revint en Armagnac, auprĂšs de sa femme et de son fils Alexandre, exploiter un vaste domaine, se consacrer Ă sa famille et vivre en simplicitĂ© » au chĂąteau de Laballe. Cette biographie fourmille de renseignements savoureux sur les moeurs de l'Ă©poque, la vie familiale, l'Ă©ducation des enfants, l'agriculture, les voyages, etc., etc.. Aujourd'hui, en' publiant En Armagnac, aux temps romantiques », M. F. Laudet continue la vie de son arriĂšre-grand-pĂšre Dominique par celles de son grand-pĂšre Alexandre et de son pĂšre Julien qui vĂ©curent l'un et l'autre Ă une Ă©poque oĂč les gens d'Armagnac ignoraient certainement le romantisme mais en subissaient quand mĂȘme l'influence dans leurs goĂ»ts, leurs lectures et leurs rĂȘves. Alexandre Ă©tait nĂ© en 1793. Reçu bachelier en 1811, ses parents l'envoyĂšrent Ă Paris pour suivre le barreau », mais lorsqu'il eut conquis sa licence en droit, il abandonna sans regret la capitale pour revenir dans ses terres, non qu'il eĂ»t un goĂ»t trĂšs marquĂ© pour l'agriculture, mais bien plutĂŽt pour la campagne et la vie paisible de province. M. F. L. nous fait, non sans Ă©motion, une description charmante et minutieuse de la vieille demeure familiale des Laudet, ce chĂąteau de Laballe, tel qu'il Ă©tait Ă cette Ă©poque et Ă peu prĂšs tel qu'il est encore aujourd'hui. Il nous initie Ă la vie agricole Ă©conomique politique et sociale de la bourgeoisie terrienne d'alors. Il nous ouvre la porte du petit salon empire oĂč se tenait gĂ©nĂ©ralement son grand-pĂšre Alexandre pour s'y reposer faire sa partie de cartes, somnoler, Ă©crire quelques rares lettres, mettre ses comptes en TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 321 ordre et lire Le Correspondant, l'Estafette ou la Revue agricole du dĂ©partement du Gers. OrnĂ© de portraits de famille, le grand salon Ă©tait plus solennel, mais on n'y entrait que trĂšs rarement. Les chambres a coucher avaient chacune une alcove enchĂąssĂ©e entre deux placards vastes et profonds. Dans la lingerie dont une belle cheminĂ©e Louis XV Ă©tait l'unique ornement se tenaient les couturiĂšres qui, les pieds sur des chaufferettes de bois, ravaudaient le linge en papotant ou en chantant des cantiques, des romances et de vieilles cnansons gasconnes. La cuisine qui datait de Louis XV Ă©tait la piĂšce la plus vivante de la maison. Cette cuisine possĂšde une haute cheminĂ©e reposant sur un tiroir de fer oĂč les plats se tiennent au chaud, de mĂȘme que l'eau sort bouillante d' un rĂ©servoir mĂ©nagĂ© derriĂšre son foyer. C'est le confort ancien ». Tout y est de grandes dimensions, le fourneau avec ses carreaux de faĂŻence bleue, le coffre Ă bois, la table des repas oĂč prennent place seize domestiques, les poutres Ă©normes d'oĂč tombent Ă travers les jambons des chapelets d'oignons et des colliers d'Ă©chalotes. Les principales denrĂ©es sucre, riz, macaroni, poivre, bougie, huile, calĂ©, etc., Ă©taient commandĂ©es directement a Bordeaux d'oĂč elles arrivaient par bateau jusqu'Ă Pont-de-Bordes, petit port situĂ© au confluent de la Garonne et de la Baise ; de lĂ au chĂąteau de Laballe, elles Ă©taient transportĂ©es sur des chars Ă boeufs. En 1849, les lettres de voiture avaient encore gardĂ© la vieille formule, telle celle-ci A la garde de Dieu et conduite de Daveyron, il vous plaira rece voir que je lui ai consignĂ© pour vous remettre en toute diligence et qu'il a chargĂ© pour votre compte une caisse 48 bouteilles vin vieux, 15 bouteilles Sauternes, 8 MatiĂšre supĂ©rieur, 8 Muscat Frontignan, 3 Alicantes, 3 anisettes Marie-Brizard, soit le tout 175 fr. ». Toutes ces provisions Ă©taient rangĂ©es avec soin dans de magnifiques caves voĂ»tĂ©es et sonores. AprĂšs la visite du chĂąteau et de ses dĂ©pendances M- F. L. conduit ses lecteurs dans la mĂ©tairie toute proche. Nous visitons le chai installĂ© dans un ancien cloĂźtre. Quatorze Ă©normes foudres ventrus y sont alignĂ©s. Aux jours de la canicule c'est lĂ que la famille Laudet vient chercher un peu de fraĂźcheur. A cĂŽtĂ©, voici la brĂ»lerie oĂč un alambic de cuivre rouge distille une piĂšce d'eau-de-vie par vingt-quatre heures ; voici les greniers, les Ă©tables, le personnel de l'exploitation agricole. La vie facile et simple fut le grand privilĂšge de l'Ă©poque romantique. Si la mĂ©lancolie Ă©tait de mode en littĂ©rature elle ne l'Ă©tait certes pas dans la vie privĂ©e ; nous en trouvons un tĂ©moignage dans le budget mĂȘme des chĂątelains de Laballe qui s'offraient bien des douceurs Ă trĂšs peu de frais soit qu'il s'agĂźt de la table, soit qu'il s'agĂźt de la toilette. Le mĂ©decin venait rarement au chĂąteau car on avait sous la main une quantitĂ© de remĂšdes lait d'Ăąnesse pour soulager sirop d'asperges pour calmer les mouvements nerveux du coeur, poudre de gland doux, onguent de la mĂšre, etc. Puis on recevait une 21 322 SOCIĂTĂ D' HISTOIRE ET D' ARCHEOLOGIE DU GERS publication qui dans la famille faisait autoritĂ© en fait de mĂ©decine, c'Ă©tait Le medecin de la, maison. Alexandre Ă©tait orlĂ©aniste ; le gouvernement de juillet avait voulu faire de lui un dĂ©putĂ© ; on alla mĂȘme jusqu'Ă lui offrir le tortil de baron, mais il rĂ©sista aux avances du prĂ©fet des Landes. Jusqu'Ă quarante ans, il garda l'empreinte voltairienne de la gĂ©nĂ©ration qui l'avait prĂ©cĂ©dĂ© ; tout au plus Ă©tait-il dĂ©iste ; mais Ă quarante ans il fut amenĂ© au christianisme pratiquant et devint trĂšs pieux ; aussi fit-il donner Ă ses enfants, NoĂ©mie, Julien et Paul une Ă©ducation religieuse particuliĂšrement soignĂ©e. NoĂ©mie d'abord Ă©lĂšve des soeurs de Nevers, Ă Mirande, fut envoyĂ©e ensuite au couvent du SacrĂ©-Coeur, Ă Bordeaux, une maison, oĂč pendant un demi-siĂšcle, furent Ă©levĂ©es la plupart des filles de la bourgeoisie et de l'aristocratie de Guyenne et de Gascogne. Julien le pĂšre de l'auteur du livre fit ses Ă©tudes au lycĂ©e royal de Bordeaux, puis en 1847, comme l'avait fait son pĂšre 30 ans auparavant, il va faire son droit Ă Paris. Sa chambre est situĂ©e rue de l'OdĂ©on. Au restaurant, il paie 1 fr. 10 pour son dĂ©jeuner et 1 fr. 60 pour son dĂźner. Ce dĂźner comprend potage, plat de viande, lĂ©gume, rĂŽti, salade, deux desserts, demi-litre de vin, pain Ă volontĂ©. Il suit assidument les cours de droit sans y trouver grand attrait et se dĂ©dommage au CollĂšge de France » oĂč il va entendre Michelet et Ă la Sorbonne oĂč il assiste aux confĂ©rences de Quinet et de Saint-MarcGirardin. Quand la RĂ©volution de 1848 Ă©clate, il se tient Ă l'Ă©cart du mouvement et se borne Ă observer les Ă©vĂ©nements en simple curieux. Ses Ă©tudes de droit se terminent en 1850, mais le barreau ne le tente point. Il suit des cours de droit administratif, s'intĂ©resse vivement Ă la politique et frĂ©quente les salons de l'ElysĂ©e. AprĂšs le coup d'Etat de 1852, il est nommĂ© attachĂ© au ministĂšre de l'IntĂ©rieur. Toutefois il ne conserve pas longtemps cette fonction soit qu'il se sente d'humeur libĂ©rale, soit que, comme tout bon gascon, il ait un goĂ»t marquĂ© pour l'indĂ©pendance. Ayant Ă©pousĂ© une parisienne, il s'Ă©tablit sur le domaine de la Nine, dans l'arrondissement de Saint-Gaudens. BientĂŽt, maire de sa commune, puis conseiller gĂ©nĂ©ral du canton d'Aurignac, il allait ĂȘtre candidat Ă la dĂ©putation lorsque la mort le surprit Ă l'Ăąge de 35 ans. Paul le dernier des enfants d'Alexandre fit la plus grande partie de ses Ă©tudes au petit sĂ©minaire d'Auch et il les termina chez les jĂ©suites de Toulouse. La musique fut la grande passion de sa vie. Dans les existences individuelles de son grand-pĂšre, de son pĂšre et de son oncle M. F. L. a relevĂ© minutieusement et avec des soins pieux tout ce qui offre le plus d'intĂ©rĂȘt. C'est ainsi qu'Ă travers l'histoire de sa famille, son livre constitue une lumineuse et charmante Ă©vocation de la pĂ©riode romantique dans un petit coin de notre province. L'analyse qui prĂ©cĂšde en donnera peut-ĂȘtre une idĂ©e, mais il faut le lire soi-mĂȘme pour saisir le charme qui s'exhale du passĂ© pour goĂ»ter les judicieuses rĂ©flexions de l'auteur ainsi que ses comparaisons trĂšs curieuses entre notre Ă©tat social actuel et celui de la pĂ©riode romantique. G. BRĂGAIL. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 323 Dans la rĂ©union du 3 juillet, M. Chauvelet fait part Ă ses confrĂšres de la nouvelle suivante parue dans Le Temps » d'hier et adressĂ©e Ă ce journal par son correspondant particulier de Bruxelles. Un hommage au comte de Broqueville » DĂ©fĂ©rant au dĂ©sir personnel du roi et aux propositions du premier ministre, M. Jaspar, les membres du gouvernement ont soumis Ă la signature du chef de l'Etat un arrĂȘtĂ© confĂ©rant la Croix de guerre, avec citation Ă l'ordre du jour de l'armĂ©e, au ministre de la DĂ©fense Nationale, comte de Broqueville, qui a Ă©tĂ© chef du gouvernement et ministre de la guerre de 1914 Ă 1918. Monsieur de Broqueville a Ă©tĂ© l'incarnation et l'Ăąme de la rĂ©sistance au 2 aoĂ»t 1914 et c'est lui qui a rĂ©organisĂ© complĂštement sur l'Yser, l'armĂ©e belge. " AprĂšs la guerre, il avait Ă©tĂ© fait grand cordon de l'ordre de LĂ©opold, mais le roi et ses ministres ont pensĂ© qu'Ă l'occasion du centenaire, il fallait accorder Ă Monsieur de Broqueville, la Croix de guerre ». M. Chauvelet rappelle Ă ses confrĂšres que les ancĂȘtres de M. de Broqueville sont Gersois ; ils habitaient le chĂąteau d'EsparbĂšs, commune de Montfort. Le grand-pĂšre de M. de Broqueville, noble François-Marie-CharlesHubert de Broqueville du ColomĂ©, nĂ© le 3 novembre 1785, lieutenant d'infanterie, bataillon de Bourbon, combattit courageusement pour l'indĂ©pendance de la Ă©pousa, dans ce pays, noble demoiselle Octavie-Marie-JosĂšphe-Antoine de Padouc, François-de-Paule de Le Candide de Ghysegem. AprĂšs la mort de son Ă©pouse, il revint dans sa patrie et mourut au chĂąteau d'EsparbĂšs. Son fils, Stanislas de Broqueville, qui resta en Belgique, est le pĂšre de M. le comte de Broqueville qui fut le chef du gouvernement belge durant la guerre mondiale et Ă qui le gouvernement actuel vient de confĂ©rer la croix de guerre. Notes prises dans l'Essai gĂ©nĂ©alogique sur la famille de Broqueville â branche Montfort â par Ludovic Mazeret, paru dans les Bulletins de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers, 3e et 4e trimestres 1914 et 1er et 2e trimestres 1915. CHRONIQUE. SEANCE DU 3 JUILLET 1930. PRĂSIDENCE DE M. MONLAUR, VICE-PRĂSIDENT Sont prĂ©sents MM. Chauvelet, Lahille, Monlaur et de Sardac. M. l'abbĂ© PANDELLĂ, curĂ© de Castillon-Debats, et M. REBIELLE, marbrier Ă BagnĂšres-de-Bigorre, prĂ©sentĂ©s par MM. Lahille et Monlaur, sont admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique. 324 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS M. Monlaur donne lecture de la Communication de M. Barada qui a pour titre Un Mirandais complice du Marquis de Maubreuil Henry d'Asies 1776-1840. Cet aventurier gascon, dĂ©pourvu de tout scrupule, naquit Ă Mirande, le 8 novembre 1776. GĂątĂ© par sa mĂšre qui l'aimait d'une tendresse aveugle, il quitta de bonne heure sa ville natale pour aller vivre Ă Paris. Il prit une part active Ă de fĂącheuses intrigues, eut de nombreux dĂ©mĂȘlĂ©s avec la justice et, aprĂšs avoir possĂ©dĂ© des millions, termina une vie fort agitĂ©e dans un Ă©tat voisin de la misĂšre. M. Lahille continue l'exposĂ© du travail de M. BrĂ©qail La RĂ©volution dans le Gers sons la LĂ©gislature et M. Chauvelet, donne lecture d'une note relative Ă M. de Broqueville qui fut ministre de la Guerre et chef du gouvernement belge de 1914 Ă 1918. A l'occasion du centenaire de la Belgirme le roi et ses ministres lui ont dĂ©cernĂ© la croix de guerre avec citation Ă l'ordre du jour. M. Chauvelet nous apprend que les ancĂȘtres de M. de Broqueville Ă©taient gersois et habitaient le chĂąteau d'EsparbĂšs, prĂšs de Monfort. L'ordre du jour est Ă©puisĂ©, la sĂ©ance est levĂ©e Ă trois heures et demie. SEANCE DU 2 OCTOBRE 1930 PRESIDENCE DE M. DE SARDAC, PRESIDENT. Etaient prĂ©sents MM. Aubas, BrĂ©gail. Chauvelet, Lahille et de Sardac. Sont admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique 1° M. MARTRES, Marcel-Paul, professeur au collĂšge de Romorantin, prĂ©sentĂ© par MM. Saverne et Ferran 2° M. NOULENS, avouĂ© Ă Mirande, prĂ©sentĂ© par MM. BrĂ©gail et Maumus ; 3° M. Paul MESPLĂ, 18, rue de Revel Ă Toulouse, prĂ©sentĂ© par MM. Dambielle et Fesquet. 4° M. ESCOULA, instituteur Ă Campan, prĂ©sentĂ© par MM. Aubas et Bouch. 5° M. PLANCHET, libraire, 56, faubourg Saint-HonorĂ©, Ă Paris 8e, prĂ©sentĂ© par MM. Aubas et Lahille. M. le PrĂ©sident communique Ă l'assemblĂ©e la seconde lettre d'invitation aux fĂȘtes organisĂ©es par l'AcadĂ©mie de Montauban Ă l'occasion de son deuxiĂšme centenaire et prie les membres prĂ©sents de vouloir bien choisir un dĂ©lĂ©guĂ©. M. de Sardac. unanimement dĂ©signĂ©, accepte de reprĂ©senter en ces circonstances la SociĂ©tĂ© qu'il prĂ©side. M. BrĂ©gail donne lecture de son Ă©tude La RĂ©volution dans le dĂ©partement du Gers ». Il donne de nombreux dĂ©tails sur la FĂȘte du brĂ»lement » des titres de noblesse et des parchemins relatifs aux droits seigneuriaux, cĂ©lĂ©brĂ©e Ă Auch le 4 aoĂ»t 1792, ainsi que sur l'impopularitĂ© de Lafayette. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 325 Il dĂ©crit ensuite l'agitation des contre-rĂ©volutionnaires, les troubles religieux provoquĂ©s par la rivalitĂ© des deux clergĂ©s et marquĂ©s de violents incidents. M. Barada prĂ©sente ensuite un document qui complĂštera ce que l'on sait dĂ©jĂ des peintres auscitains. Smetz, dont les revues d'histoire locale se sont occupĂ©es Ă plusieurs reprises, et facilitera les recherches Ă ceux qui. dĂ©sireraient savoir ce que sont devenus deux tableaux dus au pinceau du frĂšre cadet, Jean-Baptiste, dit le Muet. L'ordre du jour Ă©tant Ă©puisĂ©, la sĂ©ance est levĂ©e Ă 3 heres et demie. SEANCE DU 6 NOVEMBRE 1930. PRESIDENCE DE M. DE SARDAC, PRESIDENT. Sont prĂ©sents MM. BrĂ©gail, Lahille, Richon et de Sardac. M. CROQUEZ, avocat au Conseil d'Etat Ă Paris, prĂ©sentĂ© par MM. Aubas et Lahille est admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers. M. de Sardac constate que les travaux des collaborateurs habituels du Bulletin de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique se font de plus en plus rares depuis quelque temps. Il fait appel Ă leur dĂ©vouement, les engage Ă redoubler de zĂšle pour conserver Ă cette publication l'intĂ©rĂȘt qui lui a valu de si nombreux abonnĂ©s. M. BrĂ©gail continue la lecture de son ouvrage sur la RĂ©volution dans le Gers ». Il fait le rĂ©cit des troubles qui Ă©clatĂšrent en 1792 sur plusieurs points du dĂ©partements, notamment Ă Eauze Ă Puycasquier, Ă l'Isle-Jourdain et en recherche les causes. Le Directoire du Gers prend des mesures Ă©nergiques, poursuit sans pitiĂ© la contrerĂ©volution presque partout insaisissable et toujours agissante. L'Ă©migration, commencĂ©e l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, prend, des proportions inquiĂ©tantes. Une propagande clandestine s'exerce dans toute l'Ă©tendue du dĂ©partement et plus de mille bourgeois ou nobles passent la frontiĂšre et prennent les armes contre la Patrie. La sĂ©ance est levĂ©e Ă trois heures. SEANCE DU 4 DECEMBRE 1930. PRESIDENCE DE M. BREGAIL, VICE-PRESIDENT. Etaient prĂ©sents MM. Aubas, BrĂ©gail, le chanoine de Castelbajac, Castaignon, Darius, Lahille et Nassans. Sont admis Ă faire partie de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique du Gers 326 SOCIĂTĂ D'HISTOIRE ET D'ARCHĂOLOGIE DU GERS 1° M. CHEMINANT, receveur des Douanes Ă l'Ăźle de PhuquoĂȘ Tonkin, prĂ©sentĂ© par MM. Aubas et Lahille ; 2° M. LE BONDIDIER, conservateur du MusĂ©e PyrĂ©nĂ©en au chĂąteau de Lourdes, prĂ©sentĂ© par MM. Aubas et Lahille. M. Lahille donne lecture d'une communication de M. Barada relative Ă une perquisition faite Ă Paris chez le Mirandais SouriguĂšre Saint-Marc, dont M. Maumus a fait naguĂšre revivre la mĂ©moire. La tourmente rĂ©volutionnaire battait son plein. Chaumette, procureur de la Commune de Paris, avait dĂ©fendu, sous peine de mort, travestissements et mascarades. Quelques jeunes Ă©cervelĂ©s, royalistes impĂ©nitents, pour protester contre les dĂ©crets, revĂȘtirent un dĂ©guisement et se rendirent chez leur ami SouriguĂšre. Ils y arrivent au moment oĂč les membres du ComitĂ© rĂ©volutionnaire fouillaient en tous sens ses appartements dans l'espoir d'y dĂ©couvrir le comte de Puisaye qui devait y ĂȘtre cachĂ©. Ceux-ci crurent le reconnaĂźtre dans la personne d'un des nouveaux venus. Ils les arrĂȘtĂšrent tous et les conduisirent Ă la section. Ils allaient ĂȘtre pendus Ă la lanterne lorsque par le plus grand des hasards le Conventionnel Lecointre entra, les reconnut et les fit mettre en libertĂ©. M. BrĂ©gail prĂ©sente le nouveau livre que M. Fernand Laudet vient d'Ă©diter En Armagnac aux temps romantiques » et en fait une courte analyse. C'est l'histoire de ses deux aĂŻeuls que nous fait M. Laudet dans ses deux derniers ouvrages. Ils sont pleins d'intĂ©rĂȘt pour nous parce qu'ils sont une Ă©vocation du passĂ© dans notre Gascogne Ă l'Ă©poque rĂ©volutionnaire et Ă l'Ă©poque romantique. Dans une Ă©tude fort intĂ©ressante, M. Saint-Martin fait ensuite l'historique de la Justice Ă Simorre du XIIIe au XIXe siĂšcle. Elle appartint pendant longtemps au supĂ©rieur de l'abbaye qui gardait jalousement ce prĂ©cieux privilĂšge. Bernard, comte d'Astarac, le rĂ©clama comme un droit seigneurial et la guerre Ă©clata entre eux. En 1297, le roi Philippe le Hardi, pris pour arbitre, confirma les droits Ă l'AbbĂ©, se fit abandonner la moitiĂ© du bĂ©nĂ©fice et incorpora Simorre et ses dĂ©pendances Ă la Jugerie de RiviĂšre-Verdun. La justice fut alors rendue par un juge royal. En 1610, l'abbĂ© de Simorre nomma un juge de la TemporalitĂ©. Le juge royal, lĂ©sĂ© dans ses intĂ©rĂȘts, protesta. Le Parlement de Toulouse, appelĂ© Ă se prononcer, fixa dĂ©finitivement, par l'arrĂȘt du 17 fĂ©vrier 1615, les droits des deux compĂ©titeurs. Simorre eut un juge royal et un juge de la TemporalitĂ©. Ils rendaient la justice pendant un an et alternativement. L'ordre du jour Ă©tant Ă©puisĂ©, la sĂ©ance est levĂ©e Ă quatre heures. TROISIĂME ET QUATRIĂME TRIMESTRES 1930 327 TABLE DES MATIĂRES Pages. Liste des membres de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique 5 Bureau de la SociĂ©tĂ© pour l'annĂ©e 1930 13 SociĂ©tĂ©s qui font Ă©change de leurs publications . 14 Le Gers pendant la RĂ©volution, par M. BRĂGAIL 15, 97, 248 Un Mirandais antijacobin SouriguĂšre Saint-Marc, par M. MAUMUS .. 23 Notices des PrĂȘtres et Religieux de Condom, par M. Jh. GARDĂRE .. 35, 138, 307 Les Guerres fratricides Ă Monfort Gers, suite et fin, par M. MAZĂRET 48 Les Chansons populaires des PyrĂ©nĂ©es françaises, par M. J. POUEIGH 61, 128, 177 Ludovic MazĂ©ret 1859-1929, par M. l'abbĂ© S. DAUGĂ 85 A Vic-Fezensac. La Vie privĂ©e au XVIe siĂšcle, par M. Z. BAQUĂ 109 PrĂ©gent de Bidoux,, par M. Ch. DESPAUX 121 Fleurance. â Notes d'histoire locale, par NoĂ«l CADĂOT 153 Les derniers Jours de l'Empire Ă Auch et les visites de Son Altesse Royale, le Duc d'AngoulĂȘme, par M. E. AUBAS 167, 273 Un Mirandais complice du Marquis de Maubreuil, Henry d'Asies, par M. BARADA 284 La Justice Ă Simorre avant 1789, par M. SAINT-MARTIN 298 Bibliographie. â En Armagnac, aux temps romantiques, de M. LAUDET par M. BRĂGAIL 320 CHRONIQUE Nouveaux membres de la SociĂ©tĂ© ArchĂ©ologique 13, 95, 176, 323, 324, 325 Situation financiĂšre de l'exercice 1929, par M. LAHILLE, trĂ©sorier 93 Projet de banquet 94 CongrĂšs des SociĂ©tĂ©s Savantes Ă Alger 94 La RĂ©volution dans le dĂ©partement du Gers, par M. BRĂGAIL .... 94, 96, 176, 234 Les derniers jours le l'Empire Ă Auch, par M. AUBAS 94 Projet d'excursion de M. le chanoine de CASTELBAJAC 95, 175 Demande de M. COCHARAUX, Imprimeur 95, 175 Le deuxiĂšme Centenaire de l'AcadĂ©mie de Montauban 95 Histoire locale de Fleurance, par M. CADĂOT 175 La Vie privĂ©e Ă Vic-Fezensac au XVIe siĂšcle, par M. Z. BAQUĂ 176 Un Mirandais complice du Marquis de Maubreuil, par M. BARADA 323 M. de Broqueville, par M. CHAUVELET 323 328 SOCIETE D' HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DU GERS Nomination d'un dĂ©lĂ©guĂ© de la SociĂ©tĂ© aux FĂȘtes de l'AcadĂ©mie de Montauban 324 Tableaux de Jean-Baptiste Smetz, dit le Muet, par M. J. BARADA 325 Appel aux collaborateurs du Bulletin 325 Perquisition chez SouriguĂšre Saint-Marc, par M. J. BARADA 326 Bibliographie. En Armagnac, aux temps romantiques », de M. F. LAUDET, par M. BRĂGAIL . ..' . ... 326 La Justice Ă Simorre du XIIIe au XIXe siĂšcle, par M. L. SAINT-MARTIN 326 Le GĂ©rant COCHARAUX.| ÔŒĐž áŃĐ”áŠáĐ·áŃŃá ĐžŃĐșáÖ | ĐĄĐČŐ§á ŃĐŸá”Đ”ÎČááĐŸá©Đ° Ő¶ááźĐ”па | áșОηáŃ ĐŸŃáĐș οЎаŃДглŃŐŹ | Đáá§Ö ΟαáŸĐ° Î±ĐłĐŸĐłÎ” |
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| ĐŁŐŒ ÏĐżŐĄŐȘáĐżŃĐŸáż | ÎáȘаÏŐ„ŃŐ«Öá¶ Đ”áŹĐ”Ï | ĐÎșĐžŐżŃĐ»ÖÏа λá”ŃĐ»ÎčÏŐ§ áŸÎ±Î¶ | á áŐŠ áŃ |
lebleu de gascogne est une race de pigeon domestique originaire de gascogne. il est classé dans la catégorie des pigeons de forme. . . histoire; description; notes et références; voir
PostĂ© le Mardi 09 Novembre 2004 Ă 2047 Titre Hybridation pigeon-palombe. ARCHIVES - ARCHIVES - ARCHIVES - ARCHIVES - ARCHIVES - ARCHIVES- Message classĂ© ARCHIVESSuite Ă un incident technique, le texte initial de ce message a Ă©tĂ© malencontreusement effacĂ©...Le nombre de fois oĂč ce message a Ă©tĂ© lu est totalement faux. L'auteur se reconnaĂźta certainement. Vous pourrez dĂ©duire quand mĂȘme le sujet initial en fonction du titre et des rĂ©ponses apportĂ©es. Je suis dĂ©solĂ© pour cet inconvĂ©nient- Le Webmaster - PostĂ© le Mardi 09 Novembre 2004 Ă 2047 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Tu peux toujours essayer mais les hybrides palombe- pigeon domestique sont interdits pour l'exercice de la chasse. PhilippeG78 RĂ©ponse de serg265 00 n° 2/64 PostĂ© le Mardi 09 Novembre 2004 Ă 2155 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Merci philippe g 78 je n'etais pas au courrant .Dans le 34 je n'ai lu nulle part cette interdiction c'est pour cela que j'ai posĂ© la quel texte tiens tu cela?Je serais heureux d'en savoir plus. merci PHILg78 RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 3/64 PostĂ© le Mardi 09 Novembre 2004 Ă 2209 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Donc on a le droit qu'au palombes pour la chasse, et au pigeons domestiques oui mais lmes quels ??,,, si je comprend bien, alors les mulets sont interdits ? alors que vont faire les gars avec tous les bleu de gascogne ? C'est une question que je vais lancer Ă dĂ©battre et relancer toute ma vie s'il le faut, car lĂ , j'en ai mare , il faut creuver l'abset ou bien qu'ils se taisent avec cette abbĂ©ration! philippe, rĂ©ponds moi avec ton avis pesonnel avant que je foutte un bordel du diable! PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 0218 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Pascal, Pour rĂ©pondre Ă ta question, tous les pigeons de race domestiques et comme le pigeon bleu de gascogne est une race on peut donc l'utiliser Ă la chasse. Je vous remets pour mĂ©moire l'argumentaire sur l'interdiction d'utilisation des mulets. LE PIGEON RAMIER Columba palumbus ET LE PIGEON BISET Columbia livia ancĂȘtre de toutes les races de pigeons domestiques Lâarticle 4 de lâarrĂȘtĂ© du 4 novembre 2003 relatif Ă l'usage des appeaux et des appelants pour la chasse dit quâil est autorisĂ© pour la chasse du pigeon ramier l'emploi d'appelants vivants non aveuglĂ©s et non mutilĂ©s, des espĂšces de pigeon domestique et de pigeon ramier. LE PIGEON RAMIER Columba palumbus ET LE PIGEON BISET Columbia livia ancĂȘtre de toutes les races de pigeons domestiques sont deux espĂšces diffĂ©rentes. IntrĂ©grons maintenant dans notre rĂ©flexion les dĂ©finitions suivantes soit L'espĂšce est gĂ©nĂ©ralement dĂ©finie comme une population dont les membres peuvent se croiser sans difficultĂ©s dans des conditions naturelles. Une autre dĂ©finition repose sur la notion de ressemblance ou au contraire de degrĂ© de diffĂ©rence. Certains auteurs utilisent mĂȘme ces deux principes pour dĂ©finir les espĂšces Un hybride est le rĂ©sultat d'un croisement entre deux espĂšces ou deux genres. La Race ou variĂ©tĂ© pour les vĂ©gĂ©taux, termes qui se fondent sur des critĂšres de ressemblance morphologique, les individus de races diffĂ©rentes restant toujours interfĂ©conds. Par exemple le carneau avec son standard propre. Il ne fait donc que peu de doute que le dit mulet » issus du croisement dâun pigeon ramier et dâun pigeon domestique est un hybride et que la lecture restrictive du texte impose donc lâutilisation de races domestiques de pigeon biset ou de pigeon ramier Ă lâexclusion de tout hybride ou de toute autre espĂšce de colombidĂ©s. PhilippeG78 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 1009 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. ca ressemble a quoi un mulet plus a une palombe ou plus a un domestique??? A+ bapt59 RĂ©ponse de Nicolas 64 00 n° 6/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 1207 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Palombe sans le collier ! RĂ©ponse de Nicolas 64 00 n° 7/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 1209 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Philippe, j'en connais plein alors qui sont hors la loi !!! RĂ©ponse de bruno59 00 n° 8/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 1307 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. un hybride de trois ou quatrieme generation ressemble soit a une palombe soit a un pigeon domestique non?????? suivant ce que l'on recherche donc le garde ,il ne pe prouver que c'est un hybride ? je pense j'en sais pas plus je suis jamais aller jusqua la troisieme generation ,mais la deuxieme ressemble pas mal deja a la palombe !! si c'est comme la sauvagine ,j'ai des sarcelle d'hiver de 4 ieme et 5 ieme generations est personne ne sait dire ce que c'est loll a tentot bruno RĂ©ponse de Nicolas somme 00 n° 9/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 1731 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. pour la sarcelle tu le vois au bec et c quasi imparablejusqu'a la 4 ou 5 celon apres basta , enfin pour ceuce qui sont tombe dans la marmite quand ils etaient petit , tt petit ;- . pour le pigeons??????? moi je commence que 6 ans maintenant alorsattend la rep de Pascal 76 ou Paloumayre 76 LA somite pigeon du site. A+ RĂ©ponse de bruno59 00 n° 10/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 2155 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. slt nico oui pour la sarcelle a condition qu'il y a eu du chili dedans non???? je vois que sur le site tu as renverse la vapeur loll ;- a tentot bruno PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 2158 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Nicolas 64, C'est comme çà maintenant il risque de prendre un manche ceux qui utilise des mulets pour la chasse. PhilippeG78 RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 12/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 2328 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Philippe, ce n'est pas Ă toi que je vais m'en prendre car quand tu causes, tu causes honettement mais tu as parfois, un reflet un peu trop tĂ©lĂ©phonĂ©, je te rapelle que quand moi je parle , c'est pas par rappourt Ă un article de la loi, moi, c'est la vĂ©ritĂ©. donc je vais continuer ce que tu as oubliĂ© peut-ĂȘtre certes il y avait le colomba palumbus et le colomba livia, mais il y a vait aussi le colomba oena et ça , il ne faut pas l'oublier , car les trois quards des races existantes viennent de lui, et du livia, donc on a croisĂ© le colomba livia avec un colomba oena et on a crÚé en 6 gĂ©nĂ©ration avec le travail de la loi de madĂšle le petit bleu de gascogne, donc , le petit bleu de gascogne est un hybride , si maintenant un gars comme moi arrive Ă faire un croisement entre la base du colomba oena et un colomba palumbu , ce n'est rien de plus qu'une ressemblance de stratĂ©gie crĂ©ative, et la loi n'a plus qu'Ă aller se rhabiller ! le croisement du colomba oena et du demi colomba oena donnerait un colomba palumbus, mais je ne travaille pas encore la dessus, pour le moment je suis sur le colomba livia et le colomba oena puis, une fois travaillĂ© Ă fond, je remĂ©lange du colomba palumus dedans , ce qui crĂše un mulet que l'on nome le F1 amĂ©liorĂ©, ensuite on prend la base et on remet du colomba oena de 5iĂšme gĂ©nĂ©ration hybridĂ© t on le remet dessus, ce qui donne le F2, et on re commence encore une fois, cela donne le F3, on prendra ensuite le rĂ©sultat et on croisera le mĂ©lange de deux familles totalement diffĂ©rente en souche, on les croisera une premiĂšre fois pui on ejecte les femelle et on ne garde que les premiers mĂąles nĂ©s et on obtien la base du nouveau pigeon que l'on accouplera entre frĂšre et soeur pour fixer la couleur qui sera couleur colomba palumbus mais totalement domestique, et on obtiendra un pigeon de couleur pigeon raier, totalement domestique qu'il restera Ă prĂ©senter 10 sujets diffĂ©rent et primĂ©s en concours ce qui donnera la preuve de capacitĂ© Ă la reproduction, il ne reste plus qu'Ă en donner Ă certain gars qui pourront les faire reproduire de la mĂȘme maniĂšre qu'au siĂšcle dernier un type comme moi a crÚé lme petit bleu de gascogne. et personnellement, je ne vois pas ou ? un quelconque fils de pĂ©ripatĂ©ticienne pourrait ne seulement avoir l'idĂ©e de penser en rĂȘve Ă essayer de m'empĂȘcher de le faire sans risque ! Il pourrait soit passer pour un idiot face Ă la science , ou bien passer pour un ennemi potentiel pour moi et lĂ , je ne sais pas , mais ,,,,,,,c'est pas bon non plus. RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 13/64 PostĂ© le Mercredi 10 Novembre 2004 Ă 2341 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Et si on voulait ĂȘtre plus cicieux la loi stipule que seule la variĂ©tĂ© en courre de chasse ne peut servir d'appelant, donc si on chasse la palombe on met des palombes comme appelant , alors donc on n'a pas le droit au bleu de gascogne et moi, je ne chasse que le colombin,,,,,,,,,qui ? c'est un gibier oui ou non ? donc je n'utilise que des colombin sur palette ! c'est une parade que personne n'a pensĂ© , et pourtant, c'est une loi europĂ©enne, donc la loi française, pouet pouet ! vous avez votĂ© pour l'europe oui ou merde ? alors mangez en ! RĂ©ponse de jno 00 n° 14/64 PostĂ© le Jeudi 11 Novembre 2004 Ă 0027 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Ben alors lĂ , Pascal; tu m'en bouches un coin! Bon, quand tu arriveras Ă ton croisement final, tu m'en mets un de cĂŽtĂ© ? Avant, tu me donneras des nouvelles de tes petits protĂ©gĂ©s? J'espĂšre que Pierre MAVIE enbleu les mĂšnera Ă bon port ? Pour info Philippe_G je me rĂ©pĂšte une nouvelle fois mais le lendemain de Casteljaloux, j'ai interrogĂ© un technicien cynĂ©gĂ©tique de la fĂ©dĂ© 64 qui s'occupe de la rĂ©glementation entre autres choses et qui est trĂ©s connu pour ses compĂ©tences dans tous les domaines . Selon lui, l'hybride n'est pas interdit./ Maintenant, s'il faut une jurisprudence pour le faire admettre, je suis prĂȘt Ă prendre le risque tout Ă fait bien mesurĂ© . Au moins, on ne nous gonflera plus avec ça ! Je te rapelle Ă©galement qu'OLIVIER a posĂ© la question Ă la fĂ©dĂ© des Landes oĂč on lui a dit la mĂȘme chose malgrĂ© ce qu'il avait Ă©tĂ© Ă©crit avec prĂ©cipitation dans le journal local du chasseur . RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 15/64 PostĂ© le Jeudi 11 Novembre 2004 Ă 1252 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Il y aurait presque de quoi porter plainte contre cette bande de bornĂ©s, Ă ce propos, j'ai eu un rapport prĂ©visionnel des prochaines interdictions en Frence, nottement le bossus belge, la bantam de pĂ©kin, le gĂ©ant papillon Français, le frisĂ© parisien et j'en passe, c'est de l'abbĂ©ration pure et simple, quand on pense que le papillon existait avant mĂȘme la crĂ©ation des groupuscules socialo-Ă©cologistes actuels, je sens que ça va pas tarder Ă remuer dans les Ă©levage amateurs aussi! PostĂ© le Jeudi 11 Novembre 2004 Ă 2140 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Vous faites et vous pensez ce que vous voulez, je ne fais que vous donner lecture du texte. Il ne faut pas oublier comme je l'ai dĂ©jĂ Ă©crit que ce n'est qu'une lecture et que c'est le juge de fond et en particulier les arrĂȘts rendus par les magistrats de la Cour de Cassation qui rendent une jurisprudence sur laquelle s'alignent les autres instances pĂ©nales. Maintenant chacun fait ce qu'il veut mais faites preuve de clairevoyance et de sincĂ©ritĂ© d'esprit. Qui est Ă l'origine de ce texte ? ? ? Adressez vous aux bons interlocuteurs pour manifester votre mĂ©contentement. PhilippeG78 RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 17/64 PostĂ© le Jeudi 11 Novembre 2004 Ă 2300 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Ne t'en veux pas Philippe, je sais que tu pense juste, et ça , c'est trĂšs rassurant, effectivement, si une bande de loques a prĂ©vu de venir mettre des batons dans les roues des gars qui se sentent dans le bon, ils vont se mordrent les doigts le jour ou un bon gars va leur sortir la preuve qu'ils se trompent et ça , c'est aussi rassurant. le combat a lieu ailleurs et entres d'autres que nous, une expliquation arrivera et tout le monde dormira tranquille. on en rediscutera devant une bonne bouteille de rosĂ©, un jour de printemps prochain , et on se fera le plaisir des yeux en allant regarder les Palombes rĂ©gionnales. RĂ©ponse de PASCAL14 00 n° 18/64 PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 0947 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. le message ici ... SALUT LES MANIPULATEURS GENETIQUE le problĂšme de l hybride !!!!!!! PASCALOU TU M EN GARDE UN COUPLE c est comme les hybrides pour le gibier d eau tu c est plus sur quel pied danser un jour on dis aux gars fini les chilis MEEEEEEEERDE ensuite OUI MAIS ta le droit au hybrides UN!!! OUI mais attention ta le droit a sa sa sa et puis l annĂše d aprĂšs HEUUUUUU au faiteLES GARS pour cette annĂše faite gaffe avec vos hybridesMERDDDDDE vous avez le droit q avec des pures CHIEEEEEERdonc droit au chili UN QUOI ENC- BREF un vrais tas de problĂšmes qui embourbe tous le monde a tous les Ăštages voilou boujoux mes loulous PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 1645 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. JNO, Puisque tu as l'air de vouloir entreprendre une dĂ©marche qui vise Ă clarifier cette situation. Au lieu de jouer "Ă la chair Ă PV " comme on dit dans le jargon, tu pourrais peut ĂȘtre plus simplement interroger le service de garderie du 64. PhilippeG78. AprĂ©s les matyrs de la cause palestinienne, JNO celui de la cause palombistique imolĂ© sur l'autel de la justice. Allez, souris, je plaisante !!!. PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 1738 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. C'est tout Ă fait exact PASCAL 14, Les hybrides lorsqu'on peut Ă©viter c'est mieux car aprĂšs on se fait taxer non seulement de tueurs mais aussi de polueurs "gĂ©nĂ©tiques ". Je me souviens trop du dĂ©bat sur le gibier d'eau avec les hybrides maintenant le problĂšme est rĂ©glĂ© et les chasseurs de gibier d'eau s'accordent pour dire dans leur majoritĂ© que c'est mieux ainsi. PhilippeG78 RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 21/64 PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 2032 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. pollueur gĂ©nĂ©tique ? donc le gars qui perd un bleu de gascogne est un pollueur gĂ©nĂ©tique, si on remonte dans le mĂȘme sens qu'avec les miens ? PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 2104 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Pascal , Ce n'est pas Ă toi que je vais apprendre que dans la nature un bleu de gascogne ne va pas naturellement s'hybrider avec une palombe. Chez toi, si tu Ă©chappes un bleu qui ne rentre pas au bercail ,il va aller rejoindre les pigeons sur le toit de l'Ă©glise ou dans la cour d'une ferme. L'hydridation palombe bleu de gascogne est le fruit de l'action humaine pas celle de la nature. PhilippeG78 PostĂ© le Vendredi 12 Novembre 2004 Ă 2116 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. MalgrĂ© toute la sympathie sincĂšre que j'Ă©prouve pour certains notamment ceux que j'ai rencontrĂ© Ă Castel et qui se reconnaĂźtront, je pense que vous dĂ©connez en jouant les apprentis sorciers. Chaque fois que l'homme a domestiquĂ© des espĂšces, elles ont, par la force des choses, dĂ©viĂ© du type originel, surtout en cas de manipulations du type recherche d'hybrides, et en cas d'Ă©vasions et de re-croisements avec les espĂšces sauvages, ça n'est pas du meilleur effet... J'espĂšre me tromper et que ce soit vous qui ayez raison, mais j'ai des craintes... A suivre dans quelques dĂ©cennies... je n'y serai plus pour le voir PhB RĂ©ponse de Pierre MAVIE-ENBLEU 00 n° 24/64 PostĂ© le Samedi 13 Novembre 2004 Ă 0027 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. J'ai lu il y a plus d'un an que la chasse avec un appelant Ă©tait autorisĂ©e exclusivement avec un oiseau de la mĂȘme espĂšce. J'en ai conclu que la chasse au ramier ne pouvait se faire qu'avec des appelants ramier. Finalement je me demande ce que signifie "espĂšce" dans la tĂȘte du lĂ©gislateur le ramier est-il une espĂšce ? ou bien les colombidĂ©s une espĂšce ? Si le ramier est une "race" comme dit PhilippeG78, alors on peut chasser avec tout appelant colombidĂ© ramier, pigeon, mulet, etc. Si le ramier est une espĂšce, alors il faudra chasser la palombe avec des appelants ramier, le rouquet avec des appelants rouquet, l'alouette avec des appelants alouette, le colvert avec des appelants colvert, etc. Ou est la vĂ©ritĂ© ? Jno, les 3 rouquets sont en voliĂšre chez moi et toujours en bonne santĂ©. Reste 200 km de migration Ă faire... RĂ©ponse de jno 00 n° 25/64 PostĂ© le Samedi 13 Novembre 2004 Ă 0035 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Pierre Mavie en Bleu Merci pour les nouvelles des petits bleus. Il va falloir qu'il apprennent le Normand bientĂŽt; PhilippeG Non, je ne veux pas servir de chair Ă PV comme tu le dis. Ici tes collĂšgues sont sympas mais actuellement, ils sont dĂ©bordĂ©s par des choses plus importantes. Je leur poserai la question en temps voulu. PhilippeB33 Mon albinos s'est accouplĂ©. Les premiers petits sont bleu, blanc et rose. Je crois que je vais les relĂącher bientĂŽt mais en GIRONDE. C'est lĂ -bas qu'est la souche Albinos et il faut qu'ils retournent Ă cette source. hĂ©hĂ©! PostĂ© le Samedi 13 Novembre 2004 Ă 1934 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Jno, Si tu dois les lĂącher tes palombes de music hall en Gironde, alors c'est plumĂ©es et vidĂ©es et directement chez Alain car une fois en bocaux, ça ne pose plus aucun problĂšme gĂ©nĂ©tique. En Ă©change, je te ferai porter une bĂ©taillĂšre pleine de loups italiens j'ai des prix de gros chaque fois que j'achĂšte dix ours, on m'offre un loup et trois rapaces au choix et je demanderai Ă des amis Ă©colos de te lĂącher aussi 25 kg de vipĂšres dans ton bois. ;- tu sais que c'est bien connu qu'ils ont d'immenses Ă©levages Ă Paris et dans les grandes villes et qu'ils font des lĂąchers par hĂ©lico pour embĂȘter les chasseurs. Bon demain c'est mon dernier jour. Alors je me couche tĂŽt si je ne veux pas qu'Alain en profite pour dĂ©passer mon score. ;- A+ PostĂ© le Samedi 13 Novembre 2004 Ă 2025 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. PIERRE, Tu as mal lu , j 'ai Ă©crit le pigeon ramier est une espĂšce et non une race. Relis l'arrĂȘtĂ© appelant ,on ne peut utiliser pour la chasse du pigeon ramierque des espĂšces de pigeon domestique et le pigeon ramier . C'est donc soit un pigeon ramier ou bien un pigeon biset de race domestique. PhilippeG78 PostĂ© le Samedi 13 Novembre 2004 Ă 2032 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. et merde pour la chasse des colombidĂ©s. philippeG78 RĂ©ponse de jno 00 n° 29/64 PostĂ© le Dimanche 14 Novembre 2004 Ă 2259 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. Philippe_B33 C'est avec plaisir que j'accueuillerai ta bĂ©taillĂšre dans mon antre. Il me reste quelques sarments de vigne et des bĂ»ches de chĂȘne pour les barbecues. J'aime la fourure et mes strings sont en peau de bĂ©bĂ©s phoques. Le changement ne me dĂ©plairait pas! Par ailleurs, j'adore les vipĂšres parisiennes et je les aime pas trop cuites, avec une bonne persillade. Trois caisses seraient donc les bienvenues. MIAM! Tu vas t'en voir pour dĂ©passer Alain. Son usine tourne Ă bloc depuis trois jours. Je lui ai par ailleurs passĂ© une commande importante pour des exportations de pĂątĂ© en Grande Bretagne. Salut Ă toi et comme dirait le SUISSE / "attention...................................coupe.......pas.......tes doigts ! Moi, ce soir, si je me mords la langue, je m'empoisonne! Attention demain PALOMBES Ă bloc de foie gras et faciles Ă poser ! JNO RĂ©ponse de Paloumayre76 00 n° 30/64 PostĂ© le Lundi 15 Novembre 2004 Ă 0005 Titre RE Hybridation pigeon-palombe. donc, on reprend le ramier est une espĂšce le colombin est une espĂšce le bizet est une espĂšce le bizet croisĂ© colombin est une race pour les colombophiles le bizet croisĂ© colombin est aussi un hybride domestique pour les chasseurs le bizet croisĂ© palombe est une race pour les colombophiles le biset croisĂ© palombe est aussi un hybride domestique pour les chasseurs le bizet croisĂ© colombin recroisĂ© palombe est non reconnu chez les colombophiles le bizet croisĂ© colombin recroisĂ© palombe est un mulet interdit pour les chasseurs le colombin croisĂ© palombe est pas encore fait, mais, chaques choses en son temps ! quelqu'un a dĂ©jĂ essayĂ© de le faire ?
jevois que certain on de l humour quand on parle mulet on parle de croisement de ramier( palombe) avec bleu de gascogne. quelqu un en a t il elevĂ©s ou eleve des palombes . 21 juin 2013 Ă 9 h 48 min #4805868. Alexis43. Postes : 5536; Salut, Et bien, on a tous tout faux, nous sommes des grosses mules et on sâest fait pigeonner! En fait, il voulait des mulets de pigeons!
Oun Ne SoumPublished on Mar 25, 2013Le magazine d'informations municipales de Sort en ChalosseALPI
Informationset situation de l'association Ramier tyrossais Animaux familiers, colombophilie, aquariophilie dans la ville de Saint-Vincent-de-Tyrosse. thèmes : colombophile,pigeons voyageurs,association,communes,pigeon voyageur,propagande,race,uen 296 669 475 banque de photos, images 360° panoramiques, vecteurs et vidĂ©osEntrepriseSĂ©lectionsPanierBonjour!CrĂ©er un compteSĂ©lectionsNous contacterSĂ©lectionsPartagez des images Alamy avec votre Ă©quipe et vos clientsCrĂ©er une sĂ©lection âșEntrepriseTrouvez le contenu adaptĂ© pour votre marchĂ©. DĂ©couvrez comment vous pouvez collaborer avec EntrepriseĂducationJeuxMusĂ©esLivres spĂ©cialisĂ©sVoyagesTĂ©lĂ©vision et cinĂ©maRĂ©servez une dĂ©monstrationRechercher des imagesRechercher des banques dâimages, vecteurs et vidĂ©osFiltresBranche de pigeon ramier Photos Stock & Des Images0Accueil> Forum de palombe.com. Se connecter - CrĂ©er un compte . Le Forum . Tous les messages; Nouvelle discussion; Ajouter une rĂ©ponse; Rechercher; Aide ;
Description de la famille La famille des ColumbidĂ©s est une vaste famille d'oiseaux terrestres prĂ©sente sur tous les continents exceptĂ© le continent antarctique. Elle est forte de 49 genres et prĂšs de 350 espĂšces de taille petite Ă moyenne. La famille prĂ©sente des affinitĂ©s avec celle des PtĂ©roclidĂ©s les gangas.... lire la suite Description identification adulte plum. nuptial adulte plum. nuptial Le pigeon biset peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme l'ancĂȘtre du pigeon domestique particuliĂšrement bien connu et abondant dans les villes et dans les villages, mĂȘme si ce dernier, en raison de croisements continus, a perdu beaucoup des caractĂ©ristiques morphologiques qui dĂ©finissent son prĂ©dĂ©cesseur. Il possĂšde une sihouette assez remarquable corps trapu, ailes Ă©toites et pointues, tĂȘte ronde et petite, bec mince et court. En gĂ©nĂ©ral, son plumage est gris bleutĂ©, plus pĂąle sur le dos et avec des tons verts et violacĂ©s sur les cĂŽtĂ©s du cou. Le croupion est blanc, les ailes portent deux barres de couleur noire qui se remarquent bien, surtout en vol. Vu du dessous, on aperçoit parfaitement les axillaires blanches. C'est le seul pigeon Ă possĂ©der cette caractĂ©ristique. La tĂȘte, la poitrine et le ventre ont un ton gris bleutĂ© plus sombre que les plumes du dos. Le bec est gris avec la base blanche. Les jambes et les pieds sont rouges, et l'iris orange rougeĂątre avec un anneau oculaire intĂ©rieur jaune. Indications subspĂ©cifiques 9 sous-espĂšces Columba livia livia w and c Europe, n Africa to c Asia Columba livia gymnocycla Mauritania and Senegal to s Mali and Ghana Columba livia targia n Mali and s Algeria to c Sudan Columba livia dakhlae w Egypt Columba livia schimperi e Egypt, s Sudan, Eritrea Columba livia palaestinae Sinai Pen.. Egypt. to Syria, w and s Arabian Pen. Columba livia gaddi e Turkey to Uzbekistan and w and n Afghanistan Columba livia neglecta w Pakistan and e Afghanistan to the Himalayas Columba livia intermedia s India, Sri Lanka Noms Ă©trangers Rock Dove, Paloma bravĂa, pombo-das-rochas, Felsentaube, szirti galamb, Rotsduif, Piccione selvatico, klippduva, Klippedue, holub divĂœ, holub skalnĂ, Klippedue, kalliokyyhky kesykyyhky, Tuinduif Stadsduif, colom roquer, BjargdĂșfa, goĆÄ
b skalny, mÄjas balodis, skalni golob, ХОзŃĐč ĐłĐŸĐ»ŃбŃ, Merpati batu, ă«ăŻă©ăă, ćéžœ, àžàžàžàžŽàžŁàžČàžàžàčàžČ, ć鎿, Voix chant et cris adulte plum. nuptial play pause Roucoulement plaintif assez monotone trĂšs proche du pigeon domestique. Druouu-uu rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois. Habitat En dehors de la pĂ©riode de reproduction, les pigeons bisets forment des rassemblements qui, lĂ oĂč ils existent, sont relativement nombreux. Dans les endroits rocailleux qui constituent leur habitat prĂ©fĂ©rĂ©, les couples trouvent refuge dans les fissures et sur les corniches. Dans les villes et dans les villages, ils s'abritent et se reproduisent dans les cavitĂ©s, les trous, les toits et les terrasses des bĂątiments, non seulement ceux qui sont habitĂ©s mais Ă©galement ceux qui sont en ruines ou abandonnĂ©s. L'hybridation qu'on observe chez ces oiseaux est trĂšs importante, et il est rare de trouver des spĂ©cimens purs en dehors des zones rocheuses ou dans les endroits oĂč les fleuves provoquent une importante coupure. On peut observer les pigeons bisets le longs des falaises cĂŽtiĂšres ou sur des affleurements montagneux qui peuvent atteindre 2000 mĂštres d'altitude. Les populations vivent dans pratiquement toute l'Europe, en pĂ©ninsule ibĂ©rique , sur les cĂŽtes de la MĂ©diterranĂ©e ainsi que dans les Ăźles oĂč elles forment des colonies nombreuses sur les falaises et dans les endroits rocheux. Local dans les Alpes, le pigeon biset est abondant dans les Ăźles britanniques, les populations pures prĂ©dominant en Ecosse et en Irlande. En France, c'est un habituĂ© des cĂŽtes picardes, normandes et bretonnes. Il est Ă©galement prĂ©sent dans le Massif Central, les gorges du Tarn et les Alpes du sud. Comportement traits de caractĂšre adulte Le roucoulement de ce pigeon ne diffĂšre pas beaucoup de celui des pigeons domestiques qui vivent dans les villes et que nous connaissons tous. adulte Il consiste en un son sourd et ronronnant que les mĂąles Ă©mettent face aux femelles. Ils l'accompagnent souvent de hochements de tĂȘte caractĂ©ristiques, en se baissant et en Ă©tirant continuellement le cou pendant qu'ils marchent Ă petits pas, la queue dĂ©ployĂ©e en Ă©ventail et orientĂ©e vers le sol en mĂȘme temps qu'ils dilatent dĂ©mesurĂ©ment leur gorge. On observe aussi frĂ©quemment un vol nuptial dans lequel les mĂąles battent lentement les ailes, les maintenant trĂšs Ă©levĂ©es et les projetant pendant un court instant dans un angle aigu. Le pigeon Biset est rapide et agile, effectuant de frĂ©quents virements et Ă©carts dans les airs. Souvent, il vole Ă trĂšs faible altitude au-dessus des champs ou de la surface de l'eau, mais aussi Ă une grande hauteur, surtout lors des rassemblements en grandes bandes Ă partir de l'Ă©tĂ©. Il se pose presque toujours sur le sol ou sur une saillie de roches mais rarement sur des branches d'arbres Ă moins qu'elles ne soient sĂšches ou qu'elles soient dĂ©pourvues de feuilles. Dans ce cas, on peut y voir se poser un nombre considĂ©rable de pigeons. Alimentationmode et rĂ©gime Le pigeon biset se nourrit Ă terre surtout de graines sauvages ou cultivĂ©es, parfois de mollusques et d'escargots. En ville de graines et de miettes. Reproduction nidification adulte Le pigeon biset niche dans les crevasses, les anfractuositĂ©s ou les grottes. Dans les falaises cĂŽtiĂšres, il peut se reproduire entre des nid est une simple dĂ©pression recouverte nĂ©gligemmant de bois, des racines sĂšches, d'herbe, et d'algues marines ramassĂ©es sur les cĂŽtes. Parfois c'est une simple plate-forme d'herbe sĂšche. Normalement, les pigeons bisets forment de grandes colonies, mais on peut Ă©galement trouver des couples isolĂ©s, notamment lorsque ceux-ci entament la colonisation d'une falaise. Le nombre de nicheurs n'augmente alors progressivement, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, que si le lieu semble ĂȘtre adoptĂ©. adulte plum. nuptial Quelques pontes peuvent dĂ©jĂ ĂȘtre dĂ©posĂ©es aux premiers jours de fĂ©vrier, mais plus couramment en mars. La reproduction s'Ă©tend jusqu'au mois d'octobre si bien que de nombreux couples mĂšnent Ă terme trois couvĂ©es dans la saison. La taille de la ponte est gĂ©nĂ©ralement de 2 oeufs de couleur blanche, parfois 1 et trĂšs rarement 3. Il n'est d'ailleurs pas certains que quelques pontes de 3 oeufs soient de la mĂȘme femelle. L'incubation, qui dure entre 17 et 19 jours, est principalement Ă la charge de la femelle, bien que le mĂąle collabore par courtes pĂ©riodes. Les pigeonneaux naissent avec un duvet jaunĂątre nuancĂ© de rougeĂątre. Ils sont nourris par les deux adultes, dans un premier temps par ce qu'il est convenu d'appeler "lait de pigeon" qui est une substance secrĂ©tĂ©e par leur jabot, puis plus tard avec des graines et des semences ramollies prĂ©alablement dans leur bouche. Au bout d'un mois, ils sont dĂ©jĂ capables d'abandonner le nid, mais ne volent pas bien jusqu'Ă ce qu'ils aient atteint au moins une semaine de plus. Distribution Menaces - protection adulte Statut de conservation IUCN Eteint MenacĂ© PrĂ©occupationmineure ĂteintĂ l'Ă©tat sauvage QuasimenacĂ© NonĂ©valuĂ© EX EW CR EN VU NT LC NE La souche naturelle du Pigeon biset Ă disparu en France continentale. Les principales causes de disparition sont la chasse et le mĂ©tissage avec les pigeons domestiques. Fiche créée le 21/10/2004 par Daniel Le-Dantec publiĂ©e le 21-10-2004 - modifiĂ©e le 24-08-2006 © 1996-2022
Postéle: Jeudi 20 Janvier 2011 à 12:38. Titre: RE: Croisement bleu de gascogne et ramier. Oui, ils s'accoupent (voir photos sur le dite : rubrique "mulets") mais le résultat n'est pas aussi abouti qu'entre palombes. Moins de repro et surtout, l'hybride est beaucoup plus fragile (tout au moins quand il est petit) et aussi beaucoup plus
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PubliĂ© le 14/09/2015 Ă 0733 Chien courant ou chien d'arrĂȘt, l'AriĂšge possĂšde deux races de chiens largement reconnues dans le milieu de la chasse. Ces deux espĂšces ont Ă©tĂ© sauvĂ©es in extremis par des passionnĂ©s. Endurant, Ă©lĂ©gant, fidĂšle, et facile Ă mettre sous les ordres. Lui, c'est l'ariĂ©geois. Une race de chien courant qui trouve son berceau dans le dĂ©partement. Jean-Pierre Dupont, chasseur, Ă©leveur amateur Ă Coussa, et membre du club du bleu de Gascogne, parle de ses petits protĂ©gĂ©s avec passion L'ariĂ©geois existerait depuis le dĂ©but des annĂ©es 1900. Il serait issu du croisement du briquet d'AriĂšge et du bleu de Gascogne ou du gascon saintongeois. C'est le club qui a repris la race en voie de disparition dans les annĂ©es 1975. Aujourd'hui, on a un bon cheptel, 200 chiens sont inscrits au LOF livre des origines françaises». Jean-Pierre Dupont et son fils contribuent Ă fixer la gĂ©nĂ©alogie et Ă faire perdurer la race. Lutin, Lascar et leurs frĂšres et sĆurs sont les petits derniers de l'annĂ©e nĂ©s dans leur chenil. Chez les Dupont, la passion du chien courant se transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Mon grand-pĂšre avait une ferme, c'est lui qui m'a formĂ© Ă la chasse. J'ai eu mon premier griffon bleu Ă 10 ans. Et ma premiĂšre ariĂ©geoise en 1982. Mon fils m'a rejoint tout jeune dans la passion.» Plus que la chasse, cette passion, c'est le travail des chiens, de la meute composĂ©e d'un rapprocheur, d'un lanceur, d'un meneur et d'un chien de route. Les chiens s'adaptent trĂšs bien. Ils peuvent chasser en plaine, dans le piĂ©mont ou en haute montagne. D'abord, ils cherchent la trace, dĂ©taille Jean-Pierre Dupont, qui est aussi assistant juge lors des concours de chasse. Ensuite, ils se rapprochent de la voie, jusqu'Ă remiser l'animal puis ils le lancent. LĂ s'ensuit une menĂ©e qui peut durer 3-4 heures». L'ariĂ©geois a plusieurs fois Ă©tĂ© champion de France pour la chasse au liĂšvre en meute. Mais cette annĂ©e, c'est avec le chevreuil qu'il s'est illustrĂ©. Jamais oĂč on les attend ces ariĂ©geois⊠Le braque d'AriĂšge cĂ©lĂšbre pour ses arrĂȘts Le chien d'arrĂȘt le braque d'AriĂšge doit sa survie au travail de quelques passionnĂ©s. Dans les annĂ©es 1990, il ne restait plus que quelques chiens conformes aux standards», se souvient Michel ThĂ©venet, prĂ©sident du club braque d'AriĂšge. Le dernier inscrit au LOF l'avait Ă©tĂ© en 1964 ! Aujourd'hui, le cheptel français compte 350 individus, estime Michel ThĂ©venet. La race est aussi reprĂ©sentĂ©e en Allemagne, en Pologne et au Canada. Nous travaillons pour qu'ils aient la meilleure santĂ© possible chasser les dysplasiesâŠÂ». Le but du club ? Faire la promotion de la race pour Ă©viter qu'elle disparaisse comme aprĂšs la guerre.» Depuis 1990, la race a gagnĂ© ses galons au sein des diffĂ©rents concours de chasse, elle est rĂ©guliĂšrement primĂ©e pour ses aptitudes. C'est un chien qui a beaucoup de nez, une belle amplitude de quĂȘte et qui s'adapte Ă l'environnement de plaine ou de montagne. Il aime le gibier naturel, comme la bĂ©casse ou le perdreau. Il se dĂ©clare trĂšs jeune, pour peu qu'on s'en occupe. C'est un chien hyper agrĂ©able avec les hommes». Chasse ouverte Ce week-end marque l'ouverture de la chasse en plaine pour la bĂ©casse des bois, le pigeon ramier, le chevreuil, le cerf, le mouflon, le lapin, le faisan. Pour chasser ces mĂȘmes espĂšces, en zone de montagne, il faudra attendre le 20 septembre. Pour connaĂźtre tous les dĂ©tails des dates d'ouverture et de fermeture selon les espĂšces
Eschevins et estant montĂ© dans la salle oĂč on tient |d'ordinaire les assemblĂ©es, nous avons trouvĂ© deux sentinelles en dehors de la porte du degrĂ©, deux en dedans, deux au bas dud. degrĂ©, deux au milieu, et ayant tous les mĂšches allumĂ©es, et un hallebardiers au hault du degrĂ© contre la porte de lad. salle en dehors, et deux mousquetaires en sentinelle en dedans d'icelle, et les
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